‹ La légende des "philosophes"Chapitre 30 sur 70 · Cat. de la venlc d'au!. 11. Fillon, n · texte numérisé non relu

Cat. de la venlc d'au!. 11. Fillon, n

du Mérite. Le roi prit la chose comme il la devait prendre : Voltaire perdit son procès qu'il ne pouvait gagner et reçut l'ordre de ne plus remettre les pieds à la cour. Il continua de correspondre avec le souverain, mais leurs très intimes relations cessèrent à partir de cette époque. Et l'affaire fit du bruit, car Themiseul de Saint-Hyacinthe l'auteur du Chefdœavre d'un inconnu, écrivait à Burigny de l'Académie des inscriptions : .

« Ètes-vous bien sur, mon cher ami, que Voltaire puisse me desservir en Prusse? — Est-ce donc un faux bruit que celui qui s'est vu même dans les Gazettes, qu'il était sorti de Berlin très disgracié de la cour? comme je ne doute point de sa mauvaise volonté et de l'impudence de son caractère, s'il a part au.x bonnes grâces du roi, j'y renonce. — Saint Hyacinthe ne peut pas partager les bonnes grâces qu'on accorde à Voltaire '. »

Evidemment Burigny, au courant des projets de son ami, l'avait mis en garde contre l'animosité de \"o]taire qui n'avait jamais pu pardonner au pamphlétaire d'avoir usé à son endroit des procédés dont il se servait lui-même à l'égard des autres.

Rien ne l'irritait comme la contradiction ; il a passé sa vie à se plaindre, à dénoncera la police tous ceux qu'il soupçonnait d'être les auteurs des libelles qui circulaient sur son compte et les libraires qui en i'aisaicnt la vente, au lieu de traiter ces misères avec le dédain que lui permettait sa haute situation littéraire. Il en fatiguait l'administration et, en marge dune lettre que, le ii juillet ly'iC), il écrivait à Hérault, lieutenant de police, pour lui demander : « l'arrcslatioii du nf)Uimé Travenol, un scélérat leconnu,

l. .Nœi. CiiAiiAV.^Y, Bulletin d'aulonraphes, octobre 1900, n" riSll4.

disait-il, qui pendant dix ans a inondé le public de libelles scandaleux et de la femme Folio, demeurant j)lace du Louvre, qui est la receleuse de toutes les borreurs qui se débitent dans Paris », on lit l'annota lion suivanle :' " M. de Maurepas m'a dit de me tenir tranquille et de ne point faire de réponse'. »

(Juand ce ne sont pas les libraires, ce sont les hommes de lettres qu'il dénonce ; tous les moyens lui sont bons pour tirer vengeance de prétendus outrages dont il n'a nullement la preuve, et il suffit qu'il soupçonne l'un d'entre eux d'avoir effleuré sa réputation ou son talent, pour qu'aussitôt il cherche à lui nuire. Le 9 décembre lySo, Baculard d'Arnaud était l'objet de ses poursuites haineuses: il écri\ail à la Mai-grave de Baireulh :

« Vous savez sans doute. Madame, que le roi a ordonné à M. Darnaud de partir dans vingt-quatre heures. Il est à Dresde où il se vante des bonnes fortunes de la cour de Berlin-. »

Il est inutile de dire que Baculard, qui avait enfreint les ordres du roi de Prusse et espérait passer inaperçu à Dresde, connut les désagréables consé- ([uences de cette malveillante dénonciation.

L'abbé Prévost, l'auteur de ce petit chef-d'œuvre qui s'appelle Manon Lescaul, n'a-t-il pas été l'olijet des rancunes de Voltaire parce qu'il n'avait pas, croyait-il, parlé suivant son gré de sa tragédie : la Morl de César] Le pauvre abbé en ét^iit désolé et il écrivait à Thiériot : « qu'il n'est aucune occasion où il ne s'empresse de se dire l'admirateur de M. de Voltaire, bien ([u'il ii'ail |ias paih'' de lui en de bi(;n bons

1. Tr.ivcnol et Mannoiy avaienl piil)lié un reruoil satirique inlilulr : Vollairiana ou Elor/es amphir/oitriiiues ilel'r. Marie Arroitel de Votlnire.

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