‹ La légende des "philosophes"Chapitre 66 sur 70 · Mémoires necrels de liAiniAi mont, .■iiuh'c · texte numérisé non relu

Mémoires necrels de liAiniAi mont, .■iiuh'c

une l'ois, mais cent fois, dit Mme de Vandeul, qu'il périrait s'il continuait de monter. Grimm sollicita de l'Impératrice de Russie un logement qu'elle accorda. On lui trouva un superbe appartement rue Riciielieu ; il était enchanté, s'occupait d'arranger ses objets familiers, de placer ses estampes, de recevoir ses amis; il causait avec eux sur la philosophie et les différentes routes pour arriver à cette science. Le premier pas vers la philosophie, dit-il, la veille de sa mort, c'est l'incrédulité. » Déjà, rue Taranae, il avait reçu la visite d'un prêtre : « Son attitude n'avait point été décourageante. Une fin si subite, dit Grimm, jointe aux égards avec lesquels il avait reçu, l'année dernière, les visites du curé de Saint-Sulpice,- paroisse sur laquelle il demeurait alors, n'ont laissé aux prêtres aucune apparence de motifs pour troubler ses derniers moments, ni pour lui faire refuser les derniers devoirs', » et Mme de Yandeul termine ainsi ses courts mémoires sur son père : " Son enterrement n'a éprouvé que de légères diflicultés. Le curé de Saint-Roch lui envoya un prêtre pour le veiller. Il mil plutôt de la pom|ie que de la simplicité ilans cette affreuse cérémonie. Il fut inhumé dans la chapelle de la Vierge à Saint-Roch. »

Il n'est pas jusqu'à Sainl-Landjcrt, le lidMe ami de Mme d'IIoudctot, qui, sur ses vieux jours, nesei'itcalh()li(pit'. En 1790, il (il imprimer son catéchisme, dont le quatrième volume s'achevait sur ces mois : '< La religion chrétienne est-elle utile à la société? — Jiî le crois. »

Le comte de MonliiKiiin de Sainl-lb'rciii, l'un des derniers minisli'cs d<^ Louis X\'l, père de Mme de

1. Extrail ûv la Corrcipoiuldiicc i\c. GiiMuii |)iililii'' dans l,i lievuc réirospecliue, t. VI, 2, série .\I,4(i5. C.iU^ par MM. .\ss(-zaL cl Toiirjicux, Œuvres c.oinpiélea de Diderot, t. 1, ji. (iû, note 2.

MORT DE DIDERUT 401

Ucauiuonl, celle feinme charmanlc, la musc de Fontanes, de Joubert, de Chateaubriand, qui s'en alla mourir phtisique à Rome auprès de l'auteur des Martyrs ; celle que Joubert comparait « à ces figures dlicrculanum qui coulent sans bruit dans les airs, à peine enveloppées d'un corps, » le comte de Montmorin a défini l'irréligion au dix-huitième siècle d'un mot typique que d'Escherny reproduit dans ses Mélanges. Un jour que Diderot racontait les orgies qu'il faisait, jeune, chez Laudes, fameux traiteur avec ses amis, Montmorin lui disait : " Conviens, Diderot, conviens que tu n'es un impie que parce que tu es un libertin. » — Croyez-vous donc, Monseigneur, que je le sois à propos de bottes? répondit le phisosophc, avouant, un peu cyniquement peut-être, le véritable mobile qui avait dirigé la campagne ardente que ses amis et lui avaient menée contre la religion. Tant que l'àgc leur permettait l'usage, l'abus même des plaisirs, la philosophie, la religion naturelle, exempte de toute gène, de toute astreinte cultuelle était la sagesse même; lorsque la vie touchait à sa fin, ou que la maladie réveillait les idées sérieuses, le sentiment religieux surgissait de luimême et ra|)pelait vers Dieu le mécréant d'autrefois. Tous ont subi cette transformation nécessaire. Il n'en est pas moins vrai que par leurs exemples et par leurs écrits, ils ont contribué à corrompre l'dmc de tout un [leuple.

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