‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources (volume 2)Chapitre 38 sur 57 · SAINT VAST · texte numérisé non relu

SAINT VAST

Vasl ou Vcdaste, ve^e dans cestus^ parce qu'il se donne vraiment des ardeurs d*afflictioa et de pénitence. Vast viendrait encore de vœk dùttanSy malheur éloigné, parce que le rœk éternel est éloigné de lui. En effet toujours les damnés diront : Malheur, d'avoir offensé Dieu! Mal heur, d'avoir obéi au démon! Malheur, d'être né! Malheur, de ne pouvoir mourir ! Malheur, pour être tourmenté si fort ! Malheur, parce que jamais je ne serai délivré.

Saint Vast fut ordonné évêque d'Arras par saint Rémi. Quand il arriva à la porte delà ville, il y trouva deux pauvres, demandant l'aumône, Tun aveugle, Tautre boiteux, et il leur dit : « Je n'ai ni or ni ariçent, mais ce que j'ai, je vous le donne. » Il fit ensuite une prière et les guérit l'un et l'autre.

Un loup avait fait sa demeure d'une église abandonnée cl couverte par des ronces; Vast lui demanda d'en sortir et de n'oser plus y rentrer : ce qui arriva.

Enfin, après avoir converti un grand nombre de personnes par ses paroles et ses œuvres, la quarantième année de son épiscopat, il vit une colonne de feu descendre du ciel jusque sur sa maison : il comprit alors que sa fin était proche et peu de temps après, Il mourut en paix, vers Tan du Seigneur oSO.

Comme on faisait la translation de son corps. Orner, aveugle de vieillesse, chagrin de ne pouvoir contem-

* Alcuin a écrit en meilleur style une vie ancienne de ce saint. Celte légende n'a rien qui n'y soit conforme.

SAINT AMAND 299

pler le corps du saint, recouvra la vue à l'instant, mais peu après, selon son désir, il redevint aveugle.

SAINT AMAND

Saiot Amaodest appeléainsi, parce qu'il fut aimable. Il posséda co effet les trois qualités qui rendent Thomme aimable : io Sa société îui agré&hle (Prooerbes, c, xviii). « L'homme dont la société est agréable sera plus aimé que le frère. » 2o Sa manière de vivre le rendait honorable : c'est ainsi qu'il est dit d'Esther (c. Il) qu'elle était agréable à tous ceux qui la voyaient. 3° 11 était plein de cœur (II, Rois,c. i) : u Paul et Jonathas étaient aimables et beaux. »

Arnaud, qui avait de nobles parents, entra dans un monastère. Un jour qu'il s'y promenait, il trouva un énorme serpent ; par la vertu du signe de la croix et par sa prière il le força à rentrer dans son antre avec ordre de n'en plus sortir jamais**. II vint au tombeau de saint Martin où il resta quinze ans couvert d'un cilice et ne se soutenant qu'avec de l'eau et du pain d'orçe ***. Ensuite il alla à Rome où il voulut passer la nuit en prières dans l'église de saint Pierre, mais le gardien de l'église le mit à la porte avec irrévérence.

* Philippe de Harvenq, au xii« siècle, écrivit la vie de saint Aniandsur une autre écrite par Baudemoud, disciple dusaint. La légende en reproduit exactement les principaux faits. — Hclinand, en sa Chronique, raconte, comme la légende, la vie de saint Amand.

** Philippe de Ilarvenq, c. m.

*** /flem., c. V.

Par Pordre de saint Pierre qui lui apparut devant la porte de l'église où il dormait, il alla dans les Gaules pour réprimander Dagobert de ses crimes. Mais le roi irrité le chassa de son royaume. Enfin, comme le prince n'avait point de fils, et qu'après s'être adressé à Dieu, il en eut obtenu un, il se demanda par qui il ferait baptiser son enfant et il lui vint à l'esprit de lui faire donner le baptême par Âmand. On chercha donc le saint et on Tamena au roi qui se jeta à ses pieds, le pria de lui pardonner et de baptiser le fils que le Seigneur lui avait accordé. D'abord Âmand consentit une première fois, mais redoutant les embarras des affaires du siècle, il refusa après une seconde demande et partit. Vaincu enfin par les sollicitations, il céda au vœu du roi. Pendant le baptême, comme personne ne répondait, l'enfant dit : Ameîi *. Après quoi, le roi fit élever Âmand sur le siège de Maestricht. Quand il vit que la plupart des habitants méprisaient ses prédications, il alla en Gascogne, oii un bouffon, qui se moquait de ses paroles, fut saisi par le démon : il se déchirait lui-même avec ses dents. Après avoir confessé qu'il avait fait injure à l'homme de Dieu, il mourut de suite misérablement **. Un jour que saint Amand se lavait les mains, un évêque fit conserver l'eau dont il s'était servi, et elle procura la guérison d'un aveugle, quelque temps après ***. Comme il voulait, avec l'agrément du roi, bâtir un

* Philippe de Harvcnq., ch. xxvi-xxviii; — Hélinand, Chron., an 660.

*^" Idem, c. XXIX, xxxviii.

*** /fie m y c. xxxix.

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monastère, l'évéqiie de la ville voisine, qui voyait cela de mauvais ceil, envoya ses gens pour )e tuer ou pour le chasser. Arrivés auprès du saint, ils employèrent la ruse en lui disant de venir avec eux et qu'ils lui montreraient un endroit convenable pour bâtir un monastère. Amand, qui connaissait d'avance leur malice, alla avec eux jusqu'au sommet de ta montagne où ils voulaient le tuer, tant il aspirait au martyre ! Maïs voici qu'une pluie tellemenl abondante et une si grande tempête enveloppèrent la montagne, qu'ils ne pouvaient se voir les uns les autres. Comme ils se croyaient près de mourir, ils se prosternèrent en dcmandanl pardon au saint, en le priant de les laisser aller en vie. Alors il adressa une prière fervente cl obtint «ne très grande sérénité. Ils revinrent donc chez eux, et saint Amand échappa ainsi à la mort *. Il opéra encore beaucoup d'autres miracles et mourut en paix. Il vécut vers l'an du Seigneur 653, au temps d'Héraclius.

Valeolin vient de valorem teittna, c'est-à-dire, (|ui persévère dans la sainteté. Ou bien de ealens lira, soldat vaillant qu'il fut de i.-C. On appelle ud soldatvaillanl celui qui n'n jamais succombé, qui frappe avec force, quj se défend avec valeur, qui remporte de ^sndes victoires. Valentin nesuccomba pas eo fuyant le martyre, il frappa l'idolâtrie en l'anéantissanl, il défendit la foi en la confessant, et il vainquit en souffrant.

* Philippe de Harvenq, c. xl.

Valentin fut un prêtre vénérable que Tempercur Claude se fit amener et auquel il adressa cette question : « Qu'est ceci, Valentin ? pourquoi ne gag-nes-tu pas notre afTection en adorant nos dieux et en rejetant tes vaines superstitions ? » Valentin lui répondit : a Si tu connaissais la grâce de Dieu, tu ne parlerais jamais ainsi, mais tu renoncerais aux idoles pour adorer Dieu qui est au ciel. » Alors un de ceux qui accompagnaient Claude dit : « Qu'as-tu à dire, Valentin, de la sainteté de nos dieux? » Valentin lui répondit : a Jen*ai rien à dire, sinon qu'ils ont été des hommes misérables et souillés en toute manière. » Claude s'adressa à lui : « Si le Christ est le vrai Dieu, pourquoi ne me le dis-tu pas? » Valentia lui dit : « Oui, J.-C. est le seul Dieu ; si tu crois en lui, ton âme sera sauvée, l'Etat s'agrandira, et tu remporteras la victoire sur tous les ennemis. » Alors Claude, s'adressant à ceux qui étaient présents : « Romains, leur dit-il, écoutez comme cet homme parle avec sagesse et droiture. » Le préfet dit : « L'empereur s'est laissé séduire ; comment abandonnerons-nous ce à quoi nous tenons depuis notre enfance? » Et aussitôt le cœur de Claude fut changé. Or, Valentin fut confié à un des officiers pour être mis sous bonne garde. Quand le saint fut entré dans la maison de cet homme, il dit : « Seigneur J.-C, qui êtes la véritable lumière, éclairez cette maison, afin que vous y soyez reconnu comme le vrai Dieu. » Le préfet lui dit : « Je suis étonné de t'entendre dire que le Christ est la lumière : certes, si ma fille, qui est aveugle depuis longtemps, recouvre la vue, je ferai tout ce que lu me commanderas. » Alors

Valentin, par une prière, rendit la vue à sa fille et convertit tous ceux de la maison. Après quoi, l'empereur fit décapiter Valentin, vers Tan du Seigneur 280.

Julienne qui avait été fiancée à Euloge, préfet de Nicomédie, ne voulut s'unir à lui qu'à la condition expresse qu'il recevrait la foi de J.-C. Son père la fit dépouiller, et frapper rudement, puis il la livra au préfet. Celui-ci dit à sa femme. « Ma très chère Julienne, pourquoi m'as-tu trompé au point de me renier de cette façon? » Elle lui répondit : « Quand lu adoreras mon Dieu, j'acquiescerai à tes désirs, autrement tu ne seras jamais mon matlre. » Le préfet lui dit : « Ma maîtresse, je ne puis faire cela, parce que l'empereur me ferait couper la tête. » Julienne reprit : « Si tu crains de la sorte un empereur mortel, comment veux-tu que je ne craigne pas un empereur qui est immortel? Fais tout ce que tu veux, mais lu ne pourras pas me surprendre. » Alors le préfet la fil 1res durement frapper de verges, et pendre par les cheveux pendant un demi-jour, puis il ordonna de lui verser sur la tète du plomb fondu. Ce tourment, ne lui ayant fait aucun mal, il l'enchaîna et renferma dans une prison : Le diable la vint trouver sous la figure d'un ange, et lui dit : « Julienne, je suis Tange

* Bollandus a démoutré que les actes de sainte Julienne sont authentiques.

(lu Seigneur qui m'a envoyé vers vous afin que je vous exhorte à sacrifier aux dieux, pour que vous ne soyez pas si longtemps tourmentée et que vous ne mouriez pas dans des supplices si cruels. » Alors Julienne se mit à pleurer et elle pria en disant : « Seigneur mon Dieu, ne me laissez pas périr ; mais faites-moi connaître quel est celui qui me donne de semblables conseils. » Une voix se fit entendre à elle et lui dit de se saisir de lui, et de le forcer à confesser qui il était. Quand elle Teut tenu et qu'elle lui eut demandé qui il était, il lui dit qu'il était le démon et que son père l'avait envoyé pour la tromper. Julienne lui dit : « Et qui est ton père? » Il répondit : « C'est Beelzébulh qui nous fait commettre toute sorte de mal, et nous fait fouetter rudement, chaque fois que nous avons été vaincus par les chrétiens ; aussi je sais que je suis venu ici pour mon malheur parce quL* je n'ai pu te dompter. » Entre autres aveux, il (lit qu'il était principalement tenu loin des chrétiens (|u:ind on célébrait le mystère du corps du Seigneur, comme aussi dans le moment des prières et des prédications. Alors Julienne lui lia les mains derrière le dos et le jetant par terre, elle le frappa très dureniiMit avec la chaîne qui lui servait de lien. Le diable poussait des cris et la priaiten disant: «Madame Julienne, ayi»z [)ilié de moi. » Sur ces entrefaites le préfet fit tirer Julienne de prison, et en sortant elle traînait derrière elle le démon lié; or, celui-ci la priait en disant : (( Ma dame Julienne, ne me rendez pas davantage ridicule; je ne pourrai plus désormais avoir le dessus sur qui que ce soit : on dit les chrétiens misé-

rîcordieux et vous n'avez aucune miséricorde pour moi. » Elle le traîna ainsi à travers toute la place et ensuite elle le jeta dans une latrine.

Arrivée en présence du préfet, elle fut étendue sur une roue, d'une manière si brutale que tous ses os furent disloqués et que la moelle en sortait : mais un ange du Seigneur brisa la roue et la guérit en un instant. Ceux qui furent témoins de ce prodige crurent et furent décapités, les hommes au nombre de cinq cents et les femmes de cent trente. Après quoi Julienne fut jetée dans une chaudière pleine de plomb fondu ; mais le plomb se changea en un bain tempéré. Le préfet maudit ses dieux, de ne pouvoir punir une jeune fille qui leur infligeait une si grande injure. Alors il ordonna de lui couper le cou. Comme on la conduisait à l'endroit où elle devait être exécutée, le démon, qu'elle avait battu, apparut sous la figure d'un jeune homme et criait en disant : « Ne l'épargnez pas, parce qu'elle a méprisé vos dieux et qu'elle m'a frappé celte nuit avec violence ; rendez-lui donc ce qu'elle a mérité. » Or, comme Julienne levait les yeux pour voir quel était celui qui parlait de la sorte, le démon s'écria en prenant la fuite : « Hélas! hélas ! que je suis misérable ! je pense encore qu'elle veut me prendre et me lier. » Après que sainte Julienne eut été décapitée, le préfet fut englouti au fond de la mer dans une tempête avec trente-quatre hommes. Leurs cor[)s, ayant été vomis par les flots, furent dévorés par les bêles et les oiseaux.

II y a trois sortes de chaires : savoir, la royale (II, Rois^ xxiii) : « David 8*assit dans la chaire, etc. ; la sacerdotale (1, Rois, i) : « Héli était assis sur son siège, etc. » ; la magistrale (saint Matth., xxiii) : u Ils sont assis sur la chaire de Moïse, etc. » Or, saint Pierre s'assit sur la chaire royale, parce qu'il fut le premier de tous les rois : sur la sacerdotale, parce qu'il fut le pasteur de tous les clercs; sur la magistrale, parce qu'il fut le docteur de tous les chrétiens.

L'E|çlise fait la fôle de la chaire de saint Pierre parce que l'on rapporte que saint Pierre fut élevé à Antioche sur le siège cathédrale. On peut attribuer l'institution de cette solennité à quatre motifs. Le premier c'est que saint Pierre, prêchante Antioche, Théophile, gouverneur de la ville, lui dit : « Pierre, pour quelle raison bouleverses-lu mon peuple ? » Or, comme Pierre lui prêchait la foi de J.-C, le gouverneur le fit enchaîner avec ordre de le laisser sans boire ni manger. Mais comme Pierre allait presque défaillir, il reprit un peu de force, et, levant les yeux au ciel, il dit : « Jésus- Christ, secours des malheureux, venez à mon aide; je vais succomber dans ces tribulations. » Le Seigneur lui répondit : « Pierre, lu crois que je t'abandonne ; lu fîiis injure à ma bonté, si lu ne crains pas de parler ainsi contre moi. Celui qui subviendra à la misère est proche. » Or, saint Paul, apprenant que saint Pierre était en prison, vint trouver Théophile et s'annonça

* l^e plus ancien inartyrolosfe, connu sous le nom de Libère, indique cette fêle.

à lui comme un ouvrier très habile en toutes sortes de travaux et d'art ; il dit qu'il savait sculpter le bois et les tables, peindre les tentes et que son industrie s'exerçait sur beaucoup d'autres objets encore. Alors Théophile le pria instamment de se fixer à sa cour. Quelques jours se passèrent, et Paul entra en cachette dans la prison de saint Pierre. En le voyant, presque mort et tout défait, il se mil à pleurer très amèrement, et pendant qu'il fondait en larmes et au milieu de ses embrassements il s'écria : « 0 Pierre, mon frère, ma gloire, ma joie, la moitié de mon âme, me voici, j'entre, reprenez des forces. » Alors Pierre, ouvrant les yeux et le reconnaissant, se mit à pleurer, mais il ne put lui parler, et Paul, s'approchant, parvint à peine à lui ouvrir la bouche ; et en lui faisant avaler quelque nourriture il le ranima un peu. La nourriture ayant rendu de la force à saint Pierre, celui-ci se jeta dans les bras de saint Paul, l'embrassa et ils pleurèrent beaucoup tous les deux. Paul étant sorti avec précaution vint dire à Théophile : « 0 bon Théophile, vous jouissez d'une grande gloire ; votre courtoisie est celle d'un ami honorable. Un petit mal déshonore ^rand bien : rappelez-vous la manière dont vous avez traité un adorateur de Dieu, qui s'appelle Pierre, comme s'il avait grande importance. II est couvert de haillons, défiguré, il est consumé de maigreur, tout est vil chez lui : ses discours seuls le font valoir : et vous tenez pour bien séant de le mettre en prison? Si plutôt il jouissait de son ancienne liberté, il pourrait vous rendre de meilleurs services, car selon qu'on le dit de cet homme, il guérit les infirmes, il ressuscite

les morts. >> Théophile lui dit : a Ce sont des fables que tu me dis là, Paul ; car s'il pouvait ressusciter des morts, il se délivrerait lui-même de sa prison. » Pau! répondit : « De même que son Christ est ressuscité d'entre les morts ; d'après ce qu'on dit, lui qui ne voulut pas descendre de la croix, on dit encore qu'à son exemple, Pierre ne se délivre pas et ne craint nullement de souffrir pour le Christ. » Théophile répondit : « Alors dis-lui qu'il ressuscite mon fils qui est mort depuis quatorze ans déjà et je le rendrai libre et sauf. » Paul entra donc dans la prison de saint Pierre et lui dit comment il avait promis la résurrection du fils du prince. Pierre lui dit : « C'est énorme, Paul, ce que tu as promis ; mais avec la puissance de Dieu elle est très facile. » Or, Pierre ayant été tiré du cachot^ fit ouvrir le tombeau, pria pour le mort qui ressuscita à l'instant *. (11 ne paraît cependant pas vraisemblable en tout point que, ou bien saint Paul aurait avancé qu'il savait travailler de toute sorte de métiers par luimême, ou que la sentence de ce jeune homme aurait été tenue en suspens pendant quatorze ans.) Alors Théophile et le peuple entier d'Antioche et d'autres encore en çrand nombre crurent au Seigneur et bâtirent une grande église, au milieu de laquelle ils placèrent une chaire élevée pour saint Pierre afin qu'il pût être vu et écoulé de tous. Il y siégea sept ans, puis il vint à Rome où il siégea vingt-cinq ans sur la chaire romaine. L'Eglise célèbre la mémoire de ce premier honneur, parce que, à dater de celte époque, les prélats

* Guillaume Durand, liv. VII, c. viii.

de l'Eglise commencèrent à être exaltés en puissance, en nom et en lieu. Alors fut accomplie cette parole du Psaume cvi : « Qu'on l'exalte dans l'assemblée du peuple. » Il faut observer qu'il y a trois églises où saint Pierre fut exalté : dans l'église militante, dans l'église méchante et dans l'église triomphante. De là trois fêtes que l'Eglise célèbre en son nom. Il a été exalté dans l'église militante, en la présidant, et en la dirigeant avec honneur par son esprit, sa foi et ses mœurs. C'est l'objet de la fête de ce jour qui est appelée Chaire, parce qu'il reçut le pontificat de FEglise d'Ântioche» et qu'il la gouverna glorieusement l'espace de sept ans. Secondement il fut exalté dans l'église des méchants, en la détruisant et en la convertissant à la foi. Et c'est l'objet de la seconde fête qui est celle de saint Pierre aux liens. Ce fut en effet en cette occasion qu'il détruisit l'église des méchants, et qu'il en convertit beaucoup à la foi. Troisièmement, il fut exalté dans l'Eglise triomphante, on entrant dans le ciel avec bonheur, et c'est l'objet de la troisième fête de saint Pierre qui est celle de son martyre, parce qu'alors il entra en l'Eglise triomphante.

On peut remarquer qu'il y a plusieurs autres raisons pourlesquelles l'Eglise célèbre trois fôtes en l'honneur de saint Pierre ; pour son privilège, pour sa charge, pour SCS bienfaits, pour la dette dont nous lui sommes redevables et pour l'exemple. 1^ Pour son privilège. 11 en est trois que saint Pierre recul à l'exclusion des autres apôtres, et c'est pour ces trois privilèges que l'Eglise rhonore trois fois chaque année. Il fut le plus digne en autorité, parce cpf il a été le prince des apôtres !.. 20'

et qu'il a reçu les clefs du royaume des cieux : il ff/l plus fervent dans son amour ; en effet il aima J.-C. d'un amour plus grand que les autres, comme cela est manifeste d'après différents passages de l'Evangile. Sa puissance fut plus efficace, car on lit dans les i4r^$ des Apôlves que sous Tombre de Pierre étaient guéris les infirmes. 2** Pour sa charge, car il remplit les fonctions de la prélature sur l'Eglise universelle ; et de même que Pierre fut le prince et le prélat de toute TEglise répandue dans les trois parties du monde, qui sont l'Asie, l'Afrique et l'Europe, de même l'Eglise célèbre sa fêle trois fois par an. 3° Pour ses bienfaits, car saint Pierre, qui a reçu le pouvoir de lier et d'absoudre, nous délivre de trois sortes dépêchés, qui sont les péchés de pensée, de parole et d'action, ou bien des péchés que nous avons commis contre Dieu, contre le prochain et contre nous-mêmes. Ou ce bienfait peut être le triple bienfait que le pécheur obtient en l'Eglise par la puissance des clefs : le premier, c'est la déclaration de l'absolution de la faute; le second, c'est la commutation de la peine éternelle en une peine temporelle ; le troisième, c'est la rémission d'une partie de la peine temporelle. Et c'est pour ce triple bienfait (jue saint Pierre doit être honoré par trois fois. 4** Pour la dette dont nous lui sommes redevables, car il nous soutient et nous a soutenus de trois manières, par sa parole, par son exemple, et par des secours temporels, ou bien par le suffrage de ses prières ; c'est pour cela (jue nous sommes obligés à l'honorer par trois fois. îi • Pour Texempie ; afin qu'aucun pécheur ne désespère, quand bien même il eût renié Dieu trois fois,

CHAIRE DE SAINT PIERRE, APOTRE 3i 1

ontime saint Pierre, si toutefois, il veut le confesser ommeiui de cœur, de bouche et d'action. I^ second motif pour lequel cette fête a été insti- %.uée est*pris de VWnérah'e de saint Clément. Lors- ^ue saint Pierre, qui prêchait la parole de Dieu, était 'près d'Antioche, tous les habitants de cette ville allèrent nu-pieds au-devant de lui, revêtus de cilices, la tète couverte de cendres, en faisant pénitence de ce qu'ils avaient partag-é les sentiments de Simon le magicien contre lui. Mais Pierre, en voyant leur repentir, rendit grâces à Dieu : alors ils lui présentèrent tous ceux qui étaient tourmentés par les souffrances, et les possédés du démon. Pierre les ayant fait placer devant lui et ayant invoqué sur eux le nom du Seiçneur, une immense lumière apparut en ce lieu, et tous furent incontinent guéris. Alors ils accoururent entbrasser les traces des pieds de saint Pierre. Dans l'intervalle de sept jours, plus de dix mille hommes reçurent le baptême, en sorte que Théophile, gouverneur de la ville, fit consacrer sa maison comme basilique, et y fit placer une chaire élevée afin que saint Pierre fût vu et entendu de tous. Et ceci ne détruit pas ce qui a été avancé plus haut. Il peut en effet se faire que saint Pierre, par le moyen de saint Paul, ait été reçu magnifiquement par Théophile et par tout le peuple ; mais qu'après le départ de saint Pierre, Simon le magicien ait perverti le peuple. Tait excité contre saint Pierre, et que, dans la suite, il ait fait pénitence et reçu une seconde fois l'apôtre avec de grands honneurs. Cette fête de la mise en chaire de saint Pierre est ordinairement appelée la fête du banquet de Saint Pierre et

c'est le troisième motif de son institution. Maître Jean Beleth dit* que c'était une ancienne coutume des gentils, de faire chaque année, au mois de février, à jour fixe, des offrandes de viandes sur les tombeaux de leurs parents : ces viandes étaient consommées la nuit par les démons ; mais les païens pensaient qu'elles étaient saccagées par les âmes errantes autour des tombeaux, auxquelles ils donnaient le nom d'ombres. Les anciens en effet avaient l'habitude de dire, ainsi que le rapporte le même auteur, que dans les corps humains ce sont des âmes, danslesenfers ce sont des mânes : mais ils donnaient aux âmes le nom d'esprits quand elles montaient au ciel et celui d'ombres quand la sépulture était récente ou quand elles erraient autour des tombeaux. Or, cette coutume touchant ces banquets fut abolie difficilement chez les chrétiens : les saints Pères, frappés de cet abus et décidés à l'abolii toutà fait, établirent la fête de l'intronisation de sain'' Pierre, aussi bien de celle qui eut lieu à Rome qu de celle qui se fit à Antioche ; ils la placèrent à pj reil jour que se tenaient ces banquets, en sorte qi quelques-uns lui donnent encore le nom de fête du ba* quel de saint Pierre**.

Le quatrième motif de l'institution de cette fête tire de la révérence que l'on doit à la couronne clé? cale : car d'après une tradition, c'est là l'origine des tonsure. En effet quand saint Pierre prêcha à Anficr33 —

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