VI JACQUES DE VARAZZE
formats, sont nombreuses et la Légende pourrait le disputer par ses réimpressions avec les ouvrages les plus estimés.
Si les récits de Jacques de Voragine n'avaient point été dignes d'être goûtés, assurément il deviendrait bien difficile de s'expliquer une vogue si générale et tellement constante dans tous les pays durant plusieurs siècles. Mais il s'est opéré une terrible révolution contre ce livre qui, jusqu'au xvi* siècle, avait passé pour de l'or (aurea) : il ne fut plus regardé que comme du fer ou bien encore comme quelque chose de très inférieur. Relégué au fond des bibliothèques, il ressemble, paraît-il, à ces monnaies saussées ou fausses, conservées, sans qu'on y jette les yeux, dans les cabinets des collectionneurs, surpris de savoir qu'elles ont eu un grand cours, on dirait même un cours forcé chez une foule de peuples.
Les premiers lecteurs furent-ils des dupes? La justice est-elle du côté de la critique moderne? Quelle est la valeur de la Légende dorée?
La traduction que nous en avons essayée, nous l'a fait aimer ; nous allons tâcher de la défendre.
Nous serons assez hardis même pour prétendre venger le pieux dominicain, le bienheureux archevêque de Gênes, des ennemis que son livre lui a suscités dans des rangs diamétralement opposés, et notre tâche, sans crainte de nous créer des illusions, nous semble facile. Nous n'avons qu'à exposer la méthode qu'il emploie, qu'à découvrir les sources où il puise, à
ET LA LltosmiB DORIÎE Vil
signaler le bai auquel il reut arriver. Loin de nous toutefois la pensée ni le désir de faire revenir le inonde d*aujourd'liui à la lecture de son livre avec la confiance et l'enthousiasme qu'il a exdtés au moyenége.
On possède des ouvrages du genre de la Légende : il ne leur manque pour jouir d'un succès égal qu'une seule qualité» la naïveté ! C'est là tout le secret qui ezj^ique l'avidité avec laquelle on a dévoré l'ouvrage du dominicain ; alors il devient facile de comprendre qu'il a été traduit dans tous les idiomes, comme il a été reproduit et cojné par le miniaturiste, le peintre verrier, l'émailleur en haut et bas-relief.
La Légende dorée est l'explication des offices célébrés durant l'année ecclésiastique. Les fêtes des saints revenant en plus grand nombre que les autres solennités dans l'Église, la vie des saints tient conséquemment la plus grande place du livre : il commence en effet par une instruction sur TA vent qui ouvre le cycle liturgique, et après avoir parcouru tout le cycle festival, il se termine par Texplication du dernier office contenu au Bréviaire^ celui de la Dédicace des Eglises.
Le but principal de l'auteur est donc d'exposer aux fidèles les motifs de chaque solennité, admise dans le calendrier suivi par le monde catholique.
Chaque cérémonie ayant ses raisons d'être, il en développe les motifs en rapportant à côté de chacune quelques traditions, des récits fort extraordinaires parfois, pour en graver mieux le souvenir dans la