DIDEROT ET M"" VOLAND
plus à plaindre des maris, et chose étrange, Diderot ne put jamais lui pardonner de l'avoir supplanté dans l'alïection de cette inconstante beauté, d'avoir été à sa place, victime du caractère insupportable de celte femme, tout à la fois légère et irascible. Chaque fois que le nom du peintre venait sous la plume du philosophe jaloux, il ne manquait pas de l'accompagner des épithètes les plus dures. Les lettres à Falconet, les comptes rendus des Salons prouvent que le pauvre grand artiste ne trouvait nulle grâce auprès du crilique cl que non content de malmener l'homme, Diderot })rcnait presque plaisir à s'égayer de ses œuvres. Elles n'étaient pourtant que la reproduction sur la toile des scènes sentimentales et bourgeoises des ouvrages de Jean-Jacques; mais le philosophe élail intraitable sur ce point. N'cùt-il pas été plus humain de se contenter de voir Mlle Babuty se charger si complètement de sa vengeance ? Econduit une première fois et fort marri de son échec, Diderot se lourna vers le monde du théâtre. La Lionnais, de l'Opéra, parvint à le retenir, mais peu de temps seulement, car à cette époque, il songeait vraiment au mariage et entamait les très longues et très difiiciles négociations qui dînaient aboutir à une union ardemment souhaitée.
Le mariage accompli, il était permis d'espérer que le jeune homme ardent au plaisir se calmerait et laisserait s'éteindre dans le passé des désirs, des besoins de vie libre qui ne méritaient même plus un souvenii' ; qu'il se consacrerait tout entier à l'élude <|ui l'attirait et au foyer qu'il venait de fonder. Il n'en fui rien. A peine depuis dix-huit mois en ménage, la jeune femme dut se rendre à Langrcs auprès de son beau-père qui l'appelait. Diderot prolita de cette absence pour se jeter dans les bras de .'VJUK' de Pui-
sieux qu'il avait rencontrée chez d'Holbach. Il vécut avec elle, abandonnant sa femme sur le point de donner naissance à une enfant qui devint plus tard Mme de Vandeul. Dans une courte mais intéressante notice sur son père, insérée par MM. Assezat et Tourneux dans leur édition complète des œuvres du philosophe, elle raconte tous les détails de cette existence étrangement éhontée. Et pourtant, Diderot était pauvre ; son père, petit coutelier chargé de famille, s'était épuisé au travail pour élever ses quatre enfants. Il n'avait certainement rien donné à celui d'entre eux qui allait épouser une jeune femme aussi pauvre que lui ; tous deux avaient pris logement au quatrième étage dans une maison de la rue Taranne, vis-à-vis la rue Saint-Benoit ; la bibliothèque du philosophe était au cinquième ; il lui fallait, chaque jour, opérer cette rude ascension pour trouver et étudier les documents utiles à ses travaux. Il lui était fort agréable et fort avantageux, d'accepter l'hospitalité qui lui était offerte au Grandval chez d'Holbach, à la Chevrette chez Mme d'Epinay. 11 avait donc l'obligation, le devoir éti'oit de consacrer toutes les ressources que lui procuraient ses travaux à subvenir aux besoins de son intérieur, à assurer la vie et l'entretien de sa femme, l'éducation et l'avenir de son enfant; rien ne devait être distrait de cet emploi presque sacré. Certes, Diderot était un travailleur ; jjcu d'instants, dans sa longue existence ont été volontairement enlevés au labeur; il n'en est pas moins vrai que pour satisfaire aux exigences de Mme de Puisieux qui le dévorait, il écrivit ses /'cnsrcs p/iilosophii/iies. On picMcnd qu'il composa cet ouvrage du vendredi saint au lundi de PA(|ues de l'année i'/f\(\ et qu'il lui fut payé cinquante louis. Ce fut Mme de Puisieux qui reçut celte somme distraite de sa léffitime destination. Pareil fait