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3. NoEl. CriARAVAY, lUilIrlin (/'((///., il(^ IV-vi'icr l'."i7, n" .".1 2.
L Cal. lie la vente il nul. ,1e M. ISovel, ir L'!l(!.
Mais, celait là, pour \'oltaire de simples désaccords, des querelles habituelles, la monnaie courante qui lui servait à écouler peu à peu la provision de haine, de rancune, de bile recuite qui, chaque jour, s'augmentait davantage ; il en servait un peu, tantôt à l'un, tantôt à l'autre, heureux quand il avait occasionné une blessure un ])eu sérieuse, furieux lorsque l'adversaire piqué, se retournait et ripostait de la même encre. Il en est ((uelques-uns qu'il traita surtout en ennemis, auxquels il porta les coups les plus rudes, il faut ajouter les plus injustes, ce sont : J.-.I. Rousseau, J.-B. Rousseau, l'abbé Desfontaines, Fréron, et Angliviel de la Beaumelle. Je laisse de côté et l'abbé Trublet et Marin le censeur, et Mauperluis auquel il fit payer chèrement ses velléités d'indépendance ; ils n'ont été, comme ceux dont j'ai cité la correspondance que des victimes occasionnelles, celles auxquelles le maître songeait lorsqu'il avaitbesoin d'exercer sur quelqu'un sa verve satirique, et que les ennemis sérieux ne lui en fournissaient pas l'occasion. Il n'est pas difficile de le rencontrer à chaque instant de sa vie prenant à partie, avec sa violence habituelle, l'un de ceux auxquels il a voué une iiaine féroce. On se doute bien que dans ces circonstances qu'il se plaît à faire naître, il le prend de très haut, les injurie avec élégance et les maltraite avec esprit ; mais il en est auxquels il s'attaque chaque jour, sans leur laisser aucun répit, aucune Irève, et à l'égard de ceux-là, il a été d'une injustice flagi-antc, parfois d'une méchanceté qui devient une haine sauvage, malhonnête et qui ne r(>liausse pas, tant s'en faut, son caractère.
.lean-.lacques, auquel il témoigna longtemps une certaine sympathie, lui devint odieux à la suite de la pubiiratinn do sa Lellre sur les speclarlcs et, entre
ces deux hommes, dont le talent eût dû se limiter ;'i écrire des œuvres destinées à devenir l'honneur de la littérature, au lieu de se dépenser en querelles violentes qui ne leur attiraient que les quolibels des sens de lettres, la guerre fut allumée ; il ne l'idlut pas moins que leur mort pour mettre un terme aux invectives de ces deux ennemis acharnés.
D'Alembert qui venait de faire paraître dans l'Encyclopédie, son article sur Genève, était entré tout à fait dans les vues de Voltaire qui, dit-on, y avait collaboré. Demander au grand conseil de la petite république d'établir à Genève même un théâtre, c'était faire battre de joie le cœur du poète qui, à Lausanne, sur les bords du Léman, avait fait construire une salle dans laquelle il jouait ses propres tragédies et qui recevait chaque jour les hôtes les plus illustres appelés par le patriarche pour l'applaudir et admirer la grosse Mme Denis qui, disait-il, jouait comme un ange.
L'article fut mal accueilli. Déféré au Parlement, les magistrats songèrent à exiger des cartons, mais comme il n'était pas possible, dit Voltaire ', d'aller proposer un carton à tous les souscripteurs qui avaient reçu le volume, le Parlement se ilécida à condamner l'article. Il n'eut pas d'ailleurs une meilleure fortune à Genève même ; d'autant que la question de l'établissement d'un tliéAtre sur le territoire de la République n'était pas la seule qui y fût traitée ; d'Alemberl y Imiail siirloul licaucoup l'église cah iniste de n'être pas clirélicnne. «' ^'ous savez, (■(■rit Voltaire à M. de Tressan-, que ces prêtres en ont été
•1. Correspondance générale de Wtllaire. Lettre à Mme île fontaines.
2. Correspondance générale de Voltaire. 'Lettre à Mme de Fontaines.
VOLTAlniC KT J.-J. liOlISSEAU
liés ébaubis ci qu'ils oui fait une Ijelle profession de foi dans laquelle ils résument pour solde totale qu'ils ont de la vénération pour Jésus et qu'ils croient en Dieu. Leurs voisins leur reprochent à présent d'avoir autrefois brûlé Servet et daller aujourd'hui plus loin que Ser\et. C'est un bon ariicle pour l'histoire des contradictions de ce monde. »
Bref, l'article de d'Alemb(Tt fut condamné à Genève comme à Paris ; mais Voltaire, qui en était l'un des auteurs, en avait gros sur le cœur et, partout, il épanchait sa bile contre ces protestants qui faisaient la guerre à l'Encyclopédie. Le supjdice de Servet était, entre ses mains, une arme excellente et, il sut s'en servir. Il écrivait de Lausanne à un ami : <' Il — Servet — fit prier M. .lehan Calvin ou Chauvin de demander au moins des fagots secs, et maître .lehan répondit qu'il ne pouvait, en conscience, se mêler de cette affaire. En vérité, si un Chinois lisait de ces horreurs, ne prendrait-il pas nos disputeurs d'Europe pour des monstres • » ?
Organiser un tliéàtre à Genève? apporter la démoralisation dans sa patrie ?... Comme le dit M. .Jules Lemaître, le sang calviniste de Rousseau ne lit qu'un tour. Il écrivit sa Lettre sur les spectacles. » Qu'estce que c'est qu'un livre de Jean-Jacques contre la comédie ? — demande Voltaire à Thieriot — Jean- Jacques est-il devenu Père de l'Eglise '? »
Non, mais il avait bien compris que le seigneur de h'(!i nev avait mis la main à cet article dont la leclur(; l'avail indigné et, après avoir répondu à d'Alemi)(Mt, il lésolut de pas ménager Voltaire. Il lui écrivit
1. Noi'.i, ('.iiai:a\ AY, l'.al. ilf lu vnilc d'uni, ilii i*> janvier U'O."), Il' l.-.l.
2. (^orresjjondance (jénérale de \'ollairc, 1" scplemlirc 17.">s.
une longue lettre dans laquelle une phrase surtout visait à toucher Thomme qui, d'après lui, nétail qu'un faux philosophe. Le coup porta. Voltaire se tut quelques années; mais chaque fois que le nom de Rousseau venait sous sa plume, la phrase qui l'avait si profondément blessé se glissait presque malgré lui dans son esprit et, instinctivement, il la traçait sur son papier.
« Rousseau, dont vous me parlez, écrivait-il le 27 juin 1764,3 Mme duDefïand, m'écrivit il y a trois ans ces propres mots de Montmorency : « Je ne vous aime « point. V^ous donnez chez vous des spectacles; vous ti corrompez les mœurs de ma patrie pour prix de « l'asile qu'elle vous donne. Je ne vous aime point, « Monsieur, et je ne rends pas moins justice à vos « talents '. »
Cette phrase, \oltaire l'avait toujours présente à la mémoire. La Lettre sur les spectacles avait depuis longtemps produit son effet. En 1764, la Nouvelle Hcloïse avait paru, VEinile venait de voir le jour, mais le souvenir de cette apostrophe virulente, ce : je ne vous aime pas, Monsieur, était resté vivacc dans l'esprit du poète et, sournoisement, sans en rien dire à personne, il préparait sa réponse et, sa réponse, ce fut Candide.
Eh bien! on peu! iicnser de Rousseau ce qu'on voudra, letraiter de fou, de monomanc, d'illuminé; lui reprocher d'avoir par ses idées étranges sur l'éducation, sur le pacte social plongé la France dans un abîme d'où elle ne sortira pas de longienqis ; on ne peut s'empêcher cependant d'entourer d'un certain respect cet homme qui n'hésita pas à rompre en visière avec les puissants du jour alin do tlé-