‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sourcesChapitre 36 sur 73 · III. D'après Bède, telle serait la troisième cause de · texte numérisé non relu

III. D'après Bède, telle serait la troisième cause de

i*instiiution de celte fêle. L'empereur Octave et Antoine, qui étaient unis ensemble par alliance, se partagèrent entre eux Fempire du monde entier; à Octave échut, dans TOccident, Tltalie, la Gaule et TEspagne, et Antoine, en Orient, eut l'Asie, le Pont et l'Afrique. Or, Antoine qui était lascif et débauché, après avoir épousé la sœur d'Octave, la répudia, pour épouser C4léopâtre, reine d'Eg-ypte. Octave, indigné de cette conduite, s'avança à main armée contre Antoine en Asie et le défit partout. Alors Antoine et Cléopâtro, vaincus, prirent la fuite, et poussés par le chagrin, ils sp donnèrent la mort eux-mêmes. Octave abolit donc le royaume d'Egypte et en fit une province romaine. De là il alla à Alexandrie : il dépouilla cette ville de toutes ses richesses et les fit transporter à Rome ; ce qui apporta un tel bien-être dans la république que l'on donnait pour un denier ce qui en valait quatre auparavant. Et parce que les guerres civiles avaient dévasté extraordinairement la ville, il la renouvela au [)oint qu'il dit : « Je l'ai trouvée de briques, je la laisse de marbre. » Il agrandit tellement la république que ce fut le premier qui fui appelé Auguste, nom <[ue retinrent ses successeurs à l'empire ; comme ce fui encore de son oncle Jules-César que les empereurs furent nommés César. Le peuple appela aussi de son nom le mois d*aoûl, (jui auparavant se nommait Sexf ilis, car c'était le sixième mois depuis celui de mars- Ce fut donc en mémoire et en Thonneur de la victoire? qu'Auguste remporta le prenner août que tous les Komains solennisaient ce jour, jusiju'à l'époque de l'empereur Théodose (jui commença à régner l'an du

Seigneur 426. Eudoxie, fille de ce Théodose et épouse de Valentînîen, se rendit à Jérusalem pour accomplir un vœu. Ce fut là qu'un Juif lui offrit, pour une somme importante, les deux chaînes dont saint Pierre avait été lié sous Hérode. Revenue à Rome aux calendes d'août, et voyant les Romains célébrer une fête en l'honneur d'un empereur qui était idolâtre, elle fut affligée de ce qu'on rendait de si g^rands honneurs à un homme damné : elle reconnut qu'il ne serait pas facile d'abolir cette espèce de culte passé en coutume; alors elle pensa à laisser subsister cet état de choses, mais dans le but que la solennité aurait lieu en l'honneur de saint Pierre, et que tout le peuple nommerait ce jour la fêle de saint Pierre aux Liens. Après en avoir conféré avec le saint pape Pelage, ils unirent leurs efforts pour porter le peuple, par des exhortations flatteuses, à laisser dans l'oubli la mémoire du prince des païens, pour faire une mémoire solennelle du prince des apôtres. La proposition ayant obtenu Tassentimcnt universel, Eudoxie fit connaître qu'elle avait rapporté de Jérusalem les chaînes de saint Pierre et les montra au peuple. Le pape, de son côté, produisit la chaîne dont le même apôtre avait été lié sous Néron. On les mit ensemble et alors eut Heu ce miracle par lequel de ces trois chaînes, il s'en forma une seule, comme si elle n'eût pas été composée de différentes pièces*. En même temps, le pape et la reine décidèrent que l'honneur rendu à un païen, qui était damné, serait attribué à plus juste titre au prince des

• Bréviaire romain.

apôtres. Le pape donc avec la reine plaça les chaînes dans Tëglise de Saint-Pierre-aux-Liens. Il rènrichlt de. grands privilèges et institua que ce jour serait fêté en tous lieux. Voilà ce que dit Bède. Sigebert rapporte la même chose*. On vit en Tan du Seigneur 969 combien grande était la puissance de cette chaîne : car un comte, proche parent de l'empereur Othon, fut saisi y aux yeux de tout le monde, par le diable d'une façoii si cruelle, qu'il se déchirait avec les dents. L'empereur ordonna alors qu'on le menât au pape Jean, afin de lui entourer le cou avec la chahie de saint Pierre. On lui mit d'abord au cou une autre chaîne qui ne délivra pas le possédé, car il n'y avait en elle aucune vertu ; enfin on prend la chaîne de saint Pierre et on la met au cou dui furieux : mais le diable ne put supporter le poids d'une si grande puissance, et se retira aussitôt en jetant un cri affreux en présence de tous les assistants **. Alors Théodose, évêque de Metz, se saisit de la chaîne et assura qu'U ne la lâcherait qu'autant qu'on lui couperait les mains. Comme il s'élevait à ce sujet une grave contestation entre révoque et le pape avec les autres clercs, l'empereur vint à bout d'apaiser le débat en demandant au pape un anneau de cette chaîne pour l'évêque***. Miletus raconte en sa chronique et le même fait se trouve rapporté dans V Histoire tripartite **** y qix'ence temps là, apparut en Épire un dragon énorme que Donal,

* Paul, diacre, fait aussi leméme récit dans une homélie. *• Bréviaire romain.

*** Sigebert, Chronique.

**** Lib. IX, c. xLvi.

^véque d'une liaùle vertu, tua en lui crachant dans la g^iieule : mais auparavant, le prélat avait fait avec les doigis une forme de croix qu'il présenta aux yeux du nionstre. Huit paires de bœufs purent à peine traîner 'e cadavre pour être brûlé ; car on craignait que Fair 'ï^ fût infesté par sa putréfaction. Le même auteur "apporte au même endroit et on trouve aussi dans t'IIistoire tripartile que le diable se montra dans la ^rète sous la figure de Moïse. Il rassembla de tous ^<^tés les Juifs qu'il conduisit vers un précipice affreux ^^près de la mer. Il leur promit qu'en se mettant d ^^^r tête, il allait les conduire à pied sec dans la terre P**oinise, et en fit périr un nombre infini. D'où l'on conjecture que le diable indigné se vengea ainsi d'eux, parce que le Juif avait donné la chaîne de saint Pierre * impératrice Eudoxie, et que les réjouissances faites ^"^ l'honneur d'Octave avaient été abolies. Bon nom- ^^ de ceux qui échappèrent reçurent avec empressement la grâce du baptême. Car comme ils roulaient ^^5 uns sur les autres du haut en bas de la montagne, *^s premiers, déchirés sur les rochers à pic, furent suffoqués en tombant dans la mer ; quant aux autres qui voulaient les suivre, dans l'ignorance de ce qui était arrivé aux premiers, des ptVheurs passant par là leur apprirent l'accident qui avait fait pi»rir leurs frères, et alors ils se convertirent. Ces faits sont tirés de VUisloire tripartile.

IV. On peut encore assigner ici v\m quatrième cause de l'institution de cette fêle. Le Seigneur délia miraculeusement saint Piern» de ses liens, et lui donna le |)Ouvoir de lier et de déliîT : or, nous aussi nous soni-

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mes retenus dans les liens du péché et nous ave besoin d'être déliés. C'est la raison pour laquelle no honorons le prince des Apôtres en celte solennité q est dite aux liens, afin que comme il a mérité d'ét délié de ses chaînes, et comme il a reçu du Seîgnei le pouvoir de délier, de même aussi il nous délie dt chaînes du péché. On peut se convaincre que ce fut 1 une raison de l'institution de cette fête pour peu qu'oi remarque queTépître de la messe rappelle cette délivrance, et que l'Évangile qu'on récite fait mémoire du pouvoir accordé à saint Pierre de délier et d'absoudre. En outre, dans l'oraison de la messe, on demande, par rintercession de cet apôtre, que cette absolution nous soit accordée. Par ce pouvoir des clefs qu'il reçut, on voit qu'il délivre quelquefois ceux qui mériteraient d'être damnés, ainsi que le rapporte le livre des Miracles de la sainte Vierge. « Dans la ville de Cologne, il y avait, au monastère de saint Pierre, un moine léger, débauché et lascif. Une mort subite le surprit, et les démons l'accusaient en faisant connaître ouvertement toutes les espèces de péchés qu'il avait commis. Voici ce que l'un d'eux disait : « Je suis la cupidité, par laquelle tu as souvent convoité contre les commandements de Dieu. » Un autre criait : « Je suis la vaine gloire par laquelle tu t'es élevé avec jactance parmi les hommes. » Un autre : « Je suis le mensonge et tu as commis le péché de mentir. » Et ainsi des autres. D'un autre côté, quelques bonnes œuvres qu'il avait faites l'excusaient en disant: « Je suis robéissance que lu as témoignée à tes supérieurs spirituels; je suis le chant des psaumes que tu assou-

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