‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources (volume 2)Chapitre 24 sur 57 · I. iy · texte numérisé non relu

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louant le même Moïse de plusieurs manières. Il le loua principalement par trois circonslances : pour la ferveur de son zèle, pour avoir tué l'Egyptien qui avait frappé un de ses frères ; d'avoir fait des miracles en Egypte et dans le désert ; de Thonneur qu'il eut de converser avec Dieu plusieurs fois. Enfin il se disculpa du troisième blasphème, contre la loi, en relevant son prix par trois raisons: la première, parce qu'elle avait Dieu pour auteur, la seconde parce qu'elle avait eu le grand et illustre Moïse pour ministre; la troisième par rapport à la fin qu'elle a, savoir qu'elle donne la vie. Enfin il se disculpa du quatrième blasphème contre le temple et le Tabernacle, en disant quatre sortes de biens du Tabernacle ; savoir : qu'il avait été commandé par Dieu ; que Moïse en av^it reçu le plan dans une vision ; qu'il avait été achevé par Moïse et qu'il renfermait l'arche du témoignage. Il dit que le temple avait remplacé le Tabernacle. C'est ainsi que saint Etienne se disculpa, à l'aide du raisonnement, des crimes qu'on lui imputait.

Les Juifs, se voyant une seconde fois vaincus, choisissent un troisième moyen et engagent le troisième combat : c'était de le vaincre au moins par les tourments et les supplices. Saint Etienne ne s'en fut pas plutôt aperçu que, voulant pratiquer le précepte du Seigneur au sujet de la correction fraternelle, il essaya par trois moyens de les corriger et de les empêcher de commettre une pareille méchanceté, savoir : par pudeur, par crainte et par amour. 1° Par pudeur, en leur reprochant la dureté de leur cœur et la mort des Saints. « Têtes dures, dit-il, hommes incirconcis de

cœur et d'oreilles, vous résistez toujours au Saint- Esprit, et vous êtes tels que vos pères ont été. Quel est le prophète que vos pères n'aient pas persécuté? Us ont tuéceuxqui prédisaient Tavènement du Juste. » Par là, dit la glose, il expose trois degrés de malice. Le l**'', de résister au Saint-Esprit, le 2«, de persécuter les prophètes, le 3*, de les tuer par un excès de méchanceté. Ils avaient en efFet le front d'une courtisane; ils ne savaient rougir, ni s'arrêter dans la voie du mal qu'ils avaient conçu. Bien au contraire, à ces paroles ils entrèrent dans une rage qui leur déchirait le cœur et ils grinçaient des dents contre lui. 2^ Il les corrigea par la crainte, en leur disant qu'il voyait J.-C. debout à la droite de Dieu, comme prêt à Taider et à condamner ses adversaires. Mais Etienne étant rempli du Saint-Esprit, et levant les yeux au ciel, vit la gloire de Dieu, et il dit : « Je vois les cieux ouverts, et le Fils de Ihomme débouta la droite de la Vertu de Dieu. » Et quoi qu'il les eut déjà repris par la pudeur et par la crainte, ils ne furent cependant point encore corrigés, mais ils devinrent pires qu*auparavant. « Alors jetant de grands cris, et se bouchant les oreilles (pour ne pas entendre ses blasphèmes, dit la glose), ils se jetèrent tous ensemble sur lui, et l'ayant entraîné hors de la ville, ils le lapidèrent. » En cela ils croyaient agir d'après la loi qui ordonnait de lapider le blasphémateur hors de la place. El les deux faux témoins (jui devaient lui jeter la première pierre, selon le texte de la loi : « Les témoins lui jetteront les premiersla pierre de leur propremain, etc. » se dépouillèrent de leurs habits, soit pour qu'ils ne

fussent pas souillés par le contact d*Etienue, soit afin d'être plus libres pour jeter les pierres, et les mirent aux pieds d*un jeune homme nommé Saul et plus tard Paul, lequel en gardant ces vêtements, pour qu'ils fussent moins embarrassés, le lapida^ pour ainsi dire, par la main de tous. N'ayant donc pu les détourner de leur crime ni par la pudeur, ni par la crainte, il essaya d'un troisième moyen, qui était de les adoucir xiu moins par Tamour. Peut-on un amour plus éminent que celui dont il fit preuve en priant pour lui et pour -eux? Il pria pour lui d'abord, afin d'abréger les instants de sa passion; pour eux ensuite, afin qu'elle ne leur fût point imputée à péché. Ils lapidaient, dis-je, Etienne qui priait et qui disait : « Seigneur Jésus, recevez mon esprit. » S'étant mis ensuite à genoux, il s'écria à haute voix : « Seigneur, ne leur imputez pas ce péché car ils ne savent ce qu'ils font. » Et voyez quel amour admirable ! quand il prie pour lui, il est debout; quand il prie pour ses bourreaux, il fléchît les genoux, comme s'il eût préféré être plutôt exaucé dans ce qu'il sollicitait pour les autres, que dans ce qu'il demandait pour lui-même. Pour eux plutôt que pour lui, il fléchit les genoux parce que, dit la glose à ce propos, il implorait un plus grand remède là où le mal était plus grand. En cela ce martyr de J.-C. imita le Seigneur qui, dans sa passion, pria pour lui quand il dit : « Père, je remets mon âme entre vos mains; » et pria pour ceux qui le crucifiaient en di- *sant ; « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. » « Et après cette parole, il s'endormit au Seigneur. » Belle parole, ajoute la glose, il s'endor-

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mil^ et non pu il monraty car eii offrant ce sacrifice d'amour^ il s'endormit avec Tespoir de se réveiller à la réannection. Etienne fut lapidé Tannée que J.-C. monta au ciel, au commencement du mois d'août, lé matin du troisième jour^ Saint Gamaliel et Nicodème, qui tenaient pour les chrétiens dans tous les conseils <fes Jiufa, r^ftsevelirent dans un champ de ce même Gamaliel y et firent ses funérailles avec un grand deuil : et il s*éleva une grande persécution contre les chrétien» de Jérusalem, car après le meurtre du bienheureux Etienne, qui était Tun des principaux, on se mit à les persécuter, au point que tous les chrétiens^ excepté les apôtres comme plus courageux, furent dispersés par toute la province de Judée, selon que le S^neur le leur avait recommandé : « S'ils vous persécutent dans une ville, fuyez dans une autre. »

L'éminent docteur Augustin rapporte que saint Etienne fut illustre par d'innombrables miracles ; par la résurrection de six morts, par la guérison d'une foule de malades. Parmi ces miracles qu'il raconte, il en est quelques-uns de fort remarquables. Il dit donc que l'on mettait des fleurs sur l'autel de saint Etienne et que quand on en avait touché les malades, ils étaient miraculeusement guéris. Des linges pris à son autel, et posés sur des malades, procuraient à plusieurs la guérison de leurs infirmités. Au livre XXII de la Cité de DieUj il dit que des fleurs qu'on avait prises de son autel furent mises sur les yeux d'une femme aveugle qui recouvra tout aussitôt la vue. Dans le môme livre, il rapporte que l'un des premiers d'une ville, Martial, qui était infidèle, ne voulait absolument pas se con-

vertir. Étant tombé gravement malade, son gendre, plein de foi, vint à l'église de Saint^-Étienne, prit des fleurs qui étaient sur son autel, et les cacha auprès de la tète de Martial, qui, après avoir dormi dessus, s'écria, dès avant le jour, qu'on envoyât chercher Févéque. Celui-ci étant absent, un prêtre vint; et sur l'assurance que lui donna Martial de sa foi, il hii administra le baptême. Tant qu'il vécut, toujours il avait ces mots à la bouche : * « Jésus-Christ, recevez mon esprit, » sans savoir que c'étaient les dernières paroles de saint Etienne.

Voici un autre miracle rapporté dans le même livre : une dame appelée Pétronie était tourmentée depuis longtemps d'une très grave infirmité ; elle avait employé une foule de remèdes qui n'avaient laissé trace de guérison ; un jour elle consulte un Juif qui lui donne un anneau dans lequel se trouvait enchâssée une pierre, afin qu'elle se ceignît avec une corde de cet anneau sur sa chair nue, et que par sa vertu elle recouvrât la santé. Mais comme elle s'aperçut que cela ne lui procurait aucun bien, elle se hâta d'aller à l'église du premier martyr Etienne le prier de la guérir. Aussitôt, sans que la corde fût déliée, l'anneau resté entier tomba à terre : elle se sentit à l'instant tout à fait guérie.

Le même livre rapporte un autre miracle non moins admirable. A Césarée de Cappadoce, une noble dame avait perdu son mari, mais elle avait une belle et nombreuse famille composée de dix enfants, sept fils et trois filles. Un jour qu'elle avait été oflFenséc par eux, elle maudit ses fils. La vengeance divine suivit de

près la malédiclion de la mère^ et tous sont frappés également d'un horrible châtiment. Un tremblement affreux de tous leurs membres les saisit. Accablés de douleur, ils ne voulurent point que leurs concitoyens fussent témoins de leur malheur et ils coururent par toute la terre, attirant sur eux l'attention. Deux d'entre eux, un frère et une sœur, Paul et Palladie, vinrent à Ilippone et racontèrent à saint Aug-ustin lui-même, qui était évèquc de cette ville, ce qui leur était arrivé. Il y avait quinze jours, c'était avant Pâques, qu'ils se rendaient assidûment à l'église de saint Etienne, le priant avec insistance de leur rendre la santé. Le jour de Pâques, en présence d'une foule de peuple, Paul franchit tout à coup la balustrade, se prosterne devant l'autel avec foi et révérence, et se met à prier. Les assistants attendent ce qui va arriver, quand il se lève tout à coup. Il était guéri et délivré désormais de son tremblement. Ayant été amené à saint Augustin, celui-ci le montra au peuple en promettant de lire le lendemain un récit écrit de ce ([ui s'était passé. Or, comme il parlait au peuple et qinî la sœur assistait elle-même à Téglise, toujours agitée dans tous ses membres, elle se leva du milieu des fidèles, passa la balustrade et de suite comme si elle sortait du sommeil, elle se leva guérie. On la montre à la foule qui rend d'immenses actions de grâces à Dieu et à saint Etienne, de la guérison du frère et de la sœur. Orose en revenant chez saint Augustin de visiter saint Jérôme rapporta quelques reli([ues de saint Etienne qui opérèrent les miracles dont on vient de parler et beaucoup d'autres encore.

Il faut remarquer que saint Etienne ne souffrit pas le martyre aujourd'hui, mais, comme nous l'avons dit plus haut, le trois d'août, jour où l'on célèbre son invention. Nous raconterons alors pour quel motif ces fêtes furent changées. Qu'il suffise de dire ici que l'Eglise a eu deux raisons de placer, comme elle l'a fait, les trois fêtes qui suivent Noël. La première, c'est afin de réunir à l'Epoux et au chef ceux qui ont été ses compagnons. En effet, en naissant, J.-C. qui est l'Epoux a donné, en ce monde à l'Eglise, son épouse, trois compagnons, dont il est dit dans les cantiques* : « Mon bien-aimé est reconnaissable par sa blancheur et sa rougeur : il est choisi entre mille. » La blancheur indique Jean l'évangéliste, saint confesseur ; la rougeur, saint Etienne, premier martyr ; la multitude virginale des Innocents est signifiée par ces paroles : « Il est choisi entre mille. » La seconde raison est qu'ainsi, l'Eglise réunit ensemble tous les genres de martyrs, selon leur rang de dignité. La naissance du Christ fut, en effet, la cause de leur martyre. Or, il y a trois martyres: le volontaire qu'on subit, le volontaire qu'on ne subit pas, celui que l'on subit, mais qui n'est pas volontaire. On trouve le premier dans saint Etienne, le second dans saint Jean et le troisième dans les Innocents.

* Cant. V, 10.

SAmT HMOf, APOTRE £T l^VANGÉLISTE 93

Jean veal dire grâce de Dieu, ou en qui est la grâce, ou au- ^ntl la grâce a été donnée, ou auquel un don a été fait de la part de IMeii. De là quatre privilèges de saint Jean. Le premier fut Tamitié particulière de J.-G. En effet, le Sauveur aima saint Jean plus que les autres apôtres et lui donna de plus grandes marques d'affection et de familiarité. Il veut doue dire grâce de Dieu parce qu'il fut gracieux à Dieu. Il parait même qu'il a été aimé plus que Pierre. Mais il y a amour de cœur et démonstration de cet amour. On trouve deux sortes de démonstrations d'amour : l'une qui consiste dans la démonstration de la familiarité, et l'autre dans les liieaidta accordés. Il aima Jean et Pierre également. Mais quant à l'amour de démonstration, il aima mieux saint Jean, et quant aux bienfaits donnés, il préféra Pierre. Le second privilège est la parole de la chair ; en effet, saint Jean a été choisi vierge par le Seigneur ; alors en lui est la grâce, c'està-dire la grâce de la pureté virginale, puisqu'il voulait se marier quand J.-G. l'appela *. Le troisième privilège, c'est la révélation des mystères : en effet, il lui a été donné de coirnaitre beaucoup de mystères, par exemple, ce qui concerne la divinité du Verbe et la fin du monde. Le quatrième privilège, c'est d'avoir été chargé du soin de la mère de Dieu : alors on peut dire qu'il a reçu un don de Dieu. Et c'était le plus grand présent que le Seigneur pût faire que de lui confier le soin de sa mère. Sa vie a été écrite parMiletus**, évêque de Laodicée, et abrégée par Isidore dans son livre De la naissance, de la vie et de la mort des Saints Pères.

* C'est l'opinion de Bède, Sermon des Jean ; — de Rupert, Sur Saint Jean, ch. ii; — de saint Thomas d'Aquin, t. II, p. 486 ; — de sainte Gertrude en ses Révélations, liv. IV^, c. iv.

** Le livre de Miletus a été publié en dernier lieu à Leipsig, par Heine, 1848. 11 est reproduit ici en majeure partie.

Jean, apôtre et évangélisle, le bien-aimé du Seigneur, avait été élu alors qu'il était encore vierge. Après la Pentecôte, et quand les apôtres se furent séparés, il partit pour TAsic, où il fonda un grand nombre d'églises. L'empereur Domitien, qui entendit parler de lui, le fit venir et jeter dans une cuve d'huile bouillante, à la porte Latine. Il en sortit sain et entier, parce qu'il avait vécu affranchi de la corruption de la chair*. L'empereur ayant su que Jean n'en continuait pas moins à prêcher, le relégua en exil dans l'Ile inhabitée de Pallimos et où le saint écrivit l'Apocalypse. Cette année-là, Tempcreur fut tué en haine de sa grande cruauté et tous ses actes furent annulés par le sénat ; en sorte que saint Jean, qui avait été bien injustement déporté dans cette île, revint à Ephèse, où il fut reçu avec grand honneur par tous les fidèles qui se pressèrent au-devant de lui en disant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » Il entrait dans la ville, comme on portait en terre Drusiane qui l'aimait beaucoup et qui aspirait ardemment son arrivée. Les parents, les veuves et les orphelins lui dirent : « Saint Jean, c'est Drusiane que nous allons inhumer ; toujours elle souscrivait à vos avis, et nous nourrissait tous ; elle souhaitait vivement votre arrivée, en disant: « 0 si j'avais le bonheur de voir l'apôtre de Dieu avant <( de mourir ! » Voici que vous arrivez et elle n'a pu vous voir. » Alors Jean ordonna de déposer le brancard et de délier le cadavre : « Drusiane, dit-il, que mon

*Tcrlullien, Prescriptions, ch. xxxvi; — Saint Jérôme, Sur Saint Jean jWw I, c. xiv.

Seigneur J.-C. te ressuscite, lève-toi, va dans la maison et me prépare de la nourriture. » Elle se leva aussitôt, et s'empressa d'exécuter Tordre de l'apôtre, tellement qu'il lui semblait qu'il l'avait réveillée et non pas ressuscitée.

Le lendemain, Craton le philosophe convoqua le peuple sur la place, pour lui apprendre comment on devait mépriser ce monde. Il avait fait acheter à deux frères très riches, du produit de leur patrimoine, des pierres précieuses qu'il fit briser en présence de l'assemblée. L'apôtre vint à passer par là et appelant le philosophe auprès de lui, il condamna cette manière de mépriser le monde par trois raisons : 1* il est loué par les hommes, mais il est réprouvé par le jugement de Dieu; 2** ce mépris ne guérit pas le vice ; il est donc inutile, comme est inutile le médicament qui ne guérit point le malade ; 3** ce mépris est méritoire pour celui qui donne ses biens aux pauvres. Gomme le Seigneur dit au jeune homme : « Allez vendre tout ce que vous avez et le donnez aux pauvres. » Craton lui dit : « Si vraiment ton Dieu est le maître, et qu'il veuille que le prix de ces pierreries soit donné aux pauvres, fais qu'elles redeviennent entières, afin que, de ta part, cette œuvre tourne à sa gloire, comme j'ai agi pour obtenir de la renommée auprès des hommes.» Alors saint Jean, rassemblant dans sa main les fragments de ces pierres, fit une prière, et elles redevinrent entières comme devant. Aussitôt le philosophe ainsi que les deux jeunes gens crurent, et vendirent les pierreries, dont ils distribuèrent le prix aux pauvres.

Deux autres jeunes gens d'une famille honorable

imitèrent l'exemple des précédents, vendirent tout ce qu'ils avaient, et après l'avoir donné aux pauvres, ils suivirent l'apôtre. Mais un jour qu'ils voyaient leurs serviteurs revêtus de riches et brillants vêtements, tandis qu'il ne leur restait qu'un seul habit, ils furent pris de tristesse. Saint Jean, qui s'en aperçut à leur physionomie, envoya chercher sur le bord de la mer des bâtons et des cailloux qu'il changea en or et en pierres fines. Par l'ordre de l'apôtre, ils les montrèrent pendant sept jours à tous les orfèvres et à tous les lapidaires ; à leur retour ils racontèrent que ceux-ci n'avaient jamais vu d'or plus pur ni des pierreries siprécieuses ; et il leur dit : « Allez racheter vos terres que vous avez vendues, parce que vous avez perdu les richesses du ciel ; brillez comme des fleurs afin de vous faner comme elles; soyez riches dans le temps pour que vous soyez mendiants dans l'élernité. w Alors l'apôtre parla plus souvent encore contrelesrichesses, et montra que pour six raisons, nous devions être préservés de l'appétit immodéré de la fortune. La première tirée de l'Ecriture, dans le récit du riche en sa table que Dieu réprouva, et du pauvre Lazare que Dieu élut; la seconde puisée dans la nature, qui nous fait venir pauvres et nus, et mourir sans richesses; la troisième prise de la créature : le soleil, la lune, les astres, la pluie, Tair étant communs à tous et partagés entre tous sans préférence, tous les biens devraient donc être en commun chez les hommes ; la quatrième, c'est la fortune. Il dit alors que le riche devient l'esclave de l'argent et du diable ; de l'argent, parce quUI ne possède pas les richesses, mais que ce sont elles qui le possèdent ; du

SAINT J.^AN, APJTRE ET ÉVANGHLISTE 97

diable, parce que, d'après l'évançile, celui qui aime l'argent est Tesclave de Mammon. La cinquième est rinquiétude : ceux qui possèdent ont jour et nuit des soucis, soit pour acquérir, soit pour conserver. La sixième, ce sont les risques et [)érils auxquels sont exposées les richesses ; d'où résultent dinix sortes de maux : ici-bas, Torgueil ; dans réternité, la damnation éternelle : perte de deux sortes de biens : ceux de la grâce, dans la vie présente ; ceux de la gloire éternelle, dans la vie future. Au milieu de cette discussion contre les richesses, voici qu'on portait en terre un jeune homme mort trente jours après son mariage. Sa mère, sa veuve et les autres qui le pleuraient, vinrent se jeter aux pieds de l'apôtre et le prier de le ressusciter comme Drusiane au nom du Seigneur. Après avoir pleuré beaucoup et avoir prié, Jean ressuscita à l'instant le jeune homme auquel il ordonna de raconter SI ces deux disciples quel châtiment ils avaient encouru et quelle gloire ils avaient perdue. Celui-ci raconta alors bien des faits, qu*il avait vus sur la gloire du paradis, et sur les peines de Tenfer. Et il ajouta : « Malheureux que vous êtes, j'ai vu vos anges dans les jdeurs et les démons dans la joie ; puis il leur dit (ju'ils avaient perdu les palais éternels construits des pierreries brillantes, resplendissant d'une clarté merveilleuse, remplis de banquets copieux, pleins de délices, et d'une joie, d'une gloire interminables. Il raconta huit peines de Tenfer qui sont renfermées dans ces deux vers:

Vers cl ténèbres, tourineiil, Froitl et feu, Présence du démon, foule de criminels, pleurs.

Alors celui qui avait été ressuscité s(»joii^nit aux deux

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disciples qui se prosternèrent aux pieds de Tapôtre et le conjurèrent de leur faire miséricorde. L'apôtre leur dit : « Faites pénitence trente jours, pendant lesquels priez que ces bâtons et ces pierres reviennent dans leur état naturel. » Quand ils eurent exécuté cet ordre, il leur dit : « Allez .porter ces bâtons et ces pierres où vous les avez pris. »

Ils le firent ; les bâtons et les pierres redevinrent alors ce qu'ils étaient, et les jeunes gens recou^Tèrent la grâce de toutes les vertus qu'ils avaient possédées auparavant.

Après que Jean eut prêché par toute l'Asie, les adorateurs de Jules excitèrent une sédition parmi le peuple et tratnèrent le saint à un temple de Diane pour le forcer à sacrifier. Jean leur proposa cette alternative : ou qu'en invoquant Diane, ils fissent crouler l'église de J.-(I., et qu'alors il sacrifierait aux idoles; ou qu'après avoir lui-même invoqué J.-C, il renverserait le temple de Diane et alors eux-mêmes crussent en J.-C. La majorité accueillit la proposition : tous sortirent du temple ; l'apcitre fil sa prière, le temple croula jusque dans ses fondations et l'image de Diane fut réduite en pièces. Mais le pontife des idoles, Aristodème, excita une affreuse sédition dans le peuple ; une partie se préparait à se ruer contre l'autre. L'apôtre lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour te fléchir? » <( Si tu veux, répondit Aristodème, que je croie en ton Dieu, je te donnerai du poison à boire, et si tu n'en ressens pas les atteintes, ton Seigneur sera évidemment le vrai Dieu. » L'apôtre reprit : « Fais ce que tu voudras, w « Je veux, dit Aristodème, que tu

en voies mourir d*autres auparavant afin que ta crainte au|^nriente. » Aristodème alla demander au proconsul deux condamnés à mort, auxquels, en présence de tous, il donna du poison. A peine Feurent-ils pris qu'ils rendirent Tâme. Alors Tapôtre prit la coupe et se fortifiant du sig^ne de la croix, il avala tout le poison sans éprouver aucun mal, ce qui porta tous les assistants à louer Dieu. Aristodème dit encore : « Il me reste un doute, mais si tu ressuscites ceux qui sont morts du poison, je croirai indubitablement. » Alors l'apôtre lui donna sa tunique. « Pourquoi, lui dît-il, m'as-tu donné ta tunique ? » « C'est, lui répondit saint Jean, afin que tu sois tellement confus que tu brises avec ton infidélité. » « Est-ce que ta tunique me fera croire? » dit Aristodème. « Va, dit l'apôtre, la mettre sur les corps de ceux qui sont morts et dis : a L'apôtre « de J.-C. m'a envoyé vers vous pour vous ressusciter « au nom de J.-C. » Il l'eut à peine fait que sur-lechamp ils ressuscitèrent. Alors Tapôtre baptisa au nom de J.-C. le pontife et le proconsul qui cTurent, eux et toute leur famille; ils élevèrent ensuite une èçlise en l'honneur de saint Jean.

Saint Clément d'Alexandrie rapporte, dans le IV^* livre de VHistoire ecclésiastique*, que Tapôtre convertit un jeune homme beau, mais fier, et le confia à un évêque à titre de dépôt. Peu de temps après, le jeune homme abandonne Tévèfjue et se met à la tète d'une bande de voleurs. Or quand l'apôtre revint, il

• Clément d'Alexandrie, (Juis (h'veSy ch. xlii ; — Eiisrhe, 1. III, ch. XXIII ; — Saint Chrysoslomc, ad Theodos lapsmn, liv. I, ch. II.

réclama son dépôt à l'évêque. Celui-ci croit qu'il est question d'argent et reste assez étonné. L'apôtre lui dit : « C'est ce jeune homme que je vous réclame ; c'est celui que je vous avais recommandé d'une manière si pressante. » a Père sain!, répondit l'évêque, il est mort quant à l'âme et il reste sur une telle montagne avec des larrons dont il est lui-même le chef. » En entendant ces paroles, saint Jean déchire ses vêtements, se frappe la (ête avec les poings. « J'ai trouvé là un bon gardien de l'âme d'un frère, ajouta-t-îl ! » Il se fait aussitôt préparer un cheval et court avec intrépidité vers la montagne. Le jeune homme, l'ayant reconnu, fut couvert de honte et s'enfuit aussitôt sur son cheval. L'apôtre oublie son âge, pique son coursier de ses éperons et crie après le fuyard : « Bîenaimé fils, qu'as-tu à fuir devant un père etun vieillard sans défense? Ne crains pas, mon fils ; je rendrai compte de toi à J.-C, et bien certainement je mourrai volontiers pour toi comme J.-C. est mort pour nous. Reviens, mon fils, reviens ; c'est le Seigneur qui m'envoie. » En entendant cela, le brigand fut tout contrit, revint et pleura à chaudes larmes. L'apôtre se jeta à ses pieds et se mit à embrasser sa main comme si elle eût déjà été purifiée par la pénitence : il jeûna et pria pour lui, obtint sa grâce et par la suite il l'ordonna évoque. On lit encore dans Vllisloire ecclésiastique* et dans la glose sur la seconde épître canonique de saint Jean, que ce saint

*Eusèbe, liv IV, ch. xiv ; — Saint Iréncc, Advers. ffœres, liv. m, ch. m ; — Théodor., liv. II.

étant entré à Ephèse pour prendre un bain, il y vit Cérinthe rhérétique et qu'il se retira vite en disant : « Fuyons d'ici, de peur que rétablissement ne croule sur nous; Cérinthe, l'ennemi de la vérité, s'y baigne. » Cassien*, au livre de ses conférences, raconte qu'un homme apporta une perdrix vivante à saint Jean. Le saint la caressait et la flattait pour l'apprivoiser. Un enfant témoin de cela dit en riant à ses camarades : « Voyez comme ce vieillard joue avec un petit oiseau comme ferait un enfant. » Saint Jean devina ce qui se passait, appela l'enfant qui lui dit : « C'est donc vous qui êtes Jean qui faites cela et qu'on dit si saint? » Jean lui demanda ce qu'il tenait à la main. II lui répondit qu'il avait un arc. « Et qu'en fais-tu ?» « C'est pour tuer des oiseaux et des bêtes, lui dit l'enfant. » « Comment? lui dit l'apôtre. » Alors l'enfant banda son arc et le tint ainsi à la main. Comme Tapôtre ne lui disait rien, le jeune homme débanda son arc. « Pourquoi donc, mon fils, lui dit Jean, astu débandé ton arc? » « C'est, répondit-il, que si je U» tenais plus lonij^temps tendu, il deviendrait tro[) mou pour lancer les flèches. » Alors raj)ô(re dit : <( II en est de même de rinfirmité humaine, elle s'alVaiblirait dans la contemplation, si en restant toujours fermement occupée, sa fraij^ilité ne prt»nait pas (juelques instants de relâche. Vois Taiîi^le ; il vole plus haut (pic» tous les oiseaux ; il rei^arde fixement le soleil, et cependant, par la nécessité de sa nature, il descend sur la terre. Ainsi res[)rit de l'homme, (pii se relAehe un

^XXIV»^ COI) fére no(% cli. \.\i.

i02 LA LÉGENDE DORÉE

peu de la contemplation, se porte avec plus d'ardeur vers les choses célestes, en renouvelant souvent ses essais. » Saint Jérôme * assure que saint Jean vécut à Ephèse jusqu'à une extrême vieillesse; c'était avec difficulté que ses disciples le portaient à bras à l'église ; il ne pouvait dire que quelques mots, et à chaque pause il répétait : « Mes petits enfants, aimez- vous les uns les autres. » Enfin étonnés de ce qu'il disait toujours la même chose, les frères qui étaient avec lui, lui demandèrent : « Maître, pourquoi répétez-vous toujours les mêmes paroles? » Il leur répondit : que c'était le commandement du Seigneur, et que si on l'observait, cela suffisait. Hélinaud rapporte** aussi que quand saint Jean l'évangéliste entreprit d'écrire son évangile, il indiqua un jeûne par avance, afin de demander dans la prière d'écrire que son livre soit digne du sujet. Il se retira, dit-on, dans un lieu solitaire pour écrire la parole de Dieu, et qu'il pria que tandis qu'il vaquerait à ce travail, il ne fût gêné ni par la pluie ni par le vent. Les éléments, dit-on, respectent encore aujourd'hui, en ce lieu, les prières de l'apôtre. A l'âge de quatre-vingt-dix-huit ans et l'an s:)ixante-sept, selon Isidore***, après la passion du Seigneur, J.-C. lui apparut avec ses disciples et lui (lit : « Viens avec moi, mon bien-aimé, il est temps

* Sur Vépilre aux Galales.

** Il est probable que J. de Voragine possédait le commence-

ment de la chronique d'Hélinaud, dans les ouvrages duquel

nous n'avons pas rencontre trace de ce fait. On sait qu'il ne nous

rosie de son histoire qu'à partir de Tannée 634, au livre XLV.

*^* De ortu et ohitu Patrum, ch. lxxii.

de rasseoir à ma table avec tes frères. » Jean se leva cl voulut marcher. Le seigneur lui dit : « Tu viendras auprès de moi dimanche. » Or le dimanche arrivé, tout le peuple se réunit à TEglise qui avait été dédiée en son nom. Dès le chant des oiseaux, il se mit à prêcher, exhorta les chrétiens à être fermes dans la foi et fervents à pratiquer les commandements de Dieu. Puis il fit creuser une fosse carrée vis-à-vis Tautel et en jeter la terre hors de Téglise. II descendit dans la fosse et, les bras étendus, il dit à Dieu : « Seigneur J.-C., vous m'avez invité à voire festin ; je viens vous remercier de l'honneur que vous m'avez fait; je sais que c'est de tout cœur que j'ai soupiré après vous. » Sa prière finie, il fut environné d'une si grande lumière que personne ne put le reiçarder. Quand la lumière eut disparu, on trouva la fosse pleine de manne, et jusqu'aujourd'hui il se forme de la manne en ce lieu, de telle sorte qu'au fond de la fosse, il paraît sourdre un sable fin comme on voit l'eau jaillir d'une fontaine *. Saint Edmond, roi d'Auî^leterre, n'a jamais rien refusé à quelqu'un qui lui adressait une demande au nom de saint Jean l'évan^éliste. Un [)('*lerin lui demanda donc un jour Taumone avec importunilé au nom de saint Jean l'évauijéliste, alors quo son camérier était absent. Le roi, qui n'avait rien sous la main qu'un anneau de prix le lui donna. Plusieurs jours après, un soldat ang-lais, (jui était outre-mer, fut chary^é de remettre au roi l'anneau de

* Saint Augustin, .SV///i/ Jean, homélie 124; — Grégoire (J<* Tours, Gloria J/., liv. I, ch. xxx ; — fti'ierarium Willebaudi, on l'an 745.

la part du même pèlerin qui lui dit : « Celui à qui et pour Famour duquel vous avez donné cet anneau, vous le renvoie. » On vit clairement par là que c'était saint Jean qui lui était apparu sous la figure d*un pèlerin. Isidore, dans son livre De lu naissancôy de la vie et de la mort des Saints PèreSy dit ces mots : « J(îan a changé en or les branches d'arbres des forêts, les pierres du rivage en pierreries ; des fragments •de perles cassées .redevinrent entières; à son ordre 4ine veuve fut ressuscitée, il fit rappeler Tâme dans le corps d'un jeune homme; il but un poison mortel et échappa au danger, enfin il rendit à la vie ceux qui avaient bu de ce poison et qui en avaient été tués. »

LES INNOCENTS

Les Innocents furent ainsi nommés pour leur vie, leur chAtiment et leur innocence acquise. Leur vie fut innocente, n*ayant jamais nui, ni à Dieu par désobi^issance, ni au prochain par injustice, ni à eux-mêmes par malice en péchant. Ils furent innocents dans leur vie et simples dans la foi. Le chAtiment, ils le subirent innocemment et injustement, ainsi qu*il est dit au psaume : « Ils répandirent un sang innocent. » Us possédèrent Tinnocence acquise; dans leur martyre, ils méritèrent Tinnocencc baptismale, c'est-à-dire que le péché originel fut effacé en eux. En parlant de cette innocence, le psalmiste dit : « Conservez Tinnocence et considérez la droiture, » c'est-à-dire conservez Tinnocence baptismale et considérez la droiture d'une vie pleine de bonnes œuvres.

Les Innocents furent tués par Ilérode TAscalonite. La sainte Kcriture fait mention de trois Ilérode que leur infâme cruauté a rendus célèbres. Le premier fut Hcrode TAscalonite, sous

LES INNOCENTS 105

lequel naquit le Seigneur et par qui furent niassacrés les enfants. Lie second fut Hërode Antipas, qui fit décoller saint Jean-Baptiste. Le troisième fut Hérode Agrippa, qui tua saint Jacques et emprisonna saint Pierre. On a fait ces vers à leur sujet :

Ascalonita necat pueros, Anlipa Joannem, Agrippa Jacobuni, claiiJens in carcerc Polruiii.

Mais racontons en peu de mots l'histoire du premier Hérode. Aatipater Tlduméen, ainsi qu'on lit dans V Histoire schoias-' tique* j se maria à une nièce du roi des Arabes : il en eut un fils, qu'il appela Hérode et qui plus tard fut surnommé l'Ascalonite. Ce fut lui qui reyut le royaume de Judée do César-Auguste et dès lors, pour la première fois, le sceptre sortit de Juda. Il eut six fils : Antipater, Alexandre, Arislobule, Archelaûs, Hérode, Antipas et Philippe. Il envoya A Rome, pour s'instruire dans les arts libéraux, Alexandre et Aristobule dont la mère était juive; leurs études achevées, ils revinrent. Alexandre se fit grammairien et Aristobule devint un orateur très véhément : déjà ils avaient eu des différends avec leur père pour la possession du trône. Le père en fut offensé et s'attacha à faire prévaloir Antipater. Comme ils avaient comploté la mort de leur père et qu^ils avaient été chassés par lui, ils allèrent se plaindre à César de rinjusticc qu'ils avaient subie. Sur ces entrefaites, les Mages viounent à Jérusalem et s'informent avec ^rand soin de l<i naissance d'un nouveau roi. A cette nouvelle, Hërode se trouble, et, craignant que de la race légitime des rois, il ne fût né un rejeton qu'il ne pourrait chasser comme usurpateur, il prie les Mages de l'avertir aussitôt ((u'ils Tauraieiit trouvé, simulant vouloir adorer celui ({u'il voulait tuer. Cependant les Mages retournèrent en leur pays par un autre chemin. Hérode, ne les voyant pas revenir, crut qu'ils avaient eu honte de retourner vers lui, parce qu'ils auraient été les dupes de l'apparition de l'étoile et ne s'occupa plus de rechercher l'enfant. Mais ayant appris le récit des bergers et les prédictions de Siméon et d'Anne, ses appréhensions redoublèrent et il se

* Sozomène, /fisloire Triparti te, ch. ii.

crut indignement trompé par les Mages. Il pensa donc alors à tuer les enfants qui étaient à Bethléem^ pour faire périr avec eux celui qu'il ne connaissait pas. Mais sur les avis de PAnge, Joseph avec sa mère et TËnfant s'enfuit en Egypte et demeura sept ans à Hcrmopolis, jusqu'à la mort d'Hérode. Or, quand le Seigneur entra en Egypte, toutes les idoles furent renversées, selon la prédiction d'isaïe. Et de même quç lors de la sortie des enfants d'Israël de TEgypte, il n'y eut pas une maison où par la main de Dieu, le premier né ne fût mort, de même il n'y eut pas de temple dans lequel une idole ne fût renversée. Cassiodore rapporte dans son Histoire Tripariiie *, qu'à Hermopolis, en Thébaïde, il existe un arbre appelé Per^ sidis qui a la propriété de guérir ceux des malades au cou desquels on attache de son fruit, de ses feuilles ou de son écorce. Or, comme la bienheureuse Marie s'enfuyait en Egypte avec son fils, cet arbre s'inclina jusqu'à terre et adora humblement Jésus-Christ.

Hérode se préparait à massacrer les enfants, lors- (ju'une lettre de César-Auguste le cita à comparaître devant lui pour répondre aux accusations de ses fils. En traversant Tharse, il sut que les mages avaient passé la mer sur des vaisseaux tliarsiens, et il fit brûler toute la flotte, selon qu'il avait été prédit : « D'un souffle impétueux vous briserez les vaisseaux de Tharsis. » (Ps. vi.) Le père ayant vidé ses différends avec ses enfants devant César, il fut arrêté que ceux-ci obéiraient en tout à leur père, et que celui-là céderait Tempire à qui il voudrait. Hérode, devenu plus hardi à son retour par rafl*ermissement de son pouvoir, envoya égorger tous les enfants qui se trouvaient à Bethléem âgés de deux ans et au-dessous, selon le temps qu'il avait supputé d'après les mages. Ceci a be-

* Liv. VI, chap. xlii.

LES INNOCENTS i 07

soin de deux éclaircissements : le premier par rapport au temps, et voici comment on l'explique : âijés de deux ans et au-dessous, c'est-à-dire, en comnien(;ant par les enfants de deux ans jusqu'aux enfants d'une nuit.

Ilérode avait en effet appris des mages qu'un prince était né le jour même de l'apparition de l'étoile, et comme il s'était déjà écoulé un an depuis sou voyaje à Rome et son retour, il croyait que le Seij^neur avait un an et quelques jours de plus ; c'est pour cela qu'il exerça sa fureur sur ceux qui étaient plus à^és, c'est-à-dire, qui avaient deux ans et au-dessMus, jusqu'aux enfants qui n'avaient qu'une nuit : dans la crainte que cet enfant, auquel les autres obéissaient, ne subît quelque transformation qui le rendrait ou plus vieux ou plus jeune. C'est le sentiment le plus commun et le plus vraisemblable. Le second éclaircissement se tire de l'explication qu'en donne saint Chrvsostome. H entend ainsi Tordre du nombre d'années ; depuis deux ans et au-dessous, c'est-à-(lii(\ depuis les enfants de deux ans jus(|u'à cinq. 11 avance ainsi que Tétoile apparut aux nia^^es pt^ndanl un an avant la naissance du Sauveur. Or, dc^puis (ju'il avait appris cela, Hérode avait été à Rome el son projet fut différé d'un an. II croyait donc (|ue le» Sauveur était njt quand l'étoile apparut aux niaîj;es. D'après son calcul, le Sauveur aurait eu deux ans : voilà pourquoi il fit massacrer les enfants de deux à cincj ans, mais pas moinsjeunesquede deux ans. Ce qui rend cet te assertion vraisemblable, ce sont les ossements des innocents dont queirjues-uns sont trop «jrands pour ne

i08 LA LÉGENDE DORÉE

pouvoir appartenir à des corps qui n'auraient eu que deux ans *. On pourrait peut-être encore dire que les hommes étaient de plus haute taille alors qu'aujourd'hui. Mais Hérode en fut bientôt puni. En effet Macrobe rapporte et Méthodien en sa chronique dit que le petit fils d'Hérode était en nourrice et qu'il fut tué avec les autres par les bourreaux. Alors fut accomplie la parole du Prophète : « Rama, c'est-à-dire les hauts lieux, retentirent des pleurs et des gémissements des pieuses mères. » * ^ *

Mais Dieu dont les desseins sont souverainement équitables ** ne permit pas que l'affreuse cruauté d'Hérode restât impunie. Il arriva, par le jugement de Dieu, que celui qui avait privé tant de parents de leurs enfants fut aussi privé des siens plus misérablement encore. Car Alexandre et Aristobule inspirèrent de nouveaux soupçons à leur père.

Un de leurs complices avoua que Alexandre lui avait fait de grandes promesses s'il .empoisonnait son père : uh barbier déclara aussi qu'on lui avait promis des récompenses considérables, si en rasant la barbe d'Hérode, il lui coupait la gorge : il ajouta qu'Alexandre aurait dit qufe l'on ne pouvait rien espérer d'un vieillard qui se teignait les cheveuxpourparaîtrejeune. Le père, irrité, les fit tuer ; sur le trône, il établit Anlipater pour régner après lui, et il substitua encore Antipas à Antipater. De plus, Hérode affectionnait particulièrement A^^rippa, ainsi qu'Hérodiade, femme

* Tout ce récit est copié dans V Histoire schol astique , Ev.

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