LES AMOURS ROMANESQUES DE ROUSSEAU
J.-.I. Rousseau. — Enthousiasme soulevé par ses reuvres. — Hommages rendus à sa mémoire. — Thérèse Levasseur. — Mmed'lloudetot. — D'Aleml)ert et Mlle de Lespinasse.
Rousseau, de tous les philosophes est celui qui a été le plus étudié ; il est par conséquent le plus connu. Ils sont innombrables les écrivains qui se sont efforcés de faire la lumière sur les relations féminines qui ont rempli son existence si tourmentée ; il les a d'ailleurs énumérées lui-même avec quelque complaisance dans ses Confessions, et tout le monde connaît Mme de \\'arens, 1 hérèse Levasseur, Mme d'Houdetot, Mme Boy de La Tour, pour ne parler que des plus célèbres. .M. Léo Claretie, dans un ouvrage intitulé : ./.-,/. liontiseau et ses amies, a condensé les renseignements un peu partout épars sur ces femmes dont quelques-unes ne doivent leur notoriéti'- (|u';'> ralTcction quelles ont inspirée au père de .Julie.
S'il a été tant étudié c'est, il faut le reconnaître, parce qu'il est de tous le jjIus intéressant : je dirai volontiers le plus sympathicpie et — chose étrange —
ce qui lui a valu d'allirer rattenlion des curieux du dix-huilième siècle c'est, eu dehors de ses ouvrages qui méritent une étude spéciale, ce qui inspire une certaine répulsion à l'endroit des autres membres de la petite église. Voltaire, Diderot, Saint- Lambert, Duclos, d'Alembert ont été de vulgaires jouisseurs, chez lesquels on n'aperçoit pas l'ombre de passion, vraie ; ils n'ont recherché que les très matérielles satisfactions sensuelles. Rousseau, lui, a vraiment aimé, il a vraiment souffert de ce mal cruel que l'on nomme l'amour; il a vraiment été un passionné et il nous a décrit — avec quel talent, on le sait — les crises de larmes, les accès de désespoir qui torturaient son cœur, comme aussi les instants d'espérance qu'un baiser envoyé du bout des tloigts, une promesse donnée en même temps qu'un tendre adieu faisaient naître dans son âme profondément troublée. Rousseau, c'est une sensitive. Non seulement la chair crie chez lui ; elle a même des moments de souffrance terrible qu'il raconte avec une émotion parfois malsaine, surtout dans ses lettres à Mme d'IIoudetot. Alors, tout son être moral est affecté, vibre à l'unisson de sa personne physique. Son cœur soufTrct-il ? Aussitôt, il sent se réveiller les maux qui seront le tourment de sa vie entière. A-t-il éprouvé un moment de joie intense pendant une entrevue avec Mme d'IIoudetot sous l'acacia d'Eaubonne? — Son cœur déborde et son corps en est transfiguré. C'est la santé revenue, c'est la force, c'est l'énergie (jui <>nl repris leur empire. Celle femme, c'est sa vie, tandis que Thérèse qui, conlinée à l'Ermitage hurle de jalousie et épanche sa soulTr'ance dans le cœur égo'istc de Mme d'I^pinay, c'est l'Iialiitude et par conséqueiil la lassitude, l'indifférence. Ce sont ces douleurs et irs joies que Rousseau Irnduisail, aussitôt dans srs