‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources (volume 2)Chapitre 32 sur 57 · I. uv · texte numérisé non relu

I. uv

Il est rapporté dans V Histoire tripartite* qu'un jour, étant encore enfant, sonmattre sortit et le laissa seul; il se mit à lire des évocations au démon et il se présenta devant lui une troupe infinie de ces diables, noirs comme des Ethiopiens. A cette vue Julien saisi de crainte fit aussitôt le signe de la croix et toute cette multitude de démons s'évanouit. 11 raconta tout ce qui était arrivé à son maître qui était revenu et qui lui dit : « Les démons haïssent et craignent extraordinairement le signe de la croix. » Ayant été élevé à Tempire, Julien se souvint de ce fait, et comme il voulait se livrer à la magie, il apostasia et détruisit partout les images de la croix ; autant qu'il fut en son pouvoir ; il persécuta les chrétiens, dans la pensée qu'autrement les démons ne lui obéiraient en rien. Quand il descendit dans la Perse, ainsi qu'il est dit dans la Vie des Pères **, il envoya un démon en Occident, pour qu'il lui en rapportât une réponse; mais arrivé dans un endroit, le démon resta immobile dix jours entiers, parce qu'il se trouvait là un moine qui priait jour et nuit. Le diable étant revenu sans avoir accompli sa mission, Julien lui dit : « Pourquoi as-tu tant tardé ? » Il répondit :<( Pour pouvoir passer, j'ai attendu pendant dix jours qu'un moine qui vivait hors du cloître cessâtde faire oraison; mais comme il n'en finissait pas, ce me fut impossible; alors je suis revenu sans avoir rien fait. » Julien indigné dit que, quand il viendrait en ce lieu-là, il se vengerait de ce moine. Comme les diables lui pro-

* Livre VI, ch. i; — Niceph., liv. X, ch. m; — Saint Grégoire de Naz., Premier discours contre Julien l'apostat, ** Livre XII, ch. ii.

mettaient la victoire sur les Perses, son sophiste dit â lin chrétien : « Que penses-tu qu'il fasse à prissent, le Ris <Ju charpentier? » Et il répondit: i< Il prépare un cercueil pour Julien. » On lit dans l'histoire de ■ saint Basile, et Fulbert, évéqiic de Chartres, l'affirme aussi, que arrivé à Césarée de Cappadoce, saint Basile vint à sa rencontre et lui offrit quatre pains d'orçe, mais Julien refusa avec mépris de les recevoir et à la place il lui envoya du foin, en disant: k Tu nous as oiferl de ce qui nourrit les animaux sans raison, reprends ce que lu nous as adressé. » Basile répondit : « Nous avons vraiment envoyé de ce que nous man- )feons, mais pour toi, lu nous as donné ce qui te sert à nourrir les bestiaux. » A cela Julien irrité répondit; « Lorsque j'aurai soumis les Perses, je détruirai cette ville et la ferai labourer pour qu'elle soit nommée le lieu où vient le froment, et non le lieu où habitent des hommes... Mais la nuit suivante, saint Basile eut, en l'église de Sainte-Marie, une vision dans laquelle lui apparut une multitude d'anges, et au milieu d'eux, debout sur un trâne, une femme qui dit à ceux qui l'entouraient : « Appelez-moi vite Mercure, pour qu'il tue Julien l'apostat, cet insolent blasphémateur de mon Fils et de moi. » Or, ce Mercure était un soldat, tué par Julien lui-même en haine de la foi, enseveli dans cette église. A l'instant saint Mercure se présenta avec ses armes qu'on conservait en ce lieu, et reçut ordre de se préparer au combat. Basile s'élant éveillé, alla à l'endroit où saint Mercure reposait avec ses armes et ouvrant son tombeau il n'y trouva ni corps ni armes. Il s'informe auprès du gardien si personne

n'a emporté les armes. Celui-ci lui affirme avec serment, que le soir les armes étaient là où elles se trouvaient toujours. Basile se retira alors, et revenu le matin, il y trouva le corps avec les armes, et la lance couverte de sang. Au même instant, un soldat qui revenait de la bataille, dit : « Alors que Julien était à l'armée, voici qu'un soldat inconnu se présenta avec ses armes et sa lance, et pressant son cheval avec ses éperons, il se rua avec audace sur l'empereur Julien ; puis brandissant sa lance avec force, il l'en perça par le milieu du corps ; tout aussitôt il s'éleva en Tair el disparut. » Or, comme Julien respirait encore, il remplit sa main de son sang, dit VHistoire tripartile *, et le jetant en l'air, s'écria: « Tu as vaincu, Galiléen, tu as vaincu. » Et en disant ces mots il expira misérablement. Son corps fut laissé sans sépulture, et écorché par les Perses, et de sa peau, on fit un tapis pour le roi.

* Livre VI, ch. xlvii.

LA SEPTUAGKSIME 249

Des iètes qui arrivent pendant le temps

de la déviation.

Après avoir parlé des fêles qui tombent dans le temps contenu en partie sous le temps de la réconciliation et en partie sous le temps du pèlerinage, temps que l'Eglise célèbre depuis la naissance de J.-C., jusqu'à la Septuagésime, il reste à parler des fêtes qui arrivent pendant le temps de la déviation, commençant à Adam et finissant à Moïse, temps que l'Eglise reproduit de la Septuagésime jusqu'à Pâques.

LA SEPTUAGÉSIME

• La Septuagésime désigne le temps de la déviation, la Sexagésime le temps du veuvage, la Quinquagésîme le temps de la rémission, la Quadragésimc le temps de la pénitence spirituelle. La Septuagésime commence au dimanche où l'on chante pour Introït: Circumdederunt ?;ie, et finit le samedi après Pâques *. Elle a été instituée pour trois raisons que touche, en sa Somme de Voffice de r Eglise, msLiirc Jean Belcth, savoir pour la Rédemption, parce que les saints Pères ont décidé, à cause de la vénération du jour de l'Ascension, jour auquel notre nature a monté aux cieux et a été élevée au-dessus des chœurs des anges, que toujours ce cinquième jour serait fêté comn>e

* Dans toutes les éditions il y a bien post dans le texte, et cependant plus bas il parle d'un alléluia chanté le samedi avant Pâques.

solennel et que le jeûne n'y serait pas observé; parce que dans la primitive Eglise, il était aussi solennel que le premier jour de la semaine. Aussi, dès cette époque, avait lieu une procession solennelle pour représenter la procession des disciples ou même des anges. De là est venu le proverbe que le dimanche était cousin du jeudi, parce que, dès l'antiquité, ils furent solennels au même titre ; mais survinrent les fêtes des Saints, et comme il était préjudiciable de célébrer tant de fêtes, la solennité en a cessé. Pour remplacer ces jours, les saints Pères ont donc ajouté une semaine à l'abstinence du carême et lui ont donné le nom de Septuagésime.

La seconde raison pour laquelle la Septuagésime a été instituée c'est pour indiquer la déviation, l'exil et la tribulation de tout le genre humain depuis Adam jusqu'à la fin du monde. Or, cet exil est accompli dans l'espace de sept jours et est renfermé dans une révolution de sept mille ans ; car, par les soixanle-ilix jours, nous entendons soixante-dix centaines d'années. Or, depuis le commencement dti monde jusqu'à l'ascension, nous comptons six mille ans et le temps qui suit jusqu'à la fin du monde 'nous le renfermons dans le septième millénaire, dont Dieu seulement connaît le terme. Comme ce fut au sixième âge du monde que J.-C. nous a délivrés de cet exil par le moyen du baptême, avec Tespoir de la récompense éternelle, en nous rendant la robe d'innocence, ce ne sera cependant qu'après avoir consommé le temps de notre exil (lu'il nous décorera pleinement de Tune et de l'autre robe. C'est la raison pour laquelle, pendant le temps

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de la déviation et de notre exil, nous mettons de côte les chants de joie, quoique cependant au samedi de Pâques nous chantions une fois Valtetuia, comme pour nous réjouir dansl'espoir de l'éternelle patrie et comme ayant recouvré la rohe d'innocence au sixième âge du inonde par l'entremise de J.-O. A cet alléluia on ajoute un trait, qui signifie le travail auquel nous devons nous livrer encore pour accomplir les commandements de Dieu. Le samedi après Pâques que finit la Septuagésime, ainsi qu'il a été dit plus haut, nous chantons deux alléluia, parce que après que le monde aura atteint sa limite, nous obtiendrons une double robe de gloire.

La troisième raison de l'instilulion de la Septuagésime, c'est qu'elle représente les soixante-dix ans pendant lesquels les enfants d'Israël restèrent en captivité à Babylone. Or, de même qu'ils mirent de côté leurs instruments de musique en disant : « Comment chanterons-nous le cantique du Seigneur sur une terre étrangère? {Ps. cxxxvi) i>, de même aussi nous omettons les cantiques de louanges. Mais après que Cyius leur a eu donné la faculté de revenir, la soixantième année, ils se livrèrent à la joie ; et nous aussi, au samedi de Pâques, image de celte soixantième année, nous chantons Valleluia pour imiter leur joie. Mais cependant, comme ils eurent beaucoup de peines à faire les préparatifs de leur retour et à rassembler leurs bagages, nous aussi, après Valleluia, nous ajoutons aussitôt un trait, qui est l'image du travail. Le samedi, jour où huit la Sepluagésime, nous chantons deux u//e/uta pour figurer la joie parfaite qu'ils éprou-

vèrenl en rentrant dans leur patrie. Ce temps de captivité et d'exil des enfants d'Israël est encore l'image de notre pèlerinage; parce que délivrés après soixante ans de captivité, nous aussi, nous le serons après le sixième âge du monde. Et de même encore qu'ils travaillèrent à rassembler leur bagage, de même aussi nous travaillons à accomplir les commandements de Dieu après notre délivrance. Mais arrivés dans la patrie, tout travail cessera, la gloire sera parfaite et nous chanterons de corps et d'âme un double alléluia. C'est donc avec raison que, en ce temps d'exil, l'Eglise, tourmentée par une foule de tribulations et placée presque dans l'abîme du désespoir, tire des soupirs du fond du cœur pour crier dans son office : Circumdedevuni me gemitus mortis. Des gémissements de mort m'ont environné. En cela l'Eglise montre les tribulations multiples qu'elle éprouve et pour la misère qui l'étreint et pour le double châtiment qu'elle reçoit et pour la faute commise par quelques-uns de ses membres. Mais cependant afin d'éviter le désespoir, en l'Evangile et en TEpître, sont proposés trois remèdes salutaires et une triple récompense. Le remède, si elle veut être parfaitement délivrée de ces misères, c!est de travailler à la vigne de son âme, en retranchant les vices et les péchés, ensuite de courir dans la carrière de la vie avec des œuvres de pénitence ; enfin de combattre avec vigueur contre toutes les tentations du démon. Que si elle le fait, elle obtiendra une triple récompense ; car, à celui qui aura travaillé, sera délivré le denier; ii celui qui aura bien fourni sa carrière, sera accordé le prix ; à celui qui aura

LA SEXAGESIME Si}â

combattu, la couronne. Or, parce que la Septuagésimc est encore l'image de notre captivité, on nous propose un remède par lequel nous pouvons en être délivrés, savoir, par la course, en fuyant, par le combat, en luttant, par le denier, en rachetant.

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