‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sourcesChapitre 40 sur 73 · II. 2:r · texte numérisé non relu

II. 2:r

358 LA l.tUI^MIE lltlKK^

il s'extasiait devant un pareil présent, luut aiissid'it ers étoiles augmenlèrent eu lumière et eu gruiideiir. à tel point qu'elles éclairaJeiU le momie enlier. A son réveil, il s'étonnait beaucoup de ce que cela voulait dire ; et voici qu'en entrant daus l'i^cole et en enseig^uanl sa leçon, saint Dominique et six frères avec lui, qui portaient le tnAme habit, s'approchèrenl, avec humilité, du mattre et lui déclarèrent qu'ils avaieut pris la résolution de suivre son cours. Alors se rappelant la vision qu'il avait eue, il ne tit pas diflîculté de croire que c'étaient là les sept i^loiles qui lui étaient apparues *. — Saint Dominique *tait à Rome quaud y arriva avec l'évèqne d'Orléans, pour s'embarquer, maflrc Reinier, doyen de Saint-Aignan d'Orléans, qui avait enseigné à Paris le Droit Canon pendant cinq ans. Depuis Iouktempsdéjà il se proposait de tout quitter pour se livrer à la prédication, mais il n'avait pas encore pris mm parti sur le moyen à employer par lui pour exécuter son projet. Un cardinal auquel il a%'ait fait part du Son vœu, lui avait parié de l'InsliUit des Préclieurs ; il avait donc fait appeler saint Dominique auquel il manifesta ses intentions : ce fut alors qu'il se décida à entrer dans son ordre; maisaussitôtune violente fièvre le saisit et mit ses jours en danger. Alors saint Dominique ne cessa de faire des prières et de s'adresser à la sainte Vierge, à laquelle il avait confié, comme à une patronne spéciale, tout le soin de son ordre, en lui demandiint de daigner lui accorder cet homme, ne serait-ce que pour un court espace de temps, quand

' tlumbcn. Vie, tf 27,

SAINT noMiNiguE 339

Reinier qui veillait et qui attendait la mort, voit tout à coup, à n'en pas douter, la Reine de miséricorde venir à lui en compagnie de deux jeunes personnes remarquablement belles, et lui adresser ces paroles d'un visage caressant : « Demande-moi ce que tu veux et je te le donnerai. » Il cherchait quoi demander quand une des jeunes filles lui suggéra de ne demander rien, mais de s'en remettre entièrement à la reine de miséricorde. Ce qu'il fit. Alors la sainte Vierge étendant sa main virginale, lui fit des onctions aux oreilles, aux narines, aux mains et aux pieds avec une huile qu'elle avait apportée, en prononçant une formule appropriée à chaque onction. Aux reins, elle dit : « Soient étreints ces reins du cordon de chasteté. » Aux pieds : « J'oins tes pieds pour qu'ils soient préparés à porter l'Evangile de paix. » Et elle ajouta : « Dans trois jours, je te remettrai une ampoule qui le rendra une parfaite santé. » Alors elle lui montra un habit de l'ordre : c< Voici, lui dit-elle, un habit; c'esl celui de ton ordre. » Or, saint Dominique qui était en prières eut une vision tout à fait semblable. Quand le matin fut arrivé, saint Dominique vint le voir et le trouva guéri : ensuite il écouta le récit que lui fit Reinier de sa vision : après quoi celui-ci prit l'Iiabit que la Vierge lui avait . montré, car auparavant les Frères se servaient de surplis. Trois jours après, la mère de Dieu revint et fit sur le corps de Reinier des onctions qui éteignirent non seulement l'ardeur de la fièvre, mais encore le feu de la concupiscence, à tel point que, d'après ce qu'il confessa lui-même dans la suite, il ne s'éleva pas en lui le moindre mouvement désordonné. La même vi-

360 l.\ LLtiP.NnF. DOKKF.

sion fut renouvelée, vis-à-vis saint Dominiiiiic. en fa- " veUTil'uii reiiçiiMix de l'ordre des liospîtaliers qui en fut stupéfait. AprèH la mort de Reiiiier, saint Dominique raconta cotte apparition à un ^rand nombre de firères. Reinier fut donc envoyé à Bologne, où il se lÎTra avec ardeur A la prédication, et où le iionibrt'dcs fr^s prit de l'accroissement. Ensuite on l'envoya à Paris, où il mourut peu de jours après dans le Seigneur *. Un jeune homme, qui était neveu du cardinal Etienne de Fosse-Neuve, tomba avec son cheval dans un précipice, et on l'en relira mort. On le présenta à saint Dominique qui fil une prière el lui rendit la vie**. — Un architecte, conduit parles frères sousune crypte de l'église de Saint-Sixte, fut écrasé par un pan de mur qui s'écrnula, et il fut étouffé sous les décombres ; mais l'homme de Dieu, Dominique, fit enlever le corps de la crypte, se le fit apporter et par le suffrai^e de ses prières, il lui rendit la vie avec la sanlé •**. • — Dans le même couvent de saint Sixte, où restaient eu\iron quarante frères, il ne se trouva un jour qu'une très petite quantité de pain; alors saint Dominique commanda qu'on la partageAt et qu'on la ser\-{t sur la table ; et pendant que chacun mangeait avec joie celte petite bouchée de pain, voici que deux jeunes gens tout à fait ressemblants par leur habit et leur figure entrèrent au réfectoire, portant des pains dans des ■ tahliers qui leur pendaient au cou. Ils les pesèrent

= Thierry d'Apolds.n'' 92.

-" Histoire ilr na vîr, passini.

'■'" ReliilioH lie In smir Cécile,

SAINT DOMINI()l K 3(>i

sans rien dire au bout de la table du serviteur de Dieu Dominique, et se retirèrent si vite que personne ne put savoir dans la suite d'où ils étaient venus, ni comment ils étaient sortis. Alors saint Dominique étendit les mains çà et là sur la communauté et dit : « Maintenant, mes frères, mangez. » — Un jour, saint Dominique était en chemin et il tombait une très forte pluie; il fit le signe de la croix et il écarta la pluie toute entière de lui et de son compagnon, de sorte que ce fut comme s'il s'était couvert d'un pavillon avec la croix : et alors que toute la terre était couverte d'eau, il n'en tombait pas une goutte autour d'eux, à une distance de trois coudées *. — Une fois que dans les en\irons de Toulouse, il venait de traverser une rivière dans une barque, le batelier lui demanda un denier pour prix de son passage. Comme l'homme de Dieu lui promettait le royaume des cieux pour récompense, en ajoutant qu'il était le disciple de J.-C. et qu'il ne portait avec lui ni or, ni argent, le batelier le saisit par sa chape et lui dit : « Tu me donneras ta chape ou un denier. » Alors l'homme de Dieu leva les yeux au ciel, fit intérieurement une petite prière et regardant à terre, et y voyant un denier qui, sans aucun doute, lui était envoyé par le bon Dieu : « Voici, dit-il, mon frère, ce que vous me demandez, prenez et laissez-moi aller en paix. » — Il arriva un jour que saint Dominique étant en voyage s'associa avec un religieux qui lui était bien connu par sa sainteté, mais dont il n'entendait ni le lani.'^at.^e nila langue Contrarié

* llumbert, Vie, n"3«.

362 LA LKGKNDK DOREE

de ce qu'il ne pouvait pas conférer avec lui des choses du ciel, il obtint de Dieu que l'un parlât la langue de l'autre, de manière à se comprendre pendant les (rois jours qu'ils avaient à voyager ensemble. — On lui présenta une fois un homme obsédé d'un grand nombre de démons ; il prit une étole qu'il se mit au cou, ensuite il la serra autour du cou du démoniaque en lu'i ordonnant de ne plus faire souffrir cet homme désor^ mais. Alors ces démons commencèrent à être tour*^ mentes dans le corps de l'obsédé, et crièrent : « Laisse--^ nous sortir, pourquoi nous forces tu à être tourmenté ici? » Et saint Dominique dit: « Je ne vous laisserai point partir, à moins que vous ne me donniez des garants qui me répondront que vous ne rentrerez plus désormais. » « Quels garants, répondirent-ils, pourrons-nous te donner? » Et il reprit: « Les saints martyrs dont les corps reposent en cette église. » Et ils dirent : « Nous ne le pouvons, car nos mérites sont en contradiction, o « Il faut, vous dis-je, les donner, autrement je ne vous délivrerai jamais du tourment que vous endurez. » Alors ils répondirent à cela qu'ils sVn occuperaient : et peu après ils dirent: « Eh bien, nous avons obtenu, quoique nous ne le méritions pas, que les saints martyrs soient nos garants. » Or, saint Dominique leur demandant un signe par lequel il pourrait s'assurer de cela, les démons lui dirent : « Allez à la châsse qui renferme les têtes des martyrs et vous la trouverez renversée. » On y alla et l'on trouva qu'il en était comme ils l'avaient assuré *.

Thiorrv d'Apolil.i.

SAINT UOMr.NigUE 303

Pendant une de ses prédications, des femmes qui s'étaient laissé corrompre par les hérétiques vinrent se jeter à ses pieds en lui disant ; « Serviteur de Dieu, venez à notre aide; si ce que vous avez prêché aujourd'hui est vrai, depuis longtemps l'esprit d'erreur a aveuglé nos cœurs. » Saint Dominique leur dit : « Soyez constantes et attendez un peu afin de voir à quel maître vous vous êtes attachées. » Aussitôt elles virent sauter du milieu d'elles un chat affreux qui avait les proportions d'un grand chien avec des yeux gros et flamboyants, une langue longue et large, injectée de sang et qui allait jusqu'à son nombril ; sa queue courte et relevée laissait voir toute la turpitude de son derrière, de quelque côté qu'il se tournât; et il s'en exhalait une puanteur insupportable. Après qu'il eut tourné pendant un certain temps çà et là, autour de ces femmes, il grimpa dans le clocher par la corde de la cloche et disparut, laissant après lui des traces dégoiltantes. Alors ces femmes, après avoir remercié Dieu, se convertirent à la foi catholique *'. — Il avait convaincu dans la province de Toulouse un certain nombres d'hérétiques condamnés au bûcher; et il vit au milieu d'eux un homme appelé Raymond ; alors il dit aux bourreaux : « Conservez celui-ci,, et qu'on ne le brûle pas avec les autres. » Puis se tournant vers lui : ce Je sais, lui dit-il avec bonté, je sais, mon fils, que vous serez un jour, quoique ce ne soit pas de sitôt, un homme de bien, et un saint. » On relâcha donc cet homme qui, pendant vingt ans encore, resta dans Thé-

* Thierry d'Apolda, ch. iv, n^ 54.

résie ; enfin s'étant converti, il entra dans l'ordre c^ frères Prêcheurs où il vécut saintement jusqu'à mort. — Comme saint Dominique était en Espag en compagnie de quelques frères, il lui apparut un d gon épouvantable, qui s'efforçait d'engloutir les frèr dans sa gueule. L'homme de Dieu, qui comprit le se de cette vision, exhortait ses compagnons à résist courageusement. Peu de temps après ils le quittère tous à l'exception de frère Adam et de deux convers. Il demanda donc à l'un d'eux s'il voulait s'eiT aller comme les autres : « A Dieu ne plaise, mon père,^ répondit-il qu'en quittant la tête, je suive les pieds. » Alors saint Dominique se mit en prière, et presque tous furent convertis peu de temps après par le mérite de cette prière. — Comme il se trouvait à Rome, au couvent de saint Sixte, l'esprit de Dieu vint sur lui soudainement et il rassembla les frères au chapitre : alors il leur annonça que quatre d'entre eux devaient mourir bientôt, deux de la mort du corps, et deux de la mort de l'àme. En effet peu après deux frères s'endormirent dans le Seigneur et deux autres se retirèrent de l'ordre *. — Lorsqu'il était à Bologne, se trouvait en cette ville maître Conrad, Allemand, que les frères souhaitaient fort de voir entrer dans l'ordre. Or, saint Dominique étant en conversation, la veille de la fête de l'Assomption de la sainte Vierge, avec le prieur du monastère de Casa-Mariac de l'ordre de Citeaux, il lui dit entre autres choses en forme de confidence : « Je vous avoue, prieur, une chose que je n'ai

'' liiiiiiberl, II" r»().

js^nnais découverte à personne jusqu'à présent, et que ^'ous ne révélerez pas vous-même à d'autres, de mon ^'î vant ; c'est que je n'ai jamais rien demandé ici-bas je ne Taie obtenu selon mes désirs. » Comme le our lui disait que peut-être il mourrait avant lui, ^iri.t Dominique lui dit en esprit prophétique qu'il vivait longtemps après lui. La prédiction se réalisa. 'ors le prieur ajouta : « Demandez donc, mon père, ^'^^ Dieu vous donne pour votre ordre maître Conrad, ^ '-•tî vos frères paraissent désirer tant être des vôtres. » ^'^^^îs saint Dominique lui répondit : « Mon bon frère, ^"^^Us avez demandé là une chose difficile. » Après plies, les frères étant allés se reposer, Dominique dans l'église où il passa la nuit en prière comme ^ ^^•-ïiit sa coutume. Or, quand on vint chauler prime, *^^ <inoment où le chantre entonnait riivmne Jam lacis ^**^o sidère, voici que celui qui devait être un nouvri **«lre d'une nouvelle lumière, inattre Conrad, vient ^^^t à coup se prosterner aux pieds de saint Doniini- ^^^, et lui demander instamment l'habit de Tordre. Il t^^ï*sévéra dans sa demande et fut reçu. Ce fut un zélé ^^'ig'îeux qui enseigna dans l'ordre à la grande satis- *^^Uoii de tous. Il était près de mourir et avait déjà •^ï*naé les yeux, de sorte qu'on le croyait mort, quand ^* '^egarda les frères qui étaient autour de lui et dit : ^^^ninus vobiscum. Quand on eut répondu : Et mm ^yirilu tuo, il ajouta : Fidelium animœ per misericor- ^hm Dei requiescanl in puce *. Et aussitôt il reposa ^^ paix dans le Seigneur.

* Cp sont les paroles par lesquelles {'Kefiise termine tous

'36B <\ LfT.ESUK nnlIKF,

Le servlli'ur de Dieu saint Dominique l'iail dou^ d'une ^^alité tlMme que rien n'ébrunlail, sinon quand il étiiil Iroutiié par lii compassion et par ta mis^ri* cordp; cl parce qu'un cœur coulent épanouit le visage on voyait, A sa douceur extérieure, la paix qui régnail au dodan» de lui. Dans le journée, personne n'était plus simple que lui avec les frères et ses compagnons, tout en observant les règles de la biensi'ance; la nuit personne n'était plus exact aux oflices et à la prière. Il consacrait le jour au prochain et la nuit à Dieu. Il avait fait de ses jeux comme une fontaine de larmes. Souvent quand on levait le corps du Seigneur à la messe, il était ravi en esprit comme s'il avait vu présent J.-C. incarné : c'est pour cela que pendant lon^ temps, il n'assista pas à la messe avec les autres. Il avait aussi la coutume de passer très souvent la nuit dans l'éiçlise, en sorte qu'il semblait n'avoir pas on presque pas de lieu tîxe pour prendre son repos : et quand la nécessité de dormir \e surprenait à la suite de ses fatigues, il se reposait ou bien devant l'autel, ou bien la léte inclinée sur une pierre. Chaque nuit il prenait lui-même trois fois la discipline avec une chaîne de fer : une fois pour soi-même, une seconde fois pour les pécheurs qui vivent dans le inonde, et une troisième fois pour ceux qui souffrent dans le purgatoire. Élu, un jour, à l'évêché de Couserans, d'autres disent de Comminge, il refusa nettement, protestant devoir plutôt quitter la terre que de consentir jamais

SCS ol'Hces : elles siginificnl : Qw pur la miséricorde de Dira, let

limes (In fidflei reposent en paix.

SAINT DOMrNlQl'E 307

à une élection dont il serait l'objet. — Ou lui ilemauclail un jour pourquoi il ne restait pas à Toulouse, ou clans le diocèse de cette ville, plutôt que dans le diocèse de Carcassonne, il répondit : « C'est parce que, dans le diocèse de Toulouse, je rencontre bon nombre de personnes qui m'honorent, et que à Carcassonne, au contraire, tout le monde me fait la g-uerre. » Quelqu'un lui demandait dans quel livre il avait le plus étudié : « C'est, dit-il, dans le livre de la charité. » — Une fois qu'étant à Bologne il passait la nuit dans l'église, le diable lui apparut sous la figure d'un frère. Saint Dominique, croyant que c'en était un, lui faisait signe d'aller se reposer comme les autres. Or, celui-là lui répondait par signes comme s'il se moquait de lui. Alors saint Dominique voulant savoir quel était celui qui méprisait ainsi ses ordres, alluma une chandelle à la lampe et regardant sa figure reconnut tout de suite que c^était le diable. Le saint l'accabla de reproches et le diable se mit à l'insulter pour avoir rompu le silence ; alors saint Dominique lui déclarant qu'il lui était permis de parler en sa qualité de maître des frères, il le força de lui déclarer en quoi il tentait les frères au chœur. Le diable lui répondit : « Je les fais arriver tard et sortir tôt. » Il le conduisit ensuite au dortoir et lui demandant de quoi il y tentait les frères. Il dit : « Je les fais trop dormir, se lever tard, et de cflte manière, ils y restent pendant l'office et de tem[»s en temps, je leur suggère de mauvaises pensées. » Fuis il le mena au réfectoire, et lui demanda de quoi il y tentait les frères; alors le démon se met à sauter sur les tables, en répétant souvent ces paroles : (( Plus

3ti8 LA LÉGENDE DOREE

Cl inoilis, plus et moins. » El comme saint Dominique lui demandait ce qu'il voulait dire par là, il répondît : <( il y a quelques frères que je tente de mang-er plus, cl par conséquent de manquer souvent à la règle en mangeant trop : d'autres, de manger moins, afin qu'ils deviennent sans force dans le service de Dieu el dans la pratique de leurs règles. » De là il le conduisit au parloir, en s'informant de quoi il y tentait les frères. Alors* le diable se mit à tourner la langue dans sa bouche avec vitesse et faisait entendre un bruit confus étrange. Saint Dominique lui demandant ce que cela voulait dire, le diable répondît : « Ce lieu est tout à moi : car quand les frères se rassemblent pour parler, je m'applique à les tenter de parler sans ordre, d'entremêler des paroles inutiles et de telle façon que l'un n'attende pas l'autre. » Enfin saint Dominique conduisit le diable au chapitre, mais quand il fut arrivé à la porte, le démon n'y voulut absolument pas entrer: « Ici, dit-il, je n'entrerai jamais; c'est pour moi un lieu de malédiction et un enfer. Je perds ici tout ce que j'ai gag-né ailleurs : car quand j'ai fait tomber un frère en quelque négligence, il s'en purifie de suite dans ce lieu de malédiction et s'avoue coupable devant tout le monde : c'est ici qu'on leur donne des avis, ici qu'ils se confessent, ici qu'ils s'accusent, ici qu'ils sont frappés, ici qu'ils sont absous, et de celte manière, je vois avec douleur que j'ai perdu tout ce que je me réjouissais d'avoir gagné ailleurs. » Après avoir dit ces mots, il disparut *.

" Thierry d'ApoIda, c. xv.

Enfin le terme de son pèlerinage approchant, Do- ^^^inique, qui était à Bologne, commença à tomber en ^nçueur et en grande faiblesse; la dissolution de son Orps lui fut montrée dans une vision : Un jeune oncime d'une grande beauté lui apparut, et Tappela I disant : « Viens, mon bien-aimé, viens à la joie, îrms*. » Alors il fit venir douze des frères du cou.r^ 1 de Bologne, et pour ne pas les laisser déshérités rphelins, il fit son testament en ces mots : « Voici ue je vous laisse comme à mes enfants, afin que s le possédiez à titre héréditaire : Ayez la charité, ^ez l'humilité, et possédez la pauvreté volon- €**. » Mais ce qu'il défendit le plus expressément il put, c'est que personne ne fît jamais entrer dans ordre des biens temporels, menaçant de la malé- ^^lion du Dieu tout-puissant et de la sienne celui qui ^ enterait de salir l'ordre des Prêcheurs, de la pous- ^re des richesses terrestres. Comme ses frères se ^sciaient de sa perte, il leur dit avec bonté pour les ^ïisoler : « Mes enfants, que ma mort corporelle ne ^Ous trouble pas; et soyez certains que je vous serai plus utile mort que vif. » Arriva ensuite son heure dernière et il s'endormit dans le Seigneur, Tan 1221. Le jour et l'heure de son trépas furent révélés, ainsi qu'il suit, à frère Guali, alors prieur des frères Prêcheurs de Brescia et par la suite évêque de la même ville. Il dormait d'un léger sommeil, la tête appuyée sur le clocher des frères, quand il vit le ciel ouvert et deux échelles blanches qui en descendaient sur la terre ;

* Barthélémy de Tronic, u^ 13.

** Humbert, n<> 53.

370 LA LKGENDE DOREE

J.-C. avec la mère en tenait le haut, et les anges y montaient et descendaient en poussant des acclamations de joie. En bas entre les deux échelles était placé un siège sur lequel se trouvait assis un frère dont la tête était couverte d'un voile. Or, Jésus et sa mère tiraient les échelles en haut, jusqu'à ce que le frère eut été élevé au ciel dont l'ouverture fut alors refermée*. Le frère Guali étant venu de suite à Bologne, apprit que c'était en ce jour et à cette heure-là même que le Père était trépassé. — Un frère, nomm^ Raon qui restait à Tihur, était à l'autel pour célèbre^ la messe au jour et à l'heure du trépas du Père. Comm^ il avait appris que le saint était malade à Bologne,^ quand il fut arrivé à l'endroit du canon où l'on a cou— ^ tume de faire mention des vivants, et qu'il voulait prier pour sa guérison, il tomba tout à coup en extase, et il vit l'homme de Dieu Dominique ceint d'une couronne d'or, et tout resplendissant de lumière ; deux personnages vénérables l'accompagnaient sur la route royale hors de Bologne. Il prit note du jour et de l'heure et il trouva que c'était alors que le serviteur de Dieu Dominique était mort. Son corps étant resté sous terre pendant un long espace de temps, et les miracles qui s'opéraient à chaque instant devenant de plus en plus nombreux, sa sainteté était devenue évidente ; alors la piété des fidèles les porta à Iransporler son corps dans un lieu plus élevé. Quand, après avoir brisé le mortier avec des instruments de fer, on eut soulevé la pierre, et ouvert le monument, il s'en échappa une

* AiHonr do sa vio.

^eur tellement suave que c'était à croire qu'on n'avait

pas ouvert un tombeau, mais une chambre pleine

d'aromates*. Et cette odeur qui l'emportait sur celle

^^ tous les parfums ne semblait avoir rien de pareil

^^ns la nature : ce n'était pas seulement aux ossements

^^ à la poussière de ce saint corps qu'elle était inhé-

''^nte, ou même à la châsse, mais encore à la terre

d alentour, de sorte que transportée dans des pays

^'^igiiés elle gardait son parfum pendant longtemps.

*-^5$ mains des frères qui avaient touché quelque chose

Qe^ reliques, se trouvèrent tellement embaumées qu'on

^^'^îlbeau les laver et les frotter, elles conservèrent

^'^ftjlemps cette ppeuve de bonne odeur.

tians la province de Hongrie, un homme de noble

Ce vint avec sa femme et son fils encore tout jeune

P^^^tar visiter les reliques de saint Dominique qu'on avait

Si Ion ; mais ce fils y tomba malade et mourut. Alors

*^ père porta son corps devant l'autel de saint Domi-

^^*^i.ie et se mit à se lamenter et à dire : « Bienhcu-

ï'^\i>c Dominique, je suis venu vers vous plein de joie

^^ je m'en retourne plein de tristesse ; je suis venu

^'^'ec mon fils et j'en suis privé pour m'en aller ; ren-

d^z-moi, je vousen prie, rendez-moi mon fils ; rendez-

^'^oi la joie de mon cœur. » Et voici que vers le milieu

d^ la nuit, l'enfant ressuscita et se promena par l'é-

îÇiise. — Un jeune homme au service d'une dame iio-

We s'occupait à pécher dans la rivière; il tomba dans

\eau, y fut suffoqué et disparut. Ce fut longtemps

Siprès que son corps fut retiré du fond de la rivière.

* Jourdain de Saxe.

Sa maîtresse invoqua saint Dominique pour qu'il fût ressuscité, et promit d'aller pieds nus à ses reliques et de rendre la liberté à cet esclave s'il ressuscitait. A l'instant ce jeune homme, qui était mort, fut rendu à la vie et se leva au milieu de tout le monde qui se trouvait présent. Sa maîtresse accomplit son vœu ainsi qu'elle l'avait promis. — Dans cette même province de Hongrie, un homme versait des larmes amères sur le cadavre de son fils, et priait saint Dominique pourobtenir sa résurrection. Environ au moment où les coqs chantent, cehii qui avait été mort ouvrit les yeux et dit à son père : « Comment se fait-il, mon père, que j'aie la fi«;ure ainsi mouillée ? » « Ce sont, lui répondit-il, les larmes de ton père, car tu étais mort et j'étais resté seul privé de toute joie. » Son fils lui dit : « Vous avez beaucoup pIeuré,mon père, mais saint Dominique, compatissant à votre désolation, a obtenu par ses mérites (jue je vous sois rendu vivant. » — Un homme, lanîj^uissant cl aveugle depuis dix-huit ans,avaitle désir de visiter les rcli([ues de saint Domini(|ue ; il essaya de sortir (le son lit, se leva, et ressentit venir en lui subitement une force assez y^rande pour se mettre à marcher à pas pressés; sa faibIess(Mie corps et sa cécité diminuaient à mesure qu'il faisait chaque jour du chemin, jusqu'à ce (ju'enfin, parverni au lieu ([u'il avait prispour but, il rerut le bienfait d'uut» double e;'uérison complète. — En la même [)r()viure de Hongrie, une dame qui avait riuleution (le faire célébrer une messe en Thoniieur d(» saint Dominique ne trouva pas de prêtre à l'heure qu'elle voulait ; alors elle eiiveloppa dans un linge |)ro|)re les trois chandelles qu'elle avait destinées

SAINT DOmNIQUE 373

pour la messe et les serra dans un vase ; elle s'en alla pour un instant et en revenant un moment, après elle vit les chandelles brûler à grandes flammes. Tout le monde accourut pour voir ce spectacle étrange, et resta tremblant et priant jusqu'au moment où les chandelles furent entièrement brillées sans que le linge soit endommagé.

A Bologne, un écolier nommé Nicolas souffrait d'une telle douleur aux reins et aux genoux qu'il ne pouvait se lever de son lit ; sa cuisse gauche s'était desséchée au point qu'il n'y avait plus pour lui aucun espoir de guérison. Se vouant à Dieu et à saint Dominique, il se mesura de toute sa longueur avec un fil dont on devait faire une chandelle ; après quoi il se mit à se ceindre le corps, le cou et la poitrine. Au moment où il entourait son genou du fil, comme il invoquait, à chaque fois qu'il faisait un tour, le nom de Jésus et de saint Dominique, aussitôt il se sentit soulagé et s'écria : « Je suis délivré. » Il se lève en pleurant de joie et vient sans l'aide de personne à l'église où reposait le corps de saint Dominique. Dans la même ville de Bologne, Dieu opéra un nombre infini de miracles par son serviteur. — En la ville d'Augusta en Sicile, une jeune fille, qui avait la pierre, devait être taillée. La mère, à raison du péril que courait son enfant, la recommanda à Dieu et à saint Dominique. La nuit suivante saint Dominique apparut à la jeune fille pendant son sommeil, lui mit dans la main la pierre qui la faisait souffrir. La jeune fille, à son réveil, se trouvant guérie, donna cette pierre à sa mère et lui raconta la vision qu'elle avait eue; la mère prit alors la pierre et n. 24-

374 LA LRGENDR DORÉE

la porta au couvent des frères où elle la suspendit devant l'image de saint Dominique, en mémoire d'un si grand miracle. — Dans la ville d'Augusta, des dames qui avaient assisté, en Téglise des frères, à la messe solennelle le jour de la fête de la translation de saint Dominique, virent en revenant chez elles une femme occupée à filer devant la porte de sa maison ; elles se mirent à la tancer de ce qu'elle n*avaitpas interrompu son travail au jour de la fête de ce grand saint. Cette femme indignée leur répondit: « Vous qui êtes les bigotes * des frères, faites la fête de votre saint. » A l'instant ses yeux s'enflèrent, et il en sortit de la pourriture et des vers ; de sorte qu'une de ses voisines en compta dix-huit qu'elle lui ôta. Alors remplie de componction elle vint à Téglise des frères, y confessa ses péchés et fit vœu de ne jamais parler mal de saint Dominique et de célébrer sa fête avec dévotion. A l'instant elle récupéra sa première santé.

Une religieuse nommé Marie, au monastère de la Magdeleine, à Tripoli, souffrait des douleurs cuisantes. Ayant reçu un coup à la jambe, elle était tourmentée affreusement depuis cinq mois ; on attendait à chaque instant l'heure de son trépas. Elle se recueillit en ellemême et fit cette prière : « Mon Seigneur, je ne suis digne ni de vous prier, ni d'être exaucée ; mais je prie mon seigneur saint Dominique d'être médiateur entre vous et moi, et de m'obtenir le bienfait de la santé. » Or, comme elle priait longtemps en répandant des lar-

* Le texte porte BisotœcX Brixotœ, mot qui ne se trouve dans aucun diclionnaire.

SAïNT DOMINIQUE 375

>^es, elle tomba en extase et vit saint Dominique entrer avec deux frères, soulever le rideau qui était devant son lit, et lui dire : « Pourquoi désirez-vous tant d'être guérie? » « Seigneur, répondit-elle, c'est afin de pouvoir mieux servir Dieu. » Alors saint Dominique *'*i^ de dessous sa chape un onguent d'une admirable odeur avec lequel il fit des onctions à sa jambe et elle fut guérie à l'instant ; puis il lui dit : « Cette onc- ^>on est bien précieuse, douce, et difficile. » Et comme ^ette femme lui demandait de lui expliquer le sens de ^^s paroles ; il répondit : « Cette onction est le signe ^^ 'amour, qui est précieux, parce qu'on ne peut l'acneler avec de l'argent, et parce que de tous les dons "^ ûieu il n'y en a point de préférable à son amour ; ^"^ est douce, car il n'y a rien de plus doux que la charité ; elle est difficile parce qu'elle se perd vite si ^^ ne la conser\'e avec précaution. » Cette nuit-là même, ^* apparut à sa sœur qui reposait au dortoir et lui dit : ^^ J'ai guéri ta sœur. » Celle-ci accourut et trouva sa ^ur guérie.Or, comme Marie sentait qu'elle avait reçu ^neonction réelle, elle l'essuya très respectueusement avec de la soie. Quand elle eut raconté tout à Tabbesse etàson confesseur et qu'elle leur eut montré l'onction qui était sur la soie elles furent frappées de sentir une odeur si grande et si nouvelle pour eux qu'ils ne pouvaient la comparer à aucun parfum ; et ils conservèrent cette onction avec le plus grand esprit. — Pour prou ver combien est agréable à Dieu l'endroit où repose le très saint corps du bienheureux Domini([uc, il suffira de choisir ici, entre mille, un miracle qui s'y opéra.

Maître Alexandre, évêque de Vendôme *, rapporte dans ses Apostilles sur ces paroles : Misericordia et ve* ritas obviavevunt sibi (Ps. lxxxiv) qu'un écolier de Bologne, adonné aux vanités du siècle, eut la vision suivante : Il lui semblait être dans un vaste champ, et une tempête extraordinaire allait fondre sur lui. Il se mit à fuir pour Téviter et arriva à une maison qu'il trouva fermée. Il frappa à la porte en priant qu'on lui ouvrît. La personne qui habitait la maison lui répondit : <( Je suis la justice ; c'est ici que j'habite, cette maison est à moi ; or, parce que tu n'es pas juste, tu ne peux y habiter. » En entendant ces paroles, il se retira tout triste, et voyant plus loin une autre maison, il y vint, et frappa en demandant qu'on l'y reçût. Mais la personne qui restait à l'intérieur lui répondit: « Je suis la vérité ; c'est ici que j'habite ; cette maison est à moi ; mais je ne te donnerai pas l'hospitalité, parce que la vérité ne préserve pas celui (pii ne l'aime pas. » Alors il s'éloigna et vil une troisième maison plus loin. Quand il y arriva, il supplia comme auparavant qu'on l'y mît à l'abri delà tempête. La maîtresse qui était à Tintéricur lui répondit: « Je suis la paix et j'habite ici ; or, il n'y a pas de paix pour les impies, mais pour les hommes de bonne volonté. Cependant comme ni-^s pensées sont des pensées de paix et non (rafUiction, je te donnerai un avis salutaire. Plus loin habite ma sœur ; elle secourt toujours les misérables ; va la trouver et fais ce qu'elle te dira. » Quand il y fut

' Il y a une variante dans le texte; l'une porte Vindonicensis et l'autre Vîndoniensis.

SAINT SIXTE, PAPE 377

arrivé, celle qui était à Tiiitérieur lui répondit : « Je suis la miséricorde, c'est ici ma maison. Si donc tu désires être à Tabri contre la tempête qui te menace, va à la maison qu'habitent les frères prêcheurs, tu y trouveras retable de la pénitence, la crèche de la continence, rherbede la doctrine, Tâne de la simplicité avec le bœuf de la discrétion, Marie qui t'éclairera, Joseph qui te parfera, et l'enfant Jésus qui te sauvera. » A son réveil l'écolier vint à la maison des frères, et raconta l'ensemble de sa vision; ensuite il prit et reçut riiabit de Tordre *.

SAINT SIXTE, PAPE

Sixte vient de Sion qui veut dire Dieu, et de status, étal ; comme on dirait état de Dieu. Ou bien sixtus vient de sisto, assis; fixe, ferme dans la foi, dans son martyre et ses bonnes tJBuvres**.

Le pape Sixte était d'Athènes; d*abord il fut philosophe, et dans la suite disciplcde J.-G. Elu souverain Pontife, il fut traduit devant Dèce et ValéritMi avec ses deux diacres Félicissime et Agapil. Gomme Dèce ne pouvait le faire céder par aucune considération, il le fit conduire au temple de Mars, afin de l'y forcer à sacrifier, sinon il serait enfermé dans la prison Mamertine. Or, il refusa, et comme on le menait en prison, le bienheureux Laurent le suivait et lui disait: « Où allez-

* Cîéranl de Trachel, I. I, c. m.

•• Bréviaire romain .

VOUS sans votre fils, mon père? saint prêtre, où allezvous sans votre ministre? » Sixte lui répondit : « Je ne te quitte pas, mon fils, je ne t'abandonne pas :mais tu es réservé à de plus g^rands supplices pour la foi de J.-C. Dans trois jours tu me suivras; le lévite suivra le prêtre. D'ici là prends les trésors de l'Eglise et partage-les à qui tu le jugeras à propos. » Quand il les eut distribués aux chrétiens pauvres, le préfet Valérien donna l'ordre de mener Sixte sacrifier au temple de Mars : s'il refusait, il devait avoir la tête tranchée. Pendant qu'on l'y conduisait, le bienheureux Laurent, qui était derrière lui se mit à crier et à dire : « Soyez assez bon, lui dit-il, pour ne pas m'abandonner, père saint, parce que j'ai déjà dépensé les trésors que vous m'avez confiés. Alors les soldats, entendant parler de trésors, se saisirent de Laurent, et tranchèrent la tête à saint Sixte ainsi qu'à Félicissime et à Agapit.

C'est aujourd'hui la fête de la Transfiguration du Seigneur. Dans certaines églises on consacre le sang de J.-G. avec du vin nouveau, si on peut en faire et en trouver ; ou du moins on exprime, dans le calice, un peu de jus d'une grappe de raisin mûr. En ce jour encore, on bénit des grappes de raisin et le peuple eu prend (comme du pain bénit*). La raison en est que Xolrc-Seigneur dit à ses disciples le jour qu'il fît la (lène : « Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne jusqu'à ce jour où je le boirai de nouveau avec vous dans le rovaumc de mon père. » (Matt., xxvi) Or, celte Transdguration, et ces mots vin nouveau, que

•"(^'osl une (li's siu^aiticdlious liluri^ujues iIl» commun ico.

SAINT DOWAT 379

J.-(i. prononça, rappellent le glorieux renouvellement qui s'opéra dans le Sauveur après sa résurrection. C'est pour cela qu'en ce jour de la Transfiguration qui représente la résurrection, on se sert de vin nouveau : mais ce n'est pas parce que, selon quelques auteurs, la Transfiguration eut lieu en ce jour, mais bien parce que ce fut en ce jour que les Apôtres en donnèrent connaissance. Car la Transfiguration eut lieu, dit-on, vers le commencement du printemps; et ce fut par respect pour la défense que les apôtres reçurent de la publier, qu'ils la cachèrent si longtemps et qu'ils la rendirent publique à pareil jour. C'est ce qu'on lit dans le livre intitulé : Jtf//ra/^ * (Lib. IX, c. xxxviii).

SAINT DOXAT**

Donat, vient de Né de Dieu, et cela par régénération, par infusion de grâce et par glorification ; celle-ci est triple, par (génération, par esprit, et par Dieu. Car quand les saints meurent, on dit qu'ils naissent; c'est pour cela que leur trépas n'a pas le nom de mort, mais de natalice. En effet l'enfant aspire à naître afin de recevoir plus d'espace pour sa demeure une nourriture plus substantielle pour le manger, un air plus spacieux pour respirer, et de la lumière pour voir. Les saints, par leur mort, sortent des entrailles de l'Eglise, reçoivent ces quatre avantages à leur manière : c'est pour cela

* Cet ouvrage a été publié par M. le comte de l'Escalopier dans la Patrologie de Miiçne. Il est de Sicardî, évocjue de Crémone.

Saint Grégoire de Tours ; — Sozomcne ; — Bréviaire Romain,

qu*on dît qu'ils naissent. Ou bien il est appel<^ Donat, ce qui signitierait donne par don de Dieu.

Douai fut élevé et nourri avec Tempereur Julien, jusqu'au moment où il fut ordonné sous-diacre : maïs quand Julien fut élevé à l'empire, il tua le père et la mère de saint Donat. Alors Donat s'enfuit dans la ville d'Arezzo, où il demeura avec le moine Hilaire et fit beaucoup de miracles : carie préfetde la ville ayant son fils démoniaque, il l'amena à Donat et l'esprit immonde se mit à crier et à dire : « Au nom du Seigneur J.-C, ne me tourmente pas pour que je sorte de ma maison, ô Donat; pourquoi me forces-tu par des tourments de sortir d'ici? » Mais saint Donat fit une prière et l'enfant fut délivré aussitôt. — Un homme nommé Eustache, receveur du fisc en Toscane, laissa une somme d'argent qui appartenait au trésor public, à la garde de sa femme nommée Euphrosine. Comme la {)rovince était ravagée par les ennemis, cette femme cacha l'argent; mais prévenue par une maladie, elle mourut. Le mari, à son retour, n'ayant pas trouvé son dépôt, était sur le point d'être traîné au supplice avec ses enfaiils; il eut alors recours à saint Donat. Or, celui-ci alla an tonihean de la femme avec le mari, et après avoir fait une prière, il dit à intelligible voix: « Euphrosine, je t'adjure par le Saint-Esprit de nous (lin* on tu as déposé telle somme d'argent. » Et une voix sortant du sépulcre dit: (( A l'entrée de ma maison, c'est là que je Tai enterrée. » On y alla et on l'y trouva coninie elle avait dit. Ouelques jours après, l'évèque Satire s'endormit dans le Seit^neur et tout le clergé élut Donat pour lui succéder. Saint Grégoire

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