Patriote français, ii
LA LÉGENDE DES GIRONDINS lîl
assignait tour à tour à la députation de chaque département l'avantage de voter la première, la priorité appartenait cette fois à la Haute-Garonne ; la députation du Gers venait la seconde et celle de la Gironde la troisième. Lorsque Vergniaud, de son fauteuil de président , se leva pour formuler son opinion, vingt et un députés seulement avaient voté ; sept cents devaient voter après lui 2. Qui peut dire combien, parmi ces sept cents, auraient émis un vote de clémence, si V^ergniaud, le puissant orateur, le chef de parti, le président de la Convention nationale, leur eût donné l'exemple !
Vergniaud vota la mort.
La députation de la Gironde comptait douze membres. Neuf votèrent la mort : Vergniaud, Guadet, Gensonné, Ducos, Boyer-Fonfrède, Jay de Sainte-Foy, Garraud, Duplantier, Deleyre.
Il en fut de même, à de rares exceptions près, de tous les membres qui marquaient dans le parti girondin : Petion, Buzot, Barbaroux, Lasource, Isnard, Boileau, Carra, Rebecqui, Larevellière-Lépeaux, Dulaure, Duprat, Chambon, Penières, Lidon, Lesage (d'Eure-et-Loir). Brissot et Louvet votèrent pour la mort avec sursis jusqu'à la ratification de la constitution ; Dufriche-Valazé, pour la mort avec sursis jusqu'à ce qu'il eût été prononcé sur le sort de la famille de Louis Capet ; Biroteau, pour la mort avec sursis jusqu'à la paix et après l'expulsion des Bourbons. Quant à Condorcet, ce philosophe trouva piquant
1. Le Barreau de Bordeaux de 1775 à i805, par Henri Chauvot, p. 219. •
i. Le nombre des votants fut de 721. La majorité absolue était donc de 361. Or, les votants pour la mort sans restriction furent précisément au nombre de 361, c'est-à-dire que la majorité fut seulement d'une demi-voix au delà du chifl're indispensablement nécessaire. Comment douter dès lors que si Vergniaud, président, se fût prononcé contre la mort, cette peine n'eût été écartée à une assez forte majorité ?
de voter pour la peine la plus grave dans le Code pénal et qui ne soit pas la mort. — La surprise fut générale ; de tous les côtés de la salle, on lui cria : Mais quelle peine ? — La peine de la loi, répéta-til, la peine la plus sévère après la mort i. Le cidevant marquis réclamait tout simplement pour Louis XVI la peine des galères !
Le 19 janvier, un nouvel appel nominal eut lieu sur cette question :
Y aura-t-il sursis, oui ou non, à l'exécution du décret qui condamne Louis Capet?
L'appel commença par le département du Gers. Lorsque vint le tour de la Gironde, neuf députés seulement avaient voté.
Le plus récent historien de la Gironde, M. C.-A. Dauban, dit que « Vergniaud et presque tous ses amis votèrent pour le sursis 2. » C'est une erreur. Vergniaud vota contre le sursis, ainsi que presque tous ses collègues de députation : Gensonné, Ducos, Deleyre, Garraud, Duplantier, Jay de Sainte-Foy, Boyer-Fonfrède. Cette fois encore, l'exemple de Vergniaud fut suivi par la plupart des Girondins : Barbaroux, Rebecqui, Lanthenas, Carra, Gorsas, Dulaure, Lidon, Penières, Mazuyer, Duprat, Boileau, Larevellière-Lépeaux, Lasource, Isnard. Quelques membres de la Gironde, il est vrai, Buzot, Louvet, Brissot, Biroteau, Dufriche-Valazé, se déclarèrent pour le sursis ; non qu'ils aient cédé à un sentiment de pitié ou de sympathie pour Louis XVI, — ne venaient-ils pas de le condamner à mort quelques heures auparavant ? —.mais, au moment de l'envoyer à l'échafaud, ils hésitaient, redoutant, si Louis disparaissait, de le voir remplacer par Philippe d'Orléans.
« J'ai l'intime conviction, disait Buzot, que l'on