‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sourcesChapitre 41 sur 73 · SAINT DONAT · texte numérisé non relu

SAINT DONAT

rapporte *, qu'un jour, après la célébration de la messe, le peuple recevant la communion, et le diacre présentant la coupe où était le sang de J.-C, les païens se ruèrent dans l'église, renversèrent le diacre qui brisa le saint calice. Comme il en était fort affligé ainsi que tout le peuple, Donat recueillit les fragments du calice, et ayant fait une prière, il le rétablit dans sa forme première. Mais le diable en cacha un morceau qui manqua au calice, c'est toutefois un témoignage du miracle. Les païens, à cette vue, se convertirent et furent baptisés au nombre de quatrevingts. Il y avait une fontaine tellement infectée que quiconque en buvait, mourait aussitôt. Or, comme saint Donat allait, monté sur son âne, rendre cette eau saine par ses prières, un dragon terrible s'élança de l'eau, enroula sa queue autour des pieds de l'âne el se dressa aussitôt contre Donat. Le saint le frappa avec un fouet, ou, selon qu'on le lit autre part, lui cracha dans la gueule ; ce qui le tua à l'instant: ensuite il fit une prière et détruisit tout le venin de la fontaine**. Un jour que Donat et ses compagnons étaient pressés par la soif, il fifjaillir une autre fontaine, à l'endroit où ils se trouvaient.

La fille de l'empereur Théodose était tourmentée par le démon, et on l'amena à saint Donat : « Sors, lui dit-il, esprit immonde, et cesse d'habiter dans une créature de Dieu. » Le démon lui répondit : «Donnemoi un passage par où sortir et un endroit où je

Dialogues, 1. I, c. vu.

Sozomèae, ffist. trip.^ I. IX, c. xlvi,

puisse aller. » Doiiat lui dit : « D'où es-tu venu ici?» « Du désert, répondit le démon. » « Retournes-y, reprit le saint. » Alors le démon lui dit : « Je vois sur toi le signe de la croix d'où sort un feu contre moi, et j*ai si peur que je ne sais où aller. Mais laisse-moi sortir et je sors. » Donat lui dit: a Voici un passag-e, retourne dans le lieu qui t'appartient. » Et il sortit en ébranlant toute la maison. — On portait un mort en terre, quand arriva quelqu'un avec un billet, attestant que le mort lui devait 200 sols; et il ne permettait pas qu'on l'ensevelisse. La veuve éplorée vint informer saint Donat de ce qui se passait, en ajoutant que cet homme avait été payé intégralement. Alors saint Donat se leva pour venir au cercueil, et touchant la main du mort, il lui dit : « Ecoute-moi. » Le défunt répondit : « Me voici. » Alors saint Donat lui dit : « Lève-toi, et vois ce que tu as à faire avec cet homme, qui s'oppose à ce qu'on t'ensevelisse. » Alors le mort se mit sur son séant, et en présence de tous les assistants, il convainquit cet homme qu'il lui avait payé sa dette ; puis prenant le billet avec la main, il le déchira. Ensuite il dit à saint Donat : « Laissez-moi, mon père, dormir de nouveau. » Saint Donat lui répondit : « Va maintenant te reposer, mon fils. » — Vers le même temps, il y avait trois ans qu'il n'avait plu, et la stérilité était grande ; alors les infidèles vinrent trouver l'empereur Théodose et lui demandèrent (le leur livrer Donat, (jui, par ses sortilèges, était l'auteur du mal. Sur les instances de Tempereur, Donat étant sorti de sa maison, se mit en prières et le Seineur envoya une [)luie abondante, et il rentra chez

lui sans recevoir une goutte de pluie, tandis que tous les autres avaient leurs habits trempés. — A cette époque, les Goths ravageaient l'Italie et beaucoup abandonnaient la foi de J.-C. Evadracien, gouverneur, fut repris de son apostasie par saint Donat et Hylarin ; il les condamna à immoler à Jupiter. Mais s'étant refusés à le faire, le gouverneur fit dépouiller Hylarin et ordonna qu'on le fouettât jusqu'à ce qu'il eût rendu Tesprit. Pour Donat, il le fit mettre en prison et décapiter ensuite, vers l'an du Seigneur 380*.

Cyriaque, ordonné diacre par le pape Marcel, fut pris et amené devant Maximien qui le condamna, avec ses compagnons, à creuser la terre et à la porter sur leurs épaules en un lieu où on construisait les Thermes ; là se trouvait le saint vieillard Saturnin, que Cyriaque et Sésumius aidaient à porter la terre. Enfin le gouverneur fit amener devant lui Cyriaque, qui avait été jeté au cachot. Au moment où Apronianus le faisait sortir, tout à coup une voix, suivie d'une lumière, vint du ciel et dit : « V^enez, les bénis de mon père, posséder le royaume qui vous a été préparé depuis le commencement du monde. » (Matt., xxv.)

* Bréviaire romain .

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Alors Apronien crut, se fit baptiser et vint confemer J.-G. devant le §^oaveraeiir. Celui-ci lui dit : « Esl^-oe que tu as été fait chrétien ? » Apronien réponifil :. «r Malheur à moi, parce que j'ai pardu mes jours 1 » Le gouverneur reprit : « Vraimàit oui, tu pwdras tes jours. » Et il Tenvoya décapiter. Pour S^lomin et ^simius qui ne voulaient pas sacrifier, on Usar fit subir différents supplices, enfin ils forint décapilés* Or, la fille de Dioclétien, nommée Arthànîe, était tourmentée par le démon * qui criait en elle : « Je ne sortirai pas à moins que le diacre Cyrîaque ne idenne. » On lui amena donc Cyriaque, qui après avoir donné ses ordres au démon, en reçut cette i^pcMoise : « Si tu veux que je sorte, donne-moi un vase dans hqaxA je me mette. » Cyriaque répondit : cr Voici mon corps, si tu peux, entres-y. » Le démon lui dit : c Je ne puis entrer dans ce vase, parce que il est scdlé et dos; m^is si tu me chasses, je te ferai venir âms ïa Baby* lonie. » Et quand il eut été contraint de sortir, Arthémie s'écria qu'elle voyait le Dieu que Cyrîaque prêchait. Alors Cyriaque baptisa Arthémie. Comme il vivait tranquille dans une maison qu'il tenait de la générosité de Dioclétien et de son épouse Sérène, un ambassadeur vint demander, au nom du roi des Perses, à Dioclétien de lui envoyer Cyriaque, parce que sa fille était tourmentée par le démon**. Or, à la prière de Dioclétien, Cyriaque s^embarqua avec Largue et Samaraque sur un navire qui avait été pourvu du

• Bréviaire romain, ♦♦ /bid.

nécessaire, et alla avec joie dans la Babylonie. Quand il fut arrivé auprès de la jeune fille, le démon lui cria par la bouche de cette personne : « Es-tu fatigué, Cyriaque? » Cyriaque lui répondit : « Je ne suis point fatiji^é, mais je me laisse mener en tout lieu par la droite de Dieu. » Le démon dit : « Enfin, pour moi, je Fai amené où j'ai voulu. » Alors Cyriaque dit au démon : « Jésus te commande de sortir. » Le démon sortit à rinstant et dit : « Oh! nom terrible, qui me force de sortir! » Alors la jeune fille, guérie, fut baptisée avec son père, sa mère et beaucoup d'autres. Comme on offrait de nombreux présents à Cyriaque, il ne les voulut pas accepter ; mais après être resté en ce lieu quarante-cinq jours, jeilnant au pain et à l'eau, il revint enfin à Rome. Deux mois après mourut Dioclétien, auquel succéda Maximien, lequel, irrité contre sa sœur Arthémie, fit saisir Cyriaque, qui fut lié tout nu avec des chaînes, et traîné au devant de son char. (Ce Maximien peut être appelé le fils de Dioclétien, en tant qu'il fut son successeur et qu'il épousa sa fille nommée Valériane). Il ordonna à Carpasius, son vicaire, de forcer le saint à sacrifier, ou de le faire mourir dans les supplices. Carpasius, après lui avoir fait verser de la poix sur la tête, le fit suspendre au chevalet, ensuite il ordonna qu'on lui tranchât la tête ainsi qu'à tous ses compagnons. Après quoi, Carpasius obtint la maison de Cyriaque, et comme, par mépris pour les chrétiens, il se baignait dans le lieu où ce saint administrait le baptême, et qu'il y donnait un grand festin à dix-neuf de ses amis, ils moururent tous subitement . Depuis ce moment u. i5

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on ferma ces bains et les gentils commenoèreo^ k craindre et i vénérer les chrétiens.

Lauréat viendrait de tenant un lanri^. Ceat lia ariNre atae les Jiranches duquel on tressait autrefois dea eouronaes doaA on eeignait les vainqueurs. Il c»t remblème de la ▼ietoite; Ur réjouit la vue par sa verdeur constante ; il répand une ûéimt: agréable, et possède beaucoup de propriétés. Or, saint LmtcéI est ainsi nommé de laurier, parce qu'il remporta la viêla&Ri dans son martyre ; ce qui força Dèce à avouer avec eoalamMi: « Je pense que nous voici vaincus *. »

Il posséda la verdeur dans la netteté et la pureté de son corps ; ce qui lui a fait dire: « Ma nuit n'a plusriead*ebsear, etc. » Il eut l'odeur parce que sa mémoire sera lamelle: de là ces mots du Psaume m qui lui ont été appliqués : « Il a répanda des biens sur les pauvres ; sa justice demeurera dans Ions les siècles. » Saint Maxime dit : « Comment sa justiee n'aaraîtr elle pas de durée, ses œuvres étaient animées par celte verta qui lui a fait consommer son martyre. » Sa prédication fut efficace, puisqu'il convainquit Lucille, Hippolyte et Romain. Le laurier a la propriété de guérir de la pierre qu'il écrase, de remédier à la surdité, et de détourner la foudre. De même saint Laurent brise les cœurs endurcis, rend l'ouïe spirituelle, et protège contre la foudre des sentences de la réprobation **,

Laurent, martyr et diacre, Espagnol de nation, fut amené à Rome par saint Sixte. Car ainsi que le dit

*ll existe un poème sur saint Laurent dont tous les mots commencent par L.

** La vie de saint Laurent est tirée des actes anciens et reproduits dans sou office au Bréviaire romain.

M* Jean Beleth*, Sixte, dans un voyage en Espaçne, rencontra deux jeunes gens, Laurent et Vincent, son cousin, distingués par leur honnêteté et remarquables dans toute leur conduite : il les amena à Rome avec lui. L'un d'eux, c'était Laurent, demeura à Rome auprès de sa personne, et Vincent retourna en Espagne où il termina sa vie par un glorieux martyre. Mais cette opinion de M* Jean Beleth a contre elle le temps du martyre de ces deux saints ; car Laurent souffrit sous Dèce et Vincent, qui était jeune, sous Dioclétien et Dacien. Or, entre Dèce et Dioclétien, il s'écoula environ 40 ans et il y eut entre eux sept empereurs, en sorte que saint Vincent n'aurait pu être jeune. Saint Sixte ordonna Laurent son archidiacre. En c(; tempslà, l'empereur Philippe et son fils, qui portaient le même nom, avaient reçu la foi et après être devenus chrétiens, ils s'efforçaient de donner beaucoup d'importance à l'Eglise. Ce Philippe fut le premier empereur qui reçut la foi de J.-C. ; ce fut, dit-on, Origène qui le convertît, quoiqu'on lise ailleurs que ce fut saint Pontius. 11 régna l'an mille de la fondation de Rome, afin que cette millième année filt consacrée à J.-C. plutôt qu'aux idoles. Or, les Romains célébrèrent cet anniversaire avec un grand appareil de jeux et de spectacles. L'empereur Philippe avait auprès de sa personne un soldat nommé Dèce qui était courageux et renommé dans les combats. Vers cette époque, la Gaule s'étant révoltée, l'empereur y envoya Dèce afin de soumettre à la domination roniaine les Gaulois

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