ROUSSE.VO. SES ADMIRATEURS
gner son affection et il lui disait: « Souvenez-vous, vous qui aimez et lisez la Julie, qu'on n'a pas tout perdu sur terre quand on y retrouve un ami '. » Mais c'est surtout chez ses contemporains, chez ceux qui vivaient de son temps, au milieu d'une société imprégnée de ses idées, de ses théories, de son inlluence, qu'il faut aller chercher la preuve de l'importance qu'a eue l'œuvre pourtant si illusoire et si fausse du philosophe de Genève. La séduction a été si complète qu'elle s'est emparée de toutes les classes sociales, comme aussi de tous les hommes quels que fussent le genre de leurs travaux et la nature de leur esprit.
Delambre, un grand astronome, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, un esprit scientifique, donc positif, qui ne semblait pas susceptible de se laisser prendre aux rêveries de Julie et au sentimentalisme A' Emile, était, depuis 1769, en échange de correspondance avec le fils de Favart et, dans une de ses lettres, pleine de réticences et rendue par là plus curieuse, il lui parlait ainsi de Rousseau : « Si j'ai été enchanté de la lecture de la Nouvelle Hêloïse, moi profane, moi étranger à tous ces mystères, quels transports dois-tu éprouver, toi qui..., tu te souviens?... mais je suis discret. Mais, tu recommences r//(''l()ïse, as-tu fini VEinile, en as-tu lu le quatrième volume? Vois les amours d'Emile, vois le portrait de sa maîtresse, son mariage, vois... Si tu n'étais pas un Caton à présent, je te dirais que Sophie le dégoiUe des Mmes 'V... qu'il faut partager avec un M. M... '-. »
Ce sont donc les esprits les plus divers qui ont été séduits par l'œuvre de Jean-Jacques, les savants les plus illustres — << étrangers à tous ces mystères — »
1. Noël (^iiauavay. Diilleliii d'auliuiraphea, l'évricr 1S)0."), n" Ti.KM.
2. .\oi;l (jiaha\ay, Vente d'auloijrxphes du 16 niui 11107, ii" 'M.
qui manifestaient leur admiration à ceux qui, comme Favart, avaient puisé dans leur éducation et aussi dans les exemples recueillis au foyer paternel le tempérament qui devait les rendre plus accessibles au sensualisme, le fond même du roman de Rousseau, et Bernardin de Saint-Pierre, le vrai disciple de ce maître, qui comme lui sentimental et romanesque, était profondément spiritualiste puisqu'en 1798, en réponse à ses collègues de l'Institut qui voulaient l'empêcher dans un rapport sur un concours de prononcer le nom de Dieu, il affirmait énergiquement sa croyance en la divinité et les conjurait de déclarer : « qu'ils regardent l'existence de Dieu comme la base de toute morale ' », Bernardin de Saint-Pierre écrivait au comte d'Anlraigues, alors ambassadeur à Constantinople, qui lui avait offert un portrait de Rousseau : « Je le recevrai avec plaisir sur une tabatière d'olivier ou de quelqu'autre bois analogue à la simplicité de celui qu'il représente et de la plante champêtre qui doit en couvrir le fond et que Jean-Jacques a cueillie et arrangée de ses propres mains. Si vous écrivez autour : « Portrait de J.-J. Rousseau, donné à J.-B.- '< H. de Saint-Pierre parleur ami commun le comte »< d'Antraigues », cet entourage de lettres tracées de votre main me sera plus précieux qu'un inlcuirage de diamants'. »
C'était donc un véritable culte ipio l'auteur de Paul et Vir(jinie professait pour son maître et ce culte il est passé dans l'àme de la nation elle-même car voilà que les honneurs publics vont solenniser la mémoire de Rousseau. Le 12 novembre 1791, en vertu des décrets des 21 décembre 1790 et :>7 septembre 1791 , le pouvoir exécutif chargea le célèbre sculpteur lloudon
1. C.aU de ta vente de la colleclioii d'uni. Hathenj. 24 avril \^iô7.