A SAINTE-MARIE DE LA PORTIONCULE
Ouand il eut obtenu de 1'abbe du mont Subasio 1'eglise Sainte-Marie, le bienheureux Francois decida que le Chapitre s'y tiendrait deux fois par an, a la Pentecote et a la Dedicace de saint Michel.
A la Pentecote, tons les Freres se groupaient a Sainte-Marie. Us s'entretenaient des meilleurs moyens d'observer la Regie, et designaient des Freres pour aller dans les diverses provinces precher an peuple et fonder de nouveaux etablissements.
Le bienheureux Frangois leur adressait les admonitions, .les remontrances et les ordres qui lui semblaient conformes aux vues de Dieu. Mais tout ce qu'il leur re-
commandait dans ses entretiens, il mettait son coeur et sa sollicitude a le leur laisser voir realise dans sa propre vie.
II venerait les prelats et les pretres de la sainte Eglise ; il honorait les seigneurs, les nobles, les riches, mais il avait aussi un amour profond pour les pauvres, compatissait a leurs peines de toute la tendresse de ses entrailles et il se montrait le serviteur de tons.
Bien qu'il fut au-dessus de tons les antres Freres, il designait cependant I'un de ceux qui demeuraient avec lui comme son gardien et maitre, et, pour fuir toute occasion d'orgueil, il lui obeissait avec simplicite et respect.
II humiliait son front et s'inclinait jusqu'a terre devant tons les hommes, lui qui devait meriter d'etre, un jour, parmi les saints et les elus, exalte en la presence de Dieu.
II pressait affectueusement les Freres d'observer avec fidelite les conseils du saint Evangile et la Regie qu'ils avaient promis de suivre, de temoigner respect et deference au sujet de Toffice divin et des prescriptions de 1'Eglise, d'entendre pieusement la messe et d'adorer d'un coeur tres fervent le Corps du Seigneur.
Et parce que les pretres administrent les sacrements si grands et si venerables , il ordonnait aux Freres de les entourer de particulieres marques d'honneur : quand ils en rencontraient, ils devaient toujours courber la tte devant eux, baiser leurs mains ; et, s'ils les trouvaient a cheval, ils devaient encore baiser les sabots de leurs montures, par reverence pour les pouvoirs divins du sacerdoce.
II recommandait aux Freres de ne juger personne, et de ne mepriser aucun de ceux qui vivent dans le luxe et s'habillent avec
trop de recherche et de faste. Dieu, disait-il, est leur maitre, comme il est le notre ; a eux aussi, il pent adresser son appel, et meme en faire des saints. II prescrivait done a ses disciples de les reverer a la fois comme des freres et comme des seigneurs : Ce sontnos freres, en tant que nous sommes tons les fils du meme Createur ; nous pouvons les appeler n.os seigneurs, en tant qu'ils aident les justes a faire penitence, en subvenant aux besoins de leur vie corporelle.
Tels etaient ses conseils. 11 ajoutait :
Les Freres devraient vivre au milieu des peuples de telle facon, qu'a les entendre ou a les voir, on se mit a glorifier le Pere des cieux et a le louer devotement. G'etait la, en effet, son vif desir d'etre, lui et ses Freres, riches en ceuvres qui feraient honorer le Seigneur.
II leur disait encore : Cette paix que
votre bouche annonce doit etre surtout dans vos coeurs. Ne soyez pour personne une occasion de colere on de scandale ; mais que votre douceur attire tous les hommes vers la paix, la bonte, la Concorde.
Notre vocation n'est-elle pas de panser les plaies, de bander les membres brises, de rappeler au bercail les brebis qui s'egarent ? Beaucoup nous semblent etre les suppots du diable, qui peuvent cependant devenir un jour les disciples du Christ.
Le bon Pere adressait des reproches aux Freres trop durs pour eux-memes et qui s'epuisaient a force de veilles, de jeunes et de mortifications corporelles. Certains, en effet, sous pretexte de mater les ardeurs des sens, se torturaient si cruellement qu'ils seinblaient avoir pour eux-m&mes une haine veritable. L'homme de Dieu les retenait par des admonitions affectueuses,
les morigenait doucement au nom de la raison, et, si Ton pent dire, bandait leurs blessures avec ses preceptes salutaires.
Quand les Freres venaient au Chapitre, aucun n'osait parler des affaires du monde ; mais leurs entretiens portaient sur la vie des saints Peres et sur les moyens les plus parfaits et les plus efficaces d'obtenir la grce de Notre-Seigneur Jesus-Christ.
Quelques-uns d'entre eux avaient-ils une tentation ou une epreuve ? En ecoutant le bienheureux Francois parler avec tant de douceur et de pitie, et en voyant ses mortifications, ils se sentaient delivres, comme par miracle, de leur tentation et soulages de leur epreuve.
G'est que sa bonte compatissante ne le faisait point parler comme un juge, mais plutot comme un pere misericordieux parle a ses fils, et un bon medecin, a ses malades. II savait souffrir avec les in-
firmes et s'affliger avec les ames en peine.
II chatiait, neanmoins, quand il le fallait, ceux qui commettaient quelque faute, et infligeait aux rebelles et aux endurcis la punition qu'ils meritaient.
Le Chapitre fini, il benissait tous les Freres et assignait a chacun sa province.
A tous ceux qui etaient animes de 1'Esprit de Dieu et possedaient assez d'eloquence pour precher, clercs on la'iques, il donnait la permission de porter la parole divine.
Quand ils avaient recu sa benediction, 1'ame remplie de joie, ils allaient par le monde, comme des pelerins et des messagers inconnus, n'emportant avec eux dans leurs voyages que leur livre d'heures pour reciter 1'office divin.
Chaque fois qu'ils rencontraient un pretre, riche ou pauvre, bon ou mauvais, ils le saluaient, en s'inclinant humblement devant lui par respect. Et, 1'heure
venue de chercher 1'hospitalite, ils recouraient plus volontiers a des pretres qu'a des la'iques. Mais quand ils ne pouvaient e"tre recus par des pretres, ils allaient de preference chez des homines pieux et craignant Dieu, car ils jugeaient plus convenable de s'adresser a eux pour le logement. Ainsi en fut-il jusqu'au moment oil le Seigneur inspira a quelques hommes pieux 1'idee de menager aux Freres des hotelleries dans chacune des villes et des bourgades qu'ils voulaient visiter, ou, plus tard, on eleva des maisons speciales pour eux.
Le Seigneur leur accordait les paroles et les inspirations qui repondaient aux besoins du moment, et leurs discours persuasifs,allantau fond des co3iirs,gagnaient jeunes gens et vieillards. On abandonnait pere et mere, et tout ce que Ton possedait, pour suivre les Freres et prendre 1'habit
de 1'Ordre. C'est vraiment alors que le glaive de la separation fut envoye sur la terre, puisque les jeunes gens entraient en religion, laissant leurs parents enlises dans le peche. Ceux qu'on accueillait dans 1'Ordre etaient conduits au bienheureux Francois, des mains duquel ils devaient recevoir 1'habit religieux avec humilite et devotion.
Les homines n'etaient pas les seuls a prendre la determination de se consacrer a Dieu. Des femmes aussi, des vierges et des veuves, touchees de la predication des Freres, fondaient, sur leurs conseils, des convents dans les villes et les bourgades, et s'y enfermaient pour faire penitence. On choisit un Frere pour visiteur et directeur de ces monasteres 1 .
De meme, des maris et des epouses, ne
i. II s'agit de 1'Ordre des Pauvres Dames qui s'appela plus tard les Clarisses, du nom de sainte Claire.
pouvant rompre les liens du mariage, s'adonnaient, dans leurs propres maisons, sur le pieux conseil des Freres, a une pratique plus etroite de la penitence 1 .
Ainsi, grace an bienheureux Francois, parfait devot de la Trinite sainte, 1'Eglise de Dieu reprenait une vigueur nouvelle avec ces trois Ordres, que symbolisaient les trois eglises qu'il avait precedemment restaurees. Chacun de ces Ordres fut, en son temps, approuve par le Souveraiii Pontife 2 .