‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources (volume 2)Chapitre 41 sur 57 · SAINT LONGIN · texte numérisé non relu

SAINT LONGIN

Longin fut le centurion qui, debout avec les soldats près (le la croix, par l'ordre de Pilate, perça le c<Mé du Sauveur avec une lance. En voyant les miracles qui s'opéraient, le soleil obscurci et le tremblement de terre, il crut en J.-C, surtout depuis Tinstant où, selon le dire de certains auteurs, ayant la vue obscurcie par maladie ou par vieillesse, il se frotta les yeux avec du sang de N.-S., coulant le long de sa lance, car il vit plus clair tout aussitôt. Renonçant donc à l'état militaire, et instruit par les apôtres, il passa vingt-huit ans dans la vie monastique à Césarée de Cappadoce,

* A(iùn, au l'^rscptenibro, iiuliqiic la fètc de saint Longin qui a porcô lo colé <Io Jésus-Christ.

SAINTE SOPHIE ET SES TROIS FILLES 349

et convertit beaucoup de monde à la foi par sa parole et ses exemples. Ayant été pris par le gouverneur et refusant de sacrifier, le gouverneur lui fit arracher toutes les dents et couper la langue*. Cependant Longin ne perdit pas l'usage de la parole, mais saisissant une hache, il brisa toutes les idoles en disant : « Si ce sont des dieux, nous le verrons. » Les démons étant sortis des idoles, entrèrent dans le gouverneur et tous ses compagnons. Alors se livrant à toutes sortes (le folies, et sautant comme des chiens, ils vinrent se prosterner aux pieds de Longin qui dit aux démons : « Pourquoi habitez-vous dans les idoles ? » Ils répondirent : « Là où le Christ n'est pas nommé ni son signe placé, là est notre habitation. » Or, quand le gouverneur furieux eut perdu la vue, Longin lui dit : « Sache que tu ne pourras être guéri qu'après m'avoir tué. » Aussitôt en effet que j'aurai reçu la mort de la main, je prierai pour toi et t'obtiendrai la santé du corps et de l'âme. » Et à l'instant le gouverneur lui fit trancher la tête ; après quoi, il alla près de son corps, se prosterna avec larmes et fit pénitence. Aussitôt il recouvra la vue avec la santé et finit sa vie dans la pratique des bonnes œuvres.

SAINTE SOPHIE ET SES TROIS FILLES

Il y a à Constantinople un temple magnifique qui s'appelle Sainte-Sophie, dédié en l'honneur de sainte

* Adon, ibid.

Sophie, et de ses trois filles, martyres. Sainte Sophie éleva ses trois filles. Foi, Espérance et Charité, dans la sagesse et la crainte de Dieu. La première avait onze ans, la seconde dix et la troisième huit. Elle vint à Rome et chaque dimanche, elle visitait les ég'lises et g^agnait une multitude de dames à J.-C. Elles furent dénoncées à Adrien. Ce prince fut tellement épris de leur beauté qu'il voulut les adopter pour filles ; ce qu'elles rejetèrent avec dédain. Foi est 1® fouettée par trente-six soldats; 2° ses mamelles lui sont arrachées en présence du peuple. Le sang coula de ses blessures et ses mamelles rendirent du lait. Ce jugement inique excite Tindignation, et des clameurs s'élèvent contre le césar auquel la vierge toute réjouie insulte elle-même ; 3* la jeune fille est posée sur un gril rougi au feu ; elle n'en ressent rien ; 4*» elle est plongée dans une chaudière pleine d'huile et de cire ; 5** elle est décapitée. Espérance est appelée à son tour, mais on ne peut lui faire consentir à sacrifier aux idoles. Alors elle est jetée dans une chaudière pleine dégraisse, de cire et de résine : les gouttes qui en jaillissaient brûlaient les infidèles : enfin elle est condamnée à consommer son martyre par le glaive. Pendant ce temps, la mère encourageait Charité, sa troisième fille, qui était toute petite. Elle ne ménage Adrien en aucune manière, et ne veut pas lui obéir : c'est pourquoi le cruel lui fait 1° allonger et disloquer les membres ; 2'* la fait frapper à coups de bâton ; 3° fouetter de verges ; 4° jeter dans un foyer ardent, d'où le feu, qui saule à soixante coudées de là, fait mourir six mille idoicltres. Quant à cette vierge, elle se promenait au

milieu du feu sans en être brûlée, en sorte qu'elle brillait comme de l'or ; 5** elle est percée avec des lames ardentes, et au milieu de ce martyre qui fait frémir, elle reçoit par Tépée la couronne de gloire. L'excellente mère de ces excellentes filles se joint à grand nombre des assistants pour recueillir leurs restes, ensuite se plaçant sur leur tombeau : « Je désire, s'écrie-t-elle, mes très chères filles, être avec vous. » Sainte Sophie mourut donc en paix et fut ensevelie par les assistants avec ses très chères filles. Elle avait ellemême enduré chacun des supplices de ses enfants ; aussi fut-elle plus que martyre. Adrien périt desséché et dévoré par la putréfaction : il avoua qu'il avait injustement insulté aux saints de Dieu.

Benoit est ainsi nommé ou parce qu'il a bénit beaucoup, ou parce qu'il a reçu en cette vie beaucoup de bénédictions, ou parce que tous le bénissaient, ou bien parce qu'il a mérité la bénédiction éternelle. Sa vie fut écrite par saint Grégoire.

Benoît était originaire de la province de Nurcie. Ayant été placé à Rome pour faire ses études, tout jeune encore, il abandonna les lettres et résolut de s'en aller au désert. Sa nourrice, qui le chérissait avec une grande tendresse, le suivit jusqu'en un lieu qu'on nomme Œside, où elle demanda à emprunter un crible pour nettoyer du froment, mais en le mettant sans précaution sur une table, le crible tomba et fut cassé

en deux. Saint Benoît la voyant pleurer prît les deux parties du crible et se levant, après une prière, il les trouva solidement réunies. Peu de temps après, il (|uitta à la dérobée sa nourrice et vint en un endroit où il resta trois ans inconnu aux hommes, à Texcep- (ion d*un moine appelé Romain, dont les soins assidus lui assuraient le nécessaire. Or, comme de Tantre où Benoît restait, jusqu*au monastère de Romain il n'y avait pas de chemin, celui-ci liait le pain au bout d'une très longue corde et c'est ainsi qu'il avait coutume de le faire passer. Â cette corde, il attacha aussi une sonnette, afin que, averti par le son, l'homme de Dieu sût quand Romain lui apportait du pain et pût sortir pour le prendre. Mais l'antique ennemi de l'homme jaloux de la charité du premier et de la manière dont le second se sustentait, jeta une pierre et cassa la sonnette : cela toutefois n'empêcha pas Romain de s«»rvir Benoît. Après quoi le Seigneur apparut dans une vision à un prêtre qui se préparait à manger le jo ir de la solennité de Pâques, et lui dit : « Tu te prépares des friandises et mon serviteur meurt de faim en tel lieu. » Le prêtre se leva incontinent, et étant parvenu à trouver Benoît après de grandes difficultés : (( Levez-vous, lui dit-il, et prenons de la nourriture, parce que c'est aujourd'hui la Pâque du Seigneur. » Benoît lui répondit : « Je vois bien qu'il est Pâques, puisque j'ai l'avantage de vous voir. » Placé en effet loin des hommes, il ne savait pas que Cl» jour fiU celui de la solennité de Pâques. Le prêtre lui (lit : (( Vraiment c'est aujourd'hui le jour de la rôsurreclion de N.-S. : aussi ne convient- il pas que

VOUS fassiez abstiiiçncc; c'est pour cela que je vous ai été envoyé. » Et après avoir béni Dieu, ils prirent de la nourriture. — Un jour tm oiseau noir, nommé merle, se mil à voler d'une manière importune autour de la figure de Benoît, de sorte que le saint aurait pu le saisir avec la main ; mais il fit le signe de la croix et l'oiseau se retira. Bientôt après, le diable lui ramena devant les yeux de l'esprit une femme qu'il avait vue autrefois, et il alluma dans son c^œur une telle passion pourcelte personne, que, vaincu par la volupté, il était près de quitter le désert. Mais rendu subitement à lui-même par la grâce divine, il fiuilta ses vêtements, et se roula sur les épines et les ronces éparses çA et là, avec tant de violence que son corps en fut tout meurtri, il guérit ainsi par les plaies de sa chair les plaies de sa pensée : il vainquit le péché en déplaçant l'incendie. A dater de ce moment aucune tentation ne s'éleva en son corps. Sa renommée avait grandi; l'abbé d'un monastère étant mort, toute la communauté vint le trouver et lui deman- <ler de la gouverner. Il refusa longtemps, et dit d'avance aux moines (pie leurs mœurs ne s'accordaient point avec les siennes; enfin il fut forcé de donner son consentement. Mais comme il commandait que Ja règle fût observée selon toute sa rigueur dans le cloître, les moines se reprochaient l'un à l'autre de l'avoir demandé pour leur chef, car leur irrégularité blessait l'amour qu'il avait pour le devoir. Quand ils s'aperçurent qu'avec lui il ne leur était plus possible de faire le mal et que c'était chose pénible de rompre leurs habitudes, ils mêlèrent du poison avec son

vin et le lui servirent à table. Mpis Benoît fit le signe de la croix, ce qui brisa le verre comme par un coup de pierre. Il comprit donc qu'il y avait là une boisson de mort, puisqu'elle n'avait pu recevoir le signe de la vie ; il se leva aussitôt et il dit avec calme : « Que le Dieu tout-puissant ait pitié de vous, mes frères ; ne vous ai-je pas dit que vos mœurs et les miennes ne s*accordaient pas ? » 11 revint alors à la solitude qu'il avait quittée, et où ses miracles qui se multipliaient tous les jours le rendirent célèbre. Une foule de personnes étant venues à lui, il bâtit douze monastères. En l'un d'eux, il y avait un moine qui ne pouvait pas vaquer longtemps à la prière, mais pendant que les autres étaient à l'oraison, il allait dehors et se livrait à des distractions terrestres et futiles. L'abbé de ce monastère en ayant instruit saint Benoît, celui-ci s'empressa de venir; il vit qu'un petit enfant noir tirait dehors, par le bord de son habit, ce moine qui ne pouvait pas rester à la prière ; et il dit à l'abbé du monastère et au moine saint Maur ; « Est-ce que vous ne voyez pas quel est celui qui le tire ? » Et comme ils répondaient : « Non ; » il dit : « Prions pour que vous le voyiez aussi. » Et pendant qu'ils priaient, saint Maur vit, mais l'abbé ne put voir. Un autre jour donc, après la prière, l'homme de Dieu rencontra le moine dehors, et le frappa avec une verge à cause de son aveuglement; depuis ce temps, il resta à la prière, sans plus sortir. Ce fut ainsi que l'antique ennemi de l'homme n'osa plus maîtriser les pensées du moine, comme s'il eût reçu lui-même les coups. De ces monastères il y en avait trois élevés sur les rorhers d'une montagne,

et c'était avec un grand labeur qu'on tirait Teau d'en bas : comme les frères priaient souvent l'homme de Dieu de changer les monastères de lieu, une nuit il alla avec un enfant au haut de la montagne où, après avoir prié longtemps, il mit trois pierres en cet endroit pour servir de signe. Rentré le matin à la maison, les frères vinrent le trouver pour la même cause et il leur dit : c( Allez creuser au milieu de la roche sur laquelle vous trouverez trois pierres, car le Seigneur peut vous en faire jaillir de Teâu. » Ils y allèrent et ils trouvèrent cette roche déjà couverte de gouttes; ils y creusèrent un trou et bientôt ils le virent plein d'eau : elle coule encore jusqu'à présent en assez grande quantité pour descendre du sommet de la montagne jusqu'en bas. Une fois, un homme coupait des ronces avec une faux autour du monastère de l'homme de Dieu; or, le fer sauta du manche et tomba dans un lac profond ; et comme cet homme s'en tourmentait fort, saint Benoît mit le manche sur le lac et un instant après le fer vint nager vers son manche.

Un jeune moine appelé Placide, en allant puiser de l'eau, tomba dans le fleuve; bientôt Teau l'emporta et l'entraîna loin de la terre presque à la distance du jet d'une flèche. Or, l'homme de Dieu qui était assis dans sa cellule vit cela en esprit tout aussitôt; il appela Maur, lui raconta l'accident arrivé à cet enfant et lui commanda d'aller le sauver. Après avoir reçu la bénédiction du saint, Maur s'empressa d'y aller, et pensant qu'il marchait sur la terre, il vint sur l'eau jusqu'auprès de l'enfant qu'il tira en le prenant par les cheveux : puis il revint rapporter à l'homme de Dieu ce qui

lui était arrivé ; mais le saint Tattribua non pas à ses mérites, mais à Tobéissance de Maur. — Un prêtre du nom de Florent, envieux du saint, conçut une telle aversion contre lui qu'il envoya à l'homme de Dieu un pain empoisonné pour du pain bénit. Le saint le reçut avec reconnaissance, et It jeta au corbeau qui avait coutume de recevoir du pain de ses mains, en lui disant : « Au nom de J.-C, prends ce pain et jette-le en tel endroit que homme vivant ne le puisse prendre. » Alors le corbeau ouvrit le bec, étendit les ailes, se mit à courir autour du pain et à croasser avec force, comme s'il eût voulu dire qu'il voulait bien obéir, mais que cependant il ne pouvait faire ce qui lui était commandé. Le saint lui commanda à diverses reprises en disant : « Prends, prends, n'aie pas peur, et jettele, ainsi que j'ai dit. » Enfin le corbeau prit le pain, ne revint que trois jours après et reçut de la main de Benoît sa ration accoutumée. Florent, voyant donc qu'il ne pouvait pas tuer le corps de son maître, résolut de tuer les ilmesdes religieux : il fit alors folâtrerel chanter sept jeunes filles toutes nues dans le jardin du monastère, afin d'exciter les moines à la luxure. Le saint ayant vu cela de sa cellule et craignant que ses disci[)les ne tombassent dans le péché, céda la place à l'envieux et prit quelques frères avec lesquels il alla habiter ailleurs. Mais Florent, qui se trouvait sur une terrasse, le voyant s'en aller, en conçut de la joie, lorsque tout à coup la terrasse s'affaissa et le tua à l'instant. Alors Maur courut dire à l'homme de Dieu : « Revenez, parce que celui qui vous persécutait est tué. <( Aussitôt qu'il eut entendu cela, le saint poussa de

grands gémissements, soit à cause de la mort de son ennemi, soit parce que son disciple s'en était réjoui. Il lui infligea une pénitence de ce qu'en lui annonçan un pareil malheur, il avait eu la présomption de se réjouir de la mort d'un méchant. Quant à Benoit, il n'évita pas l'ennemi en changeant le lieu de sa demeure : car il vint au mont Cassin, et du temple d'Apollon qui s'y trouvait, il fit un oratoire en l'honneur de saint Jean- Baptiste ; et convertit de l'idolâtrie tout le peuple d'alentour. Mais Tantique ennemi, supportant cela avec peine, lui apparaissait visiblement sous une forme hideuse ; sa bouche et ses yeux paraissaient jeter des flammes ; il rinsultait en disant : «Benoît, Benoît, » mais comme le sainl ne lui répondait rien, au lieu de Benoît, Bénedict, il disait : « Maudit, maudit, pourquoi me persécutes-iu? » Un jour les frères voulaient élever une pierre qui était par terre pour la mettre en œuvre, mais ils ne pouvaient y parvenir. Des hommes en grand nombre qui étaient là ne pouvaient non [)lus la soulever, quand l'homme de Dieu arrivant, donna sa bénédiction et la pierre fut élevée avec la plus grande célérité ; ce qui fit juger que le diable était assis dessus et empêchait de la mouvoir. Quand la muraille eut atteint une certaine hauteur, le démon apparut à l'homme de Dieu et lui fit signe d'aller trouver les frères : aussitôt il leur envoya dire par un ex[)rès : « Mes frères, prenez tçarde à vous, parce que le malin esprit vient vers vous. » A peine le messager eut-il fini de parler que le démon fait tomber la muraille dont la chute écrasa un jeune religieux. Mais l'homme de Dieu fit apporter le mort tout brisé en un sac, le

ressuscita par une prière et le renvoya à son travail. Un laïc, homme d'honnête vie, avait coutume, cliaque année, de venir à jeun visiter saint Benoît. Un jour qu'il y venait, s'adjoignit à lui un autre personnage, chargé de vivres pour son voyage : or, comme il se faisait tard, ce dernier dit : « Frère, venez et mangeons pour que nous ne soyons pas fatigués en chemin. » Sur sa réponse qu'il ne goûterait à aucune nourriture en route, l'autre se tut pour l'heure ; peu de temps après, il lui fit encore la même invitation, mais le laïc ne voulut pas céder. Enfin une heure entière s'élant écoulée, dans la fatigue du voyage, ils arrivèrent à un pré avec une fontaine, et où Ton pouvait se reposer et se rafraîchir. Alors le voyageur en lui montrant ce lieu le pria de s'y arrêter un instant pour manger. Ces paroles ayant flatté les oreilles du laïc et le lieu ayant charmé ses yeux, il consentit. Lorsqu'il fut arrivé auprès de saint Benoît, l'homme de Dieu lui dit : « F'rère, voici que le malin n'a pas pu vous persuader une première fois, ni une seconde fois, mais la troisième il Fa emporté. » Alors le laïc se jeta à ses pieds et pleura sa faute. — Totila, roi des Gotlis, voulant éprouver si l'homme de Dieu avait i'esprit de prophétie, donna à un de ses gardes ses vêtements royaux et l'envoya au monastère avec tout l'appareil d'un souverain. Quand Benoît le vit venir, il dit : « Olez, mon fils, ôtez : ce que vous portez n'est pas à vous. » Celui-ci se jeta à Tinstant à terre, et il eut une Jurande frayeur d'avoir osé vouloir se jouer d'un si i»rand homme. — Un clerc, tourmenté par le diable, lut amené à Benoît [)our en recevoir guérison, et quand

Ift diable eut é(é chassé de son corps, Benoîl dit : u Allez et dorénavant ne mandez pas de viande, et n'approchez pas des saints ordres : rar le jour oit vous aurez la présomption de les recevoir, vous appartiendrez au démon. » Le clerc garda celte recommandation un certain temps; mais voyant que l'époque approchait He passer des ordres mineurs aux ordres sacrés, il ne tint pas compte des paroles du saint, comme si un lonç espace de temps les lui eût fait oublier, et reçut l'ordre sacré. Mais aussitôt le diable, cjui l'avaitqiiitté, s'empara de lui et ne cessa de le tourmenter jusqu'à ce qu'il lui etit fait rendre l'âme. — Un homme envoya, par un enfant, à saint Benoft, deux flacons de vin ; or, l'enfant en cacha un dans le chemin et porta l'autre; l'homme de Dieu reçut avec reconnaissance cet unique (lacon et donna cet avis à l'enfant lors de son départ : « Mon fils, g:arde-toi de boire de ce flacon que lu as caché; mais inctinc-le avec précaution et regarde ce qu'il contient. « Celui-ci se relira tout confus : en revenant, il voulut s'assurer de ce que le saint lui avait dit; cl quand il eut incliné te flacon, aussitôt il en sortit un serpent, — Une fois, l'homme de Dieu soupail alors qu'il faisait nuit ; un moine, fils d'un avocat, l'assistait en tenant une lampe, et par esprit d'orgueil se mit à penser à part soi : « Quel est cet homme pendant le repas duquel j'assiste, auquel je tiens une lampe, que je suis réduit à servir ? Qui suisjc moi pour que je sois son serviteur? » Aussitôt l'homme de Dieu lui dit : « Fais le signe de la croix sur Ion cœur, mon frère, fais le signe de croix sur ton cceur ; qu'as-lu à dire ?» Et il appela les

frères, leur dît de prendre la lampe de ses mains ; pour lui, il le fit aller au monastère et lui commanda de rester en repos. . — Un Goth appelé Zalla, hérétique arien du temps du roi Totila, exerça avec fureur des actes atroces de cruauté contre les personnes religieuses appartenant à la foi catholique; tout clerc ou tout moine qui venait en sa présence, ne sortait pas de ses mains la vie sauve. Un jour, poussé^ par Tesprit d'avarice et ne pensant que rapine, ce ror faisait endurer à un habitant de la campagne des tourments cruels, et lui infligeait différentes tortures vaincu par la douleur, le paysan déclara avoir mis personne et ses biens sous la protection du serviteu de Dieu, Benoît. Le bourreau le crut et cessa de lou monter le patient qui revint à la vie. Mais en cessa" de le tourmenter, Zallalui fit lier les bras avec de for courroies, et le fit marcher en avant de son che pour qu'il lui montrât ce Benoît qui avait reçu son bi Le paysan marcha donc devant lui, les bras liés, e mena au monastère du saint homme qu'il trouva 5 assis à la porte de sa cellule et faisant une lecture, paysan dit à Zalla qui le suivait par derrière et qa tourmentait : « Voici celui dont je vous ai parlé, le Père Benoît. » Zalla, l'esprit échauffé, le regarda avec un air méchant et croyant agir avec lui comme avec les autres, il se mit à crier de toutes ses forces (*n (lisant : « Lève-toi, lève-toi, rends les biens de ce rustaud : rends ce que tu as pris. » A cette voix, rhomme de Dieu leva vite les yeux, cessa de lire, puis jeta un coup d'oeil sur Zalla et sur le paysan qu'il remarqua être tenu par des liens. Ayant tourné les yeux

^'ers les bras de cet homme, les courroies qui le liaient 86 détachèrent miraculeusement avec une telle vitesse cjue personne, tout habile qu'il eût été, n'eût pu le faire «n si peu de temps. Le captif ayant été soudain mis ^n liberté, Zalla, effrayéd'un pareil trait de puissance, se jeta contre terre et baissant sa tête cruelle jusqu'aux piedsdu saint, il se recommanda à ses prières. Quant au saint homme, il ne se leva pas, il n'interrompit point sa lecture ; mais il appela les frères auxquels il enjoignit d'introduire Zalla dans la maison poury recevoirla bénédiction. A son retour, il l'avertit de ne plus se livrer à de pareils excès de cruauté. Zalla prit une réfection, s^en alla, et ne s'avisa plus de réclamer rien du paysan que l'homme de Dieu avait délié non pas avec les mains, mais de son regard.

A une époque, la famine exerçait ses ravages sur le pays de la Campanie. On était en proie à la disette et déjà au monastère de saint Benott le blé manquait; presque tous les pains avaient été mangés, de scrte qu'il n'y en avait plus que cinq pour la collation des frères. Le vénérable abbé, qui les voyait tous consternés, s'attacha à les reprendre avec modération de leur pusillanimité, et à les encourager peu à peu par des promesses, en disant : « Pourquoi donc votre esprit est-il dans la tristesse de ce qu'il n'y a pas de pain? Aujourd'hui, il est vrai, il est en petite quantité, mais demain, il y en aura en abondance. » Or, le jour suivant, on trouva devant la porte du couvent deux cents boisseaux de farine dans des sacs que le Dieu tout puissant avait envoyés sans qu'on sache encore à présent par quels moyens. A cette vue, les frères ren-

dirent grâces à Dieu et apprirent qu'il ne fallait s*înquiéter ni de l'abondance ni de la disette. — On lit encore, qu'un homme avait un fils attaqué d'un éléphantiasis * en sorte que déjà ses cheveux tombaient, sa peau s'enflait et il n'était plus possible de cacher la sanie qui allait en augmentant. Le père l'envoya à Benoît qui lui rendit subitement sa santé première. Ils en témoignèrent de grandes grâces à Dieu et dans la suite l'enfant persévéra dans de bonnes œuvres, et mourut heureusement dans le Seigneur. — Le saint nvait envoyé un certain nombre de frères en un endroit pour y élever un monastère, et les prévînt que tel jour il viendrait les voir pour leur donner le plan des constructions. Or, la nuit qui précédait le jour indiqué, il apparut en songe à un moine qu'il avait mis à la lête de l'œuvre et à son prévost, et leur désigna en détail chacun des endroits où ils devaient bâtir. Mais comme ils n'ajoutaient pas foi à la vision qu'ils avaient eue et qu*ils attendaient le saint, à la fin ils retournèrent le trouver et lui dirent : « Père, nous attendions que vous viendriez comme vous l'aviez promis, et vous n'êtes pas venu. » Il leur dit : « Frères, pourquoi dire cela? Ne vous ai-je point apparu et ne vous ai-je pas désigné chaque endroit? Allez et disposez tont ainsi que vous l'avez vu. »

Non loin du monastère de Benoît, vivaient deux religieuses de noble lignée, qui ne contenaient pas leur langue; parieurs propos indiscrets, elles portaient sou-

* Maladie qui rend la peau rugueuse comme celle de rélêphaot.

vent à la colère leur supérieur : celui-ci en informa rhoinme de Dieu qui fit donner cet avis aux religieuses : « Réprimez votre lani^ue, autrement je vous excommunierai (excommunication qu'il ne lança pas par ces paroles, mais dont il les menaçai). Ces relig^ieuses ne changèrent point et moururent quelques jours après, elles furent ensevelies dans Téglise. Mais pendant la messe et quand le diacre dit comme de coutume : « Que celui qui n'est pas de la communion sorte dehors, » la nourrice de ces religieuses, qui toujours offrait Toblation pour elles, les vit sortir de leurs tombes, et sortir de Téglise : ceci ayant été rapporté à Benoit, le saint donna de ses propres mains une offrande en disant : « Allez et présentez cette offrande pour elles, et elles ne seront plus excommuniées désormais. » Ce qui ayant été exécuté, lorsque le diacre chantait la formule d'ordinaire, on ne les vit plus quitter l'église. — Un moine était sorti pour visiter ses parents sans avoir la bénédiction, et le jour qu'il arriva chez eux, il mourut. Quand il fut enterré, la terre le rejeta une première et une deuxième fois. Ses parents vinrent trouver saint Benoît et le prièrent de lui donner sa bénédiction. Il prit alors le corps de N. S. et dit : « Allez poser ceci sur la poitrine du mort et ensevelissez-le ainsi. » On le fit et la terre garda le corps ainsi enseveli et ne le rejeta plus. — Un moine, qui ne voulait pas rester dans le monastère, insista tant auprès de l'homme de Dieu que celui-ci, tout contrarié, lui permit de s'en aller. Mais il ne fut pas plutôt hors du cloUre qu'il rencontra en son chemin un dragon, la gueule ouverte. Dans Tinteiition de» s'en

garer, il se mit à crier : « Accourez, accourez, il y a un d ragon ; il me veut dévorer. » Les frères accoururent, mais ne trouvèrent point de dragon ; alors ils ramenèrent au monastère le moine tout tremblant et ébranlé. Il promit à l'instant que jamais il ne sortirait du moustier. — Une famine extraordinaire ravageait toul le pays et Thomme de Dieu avait donné aux pauvres tout ce qu'il avait pu trouver ; en sorte qu'il ne restait, dans le monastère, qu'un peu d'iiuile dans un vase de verre ; il commanda alors au célérier de donner ce peu d'huile à un pauvre. Le célérier entendit bien ce que saint Benoît lui commandait, mais il se décida à faire fi de ses ordres, parce qu'il ne restait plus d'huile pour les frères. Dès que l'homme de Dieu s'en aperçut, il commanda de jeter le vase de verre avec l'huile par la fenêtre afin qu'il ne restât rien dans le monastère contre l'obéissance. On jeta donc le vase qui tomba sur des blocs de pierres, sans que ce vase fût brisé, ni l'huile répandue ; alors le saint le fit ramasser et donner en entier au pauvre. Puis il reprocha au moine sa désobéissance et sa défiance ; il se mit ensuite en prières : aussitôt un grand tonneau qui se trouvait là se rempht d'huile ; elle montait en si grande abondance qu'elle paraissait sourdre du pavé.

Une fois il était descendu pour faire visite à sa sœur, et comme il était resté jusqu'à l'heure du souper, elle le pria de passer la nuit chez elle : comme il n'y voulait pas consentir, elle s'inclina, appuya la tête sur ses mains pour prier le Seigneur et quand elle s(î releva, il se fit de si grands éclairs et du tonnerre

si violent, la pluie tomba avec tant d'abondance, qu'il n'eût su où poser les pieds, quoique un instant auparavant le ciel fût parfaitement serein. Or, en répandant un torrent de larmes, elle avait fait changer la sérénité de Tair et attiré la pluie. L'homme de Dieu tout contristé lui dit : « Que le Dieu tout puissant vous le pardonne, ma sœur ; qu'est-ce que vous avez fait? » Elle lui répondit : « Je vous ai prié et vous n'avez pas voulu m'écouter; j'ai prié le Seigneur et il m'a bien entendue. Sortez maintenant, si vous le pouvez. » Et il en advint ainsi pour qu'ils pussent passer la nuit toute entière en s'édifiant mutuellement dans de saints entretiens. Trois jours après qu'il fut revenu au monastère, en levant les yeux, il vît l'âme de sa sœur, sous la forme d'une colombe qui pénétrait jusqu'aux profondeurs du ciel : et bientôt il fit porter son corps au monastère où il fut inhumé dans un tombeau qu'il avait fait préparer pour lui.— Une nuit que le serviteur de Dieu regardait par une fenêtre et priait Dieu, il vit se répandre en l'air une lumière qui dissipa toutes les ténèbres delà nuit. Or, à l'instant tout l'univers s'offrit à ses yeux comme s'il eût été rassemblé sous un rayon de soleil et il vit l'âme de saint Germain, évêque de Ciapoue, portée au ciel : dans la suite il put s'assurer évidemment que c'était l'heure à laquelle elle quitta le corps du prélat. L'année même de sa mort, il en prédit le jour à ses frères : et avant le sixième qui précéda son trépas, il fit ouvrir son sépulcre. Bientôt il fut saisi de la fièvre, et comme la faiblesse augmentait à chaque instant, le sixième jour, il se fit porter à l'oratoire, où il se

prépara à la mort par la réception du corps et du sang de N. S.; alors, soutenant ses membres défaillants sur les mains des frères, il se tint debout, les yeux élevés vers le ciel et rendit son dernier soupir en priant. Le jour même que l'homme de Dieu passa de cette vie au ciel, deux frères, dont un était dans sa cellule, et l'autre fort éloigné, eurent la même révélation : ils virent une traînée de lumière, ornée de tapis et resplendissante d'une quantité innombrable de lampes, qui, partant de la cellule de saint Benoit, se dirigeait vers le ciel du côté de l'orient. L'un d'eux demanda à un personnage vénérable qui parut tout brillant sur cette trace, ce que c'était que ce chemin qu'ils voyaient, car ils ne le savaient pas, et il leur fut dit : « Voilà le chemin par lequel Benoît, l'homme chéri de Dieu, monte au ciel. » Il fut inhumé dans l'oratoire de saint Jean-Baptiste qu'il avait construit luimême sur un autel dédié à Apollon et qu'il avait renversé. Il vécut vers l'an du Seigneur 518, au temps de Justin l'ancien.

Patrice, qui vécut vers l'an du Seigneur 280, prêchait la passion de J.-C. au roi des Scots, et comme,

* Les éditions latines que nous possédons, ne nous donnent pas l'interprétation du nom de ce saint; voici celle que nous trouvons dans une traduction française du xve siècle :

(( Patrice est dict ainsi comme saichant. Car par la voulente de nostre Seigneur, il sceut les secretz de paradis et d*cBfer. 9

debout devant ce prince, il s'appuyait sur le bourdon qu'il tenait à la main et qu'il avait mis par hasard sur le pied du roi, il l'en perça avec la pointe. Or, le roi croyant que le saint évêque faisait cela volontairement et qu'il ne pouvait autrement recevoir la foi de J.-C. s'il ne souffrait ainsi, il supporta cela patiemment. Enfin le saint, s'en apercevant, en fut dans la stupeur, et par ses prières, il guérit le roi et obtint qu'aucun animal venimeux ne pût vivre dans son pays. Ce ne fut pas la seule chose qu'il obtint ; il y a plus : on prétend que les bois et les écorces de cette province servent de contre-poisons. Un homme avait dérobé à son voisin une brebis et Tavait manjyée; le saint homme avait exhorté le voleur, quel qu'il fût, à satisfaire pour le dommage, et personne ne s'était présenté : au moment où tout le peuple était rassemblé à l'église, il commanda, au nom de J.-C, que la brebis poussât en présence de tous un bêlement dans le ventre de celui qui l'avait mangée. Ce qui arriva : le coupable fit pénitence, et tous se gardèrent l)ien de voler h l'avenir. Patrice avait la coutume de témoigner une profonde vénération devant toutes les croix qu'il voyait ; mais ayant passé devant une grande et belle croix sans l'apercevoir, ses compagnons lui demandèrent pourquoi il ne l'avait ni vue ni saluée : il demanda à Dieu dans ses prières à qui élait cette croix et entendit une voix de dessous terre qui disait : « Ne vois-tu pas que je suis un païen qu'on a enterré ici et qui est indigne du signe de la croix? » Alors il fit enlever la croix de ce lieu.

En prêchant dans l'Irlande, saint Patrice y opérait

(rès peu de bien ; alors il pria le Seigneur de montrer un signe qui portât les pécheurs effrayés à faire pénitence. Par Tordre donc du Seigneur, il traça quelque part un grand cercle avec son bAton; la terre s'ouvrit dans toute la circonférence et il y apparut un puits très grand et très profond. 11 fut révélé au bienheureux Patrice que c'était là le lieu du Purgatoire où quiconque voudrait descendre n'aurait plus d'autre pénitence à faire et n'aurait plus î\ souffrir pour ses péchés un autre purgatoire : Que la plupart n'en sortiraient pas, mais que ceux qui en reviendraient, devraient y être restés depuis un matin jusqu'à l'autre. Or,l)eancoup deceux qui entraient n'en revenaient pas*. Longtemps après la mort de saint Patrice, un homme noble, appelé Nicolas, qui avait commis beaucoup de péchés, en fit pénitence et voulut endurer le Pui^atoire de saint Patrice. Après s'être mortifié, comme tous le faisaient, par quinze jours de jeûne, et avoir

* Thomas de Massin^ham a publié dans le FlorUegium in^ suiœ sanctorum, seu vitœet acta sanctorum ffiberniœ (ParïSy 1624, in-i*^) un Traité de Henri de Saltery, moine cistercien irlandais (en iloO) sur le Purgatoire de saint Patrice. Thomas de Massingham ne s'est pas contenté de donner le texte entier de cet auteuTj il l'a augmenté en intercalant les récits d*un certain nombre d'auteurs anciens et modernes qui ont parlé du Purgatoire de saint Patrice. 11 cite des livres liturgiques anciens, Mathieu Paris, Denys le Chartreux, Raoul Hygedem, (lésaire d'Ilirsterbach, Jean Camcrs, et un primat d'Irlande nommé David Holho, ainsi que bien d'autres, qui ont écrit des relations plus ou moins étendues, ou bien encore des appréciations sur ce sujet. La Patrologie de Migne contient cet opuscule, lome CLWX. Bellarmin parle du Purgatoire de saint Palrice dans ses controverses.

ouvert la porte avec une clef qui se gardait dans une abhaye, il descenditdansie puits euqiiestion cl trouva, à son côté, une entr*^e par laquelle il s'avança. Il y rencontra une chapelle, où entrèrent des moines revêtus d'aubes qui y célébraient roffice. Ils dirent à Nicolas d'avoir de la constance, parce que le diable le ferait passer par bien des épreuves. Il demanda quel aide il pourrait avoir contre cela : les moines lui dirent : « Quand vous vous sentirez atteint par tes peines, écriez-vousà l'instant et dites : J.-C, liis du Dieu vivant, ayez pitié de moi qui suis un pécheur. » Les moines s'étanl retirés, aussitôt apparurent des démons qui lui dirent de retourner sur ses paset deleurobéir, s'efTorçant d'abord de le convaincre par des promesses pleines de douceur, l'assurant qu'ils auront soin de lui, et qu'ils le ramèneront sain et sauf en sa maison. Mais comme il ne voulut leur obéir en rien, tout aussitôt il entendit des cris terribles poussés par différentes bâtes féroces, et des mugissements comme si tous les éléments fussent ébranlés. Alors plein d'effroi et tremblant d'une peur horrible, il eut hâte de s'écrier : k J.-C. , fils du Dieu vivant, ayez pilié de moi qui suis un pécheur. » El à l'instant ce tumulte terrible de bétcs féroces s'apaisa tout à fait. Il passa outre et arriva en un lieu où il trouva une foule de démons qui lui direnl : « Penses-tu nous échapper ? pas du tout;mnis c'est l'heure où lu vas commencer à être affligé et tonrmenté. » Et voici apparaître un feu énorme et terrible ; alors les démons lui dirent : (i Si tu ne le mets à noire disposition, nous te jetterons dans ce feu pour y briller. » Sur son refus, Us le prirent et le jetèrent I. iV

flans ce brasier affreux; et quand il s'y sentit torturé, il s'écria de suite : « J.-C, fils... etc. » et aussitôt le feu s'éteignit. De là il vint en un endroit où il vit des hommes être brûlés vifs et flagellés par les démons avec des lames de fer rouge jusqu'au point de découvrir leurs entrailles, tandis que d'autres, couchés à plat ventre, mordaient la terre de douleur, en criant: (( Pardon ! Pardon ! » et les diables les battaient plus cruellement encore. Il en vit d'autres dont les membres étaient dévorés par des serpents et auxquels des bourreaux * arrachaient les entrailles avec des crochets enflammés. Comme Nicolas ne voulait pas céder à leurs suggestions, il fut jeté dans le même feu pour endurer de semblables supplices et il fut flagellé avec des lames pareilles et ressentit les mêmes tourments. Mais quand il se fut écrié : « J.-C, fils du Dieu vivant, etc. » il fut incontinent délivré de ces angoisses. On le conduisit ensuite en un lieu où les hommçs étaient frits dans une poêle ; où se trouvait une roue énorme garnie de pointes de fer ardentes sur lesquelles les hommes étaient suspendus par différentes parties du corps ; or, cette roue tournait avec une telle rapidité qu'elle jetait des étincelles. Après quoi, il vit une innnense maison où étaient creusées des fosses pleines de métaux en ébullition, dans lesquelles l'un avait un pied et l'autre deux. D'autres y étaient enfoncés jus- ([iTanx genoux, d'autres jusqu'au ventre, ceux-ci jus-

/iufo veut dire crapaud, Buffones au moyen âge signiKail houfifons ; on ne saurait concevoir comment des crapauds pourraient arracher des entrailles avec des instruments ais:us.

qu'à la poitrine, ceux-là jusqu'au col, quelques-uns enfin jusqu'aux yeux. Mais en parcourant ces endroits, Nicolas invoquait le nom de Dieu. Il s'avan^-a encore, et vit un puits très larj^e d'où s'échappait une fumée horrible accompagnée d'une puanteur insupportable : de là sortaient des hommes rouçes comme du fer qui jette des étincelles ; mais les démons les ressaisissaient. Et ceux-ci lui dirent : « Ce lieu que tu vois, c'est Tenfer, qu'habite notre maître Beelzébut. Si lu ne te mets à notre disposition, nous te jetterons dans ce puits : or, quand tu y auras été jeté, tu n'auras aucun moyen d'échapper. » Comme il les écoulait avec mépris, ils le saisirent et le jetèrent dans ce trou : mais il fut abîmé d'une si véhémente douleur qu'il oublia presque d'invoquer le nom du Seiçneur ; cependant en revenant à lui : « J.-C, fils, etc., » s'écria-t-il du fond du cœur (il n'avait plus de voix), aussitôt il en sortit sans aucun mal ; et toute la multitude des démons s'évanouit comme réellement vaincue. Il s'avança et vit en uu autre endroit un pont sur lequel il devait passer. Ce pont était très étroit, poli et g^lissantconnneune t^^lace, au-dessous coulait un fleuve immense de soufre et de feu. Comme il désespérait absolument de pouvoir le traverser, toutefois il se rappela la parole qui l'avait délivré de tant de maux ; il s'approcha avec confiance et en posant un pied sur le pont, il se mit à dire : « J.-C, fils, etc.. » Mais un cri violent l'effraya au point qu'il put à peine se soutenir; mais il récita sa prière accoutumée et il demeura rassuré ; après quoi il posa l'autre pied en réitérant les mêmes paroles et passa sans accident. 11 se trouva donc dans

une prairie très agréable à la vue, embaumée par l'odeur suave de difTérentes fleurs. Alors lui apparurent deux fort beaux jeunes gens qui le conduisirent jusqu'à une ville de magnifique apparence et merveilleusement éclatante d'or et de pierres précieuses. La porte en laissait transpirer une odeur délicieuse. Elle le délassa si bien qu'il ne paraissait avoir ressenti ni douleur ni puanteur d'aucune sorte ; et les jeunes gens lui dirent que cette ville était le paradis. Comme Nicolas voulait y entrer, ils lui dirent encore qu'il devait d'abord retourner chez ses parents ; que toutefois lesdémonsne lui causeraient point de mal, mais qu'à sa vue ils s'enfuiraient effrayés ; que trente jours après, il mourrait en paix, et qu'alors il entrerait en cette cité comme citoyen à toujours. Nicolas monta donc par où il était descendu, se trouva sur la terre et raconta tout ce qui lui était arrivé. Trente jours après, il reposa hennMisement dans le Seigneur.

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