XXVIII PROLOGUE SUR LES LEGENDES DES SAINTS
du Pèlerinag-e, à compter de TOctave de TEpiphaoie jusqu'à la Septuagésime. Cette quadruple variété de temps peut encore s'expliquer comme il suit : Premièrement par la différence des quatre saisons. L'hiver se rapporte au premier temps, le printemps au second, Tété au troisième et l'automne au quatrième ; la raison de ces rapports est assez évidente. Secondement par les quatre parties du jour : à la nuit correspond le premier temps, au matin le second, à midi le troisième, au soir le quatrième. Et quoique la déviation ait précédé la rénovation, cependant rËglise préfère commencer tous ses offices plutôt au temps de la rénovation qu'à celui de la déviation, c'est-à-dire à l'Avent plutôt qu'à la Septuagésime, pour deux motifs. Le premier, afin de ne paraître pas commencer dans le temps de Terreur. Elle tient au fait, sans s'astreindre à suivre l'ordre du temps dans lequel il s'est passé ; les évangélistes procèdent eux-mêmes ainsi. La seconde, parce que par l'Avènement de J.-C, tout a été renouvelé, et c'est le motif quia fait donner à ce temps le nom de rénovation. « Voilà que je fais tout nouveau » (Apocalyp., xxi). C'est donc avec raison que l'Eglise commence alors tous ses offices.
Or, afin de conserver l'ordre établi par l'Eglise, nous traiterons : 1* des fêles qui tombent entre le temps de la Rénovation que l'Eglise célèbre de l'Avent à Noël ; II* des fêtes qui arrivent pendant le temps de la Réconciliation d'une part et du Pèlerinage d'autre part, honorées par l'Église de Noël à la Septuagésime ; III** des fêtes qui se célèbrent dans la Déviation, c'est-à-dire de la Septuagésime jusqu'à Pâques ; IV* des fêtes du temps de la Réconciliation, de Pâques à la Pentecôte; V° de celles qui arrivent dans le temps du Pèlerinage célébré par l'Eglise de la Pentecôte à l'Avent du Seigneur.
LA
D«8 iêUm qvd arrlvAiii dana 1« tamps
de la rénoraUon» tompi qa« l'EglIsa reproduit à partir
da r^Tant inaqn'à la Mathritè da Salgnaur.
L'Aveat du Seigneur est renfermé dans quatre semaines pour marquer les quatre sortes d'avènements de Jésus-Christ, savoir : en la chair, en Tcsprit, en la mort et au jugement. La dernière semaine n'est pas tout à fait complète, parce que la gloire qui sera accordée aux saints, lors du dernier avènement, n'aura jamais de fin. C'est aussi la raison pour laquelle le premier répons du l®*" dimanche d'Avenl a quatre versets, y compris le Gloria Patrif afin de désigner ces quatre avènements. C'est au lecteur à juger dans sa prudence auquel des quatre il préfère donner son attention. Or, bien qu'il y ait quatre sortes d'avènements, cependant TEglise s'occupe spécialement de deux; celui en la chair et celui du jugement, dont elle semble faire la mémoire : comme on le voit dans l'office de ce temps. De là vient encore que le jeûne de TA vent est en partie I. 1
LA LKGENDE DORKE
un jeûne de joie et en partie un jeûne de tristesse*; car en raison de lavèncnienten la chair, c'est un jeûne de joie, et en raison de ravènement du juçfement, c'est un jeûne de tristesse.
Et pour l'indiquer, l'Eglise chante alors quelques cantiques de joie, à l'occasion de cet avènement de miséricorde et de jubilation ; elle en omet quelques autres, à cause de l'avènement d'une justice pleine de sévérité et d'affliction.
Par rapport à l'avènement en la chair, on peut établir trois considérations : son opportunité, sa nécessité et son utilité. L'opportunité se tire en premier lieu du coté de Thomme qui, d'abord, sous la loi de nature, fut convaincu d'avoir perdu la connaissance de Dieu : de là sa chute dans les abominables erreurs de l'idolâtrie et Tobli^jalion dans laquelle il se trouva de crier et de dire: « Seigneur, éclairez mes yeux... » {Illumina oculos meos, Vs. xn). Vint ensuite le commandement de la loi sous laquelle l'homme fut convaincu d'impuissance. Auparavant il criait : « Tous sont disposés à obéir, mais il n'y a personne pour commander; » il était seulement instruit, mais non délivré du péché; aucune grâce ne l'aidait pour faire le bien; alors il fut forcé de crier et de dire : « Il y a quelqu'un pour commander, mais il ne se trouve personne pour obéir. » Le Fils de l'homme arriva donc
* L'A vent, qui a toujours été pour rKglise un temps de pénilenee, était autrefois sanctifié par le jeune comme le carême, (if. Bolelh, chanoine J'Annens, liationale divinovum officiorum, (iuillaunie Durand, Uupcrl, I). Menard, sur le S'acramenlairedc saint Gréufoiro, Marlène cl Durand, Baillet, etc.
LAVESn DU 8BIGNBUR 3
en temps opportan, quand Thomme fut convaincu d'ignorance et d'impuissance; car s'il fAt venu plus idl, Phommè, peut-être, edt attribué son salut à ses propres mérites, et par conséquent il n'eût pas eu de TCConiiaissance envers son médecin. L'opportunité se tire, en second lieu, du côté du temps, puisque le Sautoir vint dans la plénitude du temps (Galates, iv). « Beaucoup se demandent, dit saint Augustin, pourqiMH J.-C. n'est pas venu plus tôt; c'est que la plénitude du temps n'était pas encore arrivée, d'après la disposition de celui par lequel toutes choses ont été faites dans le temps. » Enfin dès qu'arriva la plénitude dir temps, vint celui qui devait nous délivrer du temps. Or une fois délivrés du temps, nous arriverons à cette éternité où le temps aura disparu. En troisième lieu, l'opportunité se tire du côté de la blessure et de la maladife. Comme elle était universelle, il devint opportun de fournir un remède universel, ce qui fait dire à saint Augustin : « Alors arriva le grand médecin, quand par tout l'univers souffrait abattu le grand malade. » C'est la raison pour laquelle l'Eglise, dans les sept antiennes qu'elle chante avant la Nativité de Notre-Seiçneur, montre l'innombrable complication de ces maladies et réclame pour chacune d'elles l'intervention du médecin : car, avant la venue du Fils de Dieu en la chair, nous étions ignorants ou aveugles, engagés dans la damnation éternelle, esclaves du démon, enchaînés à la mauvaise habitude du péché, enveloppés de ténèbres, enfin des exilés chassés de leur patrie. Nous avions donc besoin d'un docteur, d'un rédempteur, d'un libérateur, d'un émancipateur,
4 LA LÉGEND!!: DORI^F:
(l'im éclaireiir et d'un Sauveur. Comme nous étions des ignorants et que nous avions besoin d'être instruits par le Fils de Dieu, voilà pourquoi tout d'abord, dans la première antienne, nous chantons : « OSapienlia... O saiçesse sortie de la bouche du Très- Haut... venez nous enseigner la voie de la prudence. » Mais à quoi eût servi d'être instruits, si nous ne dussions pas être rachetés ? aussi demandons-nous que le Fils de Dieu nous rachète, quand nous lui crions dans la seconde antienne : « 0 Adonaï,,. O Adonaï, chef de la maison d'Israël... venez, étendez votre bras pour nous racheter. » Mais à quoi bon avoir été instruits et rachetés, si après notre rédemption nous eussions encore été retenus captifs? C'est alors que nous demandons d'être délivrés, quand, dans la troisième antienne, nous chantons : « 0 radix Jesse... O rejeton de Jessé... venez nous délivrer; ne tardée pas. » Mais être délivrés et être rachetés, qu'était-ce pour des captifs, s'ils n'étaient cependant pas encore déycaçés de tout lien, de manière à ne pas s'appartenir et ne pouvoir librement aller où ils voudraient? Il était donc peu avanlaîjeux qu'il nous eût rachetés et délivrés, si nous restions encore enchaînés. C'est pourquoi nous demandons à être dé^ag^és de tous les liens du péché, quand, dans la quatrième antienne, nous disons à haute voix : « 0 clavis David... O clef de David... venez, faites sortir <le sa prison le captif assis dans les ténèbres et à Tonibre de la mort. » Or parcs que ceux qui sont restés loni^temps dans une prison, ont les yeux troubles et ne sauraient distinij;^uer les objets, libérés alors de la prison, il nous rest^» à être éclairés
l'avbnt du seigneur
pour voir où nous devons aller, et dans la cinquième antienne nous nous écrions : « 0 oriens... O orient, splendeur de lumière éternelle. •• venez et éclairez ceux qui sont assis dans les ténèbres et à l'ombre de la mort. » Mais que sert d'être instruits, rachetés, délivrés de tou9 nos ennemis et éclairés, si nous ne devions être sauvés? Donc dans les deux antiennes suivantes, nous demandons d'être sauvés, en disant : « 0 Rex Gentium,». 0 Roi des Nations. .. venez sauver l'homme que vous avez formé du limon. » Et encore : « 0 Emmanuel... 0 Emmanud... venez nous sauver, d Seigneur notre Dieu. » Par la première, nous demandons le salut des nations, en disant : a O Roi des Nations. » Par la seconde, nous réclamons le salut des Juifs, auxquels Dieu avait donné la loi ; en sorte que nous disons : « O Emmanuel, notre roi et notre l^islateur. »
L'utilité de ravènement de J.-G. est attribuée à diverses causes par différents saints. Dieu lui-même, en saint Luc (iv), dit être venu et avoir été envoyé pour sept utilités : « L'Esprit du Seigneur est sur moi... » Il expose successivement en cq passage, qu'il a été envoyé pour consoler les pauvres, guérir ceux qui sont affligés, délivrer les captifs, éclairer les ignorants, remettre les péchés, racheter tout le genre humain et pour rendre à chacun selon ses mérites. Saint Augustin donne trois raisons de l'utilité de l'avènement de J.-C. : « Dans ce siècle livré à la malice, dit-il, qu'y a-t-il, si ce n'est naître, travailler et mourir? Voilà les denrées de notre pays : et c'est pour se les procurer que le marchand est descendu. Or par la I. i'
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raison que le marchand donne et reçoit, qu'il donne ce qu'il a et qu'il reçoit ce dont il est privé, J.-C, dans ce marché, donne ce qu'il a et reçoit ce qui se trouve ici-bas en abondance ; la naissance, le travail et la mort. En échange il donne de renaître, de ressusciter et de réîçner éternellement. Ce céleste marchand vient à nous pour recevoir le mépris et combler d'honneurs, pour subir la mort et octroyer la vie, pour épuiser l'ignominie et donner la gloire. » Saint Grégoire énumère quatre utilités ou causes de l'avènement de J.-C. : « Tous les orgueilleux issus de la race d'Adam, dit ce Père, n'avaient pour but que d'aspirer à tous les bonheurs ici-bas, d'éviter les adversités, de fuir les opprobres et de rechercher la gloire. Or le Seigneur, en s'incarnant, vient subir l'adversité, mépriser le bonheur, embrasser les opprobres et fuir la gloire. Le Christ attendu arrive ; aussitôt il nous apprend des choses nouvelles, par là il opère des merveilles et détruit le mal. » Saint Bernard en assigne d'autres causes : « Nous souffrons, dit-il, bien misérablemenl de trois sortes de maladies, car nous sommes faciles à séduire, faibles pour agir et fragiles, pour résister. Si nous voulons discerner entre le bien et le mal, nous nous trompons; si nous essayons de faire le bien, le courage nous manque ; si nous faisons des efforts pour résister au mal, nous nous laissons vaincre. De là la nécessité de la venue d'un Sauveur, afin qu'en habitant avec nous par la foi, il illumine notre aveuglement; qu'en restant avec nous, il aide à notre infirmité el qu'en se posant pour nous, il protège et défende notre fragilité. »
l'atsnt m; sbignsur
Considérons deox fieiits par rapport au second avènement, c'est-à-dire au jugem^it : ce qui le précédera et ce qui raoconipajipaera. Trois choses le précéderont ; ce seront des signes terribles : FÂntéchrist avec ses imposinres et la yiolmice du feu. Les terribles signes fMrécurseors du jugement sont au nombre de cinq dans saint Luc (xxi) : « Il y aura des «gnes dans le soleil, la lune et les étoiles ; et sur la terre, la consternation des peuples, au bruit de la mer et des flots. » Les trois pmmiers rignes sont dépeints dans PApocalypse (vi). « Le soleil derint noir comme un sac de poil, la lune paraissait être du sang et les étoiles du del tombèrent sur la terre. » Or le soleil s'obscurcira ou quant i sa lumière, comme s'il paraissait gémir sur la mort du père de &millê, c'és^à-dire de l'homme, ou parce qu'il surviendra une plus grande lumière, savoir la lumière de J.-C, ou d'après une manière de parler métaphorique, parce que, selon saint Augustin, la vengeance divine sera si rigoureuse que le soleil lui-même n'osera regarder, ou, d'après une signification mystique, parce que le soleil de justice, J.-C, sera alors si obscurci que pas un n'osera confesser son nom. Il est ici question du ciel aérien et ces étoiles dont on parle ne sont autre chose que la substance qui parait être celle de ces astres; alors il est dit qu'elles tomberont du ci^l, comme si c'était la chute d'une substance, ainsi qu'on le pense communément des corps qui s'abaissent. L'Ecriture se conforme ici à notre manière ordinaire de parler. L'impression qui en résullcra sera immense, parce que ce sera le feu qui dominera; le Seigneur agissant ainsi afin d'im-
primer de reflfroi aux pécheurs. Ou bien encore on dit que les étoiles tomberont, parce qu'elles projetteront au loin des queues pareilles à celles des comètes ; ou bien que beaucoup qui paraissaient briller dans TEçlise comme des étoiles, feront de lourdes chutes ; ou enfin qu'elles perdront leur lumière et deviendront complètement invisibles. Le quatrième signe sera la détresse sur la terre : c'est ce qu'on lit dans saint Mathieu (xxiv) : « Il y aura alors une affliction telle qu'il n'y en a point eu de pareille depuis le commencement du monde, etc. » Quelques-uns mettent pour cinquième signe le bouleversement de la mer détruite avec un grand fracas et transformée, selon ces paroles de l'Apocalypse (xxi) : a Et la mer n'existe plus. » D'après d'autres, ce sera un bruit causé par le fracas des vagues qui s'élèveront de quarante coudées au-dessus des montagnes et qui ensuite tomberont. Saint Grégoire suit ici le sens littéral : « Alors il y aura une perturbation étrange et insolite sur la mer et les flots. » Saint Jérôme, en ses Annales des Hébreux *, trouve quinze signes précurseurs du jugement. Seront-ils successifs ou intermittents? il ne s'en explique pas. Le premier jour, la mer s'élèvera droit comme un mur de quarante coudées au-dessus des plus hautes montagnes. Le 2^ jour, elle s'abaissera au point d'être presque invisible; le 3** jour, des bétes marines naju^eront au-dessus de la mer et pousseront des rugissements qui s'élèveront jusqu'au ciel et Dieu seul aura
*' Le H. Jacques de Voratçine copie tous ces détails dans V Histoire scholastique de Pierre Comestor.
l'atent du seigneur
l'intelligence de lenrs mugissements ; le 4^, la mer et Teau brûleront ; le 5*, les arbres et les herbes se couvriront d'une rosée de sang : s'il faut en croire quelques auteurs, ce cinquième Jour encore, tous les oiseaux dki ciel se rassemblermit dans les champs, chaque espèce à part, sans manger ni boire, mais resteront tianms, à l'arrivée prochaine du souverain Juge. Au 6* jour, couleront les édifices ; on dit qu'en ce 6* jour encore la foudre ira du coucher du soleil jusqu'à son lever contre la feee du firmament. Au T jour, les pierres s'entrechoqueront et se partageront en quatre, et on prétend que chaque morceau se frappera : l'homme ne pourra s'en expliquer le son, Dieu seul le eomprmdra. Dans le 8* jour, tremblement de terre général, si violent, dit-on, que pas un homme, pas un animal ne pourra rester debout, mais tous seront jetés à terre. Le 9*, la terre sera nivelée et les collines et toutes les montagnes seront réduites en poussière. Le 10®, les hommes sorlironl des cavernes et iront comme des hébétés, sans pouvoir se parler les uns aux autres. Le 11**, les ossements des morts se lèveront et se tiendront sur leurs sépulcres, car depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, tous les tombeaux s'ouvriront pour que les morts en puissent sortir. Le 12* jour, chute des étoiles : tous les astres, fixes et errants, épandront des chevelures enflammées et changeront de substance. En ce jour encore, tous les animaux viendront mugir dans la campagne, restant sans manger ni boire. Au 13® jour, mort des vivants, pour ressusciter avec les autres. Le 14® jour, le ciel et la terre brûleront. Dans le 13® jour seront crées de nou-
veaux cieiix et une nouvelle terre, puis la résurrection générale.
Le second fait qui précédera le jug-emcnt sera le prestiçe de l'Antéchrist. Ses efforts auront pour but de tromper les hommes de quatre manières : 1° par la ruse qu'il emploiera pour interpréter à faux les Ecritures: car il voudra persuader et prouver par l'Ecriture sainte qu'il est le Messie promis dans la loi, et il détruira la loi de J.-C, pour établir la sienne. Sur ces paroles du psaume : « Etablissez sur eux un léîf islatcur, etc. » La jçlose porte que ce législateur est l'Antéchrist. Sur ces autres de Daniel (xi) : « Et ils mettront dans le temple l'abomination de la désolation. » La glose dit: « l'Antéchrist siégera, dans le temple comme une divinité, pour abolir la loi de Dieu; 2° il trompera par ses œuvres miraculeuses. La 2* épître aux Thcssaloniciens porte (2-9) : « Il viendra accompagné de la puissance de Satan avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges trompeurs. L'Apociilypse dit (xiir, 13) : « Et il fit des signes, jusqu'à faire descendre du feu du ciel en terre. >> La glose ajoute : « Comme l'esprit saint fut donné auxap<itres en forme de feu ; ceux-là donneront l'esprit malin sous la forme du feu; » 3" il trompera par l'abondance de ses dons (xi, 39) : « Il leur donnera beaucoup de puissance, dit Daniel (xi, 39) et il partagera la terre gratuitement. La glose ajoute : « l'Antéchrist comblera de présents ceux qu'il aura trompés, et il partagera la terre entre les soldats de son armée. » En effet ceux qu'il n'aura pu soumettre par la crainte, il les subjuguera par l'avarice ; 4*' il séduira par les supplices ([u'il
L^ATENT DU SEIGNEUR H
infligera. « II fera, ajoute Daniel (vni), un rarage étrange et au delà de toute croyance. » Saint Grégoire dit encore, en pariant de TÂntéchrist : « Il tue ceux qui sont robustes, qiïand il vainc corporeliement ceux qui n'ont point été vaincus. »
Le trmsième signe précurseur du jugement sera la ▼éhémence du feu, qui paraîtra devant la face du souverain juge. Ce sera Dieu lui-même qui enverra ce feu, l*pour renonvdier le monde; il purifiera et renouvellera tous les élémrats, et comme les eaux du déluge, il s'élèvera de 28 coudées au-dessus de toutes les montagnes. VHistahre sehokutique* prétend que les ouvrages des hommes ne sauraient atteindre une plus grande élévation ; 3* pour purifier les hommes, parce qu*il tiendra lieu du purgatoire à ceux qui seront trouvés encore vivants ; 3* pour le plus affreux supplice des damn^ ; 4® pour le plus grand édat des saints. Car, selon saint Basile, Dieu, après avoir purifié le monde, séparera la chaleur de la lumière ; cette chaleur il l'enverra tout entière pour être le plus grand tourment des damnés, et la lumière ira vers les bienheureux pour augmenter leur joie.
Bien descirconstances accompagneront le jugement : 1® La discussion du juge : Le juge descendra dans la vallée de Josaphatpourjuger les bons et les méchanls; il placera les bons à droite et les méchants à gauche. On doit croire qu'il occupera un endroit élevé pour
* Chapitre xxxiv. L* Histoire scholastique est l'œuvre de Picn c Comeslor, chanoine et doyen de Sainte-Marie de Troyes, qui vivait dans la seconde moitié du xii* siècle.
pouvoir être vu. Il ne faut pas penser que tous seront dans cette petite vallée ; ce qui serait chose puérile, (lit saint Jérôme; mais ils seront là, et dans les lieux environnants. Sur un petit espace de terre peuvent se placer des milliers d'hommes, surtout quand on les presse. Et encore, s'il est besoin, les élus seront élevés dans l'air, en raison de l'agilité de leurs corps. Les damnés pourront être aussi suspendus par la puissance de Dieu. Alors le jujçe discutera avec les méchants, et il leur fera un crime des œuvres de miséricorde qu'ils n'auront pas accomplies; tous alors pleureront sur eux-mêmes, selon ce que dit saint (Ihrysostome sur saint Mathieu : « Les juifs pleureront sur eux-mêmes à la vue de J.-C. vivant et vivifiant, qu'ils regardaient comme un homme ayant subi la mort et en voyant son corps avec ses plaies, ils seront convaincus et ne pourront nier leur crime. » Les gentils pleureront aussi sur eux-mêmes, trompés qu'ils avarcnt été par les nombreuses discussions des philosophes ; ils pensaient que c'était folie et chose irrationnelle d'adorer un Dieu crucifié. Les chrétiens pécheurs pleureront sur eux-mêmes, pour avoir mieux aimé le monde que Dieu ou J.-C. Les hérétiques pleureront sur euxmêmes pour avoir dit que J.-C. était simplement un homme qui avait été crucifié, quand ils verront en lui le juge que les juifs ont fait souffrir. Sur elles-mêmes pleureront toutes les tribus de la terre; car il n'y aura plus de force pour lui résister, plus de faculté de fuir de sa présence, plus de moyen de faire pénitence, plus de temps laissé à la satisfaction. Tout sera dans l'angoisse, il ne restera de place que pour le deuil.
lUvekt du seigneur 13
2' La différence des rangs. Saint Grégoire s'exprime ainsi : « Au jugement; il y aura quatre rangs : deux des réprouvés et deux des Elus. Les uns sont jugés et eondamnés^ comme ceux auxquels il est dit : « J*ai « eu ftiim et vous ne m'avez pas donné à manger. » D'mitres ne sont pas jugés et sont condamnés ; tels sont ceux dont il est dit : « Celui qui n'aura pas cru a déjà été jugé ; » car ceux-là n'écoutent pas les paroles du juge, qui n'ont pas voulu garder la * foi, pas même en un seul point. Les autres sont jugés et régnent : tds sont les parfaits qui jugeront les autres, non pas qu'ils portent la sentence, cela n'appartient q[a'an juge; mais on dit qu'ils jugent, en assistant le juge. Ce sera d'abord un sujet d'honneur pour les saints de siéger avec le souverain juge, ainsi qu'il l'a promis (Mathieu, v, 9j. « Vous serez placés sur des trônes pour juger, etc.. » Ensuite ils témoigneront de la sentence du juge; ils l'approuveront comme ont coutume de faire ceux qui la souscrivent. Au psaume cxLix, il est dit : « Ils écriront la minute du jugement. » En troisième lieu, leur assistance sera pour la condamnation des damnés : elle sera portée contre eux d'après le témoignage des œuvres de leur vie ; 3® Les insignes de la Passion, qui sont : la croix, les clous et les cicatrices imprimées sur le corps de J.-C. Telles seront : 1' Les preuves ostensibles de sa victoire glorieuse; aussi les verra-t-on resplendissantes de gloire. Ce qui fait dire à saint Chrysostome sur saint Mathieu : « La croix et les cicatrices seront plus brillantes que les rayons du soleil. » Considérez aussi combien est grande la vertu de la croix. Le soleil sera obscurci et
la lune ne donnera plus de lumière, pour nous apprendre que la croix est plus lumineuse que la lune, plus resplendissante que le soleil ; 2° Ces insignes témoigneront de sa miséricorde, qui seule aura sauvé les bons; 3** de sa justice; on verra par là avec combien d'équité les réprouvés seront damnés pour avoir méprisé leur rançon énorme que J.-Cl. a acquittée avec son sang. Aussi leur adressera-t-il ces reproches que saint Chrysostome met dans sa bouche : « J'ai été fait homme pour vous ; pour vous j'ai été lié, moqué, meurtri et crucifié ; oii est le fruit de tant d'injures que j'ai reçues? Voici le prix du sang donné par moi pour le rachat de vos âmes. Quelles sont vos œuvres en compensation de mon sang? Je vous ai préférés à ma gloire, alors que j'ai voilé ma divinité sous les apparences d'un homme, et vous m'avez prisé plus bas que toutes vos richesses. En effet la chose la plus vile de la terre, vous l'avez préférée à ma justice et à ma loi. »
Le quatrième fait, c'est la sévérité du juge : « La crainte ne le fera pas fléchir, car il est tout puissant. » (saint Chrysostome). Il n'y aura pas moyen de lui résister, ni de le fuir, etc. <c Les présents ne le sauraient corrompre, il est si riche ! » (saint Bernard). (( Il viendra ce jour où les cœurs purs auront plus de valeur que les paroles adroites, et une conscience nette l'emportera sur les bourses pleines. C'est lui qui ne se laissera pas tromper par les paroles, ni fléchir par les présents » (saint Augustin). « Le jour du jugement est attendu et apparaîtra alors le juge intègre par excellence, qui ne fera acception d'aucune personne puissante ; dont le palais, ni par or, ni par argent.
l'aTBNT du SBI6NBUR 15
ne pourra être soaUIé par la présence d'aucun évêque, abbé, ni comte* » Etant trèsi bon, il ne saurait être entraîné ni par la haine, qui n'a aucune prise sur lui : « Vous n'arez haï rien de ce que vous avez fait, » est-il dît au livre de la Sagesse (xi) ; ni par Tamour, car il est très juste : ausdl ne déUvrera-t-il pas ses frères, c'està-dire les feux (^retiens : « Le frère ne rachètera pas » (JPmumt) ; ni par Perreur, il est très sage (saint Léon). €c Skm aspect est redoutaUe, il connaît tous les secrets, pénètre dans ce qu'il y a de plus compact ; pour lui les l&ièbres luisent, les muets répondent, le silence parle, el l'esprit articule sans le secours de la voix. Or comme sa sagesse est tellement grande, contre elle donc ne pourront rien les all^tions des avocats, ni les 80[diifiunes des philosophes, ni l'éloquence la plus brillante des orateurs, ni les ruses des fourbes. » Â ce sujet, qu'on écoute saint Jérôme : « tI!ombien de muets qui seront plus heureux là, que ceux qui parlent facilement ; que de bergers plus heureux que les philosophes, de paysans que les orateurs ; combien de niais remporteront sur l'adresse d'un Cicéron. »
Le cinquième fait, c'est l'accusaleur affreux. Il y aura trois accusateurs contre le pécheur. Le premier, c'est le diable (saint Âu$:ustin). « Accourra alors le diable qui répétera les paroles de notre profession et qui nous opposera toutes nos actions, dans quel lieu, à quelle heure nous avons péché, ce que nous avons dû faire de bien alors. Cet adversaire devra dire en effet : « Très équitable juge, jugez que celui-ci m'appartient en raison de sa faute; lui qui n'a pas voulu être vôtre par la grâce : vôtre par sa nature, il est devenu mien
par sa misère ; vôtre, à cause de votre passion : il est mien par ma persuasion. Désobéissant à vous, il n'a été obéissant qu'à moi; de vous, il a reçu la robe d'immortalité, de moi il a reçu ces lambeaux qui le recouvrent ; il s'est dépouillé de votre vêtement, et il est venu ici avec le mien : Très équitable juge, jugez qu'il est mien et qu'il doit être damné avec moi. » Oh ! pourra-t-il ouvrir la bouche celui qui est trouvé tel qu'il y aura justice à l'envoyer avec le diable! » (le sont les paroles de saint Augustin.
Le second accusateur sera le crime lui-même : Car chacun sera accusé par ses propres péchés. Il est écrit au livre de la Sagesse (iv) : « Ils paraîtront pleins d'effroi au souvenir de leurs offenses : et leurs iniquités se soulèveront contre eux pour les accuser. » Saint Bernard îijoute : « Alors leurs œuvres élèveront ensemble la voix et diront : C'est toi qui nous as faites ; nous sommes tes œuvres ; nous ne te lâcherons point, mais nous serons constamment avec toi, et avec toi nous irons au jugement. » Et elles t'accuseront d'une infinité de crimes divers.
Le troisième accusateur, ce sera le monde entier (saint Grégoire). « Me demandez-vous quel sera celui qui vous accusera? je vous réponds : Tout le monde : car le créateur étant offensé, tout le monde l'est. » Saint Antoine commente ainsi saint Malhieu : « En ce jour-là, il n'y aura pour nous rien à répondre, alors que le ciel et la terre, l'eau, le soleil et la lune, les jours et les nuits, l'univers, en un mot, se lèvera devant Dieu contre nous pour rendre témoignage de nos fautes. Et quand l'univers se tairait, même nos peu-
l'avsnt du seigneur 17
sëes, même nos œuvres se lèveront en présence de Dîea et nous accnseront sans ménagement. »
Le sixième fait, c'est le témoin infeillible. Le péeheor en aura tro» à charge. Le premier qui viendra sera an-dessus de lui, ce sera Dieu ; il sera juge et témoin. « Je suis juge et témoin, dit le Seigneur, » (J&rémie, xxxx). Le second sera au dedans de lui, ce soa sa conscience (saint Augustin), a Craignez-vous le joge à venir? corrigez dès aujourd'hui votre conscience ; car ce qui défendra voire cause, ce sera le témoignage de votre ccmscience» n Le troisième témoin sera à côté de lui, son propre ange gardien, qui, comme le cpnfident de tout ce qu'il a fait, rendra témoignage contre lui (Job, xx). « Les cieux (c'est-à-dire, les anges) dévoileront son iniquité. »
IjC septième fait, ce sera l'accusation du pécheur. Void ce qu'en dit saint Grégoire : « Oh I combien étroites seront alors les voies du pécheur ! Au-dessus un juge irrité, au-dessous rhorrihie chaos : à droite, les péchés accusateurs, à gauche un nombre infini de démons entraînant aux supplices, au dedans une conscience bourrelée, au dehors un monde acharné. Le misérable pécheur ainsi environné, où fuira-t-il? Se cacher sera impossible, se montrer, intolérable. »
Le huitième fait, c'est la sentence irrévocable. En effet de cette sentence il ne pourra jamais avoir ni cassation, ni appel. Trois motifs s'opposent en justice criminelle à l'appel : 1** Un juge éminent. En effet on n'appelle pas d'un roi qui porte une sentence dans ses états, car il n'a personne au-dessus de lui dans son royaume, ainsi on n'en appelle ni de l'empereur, ni du I ^
pape; 2** Un crime prouvé. Quand le crime est notoire il ne saurait y avoir appel ; 3® L'urgence. Alors qu'il y a péril en la demeure il ne saurait y avoir de sursis à l'exécution. Il y a encore trois motifs pour lesquels on ne reçoit point appel. Le pape lui-même ne pourrait le recevoir: 1® à cause de l'excellence du juge; le juge ici n'a aucun supérieur, mais il l'emporte sur tous en éternité, en dignité, en puissance. On pourrait en quelque sorte en appeler de l'empereur ou du pape à Dieu ; mais on ne saurait en appeler de Dieu à quelqu'un puisqu'il n*est personne au-dessus de lui ; 2° à cause de l'évidence du crime, car là les abominations et les crimes des réprouvés seront notoires et manifestes. « Il viendra le jour, dit saint Jérôme, où l'on verra toutes nos iniquités écrites comme sur un tableau; » 3° l'urgence. Rien de ce qui se fait là ne souffre de retard, mais tout s'écoule en un moment, en un clin d'œil.
André veut dire beau, ou caution, ou viril, iïander, homme; ou bien encore anthrôpos, homme, d*a;ia, au-dessus^ et tropo9 tourne, ce qui est la même chose que converti, comme s*i] eût été converti aux choses du ciel et élevé vers son créateur. Aussi, est-il beau dans sa vie, caution d'une doctrine pleine de sagesse, homme fort dans son supplice, et élevé en gloire. Son martyre fut écrit par les prêtres et les diacres d'Achaîc ou d*Asie qui en ont été les témoins oculaires.
André et quelques autres disciples furent appelés à trois reprises différentes par le Seigneur. La première
SAIXT A>~DRi:, APOTRE lU
fois qu'il les appela à le connaître, ce fut un jour qu'André avec un autre disciple ouTt dire par Jean, son maître : « Voici l'agneau de Dieu, voici celui qui efface les péchés du monde. » Et tout aussili)!, avec cet aulre disciple, il vint et vit oi'i demeurait Jésus, el ils passèrent ce jour auprès de lui. Et André ayant rencontré Simon, son frère, il l'amena à Jésus. Le lendemain ils retournèrent à leur métier de pêclieurs. Plus tard il les appela pour la seconde fois à vivre avcr lui. Ce fut le jour où la foule se pressait sur les pas de Jésus auprès du lac de Oénésaretli aussi appelé mer de Galilée ; le Sauveur entra dans la barque dn Simon et d'.Vndré, et après une péclie extraordinaire, il appela Jacques et Jean qui étaient dans une autre harqtie. Ils le suivirent el revinrent ensuite cliez eux. Jésus les appela la troisième et dernière fois pour étrt> ses disciples, lorsque se promenant sur le bord (le cette inènn* mer où ils se livraient à la pèche : « Verie/.,lciirdit-il,ctje vous ferai pécheurs d'hommes.» Ils quiltèreril tout à l'iiistaiil pour le suivre toujours elnc plus retourner en leur maison. Tuulel'ois il ;qipela André et d'autres de ses disciples à l'aposlulat, selou que le rapporte saint Marc (m i : h II iqipeiii à lui ceux qu'il voulut lui-même el ils viureut à lui ;ui nombre î douze, u l A|)rès l'ascension du Siîijrricur, l'I la séjinralion des ijAndré prêcha en Scjlhii: c't .Malliieii enWVrij» " ■ ' ■- ' "it;r pnj» reTu-
20 LA lkgende; dorke
scrent d'écouter Mathieu, lui arrachèrent les yeux, le mirent dans les fers avec l'intention de le tuer quelques jours après. Sur ces entrefaites, l'ange du Seigneur apparut à saint André et lui ordonna d*aller en Myrinidonie trouver saint Mathieu. Sur sa réponse qu'il n'en connaissait pas la route, il lui fut ordonné d'aller au bord de la mer et de monter sur le premier navire qu'il trouverait. Il exécuta tout de suite les ordres qu'il recevait, et sous la conduite d'un ange, il vint, à l'aide d'un vent favorable, à la ville qui lui avait été désignée, trouva ouverte la prison de saint Mathieu et se mit à pleurer beaucoup et à prier en le voyant. Alors le Seigneur rendit à Mathieu le bon usage de ses deux yeux dont l'avait privé la malice des pécheurs. Mathieu s'en alla ensuite et vint à Antioche. André resta dans la ville dont les habitants, irrités de l'évasion de Mathieu, saisirent André et le traînèrent sur les places après lui avoir lié les mains. Et comme son sang coulait, il pria pour eux, et par sa prière les convertit à J.-C, de là il partit pour l'Achaïe *. Ce (|u'on rapporte ici de la délivrance de Mathieu et de la guérison de ses deux yeux, je ne le crois pas digne de foi; car ce serait peu d'honneur porter à un si grand évangéliste de croire qu'il n'a pu obtenir
• S. Jérôme, Kpitre 148 à Marcelle; — Grégoire de Tours De Oloria Martyr. y lib. 1, c. xxxi ; — S. Paulin, Gaudence de Brescc, Pierre Chrysoloii^ue, clc.
La lettre dea prêtres d'Achaïe^ sur le niarlyre de saint André, est une pièce du i^** au ne siècle, qui a été démontrée authentique par le protestant Woof/, Voyez sur cette épître la préface de Galland Voter, Patr, Biblioth., i, prol., p. 38.
SA0fT ANDAi, APOniB 31
pour afÂ-mème œ. que André obtint si facilement. Un jeune noble * s'étant attacité à l'apôtre malgré ses par^its^ eenxHÛ mirait le fieu i une maiscm où leur fib demeurait avec André. Ck>mme la flamme s'élevait déjà fort haut, ce jeune homme prit un vase, en répandit Feau aur le feu qui s'éteignit aussitôt, cr Notre fiby dirent alors ses parents, est déjà un grand magiden, » Et poidant qu'ils voulaient monter au moyen des édielleS) Dieu les aveugla au point qu'ils ne les vojaiait même pas. Alors quelqu'un s'écria : « A quoi vous sert de vous consumer en vains efforts? Diett combat pour eux et vous ne le voyez point! Cessez donc, de crainte que la colère de Dieu ne descende sur vous. » Or beaucoup de témoins de ce fait crurent au Seigneur ; quant aux parents, ils moururent et furent enterrés cinquante jours après.
Une femme mariée à un assassin ne pouvait accou« cher : « Allez, dit-elle à sa sœur, invoquer pour moi Diane notre déesse. » Le diable dit à celle qui Tinvoquait: « Pourquoi l'adresser à moi qui ne saurais te secourir? Va plutôt trouver Tapôtre André qui pourra aider ta sœur **. »
Elle y alla, et mena l'apôtre chez sa sœur en danger de périr, II lui dit: « Il est juste que tu souffres, car tu es mal mariée; tu as conçu dans le mal, et tu as consulté les démons. Cependant repens-toi, crois en J.-G. et accouche. » Elle crut, et accoucha d'un avorton, puis sa douleur cessa.
* Abdias, Saint André, c. xii.
** Idem, /bid.y c. xxx.
Un vieillard nommé Nicolas alla trouver l'apôtre et lui dit*: « Seigneur, depuis soixante-dix ans je vis esclave de passions infâmes. J'ai cependant reçu Tévangile, et ai prié pour que Dieu m'accordât la continence. Mais accoutumé à ce péché, et séduit par la concupiscence, je suis retourné à mes désordres habituels. Un jour que brûlant, de mauvais désirs, j'avais oublié que je portais l'évangile sur moi, j'entrai dans une maison de débauche : et la courtisane me dit aussitôt : « Sors, vieillard, sors, car tu es un ange de Dieu. Ne me touche pas et ne t'avise pas d'approcher; car je vois sur toi des prodiges, p Effrayé des paroles de cette femme, je me suis rappelé que j'avais apporté sur moi l'Évangile. Maintenant donc, saint de Dieu, obtenez mon salut par vos saintes prières. » En l'entendant, le bienheureux André sç mit à pleurer, et depuis tierce jusqu'à none il pria. Se levant de sa prière, il ne voulut point manger, mais il dit : c Je ne mangerai point avant de savoir si le Seigneur aura pilié de ce vieillard. » Après cinq jours de jeûne, une voix se fit entendre à André et dit: « André, tu obtiens ce que tu sollicites pour ce vieillard, mais de même que tu t'es macéré par lejeûne aussi faut-il que pour être sauvé, lui aussi s'affaiblisse par les jeûnes. »
C'est ce que fit le vieillard en jeûnant pendant six mois au pain et à l'eau ; après quoi, plein de bonnes œuvres, il reposa en paix. Et une voix dit à André : « Par ta prière, j'ai recouvré Nicolas que j'avais perdu. »
* Abdias, Saint André, c. xxxiii.
SAStn AKDRi, APOnUE 23
Un jeune chrétien confia ce qui rail sous le plus grand secret à saint André*, s Ma mère, éblouie de ma beauté, me tenta pour une œuvre Ulicîte : comme je n'y cottS^itius pas, elle alla trouver le juge, dans nntoition de faire p^ser sur moi Ténormité d*un tel crime : mais priez pour moi de peur que je ne meure injustement! car lors de Taccusation, je préférerai me tmre et perdre la vie plutôt que déshonorer ainsi ma mère. » Le jeune Iminme est donc mandé en justice : André ly suit. La mère accuse positive* ment son fils d'aroir voulu la violer. Interrogé plusieurs fins m la chose s'était ainsi passée, le jeune homme ne répondit mot. Aildré dit alors à cette mère: « O la ^us cruelle des femmes, de vouloir la perte de tmi fib unique pour satisfaire ta débauche ! » La m^e dit dpnc au juge : « Seigneur, voilà Thomme auquel s*est atladhémon fils après qu^il eût tenté de consommer son crime, sans pouvoir le commettre. » Alors le juge irrité condamna le jeune homme à être mis en un sac enduit de poix et de bitume puis ensuite jeté dans la rivière ; et il ordonna de garder en prison André, jusqu'à ce qu'il eût trouvé un supplice pour le faire périr.
Mais à la prière d'André, un tonnerre horrible épouvanta les assistants, et un tremblement de terre les renversa tous, en même temps que la femme, frappée de la foudre, était desséchée. Tous conjurèrent alors l'apôtre de ne pas les perdre. II pria pour eux et le calme se fit. Le juge crut ainsi que toute sa maison.
* Abdias, Saint André, c. vi.
Coiniiie Tapôlre était à Nicée, les habitants lui dirent que sur le chemin qui menait à la ville, se trouvaient sept démons qui tuaient les passants*. L'apôtre les fit venir sous la forme de chiens devant le peuple et leur commanda d'aller où ils ne pourraient nuire à personne. Aussitôt ils disparurent. A cette vue, ces hommes reçurent la foi de J.-C. En arrivant à la porte d'une autre ville, l'apôtre rencontra le convoi d'un jeune homme qu'on portait en terre : et comme il s'informait de l'accident, il lui fut dit que sept chiens étaient venus et l'avaient fait mourir dans son lit. André se mit à pleurer etdit : « Je sais bien, Seigneur, que c'est le fait des démons que j'ai chassés de Nicée. » Et s'adressant au père : « Que me donneras-tu, lui demanda-t-il, si je ressuscite ton fils?» « C'est tout ce que je possédais de plus cher au monde, répondit le père, je te le donnerai. » L'apôtre fit une prière et ressuscita l'enfant qui s'attacha à lui.
Un jour quarante hommes vinrent par mer trouver l'apôtre afin de recevoir de lui la doctrine de la foi, mais le diable excita une tempête qui les engloutit tous. Leurs corps ayant été rejetés sur le rivage, furent portés à l'apôtre et tout aussitôt ressuscites. Ils racontèrent tout ce qui leur était arrivé.
De là vient qu'on lit dans une des hymnes de son office : <{ Il rendit à la vie quarante personnes que les tlots avaient englouties. » Maître Jean Beleth ** dit en traitant de la fôte de saint André, qu'il avait le teint brun, la barbe épaisse et une petite taille.
* Abdias, Saint André, c. vu.
*'* Jtationale, c. clxiv.
SAINT ANtmà^ APOTRE 28
Or saint André resta m ÂcbaTe, y fonda de nom* breuses ^lises et convertit beaucoup de monde à la foi du Christ. Il instruisit même la femme du ptocon* 8ui Egée et la régénéra dans les eaux sacrées du bap* tème. A cette nouvelle, Egée vient à Patras pour contraindre les chrétiens à sacrifier aux idoles. André alla à sa rencontre et lui dit : « il fetlait que toi qui as llionnmir d'être ici-bas le juge des hommes, tu eonmisses et ensuite tu honorasses ton juge qui est clans le dd, après avoir renoncé en ton cœur aux foux dieux *. » %ée lui répliqua : « C'est toi qui es Andié : tu enseignes les dogmes de cette secte superstitieuse que les empereurs romains viennent de prescrire d'exterminer. » « Les empereurs romains, dit André, n'ont pas encore appris que le Fils de Dieu, en venant sur là terre, a enseigné que les idoles sont des démons qui apprennent à offenser Dieu ; en sorte qu'offensé par les hommes il détourne d'eux son visage, qu'irrité contre eux, il ne les exauce point, et qu'en ne les exauçant pas, ils sont les esclaves et le jouet du diable, jusqu'à ce que dépouillés de tout en sortant de leur corps, ils n'emportent avec eux rien autre que leurs péchés. » Egée : « Votre Jésus qui prêchait ces sottises a été attaché au gibet de la croix. » André répartit : « C'est pour nous racheter et non pour des crimes qu'il a bien voulu souffrir le supplice de la croix. » Egée : « Il a été livré par son disciple, pris par les Juifs et crucifié par les soldats ; comment donc peux-tu dire qu'il a souffert de plein gré le sup-
* AbdiaSy Saint André, c. xxvi.
plice de la croix ! » Alors André démontra par cinq raisons que Jésus-Christ avait souffert parce qu'il l'avait voulu, l"" Il a prévu et prédit sa passion à ses disciples, lorsqu'il dit : « Voici que nous allons à Jérusalem, etc.. » 2<* Quand saint Pierre voulut l'en détourner il s'indigna fortement et lui dit : « Va-t-en derrière moi, Satan, etc.. » 3** Il a clairement annoncé qu'il avait le pouvoir et de souffrir et de ressusciter tout à la fois, lorsqu'il dit : « J'ai la puissance de quitter la vie et de la reprendre. » 4® Il a connu d'avance celai qui le trahissait, lorsqu'il lui donna du pain trempé, et cependant il ne se garda pas de lui. 5** Il choisit l'endroit où il savait que devait venir le traître. Lui-même assura avoir été témoin de chacun de ces faits ; il ajouta que c'était un grand mystère que celui de la croix. Egée répondit : «On ne saurait appeler mystère ce qui fut un supplice ; cependant si tu n'obtempères pas à mes ordres, je te ferai passer par l'épreuve du même mystère. » André : « Si j'étais épouvanté du supplice de la croix, je n'en proclamerais point la gloire. Or je veux t'apprendre ce mystère de la croix, peut-être qu'en le connaissant tu y croiras, tu l'adoreras et tu seras sauvé. » Alors il commença à lui dévoiler le mystère de la Rédemption et lui en prouva par cinq arguments la convenance et la nécessité. Le premier argument est que le premier homme ayant donné naissance à la mort par le bois, il était convenable que le second homme détruisît la mort en souffrant sur le bois. Le second, que le prévaricateur ayant été formé d'une terre immaculée, il était juste que le réconciliateiir naquît d'une vierge immaculée.
SAOfT ANDRi, AFOTRB 27
Le iroiaièmef que Adam ajanl étendu la main avec intempérance rets le fniit défendu, il seyait que le second Adam étêndtt sur la croix ses mains immaculées* Le quatrième, que Adam ayant goûté de Tarbre défendu un fruit agréable, il était ccmvenable que le CSirist, lorsqu'O fut abreuvé de fid, détruisit le contraire par son contraire. Le cinquième est que, pour nous eonfârer son immortalité, il importait que le Christ prtt.avee lui notre mortalité : car si Dieu ne s'était fidt .mortel, rbomme ne fttt pas devenu immorld. Alors %ée dit : « Va conter aux tiens ces rêvmes, et obâs-moi en sacrifiant aux dieux tout* pobsaiits. » ce Chaque jour, répondit André, j'offre au IMeu toui-puis«mt l'agn^u sans tache, et quand il a été mangé par tout le peuple,* cet agneau reste vi- Tant et entier, w Egée demandant comment cela pou- Tmtrit se faire, André lui répondit de se mettre au nombre des disciples. Egée répliqua : « Avec des tourments, je saurai bien te. faire expliquer la chose. » Et tout en colère, il le fit enfermer dans une prison. Le matin étant venu, il s'assit sur son tribunal et de nouveau il l'exhorta à sacrifier aux idoles. « Si tu ne m'obéis, lui dit-il, je te ferai suspendre à cette croix que tu as glorifiée. » Et comme il le menaçait de nombreux tourments, André répondit : « Invente tout ce qui le paraîtra de plus cruel en fait de supplice. Plus je serai constant à souffrir dans les tourments pour le nom de mon roi, plus je lui serai agréable. » Alors Egée le fit fouetter par vingt hommes, et le fit lier ensuite à une croix par les mains et par les pieds afin qu'il souffrît plus longtemps. Et comme il était
conduit à la croix, il se fit un grand concours de peuple qui disait : « Il est innocent et condamné sans preuves à verser son sang. » Cependant, Tapôlre pria cette foule de ne point s'opposer à son martyre. Et quand André aperçut la croix de loin, il la salua en disant : « Salut, ô croix consacrée par lesangdeJ.-C, et décorée par chacun de ses membres comme avec des pierres précieuses. Avant que le seigneur eût été élevé sur toi, tu étais un sujet d'effroi pour la terre ; maintenant en procurant l'amour du ciel, tu es l'objet de tous les désirs. Plein de sincérité et de joie, je viens à toi afin de te procurer la joie de recevoir en moi un disciple de celui qui a été pendu sur toi. En effet toujours je t'ai aimée et ai désiré t'embrasser. O bonne croix ! qui as reçu gloire et beauté des membres du Seigneur. Toi que j'ai longtemps désirée, que j'ai aimée avec sollicitude, que j'ai recherchée sans relâche et qui enfin es préparée à mon âme désireuse, reçois-moi du milieu des hommes, et me rends à mon maître afin qu'il me reçoive par toi, lui qui par toi m'a racheté. » En disant ces mots, il se dépouilla de ses vêtements qu'il donna aux bourreaux. Alors ceuxci le suspendirent à la croix, comme il leur avait été prescrit. Pendant deux jours qu'il y vécilt, il prêcha à vingt mille hommes qui l'entouraient. Cette foule menaçait Egée de le faire mourir, en disant qu'un saint doux c't pieux ne devait pas ainsi périr; Egée vint pour le délivrer. A sa vue André lui dit : « Pourquoi viens-tu vers nous? Si c'est pour demander pardon, tu l'obtiendras ; mais si c'est pour nie détacher, sache (jue je ne desciMulrai pas vivant de la croix. Déjà en
SAINT AllDAÉ, APOTRE 29
effet jeTois mon roi qui m'attend. » Et comme on voulait le délier^ on ne put y parvenir, parce que les bras de ceux qui essayaient de te faire devenaient paralysés. Four André, c<Mnme il voyait que le peuple le voulait dâivrer, il fit cette prière sur la croix, comme la rap* porte saint Augustin en son livre de la Pénitence. « Ne permettes pas. Seigneur, que je descende vivant, il est temps que vous c(mfiiez mon corps à la terre, car tant q^ je l'ai porté, tant j'ai veillé à sa garde ; ym travaillé à vouloir être délivré de ce soin, et à être dépouillé de ce très épais vêtement. Je sais combien je Tai trouvé lourd à porter, redoutable à vaincre, paressimx à enflammer et prompt à faiblir. Vous savez, Se^neur, combien il était porté à m'arracher aux pures contemplations ; combien il s'efforçait de me tirer du sommeil de votre charmant repos. Toutes et quantes fois il me fit souffrir de douleur.- Chaque fois que je l'ai pu, Père débonnaire, j'ai résisté en combattant et j'ai vaincu avec votre aide. C'est à vous, juste et pieux rémunérateur^ que je demande de ne plus me confier à ce corps : mais je vous rends ce dépôt. Confiez-le à un autre, et ne m'opposez plus par lui d'obstacles. Qu'il soit conservé et rendu à la résurrection, afin que vous retiriez honneur de ses œuvres. Confiez-le à la terre afin de ne plus veiller, afin qu'il ne m'empêche pas de tendre avec ardeur et librement vers vous qui êtes la source d'une vie de joie intarissable. » (Saint Augustin, Devera etfalsapomil.y c. vm). Après ces paroles, une lumière éclatante venue du ciel Tentoura pendant une demi-heure, en sorte que personne ne pouvait fixer sur lui les yeux ; et cette lumière disparaissant, ilren-
dit en même temps Fesprit. Maximilla, Tcpouse d'E^jée, prit le corps du saint apôtre et Tensevelit avec honneur *. Quant à Egée, avant d'être rentré dans sa maison, il fut saisi par le démon et à la vue de tous il expira sur le chemin. On dit ** que du tombeau de saint André découle une manne semblable à de la farine et une huile odoriférante. Les habitants du pays en tirent un présage pour la récolte : car si ce qui coule est en petite quantité, la récolte sera peu considérable, s'il en coule beaucoup, elle sera abondante. Peut-être qu'il en a été ainsi autrefois, mais aujourd'hui on prétend que son corps a été transporté à Constantinople.
Un évêque,qui menait une vie sainte, avait une vénération particulière pour saint André, en sorte qu'à chacun de ses ouvrages, il mettait en tête : « A l'honneur de Dieu et de saint André. » Or jaloux de la sainteté de ce personnage, l'antique ennemi, pour le séduire, après avoir employé toutes sortes de ruses, prit la forme d'une femme merveilleusement belle. Elle vint au palais de Tévêque sous prétexte de vouloir se confesser à lui. Sur l'ordre de l'évêque de l'adresser à son pénitencier qui avait tous ses pouvoirs, elle répondit qu'elle ne révélera à nul autre qu'à lui les secrets de sa conscience. Le Prélat touché la fait entrer. « Je vous en conjure. Seigneur, lui dit-elle, ayez pitié de moi : car jeune encore, ainsi que vous le voyez, élevée dans les délices dès mon enfance, issue
* Bréviaire romain.
** Saint Grégoire de Tours, ubi supra.
même de race royale, je suis venue seule ici sous riiabii des pèlerins. Le roi mon père, prince très puissant, voulant me marier à un grand personnage, je lui ai répondu que j'avais en horreur le lien du mariage, puisque j'ai consacré ma virginité pour toujours à J.-C. et qu'en conséquence je ne pourrais jamais consentir à la perdre. Pressée d'obéir à ses ordres, ou de subir sur la terre différents supplices, je pris secrètement la fuite, préférant m'exiler que de violer la foi jurée à mon époux. La renommée de votre sainteté étant parvenue à mes oreilles, je me suis réfugiée sous les ailes de votre protection, dans Tespoir de trouver auprès de vous un lieu de repos où je puisse jouir en secret des douceurs de la contemplation, me sauver des naufrages de la vie présente, et fuir le bruit et 1rs agitations du monde. » Plein d'admiration pour la noblesse de sa race, la beauté de sa personne, sa çrande ferveur, et l'élégance remarquable de ses paroles, Tévèque lui répondit avec bonté et douceur: « Soyez tranquille, ma fille; ne craignez point, rar celui pour l'amour duquel vous avez mrprisé avec tant de courage et vous-même, et vos parents et vos biens, vous accordera, pour ce sacrifice, leronihlc de la grâce en cette vie et la plénitude de la gloire en Tautre. Aussi moi qui suis son serviteur, je m'oflre à vous avec ce qui m'appartient: choisissez Tappartenient qu'il vous plaira, et je veux qu'aujourd'hui vous mangiez avec moi. » « Veuillez, ah! veuillez, dit-elle, mon Père, ne pas exiger cela de moi, de peur d'éveiller (|uel(jue mauvais soupçon et d(» porter (juelque atteinte à l'éclat de votre réputation. » <( Nous serons plu-
32 LA L^GENDR DOREE
sieurs, lui répondit Tévêque, nous ne serons pas seuls, et ainsi il n'y aura pas lieu de fournir en quoi que ce soit l'apparence à mauvais soupçon. » Les convives se mirent à table, Tévêque se plaça en face de la dame et les autres de l'un et de l'autre côté. L'évêque eut beaucoup d'attention pour cette femme ; il ne cessa de la regarder et d'en admirer la beauté. Pendant qu'il a les yeux fixés ainsi, son âme est atteinte, et tandis qu'il ne cesse de la regarder, l'antique ennemi lance contre son cœur une flèche acérée. Le Diable, qui tenait compte de tout, se mit à augmenter de plus en plus sa beauté. Déjà l'évéque était sur le point de donner son consentement à la tentation de commettre avec cette personne une action criminelle des que la possibilité s'en présenterait, quand tout à coup un pèlerin vient heurter à la porte avec violence, demandant à grands cris qu'on lui ouvre. Comme on s'y refusait et que le pèlerin devenait importun par ses clameurs et ses coups répétés, Tévèque demande à la femme si elle voulait recevoir ce pèlerin . « Qu'on lui pro- I>osc, dit-elle, quelque question difficile ; s'il sait la résoudre, qu'on l'introduise; s'il ne le peut, qu'on l'éloigné, comme un ignorant, et comme une personne indigne de paraître devant l'évéque. » On applaudit à la proposition, et Ton se demande qui sera capable de poser la question. Et comme on ne trouvait personne : « Quelle autre, madame, reprit l'évoque, peut mieux poser la question que vous qui l'emportez sur nousautresen éloquence et dont la sagesse brille au-dessus de la nôtre à tous? Proposez donc vous-même une question. » «Qu'on lui demande, dit-elle, ce que Dieu a fait de plus mer-
veilleux dans une petite chose. » Le pèlerin nuqiiel
un messager porta la question répondit : « C'est la
variété et Texceilence du visage. Parmi tant d'hommes
qui ont existé depuis le commencement du monde, et
qui existeront dans l'avenir, on n'en saurait rencontrer
deux dont les visages soient semblables eu tout point,
et cependant, dans une si petite figure, Dieu a placé
tous les sens du corps. » En entendant cette réponse
on s'écria avec admiration : « C'est vraiment une
excellente solution à la demande. » Alors la dame
dit: a Qu'on lui en propose une seconde plus difficile
qui mette sa science à meilleure épreuve : « Qu'on
lui demande où la terre est plus haute que le ciel
tout entier. » Le pèlerin interrogé répondit : « Dans
le ciel empyrée, où réside le corps de J.-C. Le corps
du Christ en efFel, qui est plus élevé que tout le ciel,
est formé de notre chair ; or notre chair est une portion
<le la substance de la terre: comme donc le corps du
(Christ est au dessus de tous les cieux, et qu'il tire sou
«origine de notre chair, que notre chair est formée de
la terre, il est donc constant que là où le corps de J.-(^..
réside, là certainement la terre est plus élevée que le
ciel. » L'envoyé rapporte la réponse du pèlerin, et
tous d'approuver cette solution merveilleuse et d'eu
louer hautement la sagesse. Alors la femme dit encore:
(( Qu'on lui pose de nouveau une troisième queslit)U
très «î^rave, comprupiée, difficile à résoudre, obscure,
afin que, pour la troisième fois, il soit prouvé (|u'il est
digne à juste titre d'être admis à la table de rév.ècpK'.
Demandez-lui quelle distance il y a de la terre au
ciel. » Le pèlerin répondit à l'envoyé qui lui [sortait
la question : « Allez le demander à celui-là même qui a posé la demande. Il le sait certainement et il pourra répondre mieux que je ne le ferais ; car lui-même a mesuré cette distance, quand du ciel il est tombé dans l'abtme; pour moi je ne suis jamais tombé du ciel et n'ai jamais mesuré cet espace. Car ce n'est pas une femme, mais le diable qui s*est caché sous la ressemblance d'une femme. » A ces paroles le messager fut pâmé, et répéta devant tous les convives ce qu'il avait entendu. Tandis que Tétonnement et la stupeur ont saisi les convives, le vieil ennemi a disparu. L'évêque, rentrant en lui-même, se reprochait amèrement sa conduite et demandait avec lamentations le pardon de la faute qu'il avait commise. Il envoya aussitôt pour qu'on introduisit le pèlerin, mais on ne le trouva plus. L'évêque convoqua le peuple, lui exposa de point en point ce qui s'était passé, et commanda des jeûnes et des prières pour que le Seigneur daignât révéler quel était ce pèlerin qui l'avait sauvé de si grand péril. Et cette nuit-là même, il fut révélé à l'évêque que c'était saint André qui, pour le délivrer, avait pris l'extérieur d'un pèlerin. L'évêque redoubla de dévotion envers le saint apôtre et il ne cessa de donner des preuves de sa vénération pour lui.
Le prévôt d'une ville* s'était emparé d'un champ de saint André, et par les prières de l'évêque, il en fut puni de très fortes fièvres. II alla trouver le prélat, le conjurant d'intercéder en sa faveur et lui pro-
• D*après saint Grégoire de Tours, De gloria mavtyrum, 1. I, c. Lxxix, cet homme était Gomacharus, comte de la ville d'Agde, vers la fin du vie siècle.
mit de restituer le champ. Mais après sa guérison obtenue par l'intercession du pontife, il reprit une seconde fois la terre. Alors Févêque se mit en prières et brisa toutes les lampes de l^ég'lise, en disant : « Qu'on n'allume plus ces lumières, jusqu'à ce que le Seig-neur se venge lui-même de son ennemi, et que l'église recouvre ce qu'elle a perdu. » Et voilà que le prévôt eut encore de très fortes fièvres ; il envoya alors demander à l'évéque de prier pour lui, l'assurant qu'il rendrait son champ, et en surplus un autre de la même valeur. Comme l'évéque lui faisait répondre toujours : c< J*ai déjà prié, et Dieu m'a exaucé, » le prévôt se fit porter chez le prélat et le força d'entrer dans l'église pour prier.
A l'instant où l'évéque entre dans l'église, le prévôt meurt subitement et le champ est restitué à l'église.
Nicolas vient do nikos, qui sie^nifio victoirr et de /ans, «jiii veut dire peuple. Nicolas, c'est victoire du peuple, c'est-à-dire, des vices qui sont populaires et vils. Ou bien simplement victoire, parce qu'il a appris aux peuples, par sa vie et son enseisrnemcnt, à vaincre les vices et les péchés. Nicolas peut venir encore de nikos, victoire et de /ans, louancc^, comme si on disait louans^e victorieuse. Ou bien encore de uî((n\ blancheur et de /ao.ç, peuple, blancheur du peuple. Il eut en effet, dans sa personne, ce qui constitue la blancheur et la pureté; selon saint Ambroise, la parole divine purifie, la bonne confession purifie, une bonne pensée purifie, une bonne action
purifie. Les docteurâ d*Argos ont écrit sa lés^endc. D'après Isidore, Argos est une ville de la Grèce, d*où est venu aux Grecs le nom d'ArgoIides. On trouve ailleurs que le patriarche Méthode Ta écrite en grec. Jean la traduisit en latin et y Ht des augmentations.
Nicolas, citoyen de Patras, dut le jour à de riches et saints parents. Son père Epiphane et sa mère Jeanne l'engendrèrent en la première fleur de leur âge et passèrent le reste de leur vie dans la continence. Le jour de sa naissance, il se tint debout dans le bain; de plus^ il prenait le sein une fois seulement la quatrième (mercredi) et lasixième férié (vendredi). Devenu grand, il évitait les divertissements, et préférait fréquenter les églises; il reteniiit dans sa mémoire tout ce qu'il y pouvait apprendre de TÉcriture sainte. Après la mort de ses parents, il commença à penser quel emploi il ferait de ses grandes richesses, pour procurer la gloire de Dieu, sans avoir en vue la louange qu'il en retirerait de la part des hommes. Un de ses voisins avait trois filles vierges, et que son indigence, malgré sa noblesse, força à prostituer, afin que ce commerce infâme lui procurât de quoi vivre. Dès que le saint eut découvert ce crime, il l'eut en horreur, mit dans un linge une somme d'or qu'il jeta, en cachette, la nuit par une fenêtre dans la maison du voisin et se relira. Cet homme à son lever trouva cet or, remercia Dieu et maria son aînée. Quelque temps après, ce serviteur de Dieu en fit encore autant. Le voisin, qui trouvait toujours de l'or, était extasié du fait ; alors il prit le parti de veil-
* Ilonorius d'Autun.
1er pour découvrir quel était celui qui venait ainsi à son aide. Peu de jours après, Nicolas doubla la somme d'or et la jeta chez son voisin. Le bruit fait lever celuici, et poursuivre Nicolas qui s'enfuyait : alors il lui cria : « Arrêtez, ne vous dérobez pas à mes regards. » Et en courant le plus vite possible, il reconnut Nicolas; de suite il se jette à terre, veut embrasser ses pieds. Nicolas l'en empêche et exige de lui qu'il taira son action tant qu'il vivrait.
L'évêque de Myre vint à mourir sur ces entrefaites ; les évêques s'assemblèrent pour pourvoira cette église. Parmi eux se trouvait un évêque de grande autorité, et l'élection dépendait de lui. Les ayant avertis tous de se livrer au jeûne et à la prière, cette nuit-là même il entendit une voix qui lui disait de rester le matin en observation à la porte; celui qu'il verrait entrer le premier, dans l'église, et qui s'appellerait Nicolas, serait l'évêque qu'il devait sacrer. 11 communiqua cette révélation à ses autres colk\^ues, et leur recommanda de prier, tandis que lui veillerait à la porte. O prodige! à l'heure de matines, comme s'il était conduit parla main de Dieu, le premier qui se présente à l'église, c'est Nicolas. L'évêque l'arrêtant : a (loniment l'appelles-tu, lui dit-il? » Et lui, qui avait lasiinplicilé d'une colombe, le salue et lui dit : « Nicolas, le serviteur de votre sainteté. » On le conduit dans Tév^lise, et malgré toutes ses résistances, on le place sur le siè^e épiscopal. Pour lui, il pratique, comme auparavant, l'humilité et la gravité de mœurs en toutes ses (envies ; il [)assait ses veilles dans la prière, mortifiait sa chair, fuyait la compagnie des femmes; il accueillait tout le
monde avec bonté ; sa parole avait de la force, srs exhortations étaient animées, et ses réprimandes sévères. On dit aussi, sur la foi d'une chronique, que Nicolas assista au concile de Nicée.
Un jour que des matelots étaient en péril, et que, les yeux pleins de larmes, ils disaient : « Nicolas, serviteur de Dieu, si ce que nous avons appris de vous est vrai, faites que nous en ressentions TefFet. » Aussitôt, leur apparut quelqu'un qui ressemblait au saint : « Me voici, dit-il ; car vous m'avez appelé. » Et il se mit à les aider dans la manœuvre du bâtiment, soit aux antennes, soit aux cordages, et la tempête cessa aussitôt. Les matelots vinrent à l'église de Nicolas, oii, sans qu'on le leur indiquât, ils le reconnurent, quoique jamais ils ne l'eussent vu. Alors ils rendirent grâces à Dieu et à lui de leur délivrance : mais le saint l'attribua î\ la divine miséricorde et à leur foi, et non à ses mérites.
Toute la province où habitait saint Nicolas eut à subir une si cruelle famine, que personne ne pouvait se procurer aucun aliment. Or l'homme de Dieu apprit que des navires chargés de froment étaient mouillés dans le port. II y va tout aussitôt prier les matelots de venir au secours du peuple qui mourait de faim, en donnant, pour le moins, cent muids de blé par chaquo vaisseau. « Nous n'oserions, père, répondirent-ils, car il a été mesuré à Alexandrie, et nous avons ordre de le transporter dans les greniers de Tempereur. » Le saint reprit: « Faites pourtant ce que je vous dis, et je vous promets que, par la puissance de Dieu, vous n'aurez aucun déchet devant le commissaire du roi. »
Ils le firent et la quantité qu'ils avaient reçue à Alexandrie, ils la rendirent aux employés de l'empereur ; alors ils publièrent le miracle, et ils louèrent Dieu qui avait été glorifié ainsi dans son serviteur. Quant au froment, Thomme de Dieu le distribua selon les besoins de chacun, de telle sorte que, par l'effet d'un miracle, il y en eut assez pendant deux ans, non seulement pour la nourriture, mais encore pour les semailles. Or, ce pays était idolâtre, et honorait particulièrement rimagede l'infâme Diane : jusqu'au temps de l'homme de Dieu, quelques hommes grossiers suivaient des pratiques exécrables et accomplissaient certains rites païens sous un arbre consacré à la Déesse ; mais Nicolas abolit ces pratiques dans tout le pays et fit couper l'arbre lui-même. L'antique ennemi, irrité pour cela contre lui, composa une huile dont la propriété contre nature était de brûler dans l'eau et sur les pierres ; le démon, prenant la figure d'une religieuse, se présenta à des pèlerins qui voyageaient par eau pour aller trouver saint Nicolas et leur dit. « J'aurais préféré aller avec vous chez le saint de Dieu, mais je ne le puis. Aussi vous priai-je d'offrir cette huile à son église, et, en mémoire de moi, d'en oindre toutes les murailles de sa demeure. » Aussitôt il disparut. Et voici que les pèlerins aperçoivent une autre nacelle chargée de personnes respectables, au milieu desrjuelles se trouvait un homme tout à fait ressemblant à saint Nicolas, qui leur dit : « Hélas ! que vous a dit cette femme, et qu'a-telle apporté ? » On lui raconta tout de point en point. '<( C'est l'impudique Diane, leur dit-il ; et pour vous prouver la vérité de nii*s paroles, jetez ct^tle huile dans
la mer. » A peine l'eurent-ils jetée, qu'un grand feu s'alluma sur l'eau, et, contre nature, ils le virent longtemps brûler. Quand ils furent arrivés auprès du serviteur de Dieu, ils lui dirent : « C'est vraiment vous qui nous avez apparu sur la mer, et qui nous avez délivrés des embûches du diable. »
Dans le même temps, une nation se révolta contre l'empire romain ; l'empereur envoya contre elle trois princes, Népotien, Ursus et Apilion. Un vent défavorable les fit aborder au port adriatique, et le bienheureux Nicolas les invita à sa table, voulant par là préserver son pays des rapines qu'ils exerçaient dans les marchés. Or un jour, pendant l'absence du saint évoque, le consul corrompu par argent avait condamné trois soldats innocents à être décapités. Dès que l'homme de Dieu en fut informé, il pria ces princes de se rendre en toute hâte avec lui sur le lieu de l'exécution : à leur arrivée, ils trouvèrent les condamnés le genou fléchi, la figure couverte d'un voile et le bourreau brandissant déjà son épée sur leurs têtes. Mais Nicolas, enflammé de zèle, se jeta avec audace sur le licteur, fit sauter au loin son épée de ses mains, délia ces innocents et les emmena avec lui sains et saufs ; de là, il court au prétoire du consul et en brise les portes fermées. Bientôt le consul arrive et le salue. Le saint n'en tient compte et lui dit : « Ennemi de Dieu, prévaricateur de la loi, quelle est ta présomption d'oser lever les yeux sur nous, alors que tu es coupable d'un si grand crime. » Quand il Teut repris durement, à la prière des chefs, il Tadmit cependant à la pénitence. Après donc avoir reçu sa bénédiction, les envoyés de
l'empereur continuent leur route et soumettent les révoltés sans répandre de sang. A leur retour, ils furent reçus par Tempereur avec magnificence. Or quelquesuns, jaloux de leurs succès, suggérèrent par prière, et par argent, au préfet de Tempereur, de les accuser auprès de lui du crime de lèse-majesté. L'empereur circonvenu, et enflammé de colère, les fit emprisonner et sans aucun interrogatoire, il ordonna qu'on les tuât cette nuit^là même. Informés de leur condamnation par le geôlier, ils déchirèrent leurs vêtements et se mirent à gémir avec amertume. Alors l'un deux, c'était Népotien, se rappelant que le bienheureux Nicolas avait délivré trois innocents, exhorta les autres à réclamer sa protection. Par la vertu de ces prières, saint Nicolas apparut cette nuit-là à l'empereur Constantin et lui dit : « Pourquoi avoir fait saisir ces princes si injustement et avoir condamné à mort des innocents? Levez-vous de suite, et faites-les relâcher tout aussitôt ; ou bien je prie Dieu qu'il vous suscite une guerre dans laquelle vous succomberez et deviendrez la pâture des biHes. » « Qui es-tu, s'écria l'empereur, pour pénétrer la nuit dans mon palais et m'oser parler ainsi? » « Je suis, répliqua-t-il, Nicolas, évôtpie de la ville de Myre. » Il effraya aussi de la môme manière le préfet dans une vision. « Insensé, lui dit-il, pourquoi as-tu consenti à la mort de ces innocents? Va vite et lâche de les délivrer, sinon ton corps fourmillera de vers el ta maison va être détruite. » « Qui es-tu, répondit-il, pour nous menacer de siijrands malheurs? » « Sache, lui répondit-il, que je suis Nicolas, évéque de Myre. » Et ils s'éveillent l'un et Taulre, se racontent mutuel-
lement leur songe, et envoient de suite vers les prisonniers. L^empereur leur dit donc : « Quels arts magiques connaissez-vous, pour nous avoir soumis à de pareilles illusions en songes? » Ils répondirent qu'ils n'étaient pas magiciens, et qu'ils n'avaient pas mérité d'être condamnés à mort. « Connaissez-vous, leur dit l'empereur, un homme qui s'appelle Nicolas ? » En entendant ce nom, ils levèrent les mains au ciel, en priant Dieu de les délivrer, par les mérites de saint Nicolas, du péril qui les menaçait. Et après que l'empereur leur eut entendu raconter toute sa vie et ses miracles : « Allez, dit-il, et remerciez Dieu qui vous a délivrés par ses prières; mais portez-lui quelques-uns de nos joyaux, de notre part, en le conjurant de ne plus m'adresser de menaces, mais de prier le Seigneur pour moi et pour mon royaume. » Peu de jours après, ces hommes se prosternèrent aux pieds du serviteur de Dieu, et lui dirent : <( Vraiment vous êtes le serviteur, le véritable adorateur et l'ami du Christ. » Quand ils lui eurent raconté en détail ce qui venait de se passer, il leva les yeux au ciel, rendit de très grandes actions de grâces à Dieu. Or après avoir bien instruit ces princes, il les renvoya en leur pays.
Quand le Seigneur voulut enlever le saint de dessus la terre, Nicolas le pria de lui envoyer des anges ; et en inclinant la tète, il en vit venir vers lui : et après avoir dit le Psaume, In te, Domine, speravi, jusqu'à ces mots : In manus tuas, etc., il rendit l'esprit, l'an de J.-C. 343. Au même moment, on entendit la mélodie des esprits célestes. On l'ensevelit dans un tombeau de marbre; de son chef jaillit une fontaine d'huile et
r \ SAINT mCOLAS 43
tie ses pieds Ime scmicé d'eau ; et jusqu'aujourd^'Iiiii^ de tcHifl. ses membres, il sort une huHè isainie qui guérit beaucoup de penk>nnès« U eut pour successeur, lin bomme de JUieu qui cependant Ait chassé de son siège par des envieux. Pendant son eidi, Thuile cessa de £cmkr; mais quand iliiit rappelé elle reprit son cours. Lo^^temps ajptèB les Turcs détruisirent la ville de Mjre ; or, quarsoiteH^pt soldats de Bari y étant venus, él quatre moines leur ayant montré le tombeau de mini THicfAàAf ils l'ouvrirent, et trouvèrent ses os qui nageaient dans Thuile ; ils les emportèrent avec respect dans la ville de Bari, Fan du Seigneur 1087.
. Un bomme avait emprunté à un Juif une somme d'ai|[ent, et avait juré sur l'autel de saint Nicolas, car il ne pouvait avoir d'autre caution, qu'il rendrait cet argent le plus tôt qu'il pourrait. Comme il le gardait longtemps, le Juif le lui réclama, mais le débiteur pré<* tendit lui avoir payé sa dette. Le Juif le cita en justice et lui déféra le serment. Cet homme avait un bâton creux qu'il avait rempli d'or en petites pièces, ii l'apporta avec lui comme s'il en eût besoin pour s'appuyer. Alors qu'il voulut prêter serment, il donna au Juif son bâton à tenir, et jura avoir rendu davantagi; qu'il ne lui avait été prêté. Après le serment, il réclama son bâton et le Juif, qui ne se doutait pas de la ruse, le lui rendit : or, en revenant chez lui, le coupable, oppressé par le sommeil, s'endormit dans un carrefour, et un char qui venait avec grande vitesse le tua, brisa le bâton et l'or dont il était plein se répandit sur la lerre. Le Juif averti accourut et vit la ruse : et comme on lui suggérait de reprendre son
or, il s'y refusa absolument^ à moins que le mort ne fût rendu à la vie par les mérites de saint Nicolas, ajoutant que, s'il en arrivait ainsi, il recevrait le baptême et se ferait chrétien. Aussitôt le mort ressuscite, et le Juif est baptisé au nom de J.-C.
Un Juif, témoin de la merveilleuse puissance du bienheureux Nicolas à opérer des miracles, se fit sculpter une image du saint qu'il plaça dans sa maison, et quand il entreprenait un long voyage, il lui confiait la garde de ses biens en disant ces paroles ou d'autres à peu près pareilles : « Nicolas, voici tous mes biens que je vous confie, si vous n'en faites bonne garde, j'en tirerai vengeance, par des coups de fouet. » Or, un jour qu'il était absent, des voleurs viennent ravir tout et ne laissent que l'image. A son retour, le Juif se voyant dépouillé s'adresse à l'image et lui dit à peu près ces paroles : « Seigneur Nicolas, ne vous avais-jc pas placé dans ma maison pour soigner mes biens contre les voleurs? Pourquoi avez-vous négligé de le faire, et n'avoir point empêché les voleurs ? Eh bien ! vous en serez cruellement puni et vous paierez pour les larrons. Aussi vais-je compenser le dommage que j'éprouve en vous faisant souffrir, et je calmerai ma fureur en vous assommant de coups de fouet. » Alors le Juif prit l'image, la frappa et la flagella avec une atroce cruauté. Chose merveilleuse et épouvantable! Au moment où les voleurs se partageaient leur butin, le saint leur apparut, comme s'il eût reçu les coups sur lui, et leur dit; « Pourquoi ai-je été flagellé par rapporta vous? Pounjuoi ai-je été frappé si inhumainement? Pourquoi ai-je enduré tant de tourments?
SAINT NICOLAS iii
Voyez comme mon corps est livide. Voyez comme il est couvert de sanç. Allez au plus tôt restituer tout ce que vous avez pris, sinon la colère de Dieu s'appesantira sur vous ; votre crime sera rendu public et chacun de vous sera pendu. » Et ils lui dirent : <( Qui es-tu, toi qui nous parles de cette façon? » « Je suis Nicolas, reprit-il, serviteur de J.-C, c'est moi que le Juif a si cruellement traité pour le vol dont vous êtes coupables. » Pleins d'effroi, ils viennent trouver le Juif, lui racontent le miracle, en apprennent ce r|u'il a fait à l'image et lui rendent tout ; après quoi ils rentrent dans la voie de la droiture et le Juif embrasse la foi du Sauveur.
Par amour pour son fils qui étudiait les belles-lettres, un homme célébrait tous les ans avec solennité la fête de saint Nicolas. Une fois le père de l'enfant prépara un repas auquel il invita grand nombre de clercs. Or le diable vint à la porte, en habit de mendiant, demander Taumône. Le père commande aussitôt à son fils de donner au pèlerin. L'enfant se hâte, mais ne trouvant pas le pauvre, il court après lui. Parvenu à un carrefour, le diable saisit rciifant et IVtrangle. A cette nouvelle, le père se lamenta l)eauc()U|), prit le corps, le pla(;a sur un lit et se mit à exhaler sa douleur en proférant ces cris : « O très cher fils ! comment es-tu ? Saint Nicolas ! est-ce la récompense de riionneur dont je vous ai donné si longtemps des preuves ? » Et comme il parlait ainsi, tout à coup Teiifant ouvrit les yeux, comme s'il sortait d'un profond sommeil, et ressuscita.
Un noble pria le bienheureux Nicolas dr lui oblenii'
un fils, lui promettant de conduire son enfant à son église où il offrirait une coupe d'or. Un fils lui naquit et quand celui-ci fut parvenu à un certain âge, il commanda une coupe. Elle se trouva fort de son goût, et il l'employa à son usage, mais il en fit ciseler une autre d'égale valeur. Et comme ils allaient par mer à Téglisc de saint Nicolas, le père dit à son fils d'aller lui puiser de l'eau dans la coupe qu'il avait commandée en premier lieu. L'enfant, en voulant puiser de l'eau avec la coupe, tomba dans la mer et disparut aussitôt. Le père cependant, tout baigné de larmes, accomplit son vœu. Etant donc venu à l'autel de saint Nicolas, comme il offrait la seconde coupe, voici qu'elle tomba de l'autel comme si elle en eût été repoussée. L'ayant reprise et replacée une seconde fois sur l'autel, elle en fut rejetée encore plus loin. Tout le monde était saisi d'admiration devant un pareil prodige, lorsque voici l'enfant sain et sauf qui arrive portant dans les mains la première coupe ; il raconte, en présence des assistants, qu'au moment où il tomba dans la mer, parut aussitôt saint Nicolas qui le garantit. Le père rendu à la joie offrit les deux coupes au saint.
Un homme riche dut aux mérites de saint Nicolas d'avoir un fils qu'il nomma Adéodat. Il éleva, dans sa maison, une chapelle en l'honneur du saint dont il célébra, chaque année, la fête avec solennité. Or le pays était situé près de la terre des Agaréniens. Un jour Adéodat est pris par eux, et placé comme esclave chez leur roi. L'année suivante, tandis que le père célébrait dévotieusementla fête de saint Nicolas,renfant, qui tenait devant le monarque une coupe précieuse,
se rappelle la manière dont il a été pris, la douleur et
la joie de ses parents à pareil jour dans leur maison,
et se met à soupirer tout haut. A force de menaces,
le roi obtint de connaître la cause de ces soupirs, c(
ajouta : « Quoi que fasse ton Nicolas, tu resteras ici
avec nous. » Tout à coup s'élève un vent violent qui
renverse la maison et transporte Tenfant avec sa coupe
devant les portes de l'église où ses parents célébraient
la fête; ce fut pour tous un grand sujet de joie. On lit
pourtant ailleurs que cet enfant était de la Normandie,
et qu'allant outre-mer, il fut pris par le Soudan qui le
faisait fouetter souvent en sa présence. Or un jour de
Saint-Nicolas, qu'il avait été fouetté et que, renfermé
dans sa prison, il pleurait en pensant à sa délivrance
et à la joie ordinaire de ses parents à pareil jour, tout
à coup il s'endormit et, en se réveillant, il se trouva
dans la chapelle de son père *.
* Ou lit à la fin d'un sermon attribué à saint Bonavcnlure : « Deux écoliers de famille noble et riche portaient uii<* fi^rosse somme d'argent, se rendant à Athènes pour y étudier la philosophie. Or, comme ils voulaient auparavant voir saint Nicolas pour se recommander à ses prières, ils passèrent par la ville de Myre. L'hote, s'apercevant de leur richesse, se laissa entraîner aux sui^çestions de l'esprit malin, et les tua. Après quoi, les mettant en pièces comme viande de porc, il sala leur chair dans un vase (saloir). Instruit de ce méfait par un ange, saint Nicolas se rendit promptement à rhùtcllerie,dit à rhùte tout ce qui s'était passé, et le réprimanda sévèrement ; après quoi il rendit la vie aux jeunes i»ens |)ar la vertu <le ses prières. »
Lucie vicQl de ^w.r, lumière. La lumière en eflFel esl belle h voir, parce que, selon saint Ambroise, la lumière est naturellement gracieuse à la vue. Elle se répand sans se salir, quelque souillés que soient les lieux où elle se projette. Ses rayons suivent une ligne sans la moindre courbe^ et elle traverse une étendue immense sans mettre aucune lenteur. Par où Ton voit que la bienheureuse vierge Lucie brille de Téclat de la virginité, sans la plus petite souillure, elle répand la charité sans aucun mélange d*amour impur: elle va droit à Dieu sans le moindre détour ; elle n*apporte aucune négligence à suivre' dans toute son étendue la voie qui lui est tracée par ropération divine. Lucie peut encore signifier Chemin do Lumière, Lucis, via.
Lucie, vierge de Syracuse, noble d'origine ; entendant parler, par toute la Sicile, de la célébrité de sainte Agathe, alla à son tombeau avec sa mère Eulhicic qui, depuis quatre ans, souffrait, sans espoir de gurrison, d'une perte de sang. Or, à la messe, on lisait Tévangile où Ton raconte que N.-S. guérit une femme affligée de la mémemaladie. Lucie dit alors à sa mère : « Si vous croyez ce qu'on lit, croyez que Agathe jouit toujours de la présence de celui pour lequel elle a souffert. Si donc vous touchez son tombeau avec foi, aussitôt vous serez radicalement guérie. » Quand toute l'assistance se fut retirée, la mère et la fille restèrent en prières auprès du tombeau; le sommeil alors s'empara de Lucie, et elle vit Agathe entourée d'anges,
" Bréciaire, Actes de la sainte.
«iriiée de pierres précieuses ; debout devant elle et lui disant : a Ma sœur Lucie, vierge toute dévouée à Dieu, que demandez-vous de moi que vous ne puissiez vous-même obtenir à l'instant pour votre mère ? Car elle vient d'être guérie par votre foi. » Et Lucie qui s'éveilla dit : « Mère, vous êtes guérie. Or, je vous conjure, au nom de celle qui vient d'obtenir votre guérison par ses prières, de ne pas me chercher d'époux ; mais tout ce que vous deviez me donner en dot, distribuezle aux pauvres. » « Ferme-moi les yeux auparavant, répondit la mère, et alors tu disposeras de ton bien comme tu voudras. » Lucie lui dit : <c En mourant, si vous donnez quelque chose c'est parce que vous ne pouvez l'emporter avec vous : donnez-le-moi tandis que vous êtes en vie, et vous en serez récompensée. » Après leur retour on faisait journellement des biens une part qu'on distribuait aux pauvres. Le bruit du partage de ce patrimoine vint aux oreilles du fiancé, et il en demanda le motif à la nourrice. Elle eut la précaution de lui répondre que sa fiancée avait trouvé une propriété de plus grand rapport, qu'elle voulait acheter à son nom ; c'était le motif pour lequel on la voyait se défaire de son bien. L'insensé, croyant (ju'il s'agissait d'un commeri:e tout humain, se mit à faire hausser lui-même la vente. Or, cpiand tout fut vendu cl donné aux pauvres, le fiancé traduisit Lucie devant le consul Pascasius : il l'accusa d'être chrétienne et de violer les édils des Césars. Pascasius l'invita à sacrifier aux idoles, mais elle répondit : a Le sacrifiée qui plaît à Dieu, c'est de visiter les pauvres, de subvenir à leurs besoins, et parce que je n'ai plus rien à I. i
offrir, je me donne moi-même pour lui être offerte. » Pascasius dit : « Tu pourrais bien dire cela à quelque clirétien insensé, comme toi, mais à moi qui fais exécuter les décrets des princes, c'est bien inutile de poursuivre. » « Toi, reprit Lucie, tu exécutes les lois de tes princes, et moi j'exécute la loi de mon Dieu. Tu crains les princes, et moi je crains Dieu. Tu ne voudrais pas les offenser et moi je me garde d'offenser Dieu. Tu désires leur plaire et moi je souhaite ardemment de plaire à J.-G. Fais donc ce que tu juges te devoir être utile, et moi je ferai ce que je saurai m'étre profitable. » Pascasius lui dit : « Tu as dépensé ton patrimoine avec des débauchés, aussi tu parles comme une courtisane. » « J'ai placé, reprit Lucie, mon patrimoine en lieu sûr, et je suis loin de connaître ceux qui débauchent l'esprit et le corps. » Pascasius lui demanda: « Quels sont-ils ces corrupteurs ? » Lucie reprit : « Ceux qui corrompent l'esprit, c'est vous qui conseillez aux âmes d'abandonner le créateur. Ceux qui corrompent le corps, ce sont ceux qui préfèrent les jouissances corporelles aux délices éternelles. » fk Tu cesseras de parler, reprit Pascasius, lorsqu'on commencera à te fouetter. » « Les paroles de Dieu, dit Lucie, n'auront jamais de fin..» « Tues donc Dieu », repartit Pascasius. « Je suis, répondit Lucie, la servante du Dieu qui a dit : « Alors que vous serez en <( présence des rois et des présidents, ne vous inquiétez « pas de ce que vous aurez à dire, cène sera pas vous « qui parlez, maisTEsprit parlera en vous. » Pascasius reprit: « Alors tu as l'esprit saint en toi? » « Ceux qui vivent dans la chasteté, dit Lucie, ceux-là sont les
temples du Saint-Esprit. » Alors, dit Pascasius je vais te faire conduire dans un lieu de prostitution, pour que lu y subisses le viol, et que tu perdes l'esprit saint. » « Le corps, dit Lucie, n'est corrompu qu'autant que le cœur y consent, car si tu me fais violer malgré moi, je gaî^nerai la couronne de la chasteté. Mais jamais tu ne sauras forcer ma volonté à y donner consentement. Voici mon corps, il est disposé à toutes sortes de supplices. Pourquoi hésites-tu? Commence, fils du diable, assouvis sur moi ta rage de me tourmenter. »
Alors Pascasius fit venir des débauchés, en leur disant : « Invitez tout le peuple, et qu'elle subisse tant d'outrages qu'on vienne dire qu'elle en est morte. » Or, quand on voulut la traîner, le Saint-Esprit la rendit immobile et si lourde qu'on ne put lui faire exécuter aucun mouvement. Pascasius fit venir mille hommes et lui fit lier les pieds et les mains; mais ils ne siireat la mouvoir en aucune façon. Aux mille hommes, il ajouta mille paires de bœufs, etcepcMulaiit la vierii;^e(lii Seigneur demeura immobile. Il appela des magiciens, afin que, par leurs enchantements, ils la fissent remu(T, mais ce fut chose impossible. Alors Pascasius dit : « Quels sont ces maléfices ? une jeune fille ne saurait être remuée par mille hommes? » Lucie lui dit : « Ce ne sont pas maléfices, mais bénéfices de J.-C. Etcjuand vous en ajouteriez encore dix mille, vous ne m'enverriez pas moins immobile. » Pascasius pensant, selon quelques rêveurs, qu'une lotion d'urine la délivrerait du maléfice, il l'en fit inonder; mais, comme auparavant, on ne pouvait venir à bout de la mouvoir, il en
fui outré ; alors il fil allumer autour d'elle un jjrand feu et jeter sur son corps de l'huile bouillante mêlée de poix et de résine.
Après ce supplice, Lucie s'écria : <( J'ai obtenu quelque répit dans mes souffrances, afin d'enlever à ceux qui croient la crainte des tourments, et à ceux qui ne croient pas, le lemps de m'insulter. » Les amis de Pascasius, le voyant fort irrité, enfoncèrent une épée dans la gorge de Lucie, qui, néanmoins, ne perdit point la parole : « Je vous annonce, dit-elle, que la paix est rendue à l'Eglise, car Maximien vient de mourir aujourd'hui, et Dioclétien est chassé de son royaume : et de même que ma sœur Agathe a été établie la protectrice de la ville de Catane, de même j'ai été établie la gardienne de Syracuse. »
Comme la vierge parlait ainsi, voici venir les ministres romains qui saisissent Pascasius, le chargent de chaînes et le mènent à César. César avait en effet appris qu'il avait pillé toute la province. Arrivé à Rome, il comparaît devant le Sénat, est convaincu, et condamné à la peine capitale.
Quant à la vierge Lucie, elle ne fut pas enlevée du lieu où elle avait souffert, elle rendit l'esprit seulement quand les prêtres furent venus lui apporter le corps du Seigneur. Et tous les assistants répondirent: Amen.
Elle fut ensevelie dans cet endroit là même où on bâtit une église. Or, elle souffrit au temps de Constantin et de Maxime, vers l'an de N.-S. 310.
Thomas signifie abyme, ou jumeau, en grec Dydîme : ou bien il vient de thomo9 qui veut dire division, partage. Il signifie abyme, parce qu'il mérita de sonder les profondeurs de la divinité, quand, à sa question, J.-C. répondit : « Je suis la voie, la vérité et la vie. n On l'appelle Dydime pour avoir connu de deux manières la résurrection de J.-C. Les autres en effet connurent le Sauveur en le voyant, et lui, en le voyant et en le touchant. Il signifie division, soit parce qu'il sépara son âme de l'amour des choses du monde, soit parce qu'il se sépara des autres dans la croyance à la résurrection. On pourrait dire encore qu'il porte le nom de Thomas, parce qu'il se laissa inonder tout entier par l'amour de Dieu. Il posséda ces trois qualités qui distinguent ceux qui ont cet amour et que demande Prosper au livre de la vie contemplative : Aimer Dieu, qu'est-ce ? si ce n'est concevoir au fond du cœur un vif désir de voir Dieu, la haine du péché et le mépris du monde. Thomas pourrait encore venir de Theos^ Dieu, et meus, mien, c'est-à-dire, mon Dieu, j)ar rapport à ces paroles qu'il prononça lorsqu'il fut convaincu, et eut la foi : a Mon Seit?neuret mon Dieu. »
L'apôtre Thomas était à Césarée quand le Seii»iieur lui apparut et lui dit : « Le roi des Indes (ioudoforus ** a envové son ministre Abanès à la rerhiTche d'un hahile architecte. Viens et je t'adresserai à lui. » « Seigneur, répondit Thomas, partout où vous vou-
• Pour la légende de saint Thomas, on lira des détails fort intéressants dans l'explication du vitrail de cctapôtrc (Les VitraiLX de Bourges, par les PP. Martin et Cassior, paires [\\\\ et suiv.).
** On a des médailles de Gondofonis.
5i LA LÉCiENDE DOHKK
drez, envoyrz-moi, excepté aux Indes. » Dieu lui dit : « Va sans aucune appréhension, car je serai ton çardien. Quand tu auras converti les Indiens, lu viendras à moi avec la palme du martyre. » Et Thomas lui répondit : (( Vous êtes mon maître, Seigneur et moi votre serviteur : que votre volonté soit faite. )> Comme le prévôt ou l'intendant se promenait sur la place, le Seigneur lui dit : « Que vous faut-il, jeune homme? » « Mon maître, dit celui-ci, m'a envoyé pour lui ramener des ouvriers habiles en architecture, qui lui construisent un palais à la romaine. » Alors le Seiçneur lui offrit Thomas comme un homme très capable en cet art. Ils s'embarquèrent et arrivèrent aune ville où le roi célébrait le mariage de sa fille. Il avait fait annoncer que tous prissent part à la noce, sous peine d'encourir sa colère. Abanès et l'apôtre s'y rendirent. Or, une jeune fille juive, qui tenait une flûte à la main, adressait quelques paroles flatteuses à chacun. Quand elle vit l'apôtre, elle reconnutqu'ilétaitjuifparce qu'il ne mangeait point et qu'il tenait les yeux fixés vers le ciel. Alors elle se mit à chanteren hébreu devant lui : o C'est le Dieu des Hébreux quiseul acréé l'univers, et creusé les mers », etl'apôtre voulait lui faire répéter ces mêmes paroles. L'échanson remarquant qu'il ne mangeait ni ne buvait, mais tenait constamment les yeuxversle ciel, donna un soufflet à Tapôtre de Dieu. « Mieux vaudrait pour toi d'être épargné plus tard, lui dit l'apôtre, et d'être puni ici-bas d'un châtiment passager. Je ne me lèverai point que la main qui m'a frappé n'ait été ici même apportée par les chiens. » Or, l'échanson étant allé puiser de l'eau à la fontaine, un lion l'étrangla et but son
sang. Les chiens déchirèrent son cadavre, et Tun d'eux, qui était noir, en apporta la main droite au milieu du festin. A cette vue toute la foule fut saisie, et la pucelle se ramentevant les paroles, jeta sa flûte et vint se prosterner aux pieds de l'apôtre. Cette vengeance est blâmée par saint Augustin dans son livre contre Fauste où il déclare qu'elle a été intercalée ici par un faussaire; aussi cette légende est tenue pour suspecte en bien des points. On pourrait dire néanmoins, que ce ne fut pas une vengeance mais une prédiction. En examinant au reste avec soin les paroles de saint Augustin, cette action ne paraît pas improuvée tout à fait. Or voici ce qu'il dit dans le même livre : « Les Manichéens se servent de livres apocryphes, écrits sous le nom des apôtres, je ne sais par quels compilateurs de fables. Au temps de leurs auteurs, ils auraient joui de quelque autorité dans l'Eglise, si de saints docteurs qui vivaient alors et qui pouvaient les examiner en eussent reconnu l'authenticité. Ils racontent donc que l'apôtre Thomas se trouvante un repas de noces comme pèlerin inconnu, il avait été frappé de la main d*un serviteur contre lequel il aurait exprimé aussitôt le souhait d'une cruelle vengeance. Car cet homme, étant sorti afin d'aller puiser de l'eau à une fontaine pour les convives, aurait été tué par un lion qui se serait jeté sur lui; et la main qui avait frappé légèrement la figure de l'apôtre, arrachée du corps d'après son vœu et ses imprécations, aurait été apportée par un chien sur la table où l'apôtre était placé. Peut-on voir quelque chose de plus cruel? Or, si je ne me trompe, cela veut dire qu'en obtenant son
pardon pour la vie future, il y eut une certaine compensation par un plus grand service qu'il lui rendait. L'apôtre, chéri et honoré de Dieu, était, parce moyen, rendu recommandable et à ceux qui ne le connaissaient pas et à celui en faveur duquel il obtenait la vie éternelle à la place d'une vie qui devait finir, 11 m'importe peu si ce récit est vrai ou faux : ce qu'il y a de certain, c'est que les Manichéens, qui reçoivent comme vraies et sincères ces écritures que le canon de l'Église rejette, sont du moins forcés d'avouer que la vertu de patience enseignée par le Seigneur lorsqu'il dit : « Si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui la gauche », peut exister réellement au fond du cœur, quand bien même on n'en ferait pas montre par ses gestes et ses paroles, puisque l'apôtre, qui avait été souffleté, pria le Seigneur d'épargner l'insolent dans la vie future, en ne laissant pas sa faute impunie ici-bas, plutôt que de lui présenter l'autre joue ou de l'avertir de le frapper une seconde fois. 11 avait l'amour de la charité intérieurement, et extérieurement il réclamait une correction qui servît d'exemple. Que ceci soit vrai ou que ce ne soit qu'une fable, pourquoi refuseraientils de louer dansTapôtre ce qu'ils approuvent dans le serviteur de Dieu Moïse qui égorgea les fabricateurs et les adorateurs d'une idole. « Si nous comparons les châtiments,, être tué par le glaive ou être déchiré sous Ja dent des bêtes féroces, c'est chose semblable, puisque les juges, d'après les lois publiques, condamnent les grands coupables à périr ou sous la dent des bêtes ou bien par l'épée. » Voilà ce que dit saint Augustin. Alors l'apôtre, sur la demande du roi, bénit Tépoux et
SAINT THOMAS, APOTRK S7
Tépouse en disant : « Accordez, Seigneur, la bénédiclionde votre droite à ces jeunes gens, et semez au fond de leurs cœurs les germes féconds de la vie. » Quand Tapôlre se retira, Tépoux se trouva tenir une branche chargée de dattes. Les époux après avoir mangé deces fruits s'endormirent tous deux et eurent le même songe. 11 leur semblait qu'un roi couvert de pierreries les embrassait en disant : « Mon apôtre vous a bénis pour que vous ayez part à la vie éternelle. » S'étant éveillés ils se racontaient l'un à l'autre leur songe, quand l'apôtre se présenta, il leur dit : « Mon roi vient de vous apparaître, il m'a introduit ici les portes fermées, pour que mabénédictionvpusprofitàt. Gardez la pureté du corps, c'est la reine de louteslesvertuset le salut éternel en est le fruit. La virginité est la sœur des Anges, comble de biens, elle donne la victoire sur les passions mauvaises, c'est le trophée delà foi, la fui te des démons elle gage des joies éternelles. La luxure engendre la corruption, de la corruption nafl la souillure, de la souillure vient la culpabilité, et la culpabilité produit la confusion, » Pendant qu'il exposait ces maximes, apparurent deux anges qui leur dirent : « Nous sommes envoyés pour être vos ang<îs garditMis : si vous mettez en pratique les avis de l'apôtre avec fîdélilé, nous offrirons tous vos souhaits à Dieu. » Alors Thomas les baptisa et leur enseigna chacune des vérités de la foi. Longtemps après, Tépousc, nommée Pélagie, se consacra à Dieu en prenant le voile, et l'époux, (|ui s'appelait Denys, fut ordonné évéque de cette ville.
Après cela, Thomas et Abanès allèrent chez le roi des Indes. L'apôtre traça le plan d'un palais magni-
fique : le roi, après lui avoir remis de considérables trésors, partit pour une autre province. L'apôtre distribua aux pauvres le trésor tout entier. Pendant les deux ans que dura l'absence du roi, Thomas se livra avec ardeur à la prédication et convertit à la foi un monde innombrable. A son retour, le roi s'étant informé de ce qu'avait fait Thomas, l'enferma avec Abanès au fond d'un cachot, en attendant qu'on les fît écorcher et livrer aux flammes. Sur ces entrefaites, Gab, frère du roi, meurt. On se préparait à lui élever un tombeau ma|g^nifique, quand le quatrième jour, le mort ressuscita; tout le monde eflFrayé fuyait sur ses pas; alors il dit à son frère : « Cet homme, mon frère, que tu te disposais à faire écorcher et briller, c'est un ami de Dieu et tous les anges lui obéissent. Ceux qui me conduisaient en paradis me montrèrent un palais admirable bâti d'or, d'argent et de pieires précieuses ; j'en admirais la beauté, quand ils me dirent : « C'est le « palais que Thomas avait construit pour ton frère, » et comme je disais : « Que n'en suis-je le portier! » Ils ajoutèrent alors : « Ton frère s'en est rendu indigne ; <( si donc tu veux y demeurer, nous prierons le Seigneur « de vouloir bien te ressusciter afin que tu puisses « l'acheter à ton frère en lui remboursant l'argent (( qu'il pense avoir perdu. » En parlant ainsi, il courut à la prison de l'apôtre, le priant d'avoir de Findulgence pour son frère. Il délia ses chaînes et le pria de recevoir un vêtement précieux. « Ignores-tu, lui répondit l'apôtre, que rien de charnel, rien de terrestre n'est estimé de ceux qui désirent avoir puissance en choses célestes? Il sortait de la prison quand le roi, qui venait
SAlST THOMAS, APOTKK 59
au-devant de lui, se jela à ses pieds en iui demandant pardon. Alors l'apôlre dit : « Dieu l'a accordé une i^rande faveur que de le révéler ses secrets. Crois en J.-C. et reçois le baptême pour participer au royaume éternel. » Le frère du roi lut dit : « J'at vu le palais que lu avais bâti pour mon frère et il me ferait plaisir de l'acheter. » L'apôtre repartit : i' Cela est au pouvoir de Ion frère. » Et le roi lui dit ; « Je le garde pour moi : que l'apôlre l'en bâtisse un autre, ou bien s'il ne le peut, nous le posséderons en commun. i> 1/apôtre répondit : « Ils sont innombrahles dans le ciel, les palais préparés aux élus depuis le commencement du monde; on les achète par les prières et au prix de la foi et des aumônes. Vos richesses peuvent vous y précéder, mais elles ne sauraient vous y suivre. »
Un mois après, l'apôtre ordonna de rassembler tous les pauvres de cette province, el quand ils furent réunis, il en sépara les malades el les itiitrmes, fit une prière sur eux. Et après que ceux qui avaient été instruits eurent répondu : Amen, un éclair parti du ciel éblouit aussi bien l'apôtre que les assistants pendant une demi-heure, au point que tous ae croyaient tués par la foudre; mais Thomas se leva et dit : a Levez-vous, car mou Seigneur esl venu comme la foudre el vous a guéris. » Tous se levèrent alors guéris et rendirent gloire à Dieu el à l'apôtre. Thomas s'empressa de les instruire et leur démontra les douze degrés des vertus. Le i", c'est de croire en Dieu, qui est un en essence et triple en personnes; il leur donna trois exemples sensibles pour prouver que dans une
essence il y a trois personnes. Le 1«' est que dans rhomme il y a une sagesse et d'elle seule et unique procèdent intelligence, mémoire et génie. Par ce génie, dit-îl, vous découvrez ce que vous n'avez pas appris; par la mémoire, vous retenez ce que vous avez appris et avec Tintelligence vous comprenez ce qui peut être démontré et enseigné. Le 2** est que dans une vigne il se trouve trois parties : le bois, les feuilles et le fruit et ces trois ensemble font une seule et même vigne. Le 3*^ est qu'une tête contient . quatre sens, savoir : la vue, le goût, l'ouïe et Todorat; ce qui est multiple et ne fait cependant qu'une tête. Le 2« degré est de recevoir le baptême. Le 3® est de s'abstenir de la fornication. Le i^ c'est de fuir l'avarice. Le 5*" de se préserver de la gourmandise. Le 6* de vivre dans la pénitence. Le 7® de persévérer dans ces bonnes œuvres. Le 8« d'aimer à pratiquer l'hospitalité. Le 9* de chercher et de faire la volonté de Dieu dans ses actions. Le 10® de rechercher ce que la volonté de Dieu défend et de l'éviter. Le 11® de pratiquer la charité envers ses amis comme envers ses ennemis. Le 12** d'apporter un soin vigilant à garder ces degrés. Après cette prédication furent baptisés neuf mille hommes, sans conripter les enfants et les femmes. De là Thomas alla dans l'Inde supérieure, où il se rendit célèbre par un grand nombre de miracles. L'apôtre donna la lumière de la foi à Sintice, qui était amie de Migdomie, épouse de Carisius, cousin du roi et Migdomie dit à Sinlice : « Pcnses-lu que je le puisse voir? » Alors Mi<j^domic, de l'avis de Sintice, changea de vêtement et vint se joindre aux pauvres femmes
dans le lîeu où Tapôlre prêchait. Or le saint se mil à déplorer la misère de la vie et dit entre autres choses que celte vie est misérable, qu'elle est fuîçitive et sujette aux disgrâces! quand on croit la tenir, elle s'échappe et se disloque, et il commença à exhorter par quatre raisons à écouter volontiers la parole de Dieu, qu'il compara à quatre sortes de choses, savoir : à un collyre, parce qu'elle éclaire Tœil de notre intelligence; à une potion, parce qu'elle purge et purifie notre affection de tout amour charnel ; à un emplâtre, en ce qu'elle guérit les blessures de nos péchés ; à la nourriture, parce qu'elle nous fortifie dans l'amour des choses célestes : or de même, ajouta-t-il, que ces objets ne font de bien à un malade qu'autant qu'il les prend, de même la parole de Dieu ne profite pas â une âme languissante si elle ne l'écoute avec dévotion. Or tandis que l'apôtre prêchait, Migdomie crut et dès lors elle eut horreur de partager la couche de son mari. Mais Carisius demanda au roi et obtint que l'apAlre fût mis en prison. Migdomie Vy viiil trouver et le pria de lui pardonner d'avoir été emprisoiiiié par rapport à elle. Il la consola avec bonté et rassura qu'il souffrait tout de bon cœur. Or Carisius demanda an roi d'envoyer la reine, scenr (b* sa f(»mme, [)0ur qu'elle tâchât de la ramener, s'il était possible. La reine fut envoyée et convertie parcelle qu'elle voulait pervertir; après avoir vu tant de prodiges opérés par l'apotre : a Ils sont maudits de Dieu, dit-elle, ceux qui ne croient pas à de si grands miracles et à de [)areilles œuvres. » Alors l'apôtre instruisit brièvement tous les auditeurs sur trois points, savoir : d'aimer l'H^lise, d'honorer
62 LA LÉGETiDE DORÉE
les prêtres et de se réunir assidûment pour écouter la parole de Dieu. La reine étant revenue, le roi lui dit : (( Pourquoi être restée si longtemps? » Elle répondit : (( Je croyais Migdomie folle et elle est très sage ; en me conduisant à l'apôtre de Dieu, elle m'a fait connaître la voie de la vérité et ceux-là sont bien insensés qui ne croient pas en J.-C. » Or la reine refusa d'avoir désormais commerce avec le roi. Celui-ci, stupéfait, dît à son parent : « En voulant recouvrer ta femme, j'ai perdu la mienne qui se comporte envers moi de pire façon que ne fait la tienne à ton égard. » Alors le roi ordonna de lier les mains de Tapôtre, le fit amener en sa présence et lui enjoignit de ramener leurs femmes à leurs maris. Mais l'apôtre lui démontra par trois exemples qu'elles ne le devaient pas faire, tant qu'ils persisteraient dans l'erreur, savoir : par l'exemple du roi, l'exemple de la tour et l'exemple de la fontaine. « D'où vient, dit-il, que vous, qui êtes roi, vous ne voudriez pas que votre service se fît d'une manière sale et que vous exigez la propreté dans vos serviteurs et dans vos servantes ? Combien plus devez-vous croire que Dieu exige un service très chaste et très propre? Pourquoi me faire un crime de prêcher aux serviteurs de Dieu de l'aimer, quand vous désirez la même chose dans les vôtres? J'ai élevé une tour très haute et vous me dites, à moi qui l'ai bâtie, de la détruire? J'ai creusé profondément la terre et fait jaillir une fontaine de l'abîme et vous me dites de la combler? » Le roi, en colère, fit apporter des lames de fer brûlantes et placer l'apôtre nu-pieds sur elles; mais aussitôt, par l'ordre de Dieu, une fontaine surgit en cet
endroit-Ià même et les refroidit. Alors le roi, d'après le conseil de son parent, fit jeter Thomas dans une fournaise ardente, qui s'éteignit, de telle sorte que le lendemain il en sortit sain et frais. Carisius dit au roi : « Fais-lui offrir un sacrifice au soleil, afin qu'il encoure la colère de son Dieu qui le préserve. » Comme on pressait l'apôtre de le faire, il dit au roi : « Tu ^ux mieux que ce que tu fais exécuter, puisque tu négliges le vrai Dieu pour honorer une image. Tu penses, comme te l'a dit Carisius, que Dieu s'irritera contre moi quand j'aurai adoré ton dieu ; il sera bien plus irrité contre ton idole, car il la brisera : adore-le donc. Que si en adorant ton Dieu, le mien ne le renverse pas, je sacrifie à l'idole; mais s'il en arrive ainsi <iue je le dis, tu croiras à mon Dieu, n Le roi lui dit : « Tu me parles comme à un égal. » Alors l'apôtre commanda en langue hébraïque au démon renfermé <lans ridole, qu'aussitôt qu'il aurait fléchi le genou élevant lui, à l'instant il brisât ridole. Or Tapôlre, en fléchissant le genou, dit : « Voici que j'adore, mais ce n'est pas l'idole ; voici que j'adore, mais ce n'est pas le métal ; voici que j'adore, mais ce n'est pas un simulacre, car Celui que j'adore, c'est mon Sei;^neur J.-C, au nom duquel je te commande, démon, (|ui le ciches dans cette image, de la briser. » Et aussitôt elle disparut comme une cire (jiii se fond. Tous les prêtres poussèrent des hurlemeiUs et le pontife du temple saisit un glaive avec lequel il p<»n;a Tapôtn' en disant : « C'est moi qui tirerai veiiî^eance de l'alfront fait à mon Dieu. » Pour le roi et Carisius, ils s'enfuirent en voyant le peuplt* s'apprètant à veni!;^er
64 LA LKGENDI': DOREE
Tapôtreel à briller vif 1^ pontife. Les chrétiens emportèrent le corps dn saint et l'ensevelirent honorablement. Longtemps après, c'est-à-dire environ Tan 230, il fut transporté en la ville d'Edesse, qui s'appelait autrefois Rages des Mèdes. Ce fut Tenipereur Alexandre qui le fit à la prière des Syriens. Or, en celte ville, aucun hérétique, aucun juif, aucun païen n'y peut vivre, pas plus qu'aucun tyran ne saurait y faire de mal, depuis que Abgare, roi de cette cité, eut Thonneur de recevoir une lettre écrite de la main du Sauveur *. Car aussit(M que l'ennemi vient attaquer cette ville, un enfant baptisé, debout sur la porte, lit cette Jettre et le jour même, tant par l'écrit du Sauveur que par les mérites de l'apôtre Thomas, les ennemis sont mis en fuite ou font la paix. Voici ce que dit de cet apôtre Isidore, dans son livre de la vie et de la mort des saints : « Thomas, disciple et imitateur de J.-C, fut incrédule en entendant et fidèle en voyant. Il prêcha l'Évangile aux Parthes, aux Mèdes, aux Perses, aux Hircaniens et aux Bactriens : en entrant dans rOrient et en pénétrant dans l'intérieur du pays, il prêcha jusqu'à l'heure de son martyre. Il fut percé à coups de lances. » x\insi parle Isidore **. El saint Chrysostome dit, de son côté, que quand Thomas fut arrivé au pays des Mages qui étaient venus adorer J.-C, il les baptisa, puis ils devinrent ses coadjuteurs dans rétablissement de la foi chrétienne.
* Eusèbe rapporte au 1er livre de son Ilixtoire eccléxiastiq^ie cl la leUre d'Abgare el la réponse de J.-C. (chap. xiii). 11 a pris, dit-il, ces deux pièces dans les archives d'Edesse.
* Isidore raconte des faits conformes à celle légende.
Des fêtes qui arrivent dans le temps compris en partie soas le temps de la Réconciliation et en partie
sous le temps du Pèlerinage.
Après avoir parlé des fêtes qui tombent pendant le temps de la rénovation, qui part de Moïse et des Prophètes pour durer jusqu'à la venue de J.-C, en la chair, temps que l'Eglise rappelle depuis TAvent jusqu'à la Nativité du Seigneur inclusivement, suivent les fêtes qui échoient dans le temps renfermé, partie sous le temps de la réconciliation, partie du pèlerinage. Il est rappelé par TËglise à partir de la Nativité jusqu'à la Septuagésime, ainsi qu'il a été dit plus haut dans le prologue.
La nativllé de Noire-Seigneur J.-C. selon la chair arriva, au dire de quelques-uns, 5228 ans accomplis depuis Adam, 6000, selon d'autres, d'après Eusèbn de Césarée, en ses chroniques, 5199, au temps de l'empereur Octavicn. Mélhodius, qui donne la date de 6000 ans, parait se fonder plutôt sur des idées mystiques que sur la chronique. Or, quand le fils de Dieu a pris chair, l'univers jouissait d'une paix si profonde que l'empereur des Romains était le seul maître du monde. Son premier nom fut Octave ; on le surnomma César de Jules César dont il était le neveu. Il fut encore appelé Auguste parce qu'il augmenta la répu- I. 5
blique, et empereur de la dignité dont il fut honoré. C'est le premier des rois qui porta ce titre. Car de même que le Sauveur a voulu naître pour nous acquérir la paix du cœur, ou du temps, et la paix de l'éternité, de même, il voulut encore que la paix du temps embellit sa naissance. Or, César-Auguste, qui gouvernait l'univers, voulut savoir combien de provinces, de villes, de forteresses, de bourgades, combien d'hommes renfermait son empire ; il ordonna, en outre, ainsi qu'il est dit dans l'Histoire scholaslique (ch. iv, Evang.) que tous les hommes iraient à la ville d*où ils étaient originaires, et que chacun, en donnant un denier d'argent au président de la province, se reconnaîtrait sujet de l'empire romain. (Le denier valait dix sols ordinaires, ce qui l'a fait appeler denier). En effet, la monnaie portait l'effigie et le nom de César. On déclarait aussi sa profession : on faisait le dénombrement, mais pour diverses considérations. On déclarait donc sa profession, parce que chacun en rendant, comme on disait, la capitation, c'est-à-dire un denier, le plaçait sur sa tête et professait de sa propre bouche qu'il était le sujet de l'empire romain ; d'où vient le mot de profession, professer de sa propre bouche ; et cela avait lieu en présence de tout le peuple. On faisait le dénombrement, parce que le nombre de ceux qui portaient la capitation était désigné sous un chiffre particulier et inscrit sur les registres. Le dénombrement se fit pour la première fois par Cyrinus, gouverneur de Syrie. Ce fut le premier attribué à Cyrinus par V Histoire scholaslique. Or, comme la Judée est reconnue comme point central (le nombril) de notre
terre habitable, il fut décidé que ce serait par elle que l'on commencerait, et que les autres gouverneurs continueraient Topération par les provinces circonvoisines.
On le nomme aussi le premier dénombrement universel parce que d'autres avaient été faits en partie antérieurement, ou bien peut-être ce fut le premier qui se fit par tête, le second par villes de chaque pays, devant le lieutenant de César, et le troisième par chaque contrée à Rome, en présence de César. Or, Joseph étant de la race de David, partit de Nazareth à Bethléem, et comme le temps des couches de la bienheureuse Marie était proche, et qu'il ig^norait Fépoque de son retour, il la prit et la mena avec lui à Bethléem, ne voulant pas remettre entre les mains d'un étranger le trésor que Dieu lui avait confié, jaloux qu'il était de s'en charger lui-même avec une sollicitude de tous les instants. Comme il approchait de Bethléem (ainsi Tatlestent frèro BarlhéiiMni dans sa compilation * et le récit du Ijivve de V Enfance **), la bienheureuse Vierge vit une partie du peuple dans la joie et une autre dans les gémissements : ce qu'un ange lui expliqua ainsi : « La partie du peuple (|ui est dans la joie, c'est le peuple gentil qui recevra bénédiction éternelle par le sang (rAbraham ; et la partie qui est dans les gémissements, c'est le peuple juif réprouvé de Dieu, comme il l'a mérité. » Arrivés à
* On a attribue à saint Barthélémy un évanisçile (ioiil f).'irlent saint Jérôme et Bède. Cs. Mitçrie, Œuvres de l'ArénjKUfite^ tome I, col. 1232.
** Dictionnaire des Apocrt/phes^ tome T, col. ITiî) et suiv.
Bethléem, parce qu'ils étaient pauvres, et parce que tous les autres venus pour le même motif occupaient les hôtelleries, ils ne trouvèrent aucun logement; ils se mirent donc sous un passaçe public, qui se trouvait, au dire de VHisioire schoinstique *, entre deux maisons, ayant toiture, espèce de bazar sous lequel se réunissaient les citoyens soit pour converser, soit pour se voir, les jours de loisir, ou quand il faisait mauvais temps. Il se trouvait que Joseph y avait fait une crèche pour un bœuf et un âne, ou bien, d'après quelques auteurs, quand les gens de la campagne venaient au marché, c'était là qu'ils attachaient leurs bestiaux, et pour cette raison, on y avait établi une crèche. Au milieu donc de la nuitdu jour du Seigneur, la bienheureuse vierge enfanta son fils et le coucha dans la crèche sur du foin; et ce foin, ainsi qu'il est dit dans VHisioire scholastique (ch. v), fut dans la suite apporté à Rome par sainte Hélène. Le bœuf et l'âne n'avaient pas voulu le manger.
La naissance de J.-G. fut donc miraculeuse, quant à la génératrice, quanta celui qui fut engendré, quant au mode de génération.
L La génératrice fut vierge avant et après l'enfantement ; on prouve de cinq manières qu'elle resta vierge tout en étant mère : 1° par la prophétie d'Isaïe (vu): « Voici qu'une vierge concevra et enfantera un fils. » 2^ Par les figures : la verge d'Aaron fleurit sans aucun soin humain et la porte d'Ezéchiel demeura toujours close. 3° Par celui qui la garda. Joseph,
* Pierre Comcslor.
en la soignant toujours, reste témoin de sa virginité. 4' Par répreuve. Dans la compilation de Barlhélemi et dans le Livre de r Enfance du Sauveur^ on lit que, au moment de Tenfantement, Joseph, qui ne doutait pas au reste que Dieu dût naître d'une vierge, appela, selon la coutume de son pays, des sages-femmes qui s'appelaient Tune Zébel, et l'autre Salomé. Zébel en examinant avec soin et intention la trouva vierge : « Une vierge a enfanté! » s'écria-t^lle. Salomé, qui n'en croyait rien, voulut en avoir la preuve, comme Zébel, mais sa main se dessécha aussitôt. Cependant un ange, qui lui apparut, lui fit toucher Tenfant, et elle fut guérie tout de suite. 5® Par l'évidence du miracle : au témoignage d'Innocent 111 *, Rome fut en paix pendant 42 ans. Alors les Romains élevèrent à la paix un temple magnifique et y placèrent la statue de Romulus. On consulta Apollon pour savoir combien de temps durerait la paix et on obtint cette réponse : « Jusqu'au moment où une vierge enfanlera. » En entendant cela, tout le monde dit : « Donc elle durera toujours. » Ils croyaient impossible, en effet, qu'une vierge mît jamais au inonde. Ils placèrent alors cette inscription sur les portes du Temple : Toupie cierncl de la paix. Mais la nuit même que la vierge enfanta, le temple s'écroula jusqu'aux fondements et c'est là que se trouve aujourd'hui l'église de Sainte-Marie-la- Nouvelle.
II. La Nativité de J.-C. l'ut miraculeuse (juant à celui qui fut enii^endré. Car, ainsi (jue le dit saint B»*r-
* Ile sermon sur la Nativilc.
nard, réternel, l'antique et le nouveau se trouvèrent réunis dans la mt^ine personne : Téternel, c'est la divinité, l'antique c'est la chair tirée d'Adam, le nouveau, c'est une âme crééi* de nouveau. Le même saint dit autre part : « Dieu a fait trois mélanges et trois œuvres, tellement singuliers que jamais il n'en a été fait et jamais il ne s'en fera de semblables. Car il y eut union réelle entre un Dieu et un homme, entre une mère et une vierge, entre la foi et l'esprit humain. La première union est très admirable, parce que le démon et Dieu, la majesté et l'infirmité ont été joints ensemble. Quelle bassesse et quelle sublimité ! Il n'y a rien en effet de plus sublime que Dieu, comme il n'y a rien de plus bas que l'homme. La seconde union n'est pas moins admirable, car jamais, au monde, on n'avait entendu dire qu'une femme qui avait enfanté fût vierge, qu'une mère ne cessât pas d'être vierge. La troisième union est inférieure à la première et à la seconde, mais elle n'est pas moins importante. C'est chose admirable que Fesprit humain ait ajouté foi à ces deux choses, que l'on ait pu croire enfin que Dieu fût homme et que celle qui avait enfanté fût restée vierge. » (Saint Bernard.)
III. La naissance de J.-C. fut miraculeuse du côté dî celui qui fut engendré. En effet l'enfantement fut au-dessus de la nature, par cela qu'une vierge conçut ; au-dessus de la raison, pour avoir enfanté un Dieu ; ati-dessus de la condition de la nature humaine, puisque, contre l'ordinaire, elle enfanta sans douleurs, car elle conçut du Saint-Espril : la vierge en effet n'engendra pas d'un san;^ humain, mais d'un souffle
mystique. Le Saint-Esprit prit ce qu'il y avait de plus pur et de plus chaste dans le san*^ de la Vierj^e et en forma ce corps ; et Dieu manifesta ainsi un quatrième mode admirable de créer un homme. Voici à ce sujet ce que dit saint Anselme * : « Dieu peut créer l'homme de quatre manières : sans homme ni femme, comme il a créé Adam ; d'un homme sans femme, comme il a créé Eve; de l'homme et delà femme, comme d'habitude; d'une femme sans homme, comme cela s'est opéré aujourd'hui merveilleusement. »
En second lieu, sa naissance fut démontrée de beaucoup de manières. D'abord par toutes espèces de créatures. Or il y a une sorte de créature qui a seulement Têlre, comme celles qui sont purement corporelles, par exemple les pierres; une autre a l'être et la vie, comme les végétaux et les arbres ; une autre espèce a l'être, la vie et le sentiment, savoir les animaux ; une autre a l'être, la vie, le sentiment et le discernement, comme l'homme ; une dernière espèce qui a l'être, la vie, le sentiment, le discernement (ît Tinlelligeifce, comme Tange. Toutes ces créatures dénion- Irèrent aujourd'hui la naissance de J.-C. Le T"" ordre, qui est purement corporel, est triple. Il est ou bien opaque, ou bien transparent, ou pénétrant et lucide. Elle a été montrée premièrement par les substances purement corporelles opaques ; ainsi la destruction du temple des Romains, comme il a été dit plus haut ; ainsi la chute de différentes statues (jui tombèrent en plusieurs autres lieux. Voici ce qu'on lit dans 17//.S-
* Cur De lis HoinOy liv. Il, c. viii.
toire scholastique (cli. in, Tobie) : « Le prophète Jérémie venant en Egypte, après la mort de Godolias, apprit aux rois du pays que leurs idoles crouleraient quand une vierge enfanterait un fils. C'est pour cela que les prêtres des idoles avaient élevé et adoraient dans un lieu caché du temple, l'image d'une vierge portant un enfant dans son giron. Le roi Ptolémée leur demanda ce que cela signifiait : ils répondirent que, de tradition paternelle, c'était un mystère révélé à leurs ancêtres par un saint prophète, et qui devait se réaliser un jour.» Secondement, parles substances purement corporelles transparentes et pénétrantes. En effet la nuit même de la naissance du Seigneur, Tobscurité fut changée en une clarté pareille à celle du jour. A Rome (Orose, liv. VI, ch. xx, et Innocent III, II" sermon de Noël, l'attestent), dans une fontaine * Teau fut changée en une huile qui coula jusqu'au Tibre .avec la plus grande abondance. Or la sybille avait prédit que quand jaillirait une source d'huile, naîtrait le Sauveur. Troisièmementpar les substances corporelles lucides, exemple : les corps célestes. Le jour de la naissance du Sauveur, d'après une relation dont parle saint Chrysostome **, les mages étant en prières sur une montagne, une étoile apparut devant eux, ayant la forme du plus bel enfant, sur la tête duquel brillait une croix. Elle dit aux mages d^aller en Judée et que là ils trouveraient ce nouveau-né. Ce jour-là en-
* FoQlaiae qui donne de Thuilc k Rome, en ce lieu est aujourd'hui l'Ëglise de Sainte-Marie au delà du Tibre.
Sur Saint Mathieu, ch. m.
core, trois soleils apparurent à Torient, et peu à peu ils n'en formèrent plus qu'un. C'était un signe que la Trinité et l'unité de Dieu allaient être connues dans le monde, ou bien que celui qui venait de naître rassemblait dans sa seule personne trois substances : l'âme, la chair et la divinité. On lit pourtant dans VHisloire scholastique (ch. xvi, Machab.), que ce ne fut pas au jour de la naissance du Sauveur que parurent les trois soleils, mais bien quelque temps auparavant, savoir après la mort de Jules César. Eusèbe l'assure aussi en sa chronique. L'empereur Octave, dit le pape Innocent III, après avoir soumis Tunivers à la domination romaine, plut tellement au Sénat que cejui-ci voulut l'honorer comme un dieu. Mais Auguste, plein de prudence, qui se savait être homme, ne voulut pas consentira usurper rhonneur de Timmorlalité. Sur les instances du Sénat, il consulta la sybille pour apprendre, par ses oracles, s'il naîtrait jamais un jour dans le monde un mortel plus ij^rand c[ue lui. Or c'était au jour delà naissance de J.-C que cela se passait, et comme la sybille expliquait s(vs oracles seule avec Fempercur dans uue chambre du palais, voici qu'au milieu du jour, un cerele d'or entoure» le soleil, et au milieu du cercle parait une vierq^e merveilleusement belle, portant un enfant sur son i^ivon : ce que la sybille montra au César extasié de cette vision ; il enlenditalors une voix lui dire : « Celleci est l'autel du ciel, » et la sybille ajouta : « ('et enfant est plus çrand que toi, il te faut Tadorer. » Or ce palais fut dédié en l'honneur de sainte Marie, et c'est aujourd'hui Sainte-Marie de Vara cœlL L*empe-
li LA LÉGENDE DOREE
reur comprit donc que cet enfant était plus grand que lui ; il lui offrit de l'encens et dès ce moment il renonça à se faire appeler Dieu. Voici comment s'exprime Ôrose à ce sujet* : « Au temps d'Octave, environ à la troisième heure, par un ciel clair, pur et serein, un cercle en forme d'arc-en-ciel entoura le disque du soleil, comme si était venu celui qui avait créé et régissait seul le soleil lui-même et l'univers. » Eutrope le dit aussi. Il est rapporté dans Timothée, l'historiographe, qu'il a trouvé dans les anciennes histoires des Romains que Octave, l'an XXXV de son règne, monta au Capitole et demanda avec instance aux dieux quel serait après lui le gouverneur de la République, et qu'il entendit une voix lui dire : « C'est un enfant céleste, fils du Dieu vivant, qui doitbientôt naître d'une vierge restée sans tache. Dieu et homme sans macule. » Ayant appris cela, il éleva un autel en ce lieu et y plaça cette inscription : « Autel du fils de Dieu vivant. » 2** La nativité a été montrée manifestement par la créature qui a l'être et la vie, comme les plantes et les arbres. Au rapport de Barthélemi dans sa compilation**; cette nuit-là même les vignes d'Engadi, qui portent le baume, fleurirent, eurent des fruits et donnèrent leur liqueur. 3*» Par la créature qui a l'être, la vie et le sentiment, comme les animaux. Joseph, en s'en allant à Bethléem avec Marie qui élait enceinte, mena avec lui un bœuf, peut-être pour le vendre, payer le cens que lui et son épouse devaient.
* Liv. VI, ch. XX.
** Barlhclcmi de Sion, dans le Mariale.
LA NATIVITÉ DE N.-S. J.-C. SELOxN LA CHAIR 7^
et vivre du reste, et un Ane, peut-être pour ser>'ir de monture à la Vier^. Or le bœuf et Tâne connurent le Sei§^neur par l'eiTet d\in miracle et fléchirent le s^enou pour l'adorer. Avant fa nativité de J.-C, raconte Eusèbe dans sa chronique, pendant quelquesjours, des bœufs qui labouraient direntaux laboureurs : « Les hommes manqueront, les moissons profiteront. » 4* Par la créature qui a Télrc, la vie, le sentiment et le discernement, comme est l'homme, ainsi les b:*r- (jTcrs. En effet à cette heure, les bergers veillaient sur leurs troupeaux, comme ils avaient coutume de faire deux fois par an dans les plus longues et dans les plus courtes nuits. Ancienncn\ent, à chaque solstice, c'esl-è-dire au solstice d'été, environ vers la fête de saint Jean-Baptiste, et à celui d'hiver, vers la nativité de N.-S., c'était une coutume des Gentils de veiller la nuit pour honorer le soleil, coutume qui avait pris racine aussi chez les juifs, peut-être poursuivre l'usage des étrangers qui habitaient chez eux. L'ange du Seigneur leur apparaissant annonça le Sauveur né et leur donna un signe pour le trouver. A cet ange se joignit une multitude d'autres qui disaient : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, etc. » Or les bergers vinrent et trouvèrent tout comme l'ange avait dit. Elle a encore été manifestée par César-Auguste, qui défendit alors que personne ne l'appelât sciynenr, au ténioifrnage d'Orose. C'est peut-être pour avoir vu Farr autour du soleil, que, se rappelant la ruine du temple, la fontaine d'huile et comprenant que celui (jui reni[)ortuit en grandeur était né dans le monde, il ne voulut être appelé ni dieu ni seigneur. On lit eneore, encer-
laines chroniques, que, sur l'approche de la naissance du Seigneur, Oclave fil élablir des chemins publics par le monde, el fil remise de loules les délies des Romains. Elle a élé manifestée aussi par les sodomites qui, dans loul le monde, furenl délruils celle même nuil; ainsi le dil saint Jérôme sur ce passage : Ltix orta est. Une lumière s'est levée el si grande qu'elle fil mourir tous ceux qui étaient adonnés à ce vice; c'est ce que fil le Christ pour le déraciner, et pour qu'une si infâme impureté n'existât plus désormais dans la nature humaine qu'il avait prise. Car, dit saint Augustin, Dieu voyant dans le genre humain ce vice contre nature fut presque en suspens s'il s'incarnerait. 5" Par la créature qui a l'être, la vie, le sentiment, le discernement et l'intelligence, comme l'ange. Les anges en eifet, annoncèrent la naissance de J.-C. aux bergers, comme on vient de le dire plus haut. Troisièmement, sa naissance nous fut utilement démontrée : 1** à la confusion des démons; car cet ennemi ne saurait l'emporter sur nous comme auparavant. On Ht * que saint Hugues, abbé de Cluny, la veille de la Nativité du Seigneur, vit la bienheureuse vierge tenant son fils dans ses bras : « C'est, dit-elle, aujourd'hui le jour où les oracles des prophètes sont renouvelés. Où est maintenant cet ennemi qui avant ce jour était maître des hommes? » Â ces mots, le diable sortit de dessous terre, pour insulter aux paroles de la madone, mais l'iniquité s'est mentie à elle-même, parce que, comme il parcourait tous les appartements des frères, la dé-
Pierre le Vénérable, De miracuîhj liv. I, cli. xv.
volion lé rejeta hors rie l'oratoire, la lecture hors du réfectoire, les couvertures de bas prix liors du dortoir, et la patience hors du chapitre. On Ht encorr, dans le livre de Pierre de (Iluny, que, ia veille de Noël, la bienheureuse vicr^ apparut A saint Hu^u's, abbi> de Cluny, portant son fils et jouant avec lui en disant : " Mère, vous savez avec quelle joie l'Eçlise céh^bre aujourd'hui le jour de ma naissance, or où est désormais la force du diable? que peut-il dire et faire? » Alors le diable semblait si- lever de dessous terre et dire : a Si je ne puis entrer dans I't^^;lisc on l'on ci^lèbre vos louantes, j'entrerai ce|»endi)nt au chapilre, au dortoir et au réfectoire, » Et il tenta de le faire; mais la porte du chapitre était trop étroite pour sa grosseur, la porte du dortoir trop basse pour sa hauteur, et la porte dii réfectoire avait des larrièrcs formées par la charité desservants, par l'avidité apportéi; à écouler la lecture, par la sobriété dans le boire et le manager, et alors il s'évanonit tout confus. 2" Ponr obtenir le pardon.
On lit, dans un livre d'exemples, qu'une mauvaise femme, revenue à de bons sentiments, désespérait dr son pardon; car en pensant au jugement, elle se tron- Tait coupable, en pensant A l'enfer elle se croyait digne d'y être tourmentée ; en pensant a» paradis, elle se voyait immond'*, à la passion, elle se regardai! comme ingrate ; mais en pensant à l'enfance de Jésus et à la facilité qu'il y a d'apaiser les enfants, elle conjura le Christ par son enfance, et mérita d'entendie une voix qui lui assurait le pardon. 3* Pour la çuérison des infirmités. Voici ce que dit saint Bernard
sur cette utilité de la naissance de J.-C. : « Le genre humain avait trois maladies, au commencement, au milieu et à la fin : c'est-à-dire, à la naissance, à la vie et à la mort. La naissance était souillée, la vie perverse et la mort dangereuse. Vint J.-C. qui apporta un triple remède à cette triple maladie. Il est né, a vécu et est mort. Sa naissance a purifié la nôtre ; sa vie est une instruction pour la nôtre, et sa mort a détruit la nôtre » (saint Bernard). 4** Pour Thumiliation de notre orgueil. Ce qui a fait dire à saint Augustin que l'humilité à nous montrée parle Fils de Dieu dans rincarnation, nous fut un exemple, un sacrement et un remède : un exemple à imiter, un sacrement par lequel le lien de notre péché est rompu, et un remède qui guérit l'enflure de notre orgueil (saint Augustin). En eflFet Torgueil du premier homme a été guéri par l'humilité de J.-C. Observez encore que l'humilité du Sauveur correspond bien à l'orgueil du traître, car l'orgueil du premier homme fut contre Dieu, jusqu'à Dieu et au-dessus de Dieu. Il fut contre Dieu, car il alla contre le précepte qui défendait de manger le fruit de l'arbre de la science du bien et du mal; il fut jusqu'à Dieu, car il alla jusqu'à désirer atteindre à la divinité, en croyant ce que le diable avait dit : « Vous serez comme des dieux ; » il fut enfin au-dessus de Dieu, selon saint Anselme, en voulant ce que Dieu m voulait pas que l'homme voulût; il plaça en effet sa volonté au-dessus de celle de Dieu, mais le fils de Dieu, selon saint Jean Damascène, s'humilia pour les hommes, non contre les hommes, jusqu'aux hommes, et au-dessus des hommes : pour les hommes, c'est-à-
dire, pour leurulilitéet'leur salut; jusqu'aux hommes, par une naissance semblable à la leur ; au-dessus des hommes, par une naissance différente de la leur. Car sa naissance fut en un point semblable à la nôtre ; en effet il est né d'une femme, et par le même mode de propagation, et en un point, différente de la nôtre, car il est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie.
SALXTE ANASTASIE ♦
Anastasie vient de ana, au-dessus, et statis, qui se tient debout, ou état, parce qu'elle s'éleva des vices aux vertus.
Anastasie était une très noble fille de Pretaxatus, illustre sénateur romain, mais païen, et elle avait reçu les principes de la foi de sa mère Faustine, chrétienne et de saint Chrysogone. Ayant été mariée à Publiiis, elle simula une maladie pour n'avoir point de rapports avec lui. Publius apprit que sa femme, avec une de ses suivantes, allait, couverte d'habits plus que modestes, parcourir les prisons où étaient des chrétiens et leur porter ce dont ils avaient besoin ; alors il la fit corder très étroitement, au point de lui refuser même de la nourriture, dans Tintention de la faire périr, afin qu'il pût vivre dans les plaisirs à l'aide de ses
* On peut lire dansHrostwile, religieux de Tabbaycdc (îundcrsheni^en 999, une comédie fort curieuse intitulée : Duicititis, dont le fonds est emprunté ù lu légende de sainte Anastasie.
iiumeiiscs possessions. Or coiiifiK» elle pensait mourir, elle écrivit des lettres pleines d'affeclion àC-hrysogone qui lui répondit pour la consoler. Sur ces entrefaites, son mari mourut et elle fut délivrée de ses angoisses. Elle avait pour suivantes trois sœurs d'une merveilleuse beauté, dont Tune s'appelait Agapen, Tautre Chionée et la troisième Irénée. Elles étaient chrétiennes et refusaient obstinément d'obéir aux avis du préfet de Rome ; celui-ci les fit enfermer dans une chambre où Ton serrait les ustensiles de cuisine. Or ce préfet, qui brûlait d'amour pour elles, les alla trouver afin d'assouvir sa passion. Il fut alors frappé de folie, et croyant s'en prendre aux vierges, il embrassait les casseroles, les pots-au-feu, les chaudrons et autres ustensiles de cuisine. Quand il fut rassasié, il en sortit tout noir, sale et les vêtements en lambeaux. Ses serviteurs, qui l'attendaient à la porte, le voyant ainsi fait, le crurent changé en démon, l'accablèrent de coups, s'enfuirent et le laissèrent seul. Il alla alors trouver l'empereur pour porter plainte; et les uns le frappaient de verges, les autres lui jetaient de la boue et de la poussière, soupçonnant qu'il était changé en furie. Ses yeux étaient aveuglés afin qu'il ne se vît pas difforme ; aussi était-il bien étonné de se voir ainsi moqué, lui qui avait l'habitude d'être traité avec grand honneur. Il croyait en efFet être revêtu, ainsi que tous les autres, de vêtements blancs. Il pensa, quand on lui dit qu'il était si ridicule, que les jeunes filles l'avaient traité ainsi par le moyen de la magie, et il ordonna qu'on les déshabillât devant lui afin au moins de les voir nues; mais aussitôt leurs habits adhérèrent si bien à leur
SAINTE ANASTASie Si
corps qu'il fut impossible de les en dépouiller. Alors le préfet saisi, s'endormil et ronHa si fort que les coups ne purent le réveiller. Enfin les vierges reçurent la couronne du martyre, et Anasiusie fut donnée à un préfet, qui devait l'épouser, si auparavant il la faisait sacrifier. Comme il l'emmenait dans une chambre et qu'il voulait l'embrasser, il devint aussitôt aveugle. Il alla consulter les dieux pour savoir s'il pouvait être guéri, lis lui répondirent : n Parce que tu as contristé Anasiasie, tu nous as été livré et dès cet instant tu seras tourmenté continuellement en enfer avec nous. » Pendant qu'on le ramenait chez lui, il mourut entre les mains de ses gens. Alors Anastasie est livrée à un autre préfet qui la devait tenir en prison. Quand il apprit qu'elle jouissait d'immenses possessions, il lui dit en particulier : « Anastasie, si tu veux être chrétienne, fais donc ce que t'a commandé Ion maître. Voici ce qu'il ordonne : « t'elui qui n'aura pas renoncé à tout ce « qu'il possède ne peut être mon disciple. » Donne-moi alors tout ce qui t'appartient et va en liberté partout où lu voudras et tu seras une vraie clirélicnne. » Elle lui répondit: « Mon Dieu a dit : « Vendez tout (c cequevousavez et le donnez aux pauvres; mais non a aux riches -, u or comme tu es riche, j'irais contre le commandement de Dieu, si je le donnais la moindre chose. » Alors Anastasie fut jetée dans une affreuse prison pour y mourir de faim; mais saint Théodore, qui avait déjà eu les honneurs du raarlyre, la nourrit d'un pain céleste pendant deux mois. Enfin elle fut conduite avec deux cents vierges aux lies de Palniarola, où beaucoup de chrétiens avaient été relégués.
Quelques jours après, le préfet les manda toutes et fit lier Anastasie à un poteau pour y être brûlée : les autres périrent dans divers supplices. Dans le nombre il y avait un chrétien qui plusieurs fois avait été dépouillé de ses richesses à cause de J.-C. et qui répétait sans cesse : « Au moins vous ne m'enlèverez pas J.-G. » Apollonie ensevelit le corps de sainte Anastasie avec honneur dans son verger où elle construisit une église. Elle souffrit sous Dioclélien qui commença à régner environ Tan du Seigneur 287.
Etienne ou Stéphane veut dire couronne en grec; en hébreu il signifie règle. Il fut la couronne, c'est-à-dire le chef des martyrs du Nouveau Testament, comme Abel de Tancien. 11 fut encore une règle, c'est-à-dire un exemple aux autres de souffrir pour J.-C. ou bien d'agir et de vivre dans la sincérité, ou de prier pour ses ennemis. Stéphane signifierait encore, d'après une autre étymologie, Strenue fans, qui parle avec énergie, comme il appert par son discours et par sa belle prédication de la parole de Dieu. Stéphane signifierait aussi : qui parle avec force aux vieilles, Strenue fans anus, parce qu'il parlait avec énergie, avec dignité aux veuves qu'il instruisait et dirigeait d'après la commission qu'il en avait reçue des apôtres, et qui, à la lettre, étaient vieilles. 11 est donc couronné comme chef du martyre, règle du souffrir et du bien vivre, orateur énergique dans sa prédication, riche, et parlant aux vieilles dans ses admirables instructions.
Etienne fut un des sept diacres ordonnés par les apôtres pour exercer le ministère. Carie nombre des
SAIxNT ETIENNE 83
disciples s'augmeritanl, ceux des gentils, qui étaient convertis, commencèrent à murmurer conlre les juifs nouvellement chrélicns de ce que leurs veuves étaient méprisées et laissées de côté dans le ministère de tous les jours. On peut assigner deux causes à ces murmures : ou bien leurs veuves n'étaient pas admises à partager le ministère, ou bien elles étaient plus surchargées que les autres dans cet exercice quotidien. Les apùtres en effet, voulant s'appliquer entièrement à la dispensation de la parole, confièrent aux veuves le soin de distribuer les aumônes. Or, ils voulurent apaiser les murmures qui s'élevaient par rapport à l'administration des veuves el rassemblèrent la multitude des fidèles auxquels ils dirent : « 11 n'est pas juste que nous cessions d'annoncer la parole de Dieu pour avoir soin des tables. » La glose ajoute : « parce que c( la nourriture de Tesprit est préférable aux mets qui « alimentent le corps. » Choisissez donc, frères, sept hommes d'entre vous, d'une probité recouDue, [)leiiis de l'Esprit saint et de sayi'essc, à qui nous commettions ce ministère, afin ([u'ils servent ou qu'ils président ceux qui servent; nous nous a[)pliquerons entièrement à la prière el à la dispensation <le la [)arole. » Ce discours plut à toute rassend)lée. On en choisit sept dont saint Etienne fut le primicier et le chéfecier, et on les amena aux apôtres qui leur imposèrent les mains. Or, Elienne, qui était plein de grâce et de force, opérait de grands prodiges et de grands miracles parmi le peuple. Les juifs jaloux conçurent le désir de prendre le dessus sur lui et de Taccuser : alors ils essayèrent de le vaincre de trois manières: savoir, en discutant,
en produisant de faux témoins et en le jetant dans les tourments. Toutefois il fut plus savant dans la discussion ; il démasqua les faux témoins et triompha des supplices. Dans chacun de ces combats le ciel lui vînt en aide. Dans le premier, TEsprit saint lui fut donné pour qu'il fût pourvu de sagesse ; dans le second, il parut avec un visage angélique afin d'effrayer les faux témoins ; dans le troisième, J.-C. se montra disposé à l'aider pour le fortifier dans le martyre. Dans chaque combat, l'histoire tient compte de trois choses, savoir : la lutte engagée, le secours prêté et le triomphe remporté. En parcourant l'histoire, nous pourrons voir tous ces succès en peu de mots.
Comme Etienne faisait beaucoup de miracles et prêchait fort souvent au peuple, les juifs envieux engagèrent avec lui le premier combat pour le vaincre dans la discussion. Quelques-uns de la synagogue des libertins, c'est-à-dire des enfants des hommes libres, qui ont reçu la liberté par la manumission, s'élevèrent contre lui. Ce fut donc la postérité des esclaves qui résista la première à la foi. Il y avait aussi des Cyrénéens de la ville de Cyrène, des Alexandrins et des hommes de Cilicic et d'Asie qui disputèrent avec saint Etienne. Ce premier combat fut suivi du triomphe; car ils ne pouvaient résister à sa sagesse; et l'auteur sacré ajoute : « et à l'Esprit qui parlait par sa bouche » ; ce qui désigne l'aide accordé. Voyant donc qu'ils ne pouvaient l'emporter sur lui dans ce genre de combat, ils furent assez habiles pour choisir une seconde manière, qui était de le vaincre à l'aide des faux témoins. Alors ils en subornèrent deux pour Taccuser de quatre
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sortes de blasphèmes. Après l'avoir amené dans le conseil, les faux témoins lui reprochaient quatre faits: savoir le blasphème contre Dieu, contre Moïse, contre la loi et contre le tabernacle ou le temple : Voilà le combat. Cependant tous ceux qui étaient assis dans le conseil ayant levé les yeux sur lui, virent son visage comme le visage d*un ange : C'est le secours. Vient ensuite la victoire de ce second combat, par lequel les faux témoins furent confondus dans leurs dépositions. Car le Prince des prêtres dit: « Les choses sont-elles ainsi qu'il vient d'en être déposé? » Alors le bienheureux Etienne se disculpa catégoriquement des quatre blasphèmes dont l'avaient chargé les faux témoins. Et d'abord, il se disculpa de blasphème contre Dieu, en disant que le Dieu qui a parlé & leurs pères et aux prophètes était le Dieu de gloire, c'est-à-dire» celui qui donne ou qui possède la gloire, ou bien encore, celui auquel la gloire est due par la créature. En cet endroit il loua Dieu de trois manières, ce qui peut se prouver par trois passages. C'est le Dieu de gloire, ou qui donne la gloire ; il y a au livre des Hois (ii) : « Celui qui me portera honneur, je lui porterai gloire. » Il est Dieu de gloire ou qui contient la gloire. On lit an livre des Proverbes (viii) : « Avec moi sont les richesses et la gloire. » Il est le Dieu de gloire, c'est-à-dire, le Dieu auquel la créature doit la gloire. La i^^épître à Tiniotliée (i)dît : « Au roi immortel des siècles, an seul Dieu, gloire ethonneur dans tous les siècles. » DoncLlienne loua Dieu en trois manières, en disant qu'il est ti^lorieux, qu'il donne la gloire et qu'il la mérite. Il se disculpa ensuite du reproche de hlasphènie contre Moïse, en