‹ La légende des GirondinsChapitre 89 sur 274 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

vingt et un membres, de lui présenter, le lundi suivant, 10 décembre, l'acte énonciatif des crimes dont Louis Capet est accusé, et elle décide que le mardi, 11, Louis sera traduit à la barre pour entendre la lecture de cet acte et répondre aux questions qui lui seront faites seulement par l'organe du président.

La Commission des vingt et un n'ayant pu être prête le 10, c'est seulement dans la séance du 11, qu'un membre de la Gironde, Barbaroux, donna lecture de VActe énonciatif des crimes de Louis Capet, dernier roi des Français.

Après le rapport lu par Dufriclie-Valazé, le 6 novembre, Petion était monté à la tribune et il avait demandé à grossir la liste des accusations portées contre le ci-devant roi. Après le rapport lu par Barbaroux, Petion éprouve encore le besoin de signaler de nouveaux faits à la charge de Louis :

Dans la nuit, du 9 au 10 août, dit-il, le commandant général qui avait donné des ordres sanguinaires 1, à l'insu du maire, lui écrivit plusieurs lettres pour le demander au château des Tuileries. Il fut dit par acclamation, dans le conseil de la Commune : Il faut que le maire y aille. Je me rendis au château. Je traversai les ditlerents appartements qui étaient alors remplis de Suisses, la baïonnette au bout du fusil, et d'autres gens que nous appelions dans d'autres temps les chevaliers du poignard. Il ne me fut pas difficile de voir les sentiments qui les animaient et le courroux qui agitait Louis XVI. Je descendis bientôt au jardin. Je fus entouré par des grenadiers du bataillon des Filles-Saint-Thomas, qui me tenaient des propos fort peu rassurants, et qui disaient clairement que ma tête en répondrait. Je vis bien qu'on voulait me garder en

1. Le commandant général, que Petion accuse d'avoir donné des ordres sanguinaires, était Jean-Antoine Gallot de Mandat, commandant général de la garde nationale. Il avait, comme c'était son devoir, ordonné au commandant du bataillon de service à la ville de dissiper la colonne d'attroupement qui marcherait pour se porter aux Tuileries. Cet ordre était en date du 9 août. Le 10 août, au matin, Mandat fut assas.dné, à l'Hôtel de ville, par les amis de Petion.

otage. Les ministres me firent dire de ne point sortir et de remonter, parce que le roi voulait me parler. Je ne montai point et je fis bien, car Je ne serais pas descendu. Quelquesuns de mes collègues vinrent à l'Assemblée, qui rendit un décret pour me mander à sa barre ; ce ne fut que par la signification bien solennelle de ce décret qu'on parvint à me tirer du château. Il résulte de ces faits une arrestation bien méditée.

Je vais parler d'un autre fait ; il n'en a pas été question. J'ai remis au Comité la déclaration faite par un citoyen de Strasbourg, amené à la mairie par le citoyen Pertois, négociant de la même ville. Ce citoyen déclara qu'il avait vu et lu les lettres patentes données par Louis XVI à ses frères pour faire des emprunts sur les domaines nationaux, et où Louis XVI disait à ses frères qu'il n'avait jamais accepté que par force les décrets de l'Assemblée constituante *. Ce citoyen ajouta que plusieurs expéditions de ces lettres avaient été faites pour les puissances étrangères et qu'il en avait été donné une à Galonné. Il me promit de faire tous ses efforts pour avoir une expédition de ces lettres patentes. Ces faits ont été rédigés par écrit. Il serait à désirer, mais le Comité a observé avec raison que le temps ne le permet pas, que Pertois, et l'autre citoyen pussent être entendus. Mais on peut au moins faire, à ce sujet, des questions à Louis XVI. Cette dénonciation paraît assez vraisemblable parce que ces lettres étaient nécessaires pour donner de la consistance aux frères du roi et leur donner des moyens de faire des emprunts *.

Après diverses observations présentées par d'autres membres, la Convention décida que l'acte d'accusation serait lu en entier au ci-devant roi, ensuite article »ar article, et qu'à chaque chef d'accusation on lui demanderait : Qu'avez-vous à répondre?

Cette décision fut prise sur la motion de Ducos, un des membres de la députation de Bordeaux 3.

1. Le Mémoire secret, adressé par Louis XVI à ses frères ' f publié par la Revue rétrospective (183:3-1835, seconde ^ciie, t. II, p. 50 et suivantes), démontre jusqu'à l'évidence a fausseté de l'accusation portée par Petion contre le roi. — ^|\v. aussi les Hémoires de M. le baron de Goguelat (t. III - Mémoires de Tous, Paris, 1835).

-. Moniteur, n" 348.

. Ibid.

Quelques instants après, Louis XVI était introduit à la barre. Lorsqu'il entra dans la salle conduit par Santerre, — la main de ce dernier était posée sur le bras du roi, — les bougies étaient déjà allumées. Il s'assit à la même place que le jour où il avait accepté la constitution. Cette singularité, qui frappa tous les assistants, tenait à une circonstance que nous avons déjà signalée, à ce que les distributions intérieures de la salle du manège avaient été, au mois de décembre I79I, modifiées d'après un nouveau plan qui était le renversement complet de l'ancien. L'interrogatoire dura cinq heures, pendant lesquelles la fermeté du roi ne se démentit pas un seul instant. 11 montra une présence d'esprit, un calme, une dignité, qui ont arraché des cris d'admiration à ses plus mortels ennemis, à Marat lui-même, qui écrivait le lendemain dans son journal : « Il s'est entendu cent fois appeler Louis sans montrer la moindre humeur, lui qui n'avait jamais entendu résonner à son oreille que le nom de Majesté ; il n'a pas témoigné la moindre impatience tout le temps qu'on l'a tenu debout, lui devant qui aucun homme n'avait le droit do s'asseoir. Innocent, qu'il eût été grand à mes yeux dans cette humiliation i ! » La série des questions dressée par la Commission des vingt et un étant épuisée, le président annonça à Louis XVI qu'on allait lui présenter les pièces servant de base à l'accusation. Voici comment les Révolutions de Paris, assurément peu suspectes de faiblesse à l'endroit du ci-devant roi, apprécient la manière dont le député chargé de lui. communiquer ces pièces, s'acquitta de sa mission :

Le secrétaire, chargé de communiquer les pièces à Louis Capet, remplissait sa mission avec un air de mépris et d'inhumanité révoltant dans un juge. Placé devant le prévenu, il lui

Journal de la République française, par Marat, TAmi du peuple.

LA LÉGENDE DES GIRONDINS loO

remettait les papiers par-dessus son épaule, sans se détourner, sans le regarder; et lorsque Louis niait l'authenticité de certaines pièces, ce député lui disait d'un ton ironique : ah ! ah ! L'on a remarqué dans le procès du roi d'Angleterre que Charles est le seul à qui il soit échappé de pareilles exclamations; mais tout est permis à l'accusé ; les juge-, au contraire, doivent se tenir dans les bornes les plus exactes de la retenue et de la circonspection, et se garder d'insulter à son malheur *.

Le juge qui uianquait ainsi au devoir le plus sacré, le député assez lâche pour insulter l'homme qu'il se disposait à envoyer à l'échafaud, était un Girondin : c'était Dufriche-Valazé 2.

Le 20 décembre, jour de la seconde comparution du roi et de la plaidoirie de de Sèze, la Convention décrèt<î, à la fin de sa séance, que la discussion est ouverte sur le jugement de Louis Capet, et qu'elle sera continuée, toute allaire cessante, jusqu'au jugement définitif. Le lendemain, en ettet, cette discussion commence. Si les Girondins veulent véritablement sauver Louis XVI, leur conduite est toute tracée : ils n'ont qi'à confier à un de leui-s orateurs le soin d'inaugur(;r le débat par un discoui^ en faveur du ci-devant roi. Un des principaux membres de la Gironde, un des familiers de Mme Roland, Barbaroux, est bien monté à la tribune dans la séance du 27 décembre, mais P'jur réclamer dans un langage d'une violence inouïe la mort de « celui qui s'appela le roi des Français 3 ».

i. Les Révolutions de Paris, n» 179.

l. Moniteur, n» 348. — Mémoires de Barère. — Les journaux girondins eux-mêmes furent obligés de se faire l'écho des sentiments d'indignation qu'avait provoqués la conduite de Valazé. On lit dans le Courrier des départements, no du 14 décembre 1792 : « Nous avons wx avec regret que Valazé aujuel nous rendons une éclatante justice, ait mis une sorte de froideur dans ses questions, auxquelles un extérieur négtîgé et fatigué donnait une teinte d'aspérité qui a été remarquée désagréablement. »

Opinion de Charles Barbaroux sur les moyens de

;'ense de Louis Capet.

Pendant les dix jours que dura encore la discussion ■ sur le jugement de Louis Capet, — cette discussion \ fut fermée le 7 janvier 1793, — pas un seul Girondin ; n'éleva une protestation en faveur de Louis XVI. Leurs ,.; principaux orateurs prirent cependant la parole. Bris- ; sot, Vergniaud, Gensonné, Petion, Buzot, furent enten- | dus. A l'exception de Vergniaud qui, dans son discours | prononcé le 31 décembre, discours admirable d'ail- ■ leurs et l'un des plus éloquents qui aient jamais retenti ^ à la tribune française, ne s'occupa point de l'applica- < tion de la peine, tous déclarèrent, comme Barbaroux, \ que Louis devait être condamné à mort. ''.

Buzot : « Auteur des maux de la France, il 'tnêrite \ la tnoi't... Cet arrêt terrible ne peut jamais être pro- ; nonce par un homme contre son semblable sans un ' sentiment pénible et douloureux, je le ressens ; mais, \ devant la justice éternelle, je me présente avec Louis, \ je vois son ombre entourée des ombres de ceux qui ■ ont péri à Metz et à Nancy, au Champ de Mars et aux Tuileries. Les malheureux habitants de la Champagne . s'élèvent contre lui ; les volontaires que moissonna ï cette guerre demandent justice. Je rappelle toute ma I fermeté ; je prononce le jugement sévère que m'a dicté \ ma conscience ; j'ai rempli ma tâche i. » )

Brissot : « Que Louis soit coupable du crime do , haute trahison, qu'il soit digne de la niort, c'est un i double point sur lequel il ne peut rester aucun doute. . . , | et j'obéis à ma conscience en le condamnant 2. » ■

Gensonné : « Quand les tribunaux condamnent cha- | que jour au dernier supplice les complices de Louis, J comment le chef de la conspiration n'aurait-il pas | encouru la même peine ? Je vote donc pour ranirina- | tive de ces deux propositions : Louis est coupable, j Louis a mérité la mort 3. » "l

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