‹ La légende des trois compagnons [microform]Chapitre 8 sur 24 · DANS LES CHOSES QUI AUPARAVANT LUI ETAIENT AMERES · texte numérisé non relu

DANS LES CHOSES QUI AUPARAVANT LUI ETAIENT AMERES

Un jour qu'il priait le Seigneur d'une time fervente, ime voix lui repondit :

Francois, tout ce que tu as aime et desire posseder selon la chair, il te faut maintenant 1'avoir en haine et mepris, si tu veux connaitre ma volonte. Quand tu auras commence a le faire, ce qui te paraissait jadis charmant et delicieux te sera insupportable et amer ; et, dans ce qui te faisait horreur auparavant, tu puiseras une douceur extreme et une suavite sans mesure.

Reconforte par ces paroles et par la grace de Dieu, Francois se promenait a cheval non loin d'Assise, lorsqu'il rencontra sur sa route un lepreux;

D'ordinaire, la lepre lui donnait un frisson d'effroi. Ge jour-la, il se fit violence a lui-meme : il descendit de cheval, offrit un denier an lepreux et lui baisa la main.

Quand il s'eloigna, il reconnut la verite de la promesse divine : ce qui lui etait jadis amer, c'est-a-dire la vue et le contact des lepreux, s'etait change en douceur.

De fait, la vue des lepreux lui etait autrefois si amere que non seulement il ne voulait pas les voir, mais qu'il ne consentait meme pas a s'approcher du lieu ou ils habitaient. Et si parfois il lui arrivait de passer a cote de leurs maisons, ou de les apercevoir, en vain la pitie 1'engageait a leur faire I'aumone, il detournait toujours le visage et se bouchait m^me les narines.

Mais la grace de Dieu en fit le familier et 1'ami des lepreux a ce point que, selon le temoignage qu'il en apporte dans son

testament, il restait volontiers en leur compagnie et les servait avec humilite.

Ainsi transforme par ses visites aux lepreux, il emmena en un lieu solitaire un de ses bons compagnons qu'il avait beaucoup aime. II lui confiait qu'il avait decouvert un tresor considerable et de grand prix. Get homme rec.ut cette confidence avec une joie tres vive et, depuis lors, il s'empressait de rejoindre Frangois a chaque appel.

L'homme de Dieu le conduisait souvent a une grotte pres d'Assise. II y entrait seul, laissant dehors son compagnon impatient de posseder le tresor annonce. Ayant recu de 1'Esprit Saint une nouvelle et singuliere effusion de gra*ce, il suppliait le Pere dans le secret et desirait que personne ne slit ce qu'il faisait dans cette grotte, excepte Dieu seul, qu'il consultait sans relache sur les moyens d'acquerir le tresor celeste.

Mais I'ennemi du genre humain avait remarque la chose. 11 s'efforca d'arracher Francois a sa pieuse entreprise en jetant dans son coeur la crainte et le frisson.

11 y avait a Assise une femme affreusement bossue. Le demon apparut a rhomme de Dieu : il representait a sa memoire 1'image de cette femme et le menacait de lui infliger cette difformite s'il ne renoncait pas a son dessein.

Mais, du fond de sa grotte, le vaillant chevalier du Christ, sans s'emouvoir des menaces du diable, priait devotement le Seigneur de le guider dans le droit chemin. II endurait des souffrances horribles et une grande angoisse d'aine, ne voulant prendre aucun repos avant d'avoir completement realise les desirs de son coeur.

Lespensees les plus diverses Tassaillaient tour a tour, et leur importunite le bouleversait cruellement. Au dedans, il brulait

fiu feu clivin, et il ne pouvait caclier, ail dehors, 1'ardeur et Ja ferveur de son ame.

11 se repentait d'avoir autrefois si gravement peche; les fautes du passe et les tentations du present etaient pour lui sans joie et sans attrait, et cependant il n'avait pas encore 1'assurance d'etre fidele a 1'avenir.

Quand il sortait de la grotte pour rejoindre son compagnon, il paraissait devenu un homme nouveau.

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