Vultuire. Curresponduncc ijéncralc
(levai! apporler à son destiiuilaire l'assurance de relations donl la cordialité ne semblait pouvoir être altérée par rien. — \'oltaire annonce son voyage ; Rousseau s'apprête à le recevoir comme un hôte auquel on doit un accueil empresse. Les voilà ensemble à Bruxelles ; la Henrinde est surtout l'objet de leurs entretiens, et ils se séparent lirouillés au point que Voltaire, suivantsa déplorable habitude, accabledeses sarcasmes, devant celui quel qu'il soit, avec (jui les hasards delà vie le mettent en relations, l'ami auprès duquel il était allé chercher les conseils les plus autorisés. Si bien que J.-B. Rousseau, à partir de ce nuiment, dut ajouter le nom de Voltaire à la liste déjà longue de ceux qui applaudissaient à son exil.
11 faut croire que le motif ignoré de cette rancune était bien grave, car elle résista à toutes les sollicitations. En 17-35, l'abbé Desfontaines qui ne manquait pas d'esprit et avait la plume assez alerte, était en relations suivies avec Voltaire qui avait recours à lui pour agir sur l'opinion par des écrits lancés à propos et destinés à produire un effet voulu. Il se crut autorisé à écrire à .J.-B. Rousseau: « 11 sollicitait l'honneur d'être en relations avec lui ; il avait eu de très grandes querelles à son sujet avec Voltaire (|ui est, disait-il, mon ami dc^juis l)ien des années. Il lui représentait combien il était triste de voir les deux poètes les plus illustres du siècle se déchirer entre eux. Enfin, Monsieur, ajoutait-il, je me suis mis dans l'esprit de vous réconcilier '. »
Ce projet, qui partait assurément d'un bon naturel, eut un résultat déplorable. Non seulement Voltaire ne se réconcilia point avec Rousseau, mais il devint l'ennemi de raiiin- (|Mi. à parlir ih; ce jour, connut les
1. Nor.r. CiiAiiAVAV, /;;(//(■/(// il',iiil(i(/raiilie.<. (idoliii' l'.iO'i, n- ."i:>2i;<;.
morsures de ce doguedont la colère était si dangereuse.
Ilfaut reconnaître d'ailleurs que, précisémentà cette époque, l'abbé Desfontaines commençait à baisser dans l'estime de \^oItaire, et qu'il n'était pas un intermédiaire très autorisé à négocier une réconciliation entre les deux adversaires. Il publiait alors une feuille littéraire qu'il avait intitulée : les Nouvelles du Parnasse. Ce n'était certes pas de la critique très élevée, peut-être même pas très désintéressée; nuiis enfin, elle tenait sa place dans le monde de la liltéralure et contribuait pour sa part à créer l'opinion publique sur les auteurs qui voulaient devenir à la mode et faire accueillir favorablement leurs ouvrages.
^ oltaire ne négligeait point les occasions qui se présentaient à lui de faire exalter son talent, et surtout de répondre par les Nouvelles du Parnasse aux nombreu.x libelles qui circulaient contre lui. Or, en lySÔ, il écrivait à Tbiériot « qu'il fallait toujours que. de près ou de loin, il reçût quelque talocbe de la fortune ». Il avait eu la condescendance, dit-il, de donner « sa petite tragédie de .Jules César » à l'abbé Asselin pour faire jouer à son collège avec [iromesse de sa part que copie n'en serait point tirée. Il apprenait que, non seulement on venait d'imprimer cet ouvrage, mais qu'on l'avait bonoré de plusieurs additions et corrections qu'un régent de collège y avait faites. Il élail persuadé qu'on ne manquerait pas encore de dire (|ue c'était lui qui avait fait imprimer. Ainsi, le voilà calomnié el ridicule ! " Ne pourriezvous point, ajoutc-t-il, me sauver une piiilie de l'opprobre en publiant et en faisant mettre dans les journaux que je ne suis en aucune manière responsable, mais bien très aflligé de celte misérable édition ' ? >-