‹ La légende des trois compagnons [microform]Chapitre 18 sur 24 · IL Y VIVAIT AVEC SES FRERES, ET COMMENT ILS LA QUITTERENT · texte numérisé non relu

IL Y VIVAIT AVEC SES FRERES, ET COMMENT ILS LA QUITTERENT

Apartir de cette date, le bienheureux Francois, parcourant les villes et les bourgades, se mit a precher partout, non pas avec les paroles persuasives de la sagesse humaine , mais selon la doctrine de verite et la vertu du Saint-Esprit ; il annoncait avec confiance le royaume de Dieu.

C'etait le vrai predicateur de 1'Evangile, fortifie par 1'autorite apostolique : il n'usait pas de flatteries et il meprisait le charme des artifices oratoires. Car, avant de chercher a convaincre les autres par ses discours, il avait commence par se convaincre lui-meme en agissant, pour annoncer la verite divine, avec la plus grande fidelite.

La force et la verite de ses paroles, qu'il ne devait a aucun maitre, faisaieiit 1'admiration de tons, meme des lettres et des savants. Beaucoup se pressaient pour le voir et 1'entendre comme un homme d'un autre age.

On vit alors des nobles et des manants, des cleres et des la'iques, se decider, par Finspiration divine, a marcher sur-les traces du bienheureux Francois et a rcjeter les preoccupations et vanites du monde pour vivre sous sa regie.

Le Pere vivait alors avec d'autres F re res en un lieu voisin d'Assise, appele Rivo- Torto, ou se trouvait une cabane abandonnee. Elle etait si etroite qu'ils pouvaient a grand'peme s'y asseoir ou s'y etendre.

Tres souvent le pain leur faisait defaut, et ils avaient pour toute nourriture les raves que leur detresse leur faisait mendier a travers la campagne.

L'homme de Dieu inscrivait le nom des Freres sur les poutres de la cabane pour permettre a qui voudrait dormir on prier de reconnaitre tout de suite sa place, sans s'exposer, dans ce reduit etroit et exigu, a faire du bruit et a troubler le silence de Tame.

Un jour que les Freres s'y trouvaient, voici qu'un paysan survint avec son ane dans 1'intention de s'y arreter. II craignait d'etre repousse par les Freres. Sur le seuil, il dita son jine : Entre, mais entre done :

ce sera un bonheur pour la cabane *.

Le bienheureux Pere enteiidit les paroles du paysan et devina sa pensee. II en fut attriste, surtout parce que cet homme avait fait beaucoup de bruit avec son ane et

i . Cetle parole est expliquee dans la legende de Celano : le paysan se disait que saint Frangois demolirait celle cabane pour en faire une plus grande et pour y construire en ce lieu d'autres maisons.

trouble tons les Freres qui etaient alors dans le recueillement de 1'oraison.

L'homme de Dieu dit a ses compagnons :

Freres, je le sais, Dieu ne nous a pas elus pour donner abri a un a*ne ni pour vivre dans le commerce du monde, mais bien pour aller quelquefois precher la voie du saliit et donner aux Ames des conseils salutaires, et surtout pour nous livrer a la priere et a Faction de graces. Us quitterent done la cabane pour qu'elle put servir a de pauvres lepreux. De la, ils se transporterent a Sainte-Marie de la Portioncule, pres de laquelle ils avaient jadis habite une pauvre maison, avant d'obtenir Fegiise elle-meme.

Dans la suite, le bienheureux Francois, guide par la volonte etl'inspiration divine, fit une humble requSte a 1'abbe de Saint- Benoit du moiit Subasio, pres d'Assise, et acquit ainsi Feglise. II la recommanda

specialement et cordialement an ministre general et a tdus les Freres comme une eglise chere, entre toutes les eglises du monde, a la glorieuse Vierge Marie.

Ce qui contribua beaucoup a recommander ce lieu et a le faire aimer, ce fut la vision qu'im Frere avait eue quand il etait encore dans le monde. Le bienheureux Frangois aimait ce Frere d'une affection speciale et, tant qu'il 1'eut pres de lui, il se pint a lui donner les marques de la plus grande auntie.

Get homme avait deja Fintention de se consacrer an service de Dieu, et, de fait, plus tard il fut un religieux bien fidele, lorsqu'il eut une vision. II lui semblait que tous les homines de ce monde etaient devenus aveugies ; il les voyait se tenir a genoux dans 1'enceinte de Sainte-Marie de la Portioncule, les mains jointes, le visage leve vers le ciel ; a voix haute, et en pleu-

rant, ils suppliaientle Seigneurde daigner, dans sa misericorde, leur rendre a tons la lumiere. Or, pendant leur priere, il crut voir une grande elarte sortir du ciel, descendre sur eux et les illuminer tons de sa elarte bienfaisante.

A son reveil, il prit Tengagement definitif de se donner a Dieu ; et bientot, quittuut a jamais le monde pervers et i'rivole, il entra en religion et servit le Seigneur, tout le reste de sa vie, avec humilite et devotion.

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