‹ La légende des "philosophes"Chapitre 43 sur 70 · Correspondance (/ànérale. A la ilalo · texte numérisé non relu

Correspondance (/ànérale. A la ilalo

qu'il a pu, grâce à ses relations, lui susciter de graves difficultés, entraver sa vie par des ennuis, par des tourments qui prennent l'apparence de véritables persécutions. Pour bien connaître, pour bien comprendre cette histoire lamentable, attristante et pas mal embrouillée, il est indispensable de lire le très intéressant ouvrage que M. Taphanel a consacré à La Beaumelie. C'est de ce travail consciencieux et très documenté que sont extraits les détails qui suivent, et dès le premier pas, nous allons être mis sur la trace des événements qui ont allumé entre Voltaire et La Gondamine la guerre cruelle dont parlait le comte deTressan.

La Gondamine avait commis une faute grave, un crime impardonnable: il avail été le protecteur, l'ami et, peut-être aussi le défenseur de La Beaumelie, contre qui Voltaire prétendait avoir des causes sérieuses d'inimitié. Or, avec cet homme entier, dominateur, fort épris de lui-même, fort infatué de ses incontestables talents, il fallait être son admirateur pour être son ami.

Ge fut l'abbé d'Olivet qui, le 17 juin 1700, conduisit La Beaumelie chez Voltaire et, dans le même temps, Jacob Vernet lui procura la connaissance de Montesquieu. La Beaumelie était déjà précepteur des fils du comte de Gram, grand chandjellan et grand veneur du roi de Danemark. Il ne larda p;is à prendre à la cour de Copenhague une influence littéraire incontestable; il obtint qu'on créât à l'Université de cette ville une chaire de langue et belles-lettres fran(,;aises; se fit charger de ce cours et partagea son temps entre ses fonctions de précepteur et des travaux qui appelèrent l'attention sur ce jeune homme à peine Agé de vingt-un ans. — 11 fonda et dirigea seul une feuille de critique littéraire qu'il apjtela la

Spedalrice danoise ; il y i)ublin, eu parliculier, cinq lettres sur VEspril des lois << le plus beau livre, disait-il, qui ail encore été écrit de main d'homme », et qui avaient été très remarquées. 11 tenait à connaître Montesquieu qui n'avait pas été indifférent à cette louange, peut-(Hre un peu outrée; mais il tenait également à voir Voltaire auquel il voulait demander sa collaboration pour une édition des classiques français qu'il se proposait de publier à l'usage du prince royal de Danemark.

Au cours d'un voyage à Paris, il avait obtenu de Louis Racine, fils du grand tragique, la remise entre ses mains de papiers très importants. Ils venaient de Mme de Maintenon qui les avait confiés à son amie intime, Mlle d'Aumale et, La Beaumelle, en possession de ce précieux recueil de correspondances, l'utilisa pour le premier volume de sa vie de Mme de Maintenon.

Dès que Voltaire connut cette publication, surpris de voir entre les mains d'un écrivain jeune et à peu près ignoré des documents aussi importants qui détruisaient quelques-unes des affirmations qu'il avait émises dans le Siècle de Louis A'/î', il n'hésita pas un instant : il affirma que La Beaumelle les avait volés chez Louis Racine. Il l'écrivit à d'Argental le ;>2 novembre 1762, et à la même époque, il affirmait à Formey << que le Maréchal de Noaillcs avait le dépôt du manuscrit des Lellrcs de Mme de Maintenon ; que son secrétaire les pr(M;i à un éciiyer du roi, cl celui-ci au petit Racine. La ncauinollc les vola sur la cheminée de Racine et s'enl'uil à Copenhague. C'est un fait public à Paris. »

C'était là une accusation odieuse. Voltaire ne savait pas un mot de cette histoire qui, tout entière, est une pure invention de sa part. M. Taphanel, après

l.avallée du reste, a démontré que La Beaumelle avait iiiheté de Louis Racine le précieux manuscrit, à la condition de lui envoyer de Danemark en compensalion, « des livres, des curiosités, du thé et des fovu"rures ».

La Beaumelle, il faut le reconnaître, avait bien quelques raisons de n'être pas satisfait des bruits malveillants, outrageants même, que Voltaire propageait sur son compte; c'était faire planer autour de lui une véritable atmosphère de malhonnêteté dont sa réputation pouvait être à tout jamais salie. 11 attendit patienimenl l'occasion de se venger. Il égratigna bien un peu \'oltaire dans un ouvrage intitulé : Mes pensées, ou, Ou en dira-t-oni comme du reste il y égratignait tout le monde, même le roi de Prusse, mais il écrivit directement à Voltaire le 22 juin lySi, une lettre datée de Copenhague, dans laquelle, avec un esprit mordant et une verve un peu gamine, il aiguillonnait l'orgueil du grand homme qui, dédaigneusement, ne répondit jamais, mais bondit sous la blessure. Dans cette lettre, véritable chef-d'œuvre de fine critique et de sanglante ironie, il parlait du recueil d'auteurs français qu'ils avaient, ensemble, formé le projet d'éditer.

<( L'on n'y fera entrer, disait-il, que les ouvrages du premier et du second beau; les vôtres. Monsieur, y ont donc un droit incontestable. » Puis, il Icntretenait de Ut Henriade qui, déjà, avait amené la discorde entre .l.-B. Rousseau et Voltaire. » (Juoique pour le gros du public il n'y ait guère h corriger dans ce poème que quebpies fautes d'orthogra|)he, vous ravoiierai-je. Monsieur, j'ai été surpris de ne pas trouver des corrections |)his essentielles dans un exemplaire cpie vous avez revu a[)paremmeiit, comme le dernier que vous reverriez, puisque le pkis haut

degré de gloire où puisse parvenir un livre est d"être classique du vivant de son auteur. Je m'étais llatté que vous retrancheriez quelques morceaux, que vous changeriez quelques vers, que vous rayeriez quelques fautes de langage... Daignez, du moins, Monsieur, quand ce ne serait que pour donner quelque supériorité à mon édition, corriger trois ou quatre endroits qui sûrement, ne vous ont jamais plu. » Et il lui indiquait, en les numérotant, trois passages dont il demandait la correction.

Notez que ces remarques étaient faites sur un exemplaire que La Beaumelle avait reçu pour imprimer la Hcnriade dans son édition des Classiques et qu'il devait penser que cet exemplaire avait été corrigé et revu avec soin par l'auteur lui-même.

On peut s'imaginer la fureur de Voltaire à la lecture de cette lettre impertinente. Assigner à ses œuvres une place parmi les ouvrages du second heau, corriger sa Ilenriude comme un devoir d'écolier? Il javait loin de là aux flatteries auxquelles il était accoutumé ; mais, il eut l'art de se taire ; il accueillit même sans trop récriminer une visite que La Beaumelle lui fit à Berlin et, comme dans ses Pensées ou Qu'en dira-t-on ? le jeune écrivain s'était montré pas mal agressif pour Mme de Pompadour, poui' Voltair(> luimôme, et pour Frédéric, auquel il avait imprudemment adressé un exemplaire de son ouvrage ; comme il venait de publier une ode sur la mort de la reine de Danemark que Voltaire s'efforçait de faire déclarer détestable ; comme il avait eu des démêlés d'une nature assez délicate avec une certaine dame Coquins, dans lesquels le mai'i et la police étaient intervenus, La Beaumelle jugea à propos de quitter Berlin, d'aller à Gotha où il espérait trouver un apj)»! auprès de la duchesse de Saxe qui, d'ailleurs, était l'une des

VOI.ïAinE ET LA BEAUMELLE

amies les plus fidèles de Voltaire. Le malheureux avait bien mal choisi le lieu de son refuge. Il était à peine débarqué à Gotha, que Voltaire ne manqua pas de l'aire connaître à la duchesse régnante les bruits malveillants, les histoires mensongères, les scandales jirétendusqui avaient nécessité le départ de La Beaumelle. Un seul homme prit la défense du persécuté, Maupertuis qui, lui-même, avait eu fortement à souffrir de l'animosité et des procédés discourtois de l'auteur de la Henriade.

Mais, ce malheureux La Beaumelle était voué aux pires aventures. A Gotha, il avait retrouvé une jeune femme déjà rencontrée à Berlin, qui avait quitté cette ville après avoir soustrait des bijoux à une amie. Aucune poursuite n'avait été exercée contre elle et La Beaumelle ignorait absolument cette fïicheuse histoire. Il l'amena avec lui à Paris et la logea dans les environs de Saint-Sulpice. Voltaire eut connaissancedecetteatî'aire,mais se garda bien d'en ouvrir la bouche à personne. L'impertinent qui avait si imprudemment critiqué la Henriade, qui avait un peu ridiculi.'^é le roi des poètes, ne devait pas, ne pouvait pas jouir en paix d'actes aussi graves. Avec une patience inlassable, la patience du fauve qui guette sa proie, il attendit le moment favoral)le pour déverser sur la tète de son ennemi le sceau d'oiduros qu'il avait mis en réserve.

La Beaumelle venait de se marier. 11 vivait tran- ([uille, heureux, riche, respecté dans sa province, lorsque Voltaire redressa la tète et, sur de frapper un coup terrible, il grimaça de joie et lan(;a dans le public toutes l£s calomnies que nous connaissons déjà : et le vol des papiers de .Mme de Maintenon chez Louis iiacine ; et le vol des bijoux à Berlin attribué non [)lus à la femme cou[iable, mais à La

LA LLGliNDE DES PHILOSOPHES

Beaumelle lui-même ; el ses attaques contre Mme de Pompadour; et ses critiques contre la Henviade et contre le Siècle de Louis A'/F; et Tappui que lui avait donné Maupertuis dont Voltaire avait réussi à se faire un ennemi irréconciliable; et les conseils que lui prodiguait La Condamine à qui il avait été présenté par Montesquieu. A tous d'ailleurs, \'oltaireen voulut sa vie entière, ne pardonnant à aucun de ceux qui manifestaient quelque sympathie à ce jeune littérateur qu'il poursuivait avec une haine irréductible, une joie féroce, parce qu'il avait osé persiller le grand homme. Cette haine, il ne passa pas une minute sans songer aux moyens de l'assouvir. Un jour, il faisait citer La Beaumelle par devant M. d'.\rgenson par Mme Denis, celte petite grosse femme toute ronde, parce qu'il avait t'ait faire une édition du Siècle de Louis XIV avec des notes, u remplies de critiques qui n'ont ni sens, ni raison » et d'injures violentes contre l'auteur. Voltaire se faisait représenter à l'audience par sa sensible nièce qui obtint de d'Argenson l'arrestation du coupaldc et son internement à la Bastille. Il fallut que Montesquieu et La Condamine se missent en campagne pour obtenir sa sortie de la prison d'Etat.

Et voyez la duplicité du poète : La Beaumelle resta interné pendant six mois. Voltaire rêvait se venger des critiques mordantes dont était remplie l'édition du Siècle de Louis XIV; il tenait à se venger aussi de l'impression de la I^ucelle que, dans une lettre à. Jean-Jacques Rousseau, du mois d'août 1750, il disait » n'avoir composée que conmie un jeu d'es|)rit, un amusement ([ui ne devait pas voir le jour » ; il profita sournoisement de ce que La Beaumelle enfermé ne pouvait pas lui répondre pour l'aire paraître son Supplément au siècle de Louis XI \',

(l'uvre de colère et de haine qui ne devait en rien leliausser sa gloire.

« On dit que La Beaumelle est h la Bastille? » écrivait Voltaire à Roques en lui dédiant son nouvel ouvrage. Cela sent pas mal l'hypocrisie : Ne le savaitil pas, lui qui avait envoyé à d'Argenson pour obtenir celle mesure sévère, celle que Frédéric écrivant à milord Maréchal, appelait : « La Denis! » ; lui, qui faisait appuyer par une lettre du président Ilénaultla plainte qu'en son lieu et jilace avait déposée celle nièce trop dévouée qui, à l'audience de M. d'Argenson, Il remplissait l'antichambre de ses clameurs ! »

Vraiment, dans cette querelle avec La Beaumelle, ^'oltaire se montre sous un jour par trop brutal ; il n'a pas su atténuer la crudité, la cruauté de ses actes et il nous apparaît enveloppé d'une lumière qui n'éclaire que les traits les plus antipathiques d'un caractère pétri d'un orgueil inouï, d'une haine insatiable, de besoins de vengeance jamais assouvis et d'une audace sans bornes, sans scrupules sur le choix des moyens à employer pour écraser ses ennemis.

Ce n'était assurément pas une nature sympathique. Frédéric avait fini par le bien connaître. Comment ne l'eùl-il ])as connu? Bien qu'à Berlin, Voltaire avait eu l'aU'aire Koenig dont il n'était pas sorti à son honneur; l'affaire Hirsch à lu suite de laquelle il avait rendu au souverain, dont il n'avait reçu que des liontcs, « la clé et la croix »; l'affaire Mauperluis auquel, par tous les moyens, il entendait faire enlever la présidence de l'Académie de Berlin pour se faire nommer à sa place. Il avait eu l'audace de faire ini])rinu;r par ruse, pour ridiculiser le savant dont il amliilioniiail ht dépouillr la Diulribc du ducleiir

Akakia, libelle indigne, qui fui brûlé par la main du bourreau; aussi le roi de Prusse s'adressaul à Georges Keith, son ministre plénipotentiaire en France, lui écrivait: « Vous pouvez dire partout que cet homme sétant rendu odieux à tout le monde par ses fourberies, friponneries, et méchancetés, j"ai été obligé de le chasser *. »

Sorti de la Bastille, La Beaunielle reprit sa plume et publia une Réponse au Supplément au Siècle de Louis XIV, qui écrite avec calme, sans passion violente mais avec une impitoyable ironie et une inattaquable logique, ferma la bouche à \'oltaire. Pendant cinq années, il laissa croire qu'il avait oublié sa vengeance. « Il parut assommé du coup, dit Sabatier de Castres, et l'ellet de son étourdissement fut de laisser M. de La Beaumelle tranquille pendant cinq ou six ans. »

Mais, la vie calme était-elle }iossible, lorsqu'une fois on avait eu le malheur de lutter avec un tel adversaire à coups de brochures ou de libelles injurieux? Voltaire montra bien, tout le premier, qu'il n'avait rien oublié et, la lecture des Conles de (htillaume Vudé permet de rencontrer presqu'à chaque page le nom de La Beaumelle (jui, marié, persuadé que tout était fini, qu'il n'avait plus, désormais, (ju'à vivre retiré de cette arène littéi'aire dans laquelle il n'avait que trop combattu, ne rêvait que la paix, il avait épousé la sœur de Lavaysse qui avait été impliqué dans l'affaire malheureuse de la famille Calas dont il était l'ami ; et La Beaumelle, bien que protestant, fiancé à la sœur de l'une des victimes de cette Iraii'édic, avait eu le courai!o de défendre avec

1. LeUic cilée p^ir M. Taimiami.. d;ins La lleatimellc el SninI- Cyr.

toute son àme, sur les lieux mêmes où il s'était accompli, disait-on, ceux que' la justice s'efforçait de convaincre de ce prétendu crime. Attitude, certes, moins tapageuse, mais plus utile peut-être, plus courageuse certainement que celle de Voltaire qui, de loin, se bornait à publier des mémoires justificalifs.

Tout est terminé, semble-t-il ; les Galas, leur innocence reconnue, ont été mis en liberté ; ils ont été royalement indemnisés ; Dupré, le Capitoul qui avait été l'artisan de cette tragique affaire, devenu l'objet de la réprobation universelle, a été destitué et s'est précipité du haut de sa maison dans la rue pour échapper au remords qui le poursuivait ; Carmontelle, en publiant à grand succès son estampe célèbre, a fait connaître au monde entier la sombre histoire de » la malheureuse famille Calas ». — Hn'y a plus qu'à dormir sur de pareils lauriers. — Voltaire ne pardonne jamais. Il avait appris par Lavayssepère avec qui il avait été en correspondance à l'occasion de la rédaction de ses mémoires jutificatifs, que La Bcaumelle avait épousé sa lille et s'était mêlé activement à la défense des accusés. 11 le retrouvait donc toujours à ses côtés, cet auteur audacieux qui osait lutter avec lui ! Il voulut en finir, frapper le dernier coup et, pour y parvenir, il usa de procédés odieux, il employa les pratiques des hommes de basse conscience : il écrivit au beau-père de son ennemi, il écrivit à la jeune femme elle-même des lettres honteuses, qui font rougir tous les admirateurs de l'esprit et des talents incontestés de Voltaire et (pii leiu- font se demaiulcr comment il est possible tpi'un tel liounnc soit tombé aussi bas.

Non seulement il a tenté de brouiller La Beaumellc avec sa famille, de le séparer d'avec sa femme, de jclcr la discorde dans un jeune ménage uni, heureux,

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qui ne demandait qu'à oublier à loul jamais jusqu'à son nom. C'est déjà abominable. Il a eu le triste courage de prétendre avoir reçu de Lyon quatre-vingtquinze lettres anonymes dont il ne montra jamais que la dermière — la seule — disait-il, qu'il eût conservée. Il l'envoya au ministère en accusant La Beaumelle d'être l'auteur de cett(; correspondaiice, renouvelant d'ailleurs, pour la centième l'ois, l'accusation d'avoir, dans ses notes du Siècle de Louis XIV, outragé et calomnié toute la t'aniille royale. Dans sa lettre d'envoi à M. de Saint-Florentin, il soutenait que La Beaumelle emprisonné à La Bastille avait été puni d'une peine trop légère et il réclamait un cliàtiment énergique.

La Condamine, qui avait donné l'hospitalité au jeune ménage, outré d'un tel acharnement, d'une haine si persistante et si agissante, se mit en campagne pour sauver son ami. Il usa de l'intluence de tous les gens en situation qu'il connaissait ; on convint de faire fuir La Beaumelle. Déjà, on lui avait fait délivrer un passeport, il se préparait à partir; mais vaincu par les préoccupations, les inquiétudes, les soucis, il tomba malade. Voltaire, averti, obtint du roi une lettre de cachet, interdisant à son inl'oi-tunée victime de sortir du royaume.

La mort seule délivra La Beaumelle de cette persécution inouïe. \ oilà quelle a été l'œuvre de \ Oltaire ; voilà ce qu'était l'âme de cet homme dont on célèbre avec admiration l'esprit sarcastique cl bien français, la langue pure et admirablement claire, la facile versitication, et tout le monde est disposé à s'associci- à cet hommage, parce cpic N'oltaire a vraiment été une des gloires littéraires de notre pays. Tou les ces brillantes (jualités, si elles eussent été accompagnées de l'esprit religieux qui aurait mis unfrcinà son

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incommensurable oryiu'il ; qui lui aurait iiisjiiré la commisération pour tous les malheureux et non pas seulement pour ceux qui pouvaient llattcr son immense vanité et accroître son besoin de renommée, comme les Calas, les Sirven et la nièce de Corneille ; qui lui aurait donné la bonté grâce à laquelle on ne se laisse jamais aller à ces basses vengeances, à ces haines monstrueuses, tares indélébiles |)our sa mémoire, eussent fait de lui un homme digne non seulement de l'admiration, mais du respect de la postérité.

Je n'ai fait qu'analyser très brièvement l'ouvrage de M. Taphanel. 11 faut le lire; il donne des hauls-lecœur. On ferme le livre en maudissant le faux philosophe qui, avec un ton bonhomme, écrivait en lyâo à Palissot, avec qui il venait de se réconcilier :

« J'ai eu, dans ma vie, quelques petites querelles littéraires et j'ai toujours vu qu'elles m'avaient fait du mal. Quand il n'y aurait que le temps de perdu, c'est beaucoup'. »

Il ne semble pas que sa querelle avec La Beaumelle air beaucoup ému son cœur très endurci. La lutte n'a point fatigué Voltaire, et il l'a poursuivie àprement, sans craindre de perdre ni son temps, ni sa peine, ni même sa bonne renommée.

1. Noël ('.hai!avay, liulhlin d'aiil.. île juillcl 1904. ii".".212H.

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