‹ La légende des "philosophes"Chapitre 54 sur 70 · A PROPOS D UN LIVRE RECENT · texte numérisé non relu

A PROPOS D UN LIVRE RECENT

Mme Macdonal dénonce de semblables procédés, indignes à coup sur, d'hommes que leurs prétentions à la philosophie devaient mettre en fiarde contre une semblable déloyauté.

11 est évident désormais que tous trois ont été des complices et c'est là ce que Mme Macdonald a établi de la manière la [)lus indiscutable.

Mais, il est un point qui me paraît avoir été laissé trop en dehors de l'étude si documentée et si concluante dont je parle. Malgré la certitude que l'on acquiert à la lecture de cet ouvrage que Diderot, Grimm et Mme d'Epinay ont été trois malfaiteurs acharnés à la perle du malheureux Jean-Jacques, l'esprit reste inquiet, un peu préoccupé, car ce que l'on voit nettement, ce sont les moyens employés pour le perdre mais, ce qu'on ne distingue pas, ce que l'on n'aperçoit même pas, c'est pourquoi ils ont voulu le perdre. Ouelle est la cause de cette grande querelle .' Pourquoi toutes ces intrigues aboutissant à une inimitié, à une haine irréductibles? Dans quel but cette campagne de diffamations, de calomnies et d"injures? On le cherche, sans parvenir à le rencontrer.

Mme Macdonald nous dit bien que le but poursuivi |)ar les couq-)lices, et réalisé d'ailleurs, était de l'aire passer Rousseau tantôt pour « un artificieux scélérat » tantôt pour « un maniaque atrabilaire et fou d'orgueil ». Mais, il la suite de quels événements ont-ils constaté cette folie, se sont-ils associés pour accomplir leur mauvaise action ? Quelle est la raison qui les a déterminés à entreprendre cette campagne ardente qui a abouli, en ellet, à faire considérer Rousseau comme un malade atteint de la monomanie, du délire de la j)ersécution ? Nous voyons bien les effels de la haine de (Irimm et de ses com-

plices, mais la cause nous écliappe, et c'est précisément cette cause que j'ai fait ressortir dans le chapitre qu'on vient de lire ; c'est en cela qu'il peut être considéré comme un complément nécessaire de l'ouvrage de Mme Macdonald.

La cause? c'est que Grimm qui était parvenu par son astuce à faire partir Francueil de la Chevrette et à prendre sa place, tenait à n'en pas être chassé à son tour; que du jour où Rousseau a été installé à l'Ermitage par Mme d'Epinay elle-même, Grimm a redouté l'inlluence qu'il eût pu prendre sur son amie; il a entrevu la possibilité d'être supplanté par cet intrus. Danger immense, car si Rousseau eût réussi, c'était l'eirondremcnt d'un projet d'avenir habilement conçu, préparé, réalisé, et c'était aussi la nécessité d'aller chercher ailleurs où passer désormais une existence qui, à la Chevi-ettc, s'écoulait calme, paisible, entourée de l'affection qu'il avait su imposer et de l'obéissance presque passive sous laquelle son caractère dominateur avait fait plier la volonté de celle dont la vie était associée à la sienne.

Le lecteur aura certainement remarqué avec quelle persistance inlassable Grimm répèle qu'il faut l'aire partir Rousseau de l'Ermitage; avec quelle hai)ilelé tenace, lorsqu'il voit que Jean-Jacques résiste aux avis qui lui sont donnés, Grimm manu'uvre pour (|ue Mme d'Epinay mette l'Ermite à la porte. Il emploie pour parvenir à son buttoute l'innuence de Mme d'I^pinay ; il la dirige, il lui dicte ses lettres ; il lui indicjue la conduite qu'elle doit tenir; il la surveille; il lui impose sa volonté : « Si — (dans vos Iclli-osi — il est question de Rousseau directement ou indirectement, j'exige que vous ne tassiez rien sans que j'en sois instruit auparavant. » Mais, Mme d'Epinay manque d'énergie, de conviction ; elle ne sait pas, elie n'ose

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