Chapitre lxxxiii
Saint Augustin, au livre VI de ses Confessions, parle de c usage qui subsistait encore en 570, dans les Gaules, d'aprè un concile de Tours.
CHAIRE DE SAINT PtF.RRii:, APOTRE 3l3
che, on lui rasa le hatit de la télé, en haine du nom chrélien : et ce qui aVail été pour saint Pierre un signe de mépris par rapport à J.-C. devint dans la suite une marque d'honneur pour tout le clergé. Mais il Tant faire attention à trois particularités par rapport à la couronne des clercs : la tète rasée, les clicvcux coupés à la léte, et le cercle qui la forme. La tête est rasée dans sa partie supérieure pour trois raisons. Saint Denys, dans sa Hiérarchie ecclésiastique, en assigne deux que voici : a Couper les clieveux, signifie une vie pure et sans forme : car trois choses résultent des cheveux coupés ou de la lêle rasée, qui sont : conservation de propreté, changement de forme, et dénudation. Il y a conservation de propreté puisque les cheveux font amasser des ordures dans la tête ; changement de forme, puisque les cheveux sont pour l'ornement de la télé ; la tonsure signifie donc une vie pure et sans forme. Or, cela veut dire que les clercs doivent avoir la pureté de cœur à l'intérieur, et une manière d'être sans forme, c'est-à-dire sans recherche, à l'extérieur. La dénudation indique qu'entre eux et Dieu, il ne doit se trouver rien, mais qu'ils doivent être unis immédiatement à Dieu cl contempler la gloire du Seigneur sans avoir de voile qui leur couvre le visage. On coupe les cheveux de la tète pour donner à comprendre par là que Ie.s clercs doivent retrancher de leur esprit toutes pensées superflues, avoir toujours l'ouïe prête et disposée à la parole de Dieu, et se détacher absolument des choses temporelles, 'excepté dans ce qui est de nécessité. La tonsure a la figure d'un cercle pour bien des raisons : 1" parce que celle
figure n'a ni commencement ni fin ; ce qui indique que les clercs sont les ministres d'un Dieu qui n'a aussi ni commencement ni fin ; 2" parce que cette figure, qui n'a aucun angle, signifie qu'ils ne doivent point avoir d'ordures en leur vie ; car, ainsi que dit saint Bernard, ou il y a angle, il y a ordures ; et ils doivent conserver la vérité dans la doctrine ; car, selon saint Jérôme, la vérité n'aime pas les angles ; 3® parce que cette figure est la plus belle de toutes ; ce quia porté Dieu à faire les créatures célestes avec cette figure, pour signifier que les clercs doivent avoir la beauté de Tintérieur dans le cœur et celle de l'extérieur dans la manière de vivre ; 4® parce que cette figure est de toutes la plus simple : d'après saint Augustin, aucune figure n'est obtenue avec une seule ligne, il n'y a que le cercle seulement qui n'en renferme qu'une ; on voit par là que les clercs doivent posséder la simplicité des colombes, selon cette parole de l'Evangile : « Soyez simples comme des colombes. »
Mathias est un nom hébreu qui signifie donné par Dieu, ou donation du Seigneur, ou humble, petit, car il fut donné par le Seigneur quand il le choisit, et le sépara du monde et en fit un des soixante-douze disciples. Il fut donation du Seigneur quand, ayant été choisi par le sort, il mérita d'être du nombre des apôtres. Il fut petit, car toujours il garda une véritable humilité. II y a trois sortes d'humilité, dit saint Ambroise : la première d'affliction quand quelqu'un est humilié ; la seconde de considération qui vient de la considération de
soi ; la troisième de dévotion qui procède de la connaissance du créateur. Saint Mathias eut la première en souffrant le martyre, la seconde en se méprisant lui-même, la troisième en admirant la majesté de Dieu. Mathias vient encore de manuy qui veut dire bon et thènis, qui signifie placement. De là Mathias^ le bon à la place du méchant, savoir de Judas. Sa vie, qu'on lit dans les Eglises, est attribuée à Bède.
Mathias remplaça Judas dans l'apostolat. Mais voyons d'abord en peu de mots la naissance et T origine de ce Judas le traftre. On lit donc dans une histoire (toutefois elle est apocryphe), qu'il y eut à Jérusalem un homme du nom de Ruben, appelé autrement Simon, de la tribu de Dam, ou d'après saint Jérôme, de la tribu d'Issachar, qui eut pour femme Cyborée. Or, une nuit qu'ils s'étaient mutuellement rendus le devoir, Cyborée s'endormit et eut un songe dont elle fut effrayée et qu'elle raconta comme il suit à sou mari avec sanglots et soupirs : « Il me semblait enfanter un fils souillé de vices qui devait être la cause de la ruine de toute notre nation. » Ruben lui dit : « Tu racontes là une chose affreuse, qu'on ne devrait jamais réciter : et tu as, je pense, été le jouet d'un esprit pithon. » Elle lui répondit : « Si je m'aperçois que j'ai conçu et si je mets au monde un fils, il n'y aura certainement pas là d'esprit pithon ; dès lors la révélation devient évidente. » Or, son temps expiré, elle enfanta un fils ; ses parents furent dans une grande angoisse et réfléchirent sur ce qu'ils feraient de cet enfant ; comme ils avaient horreur de le tuer, et qu'ils ne voulaient pas élever le destructeur de leur race, ils le placèrent dans un panier de jonc qu'ils exposèrent sur la mer, dont les flots le jetèrent sur une île,
appelée Scarioth. Judas a donc pris de cette île son nom d'Iscarioth. Or, la reine de ce pays n'avait point d'enfant. Etant allée se promener sur le bord de la mer, et voyant cette corbeille ballottée par les flots, elle l'ouvrit. En trouvant cet enfant qui était de forme élégante, elle dit avec un soupir : « Oh! quen'ai-je la consolation d'avoir un si grand enfant pour ne pas laisser mon royaume sans successeur ! )> Elle fit donc nourrir l'enfant en cachette, simula une grossesse; enfin elle déclara mensongèrement avoir mis au monde un fils, et cette grande nouvelle fut répandue par tout le royaume. Le prince fut dans l'ivresse d*avoir un fils et le peuple en conçut une grande joie. L'enfant fut élevé avec une magnificence royale. Mais peu de temps après la reine conçut du roi et elle enfanta un fils à son terme. Les enfants avaient déjà grandi xin peu, fort souvent ils jouaient ensemble, et Judas tourmentait l'enfant du roi par de fréquentes taquineries et par des injures, au point de le faire souvent pleurer. Or, la reine, qui le souffrait avec chagrin, cl qui savait que Judas ne lui était de rien, le frappait souvent. Mais cela ne corrigea pas Judas de molester l'enfant. Enfin le fait est divulgué et Judas déclaré n'être pas le vrai fils de la reine, mais un enfant trouvé. Après cette découverte, Judas tout honteux tua, sans qu'on le vît, son frère putatif, le fils du roi. Craignant d'être condamné à perdre la tête pour ce crime, il s'enfuit à Jérusalem avec ceux qui étaient soumis au tribut, et se mit au service de la cour de Pilatc pour lors gouverneur, et comme qui se ressemble se rassemble, Pilale trouva que Judas lui conve-
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ait et conçut pour lui une grande affection. Judas st donc mis à la tête de la cour de Pilate, et loul se it d*après ses ordres. Un jour que Pilate regardait e son palais dans un verger enclos, il fut pris d'une elle envie d'avoir des pommes qui s y trouvaient qu'il aillit presque tomber faible. Or, ce jardin appartenait Ruben, le père de Judas ; mais Judas ne connais- :^ait pas son père, ni Ruben ne connaissait son fils, ^arce que, d'abord, Ruben pensait que son fils avait ^éri dans la mer, et ensuite que Judas ignorait complètement qui était son père et quelle était sa patrie. T^ilate fit donc mander Judas et lui dit : « J'ai un si grand désir de ces fruits que si j'en suis privé j'en xnourrai. » Alors Judas s*empressa de sauter dans Tenclos et cueillit des pommes au plus vite. Sur ces entrefaites, arrive Ruben qui trouve Judas cueillant ses pommes. Alors voilà une vive dispute qui s'engage : ils se disent des injures ; après les injures, viennent les coups, et ils se font beaucoup de mal ; enfin Judas frappe Ruben avec une pierre à la jointure du cou, et le tue ; il prend ses pommes et vient raconter à Pilate l'accident qui lui est arrivé. C'était au déclin du jour, et la nuit approchait, quand on trouva Ruben mort. On croit qu'il est la victime d'une mort subite. Pilate concéda alors à Judas tous les biens de Ruben ; de plus, il lui donna pour femme l'épouse de ce même Rubeii. Or, un jour que Giborée poussait de profonds soupirs et que Judas son mari lui demandait avec intérêt ce qui l'agitait, elle répondit : « hélas ! je suis la plus misérable des femmes ; j'ai noyé mon petit enfant dans la mer et j'ai trouvé mon mari mort avant le temps ;
mais de plus, voici que Pilale a ajouté malheureusement une douleur à ma douleur, en me faisant marier au milieu de la plus grande tristesse, et en m'unissant à toi contre ma volonté. » Quand elle lui eut raconté tout ce qui avait trait au petit enfant, et que Judas lui eut rapporté tous ses malheurs, il fut reconnu que Judas avait épousé sa mère et qu'il avait tué son père. Touché de repentir, il alla, par le conseil de Ciborée, trouver N. S. J.-C. et lui demanda pardon de ses péchés. Jusqu'ici c'est le récit de l'histoire apocryphe qui est laissée à l'appréciation du lecteur, quoiqu'elle soit plutôt à rejeter qu'à admettre. Or, le Seigneur le fit son disciple ; de disciple il l'élut apôtre, et il l'eut en telle confiance t amitié qu'il fit son procureur de celui que peu de temps après il supporta comme traditeur : en effet il portait la bourse et il volait ce qu'on donnait à J.-C. Il fut marri, au temps de la passion du Seigneur, que le parfum, qui valait trois cents deniers, n'eût pas été vendu, pour les pouvoir encore ravir ; alors il alla vendre son maître trente deniers, dont un valait dix des deniers courants, et il se compensa ainsi de la perle des trois cents deniers du parfum ; ou bien, d'après le rapport de quelques personnes, il volait la dixième partie de tout ce qu'on donnait pour J.-C. et pour la dixième partie qu'il avait perdue du parfum, c'est-à-dire, pour trente deniers, il vendit le Seigneur. Il est vrai que touché de repentir il les rapporta et qu'il alla se pendre avec un lacet, et s'étant pendu il a crevé par le milieu du ventre et toutes ses'entraillcs se sont répandues ; et il ne rejeta rien par la bouche ; car il n'était pas convena-
ble qu'elle fût souillée d'une façon si ig'nominieuse après avoir été touchée parla glorieuse bouche de J.-C. Il était encore convenable que les entrailles qui avaient conçu la trahison fussent déchirées et répandues, et c|ue la gorge par où la parole de trahison avait passé filt étranglée avec un lacet. Il mourut en l'air, afin qu*ayant offensé les anges dans le ciel et les hommes sur la terre, il fût placé ailleurs que dans l'habitation des anges et des hommes, et qu'il fût associé avec les démons dans l'air *.
Comme, entre l'Ascension et la Pentecôte, les apcV ires étaient réunis dans le cénacle, Pierre voyant que le nombre des douze apôtres était diminué, nombre que le Seigneur avait choisi lui-même, pour annoncer la Trinité dans les quatre parties du monde, il se leva au milieu des frères et dit : « Mes Frères, il faut que nous mettions quelqu'un à la place de Judas, pour qu'il témoigne avec nous de la résurrection de J.-C. qui nous a dit : « Vous me serez des témoins à Jérusalem, en toute la Judée, en Samarie, et juscju'aux extrémités de la terre; et parce qu'un témoin ne peut rendre témoignage que de ce qu'il a vu, il nous faut choisir un de ces hommes qui ont toujours été avec nous, qui ont vu les miracles du Seigneur, et qui ont ouï sa doctrine. » Et ils présentèrent deux des soixantedouze disciples, Joseph, qui, pour sa sainteté, fut surnommé le Juste, frère de Jacqnes-Alphéc, et Mathias,
* Papias, évéqued'Hycra polis, disciple de saint Jean„afHrine que Judas survécut à sa pendaison ; mais que, devenu affreusement hydropique, il fut écrasé par un char ; Théophylacto et Euthvme rassurent aussi.
<lont on ne fait pas Téloge; il suffit, en effet, pour le louer, de dire qu'il a été choisi comme apôtre. Et s'étant mis en prières, ils dirent : « Seigneur, vous qui connaissez les cœurs de tous les hommes, montrez lequel de ces deux vous avez choisi pour remplir ce ministère et pour entrer dans Tapostolat que Judas a perdu. » 11 les tirèrent au sort et le sort tombant sur Mathias, celui-ci fut associé aux onze apôtres. Il faut faire attention, dit saint Jérôme, que Ton ne peut pas se servir de cet exemple pour tirer au sort, car les privilèges dont jouissent quelques personnes ne font pas la loi commune. En outre, dit Bède, jusqu'à la venue de la vérité, il fut permis de se servir des fijçures, car la véritable hostie fut immolée à la passion, mais elle fut consommée à la Pentecôte, et dans l'élection de saint Mathias, on eut recours au sort pour ne pas déroger à la loi qui ordonnait de chercher par le sort quel serait le grand prêtre. Mais après la PentecrUe, la vérité ayant été proclamée, les sept diacres furent ordonnés, non par la voie du sort, mais par réleclion des disciples, par la prière des apôtres et [)w rimposition des mains. Quel fut le sort qu'on employa? il y a là-dessus deux sentiments parmi les saints Pères. Saint Jérôme et Bède veulent que ce sort fut de ceux dont il y avait un très fréquent usage sous rancienne loi. Mais saint Denys, qui fui le disciple (le saifil Paul, pense que c'est chose irréligieuse de p:3nser ainsi ; et il affirme que ce sort ne fut rien autre chose (|a*iine splendeur et un rayon de la divine lumière qui descendit sur saint Mathias, comme un signe visible indiqu'inl qu'il fallait le prendre pour
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apdtre. Voici ses paroles dans le livre de la lliémrehie ecclésiastique : Par rapport au sort divin qui échut du ciel à Mathias, cjuelques-uns ont avancé, à mon avis, des propositions qui ne sont pas conformes à l'esprit de la relig;ion : Voici mon opinion : « Je crois donc que les Saintes Lettres ont nommé sort en cet endroit quelque céraste indice par lequel fut manifesté au collège apostolique celui qu'avait adopté l'élection divine. » Saint Mathias apâtre eut en partage la Judée, où il se livra avec ardeur à la prédication, et où, après avoir fait beaucoup de miracles, il reposa en paix. On lit dans quelques manuscrits qu'il endura le supplice de la croix, et que c'est après avoir été couronné parce genre de martyre qu'il monta auciel. Son corps, a été, dil-on, enseveli à Rome en l'Eglise de Sainte-Marie- Majeure dans une pierre de porphyre; et dans le même lieu, on montre sa tète au peuple. Voici ce qu'on lit dans une légende • conservée à Trêves ; Mathias de la tribu de Juda naquit à Bethléem d'une famille illustre. Dans les écoles il apprit en peu de temps la science de la loi et dos prophètes ; et comme il avait en horreurla volupté, il triompha, par la maturité de ses mœurs, des séduclionsde la jeunesse. Il formait son cceur à la vertu, pour devenir apte A concevoir, enclin à la miséricorde, simple dans la prospérité, constant et intrépide dans l'adversité. Il s'attacliailàpratiquercequ'ilavaitlui-mème commandé, et à
• Cette légende n'est autrequc In iraduciion raUcnuxiiesii-olf
des Actesde saint Matbiasexlrails d'un uuvrage écrit en liébrni
et intitulé : Livre det coadamnét. Elle est allribuéc b. saint Eu-
chaire, de Trêves, par le P. Henschénius des Dollandisles.