VIII JACQUES DE VARAZZE
mémoire du lecteur. El comme au temps où il écrivait, on n'avait pas, comme aujourd'hui, la ressource de trouver l'histoire des saints dont la fêle revient à jour fixe dans l'Eglise, Jacques de Varazze conçut l'idée de rassembler dans un corps d'ouvrage, sous une forme plus étendue que les leçons des BréviaireSy les légendes particulières de chaque bienheureux proposé par la sainte Eglise à la vénération comme à l'imitation de ses enfants, et voici comme il procède :
Tout d'abord vient l'étymologie du nom du saint dont les actions vont être racontées *. Comme tous les hagiographes du moyen âge, l'auteur décompose le mot dans toutes ses parties et fait de chacune d'elles une application, il faut le dire, souvent forcée, mais quelquefois assez heureuse pour analyser l'ensemble de la vie du personnage : on croirait lire un horoscope.
Après avoir justifié ses pronostics dans les limites du possible, arrive le récit principal dans lequel sont fondues des scènes merveilleuses et quelquefois étranges : les guérisons miraculeuses, les visions, les résurrections se succèdent les unes aux autres; le diable, à son tour, n'y joue pas le moindre rôle. On voit que l'auteur a voulu produire des effets saisissants : et quand le vrai lui manque, il aborde, mais toujours en prévenant son lecte^ir, les traditions apocryphes, dès lors qu'il p»;ut en rencontrer concernant les per-
* Le savant et judicieux Bollandus prétend qu'une autre main que celle de Jacques de Varazze a intercalé ces étymologies dans la Légende. Il n'en apporte du reste aucune preuve.
ET LA uiOBNDB^ DOR^S K
smuiages remarquables par leur? vices et leurs forfaits^ n'ayant d'autre pensée que de les rendre odieux affireu^* sèment, comme) par exemple. Judas, Pilate, Néron, Julien Tapostat et bien d'autres* C'est le côté poétique de la Légende f mais ce n'était pas le seul qui dAt lui qoncilier les sympathies que nous lui connaissons.* On y trouve aussi la Légende édifiante qui reproduit dei^ souvenirs respectables, sans dessein de feindre ni de plaire et qui ne songe qu'à dire le vrai pour faiitr pratiquer le bien. Elle a pour base les actes authenti* qués des saitits et des martyrs, les récits recueillis de lent plume ou de leur bouche. Voilà la part la plua^ forte comme la plus substantielle dont le but a été apprécié comme il suit par le savant Ozanam : « A,; quelque moment que nous prenions la Légende, nojis: y trouvons toujours une vérité positive, ou une vérit& symbolique; jamais nous n'y voyons ce qu'on a appelé mythologie. Le. vice de la mythologie est d'étoufFer Fâme sous les sens, l'esprit sous la matière... au contraire, la Légende fait régner Tesprit sur la matière, la prière sur la nature, Téternité sur le temps. Elle trouve dans le mérite ou le démérite le point où elle suspend les destinées humaines.
« 11 se peut que vous soyez fatigué de ces visions, les peuples ne Tétaient pas : ils ne se lassaient point d'entendre parler d'une vie meilleure que celle-ci. »
Porter au bien, le faire pratiquer, tel est, en effet,
le but auquel a visé Jacques de Voragine, et il n'en
pouvait être autrement. C'était un fervent religieux de I. a
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Tordre de saint Dominique, et l'humble frère prêcheur, promu plus tard au siège de Gènes, consacra toute sa vie au salut de son prochain. Or, dans le cours de ses prédications, il a observé que de tout temps, les esprits ont été avides du merveilleux, que la vérité frappe rintelligence, mais qu*elle pénètre bien plus avant, dès lors qu'elle s'appuie sur des prodij^es. La vie des saints s'offre à ses yeux comme un moyea réel et efficace d'affermir la vertu dans les cœurs, il prend dans les actes authentiques des saints martyrs^ des confesseurs, des vierges, les parties les plus saillantes par les détails, les plus extraordinaires d'ensemble, et il les propose à l'imitation publique. Il pose ses saints en héros, il les fait parler et agir en héros. Qu'est-ce qu'un saint, en effet? sinon un homme dont les actions, dont le langage sont marqués au type de la grandeur et du merveilleux. Quand on a su inspirer de l'admiration, on est bien près d'obtenir de l'enthousiasme. La vertu est le résultat d'une lutte de chaque jour contre le vice ; or, les saints ont été de rudes jouteurs. Voilà comme la Légende dorée les montre. Qui oserait dire qu'elle ait été écrite pour faire des dupes ?
Cependant, depuis deux siècles la Légende a été l'objet des plus amères critiques. Son auteur a été harcelé à outrance. Tout en lui a été blâmé, depuis son style jusqu'à sa bonne foi, depuis sa science jusqu'à sa simplicité, depuis son jugement jusqu'à ses croyances. Melchior Cano l'a traité comme ses nom-
t hA utaimut t^aéM an
I L'homme, ifiïj]^, qui ■ écrit la LAgmde, vmi tme boacbe de fer, on cœur de pl(»Bbjet an' e^pit oertainebieiit peu euct et dtené de pnt* dence *. • IMobior Cano a oppoié wa qualificaâfii A ceini par -leqod on arsH ifipdé la Légende. Tona FaVaieïit jugée d*or : pour hû, c'est da Uttj du. ploihb» l'crarre d'an ioeeiué. Ge n'étaU pas une preuve da génie que cette appréciation, puisque Tévéque dei Canaries la celait dans Vives, c^&re'auteareq»^ gW>l, qui fut aum parodié par le docteur Gi^ Despenee, quand celuî^ trouTe qn* la prétoidue Légende dorée de vie des saints n'était pR^ranent qu'une Légende .ferrée de menêeiÊget,
Lannoj, Baillet, etc., se stmt fetls les échos de ces {Mremières critiques.. Après avoir lût des caleniboor^ sur le fivre, on se permit d'en commettre sur son nom et ce n'est plus qu'un gouffre qui engloutit toutes sortes d'immondices {Jacobus 4 Voragine).
Examinons, sommairement, chacun des méfaits dont on a rendu coupable le Frère Jacques de Gènes, Son style déchire-t-il i' oreille, insulte-t-il à la j^rammaire? On se serait épargné la peine de nombreuses critiques si on avait voulu jeter les yeux sur le titre mis au frontispice du livre, nous y lisons: Incipil prologus super Legendam sanclorum. Alias Lombardica Historia quam compilavit frater Jacobus. C'est donc tout simplement
* Hanc (Legeodam) homo acripsit ferrei oris, plumbei cordis, animi certe parum severi et prudentis (De locîs Théo),