‹ La légende des trois compagnons [microform]Chapitre 17 sur 24 · QU'IL AVAIT ECRITE · texte numérisé non relu

QU'IL AVAIT ECRITE

Le bienheureux Francois voyait ses Freres augmenter, par la grace divine, en nombre et en merites. Us etaient maintenant douze, d'une vaillance eprouvee, douze en le comptant lui-mme, kii, leur chef et leur pere.

11 dita ses onze compagnons : Freres, je vois que le Seigneur, dans sa misericorde, vent accroitre notre congregation.

Allons done trouver notre mere la sainte Eglise romaine ; faisons connaitre an Souverain Pontife ce que le Seigneur a deja opere en se servant de nous, afin de poursuivre selon sa volonte et ses ordres I'oeuvre commencee.

L'idee du Pere pint aux autres Freres.

Comme ils se mettaient en route avec lui pour la Cour de Rome, il leur dit : Prenons 1'iin de nous pour chef; nous le regarderons comme tenant la place de Jesus-Christ, et chaque fois qu'il voudra faire halte, nous nous arreterons. Ils choisirent Frere Bernard, le premier apres le bienheureux Frangois, et ils agirent avec lui comme le Pere 1'avait demande.

lis allaient done, joyeux, n'ayant aux levres que les paroles du Seigneur, n'osant parler que de ce qui concernait la louange et gloire de Dieu et le bien de r&me ; et, frequemment, ils se mettaient en oraison.

Le Seigneur leur menageait toujours 1'hospitalite et leur 1'aisait servir tout ce qui leur etait necessaire.

Ils parvinrent a Rome. La, ils rencontrerent 1'eveque d'Assise qui les recut avec une grande joie. Car il avait une particu-

Here estime et affection pour le bienheureux Francois et tous ses Freres ; mais, ignorant la cause de leur venue, il eut de 1'inquietude : il craignait qu'ils n'eussent Fin ten tion de quitter leur pays natal, ou le Seigneur s'etait deja servi d'eux pour operer des merveilles. II etait, en effet, tres heureux d'avoir dans son diocese de tels homines, dont la vie et les exemples lui donnaient les plus grands espoirs. Mais quand il apprit les raisons de leur voyage, quand il fut au courant de leurs projets, sa joie fut grande et il promit aux Freres ses conseils et sa protection.

Get eveque etait connu dti Cardinal Jean de Saint-Paul, eveque de Sabine, homme vraiment rempli de la gr^ce divine, qui aimait beau-coup les serviteurs de Dieu.

Quand 1'eveque lui eut fait connaitre la vie du bienheureux Francois et de ses Freres, il eut le vif desir de voir 1'homme de

Dieu et quelques-uns de ses compagnons.

Apprenant qu'ils etaient a Rome, il envoya au-devant d'eux, et leur fit un accueil plein de bienveillance et de cordialite.

Pendant les quelques jours qu'ils resterent avec lui, ils I'edifierent tant par la saintete de leur conversation et de leurs cxemples que, voyant briller reellement dans leur vie ce qu'on lui avait raconte, il se recommanda a leurs prieres avec humilite et devotion. II demanda meme, comme faveur speciale, d'etre desormais regarde comme 1'un de leurs freres. A la lin, il interrogea le bienheureux Francois sur le motif de son voyage. Mis au courant de tons ses projets et desirs, il s'offrit a lui servir de procureur a la Cour ponti- (icale.

Le Cardinal se rendit done a la Cour et dit au seigneur Pape Innocent III : J'ai trouve un homme de haute vertu, qui

veut vivre selon 1'ideal du saint Evangile et observer en toutes choses la perfection evangelique. Je crois que le Seigneur veut se servir de lui pour raviver, a travers le monde, la foi de la sainte Eglise.

Ges paroles emerveillerent le Pape qui ordonna au Cardinal de lui amener le bienheureux Francois.

Le lendemain done, I'homme de Dieu fiit presente par le Cardinal au Souverain Pontife et il lui soumit tons ses desseins.

Le Pape, qui avait une remarquable prudence, approuva les desirs du saint selon les formes habituelles. II lui fit ensuite, a lui et a ses Freres, plusieurs recommandations ; il leur donna sa benediction, et ajouta : Freres, que le Seigneur vous accompagne, et, selon I'inspiration dont il daignera vous favoriser, prechez la penitence an monde entier. Lorsque le Dieu Tout-Puissant vous aura multiplies en

nombre et en grtices, revenez nous en informer ; alors, nous vous accorderons largement tout ce que vous demanderez et il nous sera plus facile de vous donner davantage encore.

Le seigneur Pape voulait que les privileges qu'il accordait ou qu'il accorderait fussent conformes a la volonte de Dieu. Au moment done ou le bienheureux allait se retirer avec ses compagnons, il leur dit :

Mes chers fils, votre genre de vie nous semble bien dur et bien penible. Votre ferveur, j'en suis certain, est si grande qu'il ne faut pas douter de vous. Nous devons toutefois songer a vos successeurs, et prendre garde que vos voies ne leur paraissent pas trop austeres. Mais, en voyant leur foi, leur fermete et leur esperance si solidement ancree dans le Christ qu'ils ne voulaient rien abandonner de leur regie fervente, il dit au bienheureux

Francois: Ya, mon fils, prie Dieu de te reveler si votre demande precede de sa volonte. Cela nous permettra, quand nous connaitrons la volonte du Seigneur, d'acceder a tes desirs.

L'hoinme de Dieu priait, suivant le conseil du seigneur Pape, lorsque Dieu lui parla interieurement sous forme de parabole : II y avail dans un desert une femme tres pauvre et belle. Epris de ses charmes, un grand roi voulut 1'epouser, esperant qu'elle lui donnerait de beaux enfants. Le mariage se fit, et de cette union naquirent des fils nombreux. Quand ilsfurent grands, leur mere leur tint ce langage : Mes enfants, ne rougissez pas de votre condition, car vous etes les fils du roi. Allez done a sa cour et il vous procurera tout ce qui vous sera necessaire. Lorsqu'ils arriverent, le roi admira leur beaute, et decouvrant sur leur visage ses propres traits, il

leur d eman da : De qui etes-vous fils ?

11s repondirent qu'ils etaient fils d'une pauvre femme qui habitait dans le desert.

Le roi, rempli d'allegresse, les embrassu et leur dit : Ne craignez rien, vous etes mes fils. Si je nourris a ma table des etrangers, a plus forte raison prendraije soin de vous qui etes mes propres enlants. Le roi mauda done a cette femme d'envoyer a la cour, pour y etre eleves, tons les fils qu'elle avait ens de lui.

Le bienheureux Francois reflechit sur cette vision qu'il avait contemplee pendant sa priere, et il comprit que c'etait lui, la femme pauvre.

Sa priere terminee, il alia de nouveau se presenter au Souverain Pontife et lui raconta en detail la vision symbolique dont le Seigneur venait de Fhonorer : Tres Saint Pere, dit-il, e'est moi la femme pauvre que ie Seigneur, dans son amour et sa

misericorde, a faite belle, et dont il a voulu avoir des enfants. Le Roi des rois m'a promis de nourrir tons les fils qu'il me donnera ; car s'il traite bien des etrangers, il doit traiter mieux encore ses propres enfants. Si Dieu donne des biens temporels aux pecheurs parce qu'il aime et veut nourrir absolument tons ses enfants, a plus forte raison en accordera-t-il aux hommes evangeliques qui en sont vraiment dignes.

A ces paroles, le seigneur Pape fut emerveille, d'autant plus qu'avant 1'arrivee du bienheureux Franc, ois il avait vu, en songe, 1'eglise Saint-Jean de Latran menacer mine et un religieux, chetif et sans apparence, la soutenir de ses epaules.

A son reveil, frappe de stupeur et d'effroi, il avait mis toute sa sagesse et sa perspicacite a decouvrir ce que signifiait cette vision.

Et voila que, peu de jours apres, le bienheureux Francois venait le trouver, lui soumettait ses desseins, et lui demandait de confirmer la regie qu'il avait ecrite en termes tres simples, se servant des paroles memes de 1'Evangile dont la perfection faisait toutes les aspirations de son a" me.

Le seigneur Pape, voyant sa ferveur an service de Dieu et faisant un rapprochement entre sa vision et la vision symbolique racontee par le bienheureux, se dit interieurement : En ve rite, c'est lui, le religieux, le saint qui relevera et soutiendra 1'Eglise de Dieu.

II Tembrassa, approuva la regie ecrite par le bienheureux, lui accorda, en outre, 1'autorisation de precher partout la penitence ; puis il la donna aussi aux Freres, avec cette reserve qu'il leur fallait, de plus, pour aller precher, la permission du bienheureux Francois.

Toutes ces faveurs furent en suite confirmees en consistoire.

Apres les avoir recues, le bienheureux Francois rendit graces a Dieu. Puis, s'agenouillant, il promit au seigneur Pape obeissance et respect, avec humilite et devotion. Quant aux autres Freres, conformement a 1'ordre du seigneur Pape,ils promirent, de m^me, obeissance et respect an bienheureux Franc. ois. Enfin ils recurent la benediction du Souverain Pontife.

11s visiterent les tombeaux des Apotres ; puis le Cardinal fit donner la tonsure au bienheureux Frangois et aux autres Freres, car il voulait qu'ils fussent clercs tous les douze.

Alors 1'homme de Dieu quitta Rome avec ses Freres et s'en alia a travers le monde.

11 etait ravi d'avoir vu son desir si facilement realise, et sentait croitre chaque jour son espoir et sa confiance dans le

Sauveur qui, par de saintes revelations, lui avait fait voir a 1'avance ce qui venait de lui arriver.

En effet, avant d'obtenir du Pape les privileges enumeres plus haut, il lui avait semble, line nuit, pendant son sommeil, passer sur une route au bord de laquelle se dressait un arbre de haute ramure, beau, robuste et vigoureux. II s'en etait approche et, debout au pied de 1'arbre, il en admirait la hauteur et la beaute.

Tout a coup il s'etait senti grandir a ce point qu'il touchait aux branches de 1'arbre' et les pliait jusqu'a terre avec la plus grande aisance.

De fait, c'est ce qui se passa lorsque le seigneur Pape Innocent, cet arbre le plus eleve, le plus beau et le plus grand qui fut an monde, se plia d'une facon si bienveillante a la priere et au desir du bienheureux Francois.

Page 1