C. CXLV
rebelles. Dèce mena tout à bien et revint à Rome après avoir remporté la victoire au gré de ses désirs. L'empereur apprenant son arrivée voulut lui rendre de grands honneurs et alla au-devant de lui jusqu'à Vérone. Mais comme l'esprit des méchants s'enfle d'un orgueil d'autant plus grand qu'ils se sentent honorés davantage, Dèce exalté par l'ambition en vint jusqu'à aspirer à l'empire et à comploter la mort de son mettre. Il choisit le moment où l'empereur reposait sous son pavillon pour y entrer en cachette et l'égorger pendant qu'il dormait. Quant à l'armée venue avec l'empereur, il se l'attacha par ses prières, par l'aident, par des largesses et par des promesses, et alors il se hâta d'aller à la capitale de l'empire à marches forcées. A celte nouvelle, Philippe le jeune fut saisi de craintes, et au rapport de Sicard dans sa chronique, il confia les trésors entiers de son père et les siens à saint Sixte et à saint Laurent, afin que, s'il venait à être tué luimême par Dèce, ils donnassent ces trésors aux églises et aux pauvres. N'allez pas vous étonner si les trésors distribués par saint Laurent ne sont pas appelés les trésors de IVmpereur, mais bien ceux de l'Eglise, car il put se faire cju'avec ces (résors de l'empereur Philippe, il eiU distribué en même temps quelques trésors appartenant à rÉglise : ou bien encore, on peut les apj)(*ler les trésors de l'Eglise, parce que Philippe les avait laissés à l'Eglise pour qu'ils fussent partagés entre les pauvres, quoique Ton doute avec certaine raison (|iie ce fut Sixte (|ui existât alors, comme il sera <lit plus bas. Ensuite Philippe s'enfuit et, pour ne point lonibei* entre les mains Ac Dèce, à son retour, il se
cacha. Le Sénat alla donc au-devant de Dèce et le con-
Krma dans la possession de l'empire. Or, afin de paraître
avoir tué son mattre non par trahison, mais par zèle
pour le culte des idoles, il commença à persécuter les
chrétiens avec la plus affreuse cruauté, donnant Tordre
de les égorger sans aucune miséricorde. Dans cette
persécution périrent plusieurs milliers de martyrs,
parmi lesquels futcouronné Philippe le jeune. Ensuite,
Dèce se mit à la recherche du trésor de son maître.
Sixte lui fut présenté comme adorant J.-C. et comme
possédant les trésors de Tempereur. Or, saint Laurent
qui le suivait par derrière lui criait: « Où allez-vous,
sans votre fils, ô mon père ? saint prêtre, où allez-vous
sans votre diacre? Jamais vous n'aviez coutume d'oftnr
le sacrifice sans ministre. Qu'y a-t-il en moi qui ait pu
déplaire à votre cœur de père ? Avez-vous des preuves
que j'aie dégénéré ? Éprouvez de grâce, si vous avez
fait choix d'un assistant capable, quand vous m'avez
confié le soin de distribuer le sang du Seigneur. » Ce
n'est pas moi qui te quitte mon fils, ni qui t^abandonne,
reprit le saint Pontife ; mais de plus grands combats
pour la foi de J.-C, te sont réservés. Pour nous, en
quaUté de vieillard, nous n'avons à affronter que de
faibles dangers, toi qui es jeune, tu remporteras sur
le tyran un plus glorieux triomphe. Dans trois jours,
tu me suivras, c'est la distance qui doit séparer le
prêtre et le lévite. Et il lui remit tous les trésors, en
lui ordonnant d'en faire la distribution aux églises et
aux pauvres. Le bienheureux Laurent se mit donc
nuit et jour à la recherche des chrétiens et donna
à chacun selon ses besoins. Il vint à la maison d'une
3DU LA LtGENDE DOREE
veuve qui avait caché uu grand uombre de chrétiens chez elle : depuis longtemps elle souffrait de maux de tète. Saint Laurent lui imposa les mains et elle fut guérie de sa douleur ; ensuite il lava les pieds des pauvres et leur donna l'aumône. La même nuit, il vint chez un chrétien et y rencontra un homme aveugle ; par un signe de croix, il lui rendit la vue.
Or, comme le bienheureux Sixte ne voulait pas entrer dans les vues de Fempereur, ni sacrifier aux idoles, il fut condamné à avoir la télc tranchée. Accourut alors saint Laurent qui se mit à crier à saint Sixte : « Veuillez ne pas m'abandonner, père saint, parce que déjà j'ai dépensé vos trésors que vous m'aviez confiés. » Alors les soldats, en entendant parler de trésors, se saisirent de Laurent et le livrèrent entre les mains du tribun Parthénius. Celui-ci le présenta à Dèce. Le césar Dèce lui dit : « Où sont les trésors de l'Église que nous savons avoir été déposés chez loi ? » Or, comme Laurent ne lui répondait pas, il le livra à Valérien qui était préfet, afin de le forcer à livrer les trésors et à sacrifier ensuite aux idoles, ou bien de le faire périr dans des supplices et des tourments divers. Valérien, de son colé, le mit entre les mains d'un officier noninié Hippolyte afin qu'il le gardât : et Laurent fut enfermé en prison avec beaucoup d'autres. Il y avait là sous les verrous un gentil nommé Lucillus qui, à force de pleurer, avait perdu la vue. Comme Laurent lui promettait de lui rendre l'usage de ses yeux, s'il croyait en .l.-C. et s'il recevait le baptême, cet homme demanda avec instance à être baptisé. Laurent prit donc de Peau cl lui <lit : « Tout est lavé
dans la confession. »Et quand Laurent l'eut interrogé avec précision sur les articles de foi et que Lucillùs eut confessé qu'il les croyait tous, il lui versa de Teau sur la tète et le baptisa au nom de J.-C. C'est pour cela que beaucoup d'aveugles venaient trouver Laurent et s'en retournaient guéris. Quand Hippolyte vit cela, il lui dit : « Montre-moi les trésors. » Laurent lui répondit : « O Hippolyte, pour peu que tu croies en Notre-Seigneur J.-C, je te montre des trésors et je le promets une vie éternelle. » Hippolyle lui dit: « Si lu fais ce que lu dis, je ferai aussi ce à quoi tu m'exhortes. » A la même heure, Hippolyte crut et reçut le saint baptême avec sa famille. Quand il fut baptisé il dit : « J'ai vu les âmes des innocents tressaillir de joie. » Peu après, Valérien donna ordre à Hippolyte de lui présenter Laurent. Celui-ci dit à Hippolyte : « Allons tous les deux ensemble, car la gloire nous est réservée à toi et à moi. » Ils viennent donc tous deux devant le tribunal, et l'on s'enquiert encore du trésor. Laurent demanda un délai de trois jours, ce à quoi Valérien consentit en le laissant sous la garde d'Hippolyte. Pendant ces trois jours, Laurent rassembla les pauvres, les boiteux et les aveugles et les présentant dans le palais de Sallusle à Dèce: « Ce sont là, lui dit-il, les trésors éternels qui ne diminuent jamais, mais qui s'accroissent; ils sont répartis entre chacun et trouvés entre les mains de tous; et ce sont leurs mains qui ont porté les trésors dans le ciel. » Valérien dit devant Dèce qui était présent: « Pourquoi tous ces détours? Hâte-toi de ^sacrifier et renonce à la magie. » Laurent lui dit : « Quel est celui ([u'on doil adorer? Est-ce le
créateur ou la créature? » Dèce irrité le fit frapper avec des fouets garnis de plomb, appelés scorpions, et on lui mit devant les yeux tous les genres de tortures. Comme l'empereur lui commandait de sacrifier afin qu'il échappât à ces tourments, Laurent répondit : « Malheureux ! ce sont des mets que j'ai toujours désirés. » Dèce lui dit : « Si ce sont des mets, fais-moi connaître les profanes qui te ressemblent afin qu'ils partagent ce festin avec toi. » Laurent répondit : « Ils ont déjà donné leurs noms dan«; lescieux et c'est pour cela que tu n'es pas digne de les voir. » Alors par l'ordre de Dèce, il est dépouillé, battu de coups de fouets et des lames ardentes lui sont appliquées sur les côtés. « Seigneur J.-C., dit alors Laurent, Dieu de Dieu, ayez pitié de votre serviteur, puisque quand j'ai été accusé, je n'ai pas renié votre saint nom, quand j'ai été interrogé, je vous ai confessé comme mon Seigneur. » Et Dèce lui dit : « Je sais que c'est par les secrets de la magie que tu te joues des tourments, mais tu ne sauras te jouer longtemps de moi. JVii atteste les dieux et les déesses ; si tu ne sacrifies, tu périras dans des tourments sans nombre. » Alors il commanda qu'on le frappât très longtemps avec des fouets garnis de balles de plomb. Mais Laurent se mit a ])ri(»r en disant : « Seigneur Jésus, recevez mon esprit. )) Alors il se fit entendre une voix du ciel que Dèce ouït aussi : « Tu as encore bien des combats à soutenir. » Dèce rempli de fureur s'écria : « Romains, vous avez entendu les démons consolant ce sacrilège, qui n'adore pas nos dieux, ne craint pas les tourments et ne sV'jiouvaute pas delà colère des princes. »
II ordonna une seconde fois qu'on le battît avec des scorpions. Laurent se mit à sourire, remercia Dieu et pria pour les assistants. Au même instant, un soldat, nommé Romain, crut et dit à saint Laurent : « Je vois debout en face de toi un très beau jeune homme qui essuie tes membres avec un linge. Je t'en conjure, au nom de Dieu, ne me délaisses pas, mais hâte-toi de me baptiser. » Et Dèce dit à Valérien : « Je pense que nous voici vaincus par la magie. » Il ordonna donc de le détacher de la cathaste * à laquelle il était attaché et de le renfermer sous la garde d'Hippolyte. Alors Romain apporta un vase plein d'eau, se jeta aux pieds de saint Laurent et reçut de ses mains le saint baptême. Aussitôt que Dèce en fut informé, il fit battre de verges Romain qui, s'étant déclaré chrétien de plein gré, fut décapité par Tordre de l'empereur. Cette nuit-là, Laurent fut amené à Dèce. Or, comme Hippolyte pleurait et criait qu'il était chrétien, Laurent lui dit : « Cache plutôt J.-C. au-dedans de ton cœur, et quand j'aurai crié, prête l'oreille et viens. » On apporta donc des instruments de supplices de tous les genres. Alors Dèce dit à Laurent : « Ou tu vas sacrifier aux dieux, ou cette nuit finira avec tes supplices. » Laurent lui répondit : « Ma nuit n'a pas
* La cathasta, d'après Kich, est tout simplement un s^ril de fer au-dessous duquel on meUait du feu pour torturer les criminels. Cet instrument était distingué du chevalet Ecuieus ci avait la forme d'une échelle d'après ce passasse de Salvien:
Lib. 111, De Gubernat. Dei : Ad rœlestfs regiœ januam nxreu'
fientes scalas ttibi quodam modo de ecuieis cafastisquc fecerunt. Iso Magister in Glossis catnstœ, genus tonnenti^ id eut, Iprli />'/■rei.
d'obscurités, mais lout pour moi est plein de lumière. » El Dèce dit : « Qu'on apporte un lit de fer afin que l'opiniâtre Laurent s'y repose. » Les bourreaux se mirent donc en devoir de le dépouiller et retendirent sur un gril de fer sous lequel on mit des charbons ardents et ils foulaient le corps du martyr avec des fourches de fer. Alors Laurent dit à Valérien : « Apprends, misérable, que tes charbons sont pour moi un rafrafchissement, mais qu'ils seront pour toi un supplice dans l'éternité, parce que le Seigneur lui-même sait que quand j'ai été accusé, je ne l'ai pas renié; quand j'ai été interrogé, j'ai confessé J.-C. ; quand j'ai été rôti, j'ai rendu des actions de grâces. » Et il dit à Dèce d'un ton joyeux : « Voici, misérable, que tu as rôti un côté, retourne l'autre et mange. » Puis remerciant Dieu : « Je vous rends grâce, dit-il, Seigneur, parce que j'ai mérité d'entrer dans votre demeure. » C'est ainsi qu'il rendit l'espril. Dèce, tout confus, s'en alla avec Valérien au palais de Tibère, laissant le corps sur le feu. Le matin, HippolyteTenleva et, de concert aver lo pnHrc Justin, il rensev«»lit avec des aromates au champ Vrranus. Les chrétiens jeûnèrent, et pendant trois j(Hirs célébrèrent ses vi^^iles, au milieu des sani;h)ts e( en versant des torrents de larmes.
Esl-il certain (jut» saint Laurent ail souffert le martyre sous cel empereur Dèce ? Le fait est douteux jM)ur beaucoup de monde, puisque dans les clironi- (|nes, on lit (|ue Sixte vécut longtemps avant Dèce. (Vcsl le sentiment d'Eutrope quand il dit : Dèce qui suscita nnt* persécution cruitre les chrétiens fil tuer <'ntre antres le hienluMireux lévite et martvr Laurent.
11 est rapporté dans une chronique assez aulhenlique que ce ne fut pas sous Tempereur Dèce, successeur de Philippe, mais sous un Dèce qui fut César, et non pas empereur, que saint Laurent souffrit le martyre. Car entre l'empereur Dèce et Dèce le jeune, sous lequel on dit que saint Laurent fut martyrisé, il y eut plusieurs empereurs ei plusieurs souverains pontifes intermédiaires. En effet, il est dit dans le même livre que après Gallus et Volusien son fils, successeur de Dèce à l'empire, régnèrent Valérien et Gallien, et que ces deux derniers créèrent César, Dèce le jeune, mais sans le faire empereur. Car anciennement les empereurs donnaient à quelques-uns la qualité de Césars, sans cependant les créer Augustes ou empereurs ; ainsi on lit dans les chroniques que Dioclétien fit César Maximien, et que, dans la suite, de César il le créa Auguste. Or, du temps de ces empereurs, c'està-dire de Valérien et de Gallien, c'était Sixte qui siégeait à Rome. Ce fut donc ce Dèce simple César, mais non pas empereur qui martyrisa saint Laurent. C'est pour cela que dans la légende de ce saint, Dèce n'eçt pas appelé empereur, mais Dèce-César seulement. Car l'empereur Dèce ne régna que deux ans, et nuirlyrisa le pape saint Fabien. A Fabien succéda Corneille qui souffrit sous Volusien et Gallus. Après Corneille vint Lucien, et Lucien eut pour successeur Etienne qui souffrit sous Valérien et (îallien dont le règne dura quinze ans. A Etienne succéda Sixte. Ce qui précède est tiré de la chronique qui a été citée ci-dessus. Cependant toutes les chroniques, tant d'Eusèbe, que de Bède et d'Isidore s'accordent à dire <|uc
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le pape Sixte ne vécut pas du temps ilc roiii|ii-rcaril Dèoe,'iiiaiB bien de tSllK^n. Mais uii lit encure dancl une autre dironiqae -({ue ce Uallien cul deux iioms*] qu'il fut appelé Gallieu et Dèce, et ce fui sous lui qoe ' souffrirent Sixte et Laurent, vers Tau du Seigneur 257. Geoffiroy avance aussi dans son livre intitulé Panthéon que Gallien se numma Dèce el que ce Fut^j sous lui que souffrirent saint Sixte et saint Laurtrntd Et si cet auteur est exact» es qu'avance Jean Beleltt'l pourrait être véritable. — Saint Gh-^oire rapporte an livre de ses DiaUiguet qu'une reltgiaifle, aomnlée Sabine, conserva la continence sans pouvoir atodérer l'intempérance de n lanj^ue; BÛe.fiU entorée . dans r^ise de saint Laurent, devant l'autel du martyr; mais une partie de son corps fut coupée par le démon et resta intacte, tandis que l'antre partie fat brûlée : ceci fut constaté le lendanain matin. — Grégoire de Tours rapporte * qu'un prêtre jréparant une église de saint Laurent, une poutre se teoavait être trop courte; il pria le saint marljrrqui avait soutenu les pauvres de venir au secours de son indigence ; la poutre s'allon^ea-de telle sorte qu'elle était beaucoup trop longue : le prêtre coupa alors cet excédent en petites parties et s'en servit pour guérir beaucoup d'infirmités. Ce fait est attesté par le bienheureux Fortunat, et il eut lieu à Brione, cbAleau d'Italie. — Un homme avait mal aux dents : on le toucha avec un morceau de cette poutre et sa douleur disparut. — Au rapport de saint Grégoire dans ses Dialogues **, ' Oc 'ilui-ia Marlyi-., \. I, c. xlii ; — Forlunst, I. ix, c. xii-.
un autre prêtre appelé Sanclutus, voulant réparer une église de saint Laurent brûlée par les Lombards, loua grand nombre d'ouvriers. Or, un jour qu'il n'avait rien à leur donner à manger, il se mit en prière et en regardant dans le four il y trouva un pain très blanc qui ne paraissait cependant pas devoir suffire à un repas pour trois personnes. Or, saint Laurent, qui ne voulait pas que ses ouvriers manquassent de rien, multiplia ce pain de telle sorte qu'il y en eut assez pendant dix jours pour tous les ouvriers. — Vincent de Beauvais rapporte, dans sa chronique, qu'il y avait à Milan dans une église de saint Laurent un calice de cristal d'une merveilleuse beauté. Dans une solennité le diacre qui le portait à l'autel le laissa échapper de ses mains, et en tombant par terre ce calice se brisa en morceaux. Mais le diacre affligé en rassembla les fragments, les mil sur l'autel, fit une prière à saint Laurent, et il reprit le calice entier et très solide. *
On lit encore dans le livre des Miracles de la sainte Vierge^ qu'il y avait à Rome un juge nommé Etienn*», qui recevait volontiers des présents de grand nombre de personnes, et violait souvent la justice. Il usurpa par force trois maisons de l'église de saint Laurent et un jardin de sainte Agnès, et resta en possession de ce qu'il avait acquis injustement. Or, il arriva qu'il mourut et qu'il fut mené au jugement de Dieu. Saint Laurent s'approcha alors de lui, plein d'indii^nation, et par trois fois il lui serra le bras pendant
• Grcg. de Tours, De (Uovia .\favtyr., I. I, c. xlvi.
longtemps cl lui fit souffrir de cruelles douleurs. Mais sainte Agnès avec les autres vierges ne voulut pas le voir et détourna la tête. Alors le juge rendit son arrêt en ces termes : « Parce qu'il a soustrait le bien d'au- Irui, et qu'en recevant des présents, il a vendu la vérité, qu'il soit trafné au lieu où est Judas le traître. » Alors saint Prœjcct pour lequel Etienne avait eu beaucoup de dévotion pendant sa vie, s'approchant de saint Laurent et de sainte Agnès, demandait pardon pour ce juge. 11 fut donc accordé à leurs prières unies à celles de la sainte Vierge que son âme retournerait à son corps pour y faire pénitence pendant trente jours. En outre il reçut pour pénitence, de la part de la sainte Vierge, de réciter chaquejour de sa vie le Psaume cxviir, lîeati immaculati in via. Quand il revint à la vie, son bras était noir et brûlé comme s'il eût réellement souffert dans son corps, et celte marque resta sur lui tant qu'il vécut. 11 restitua donc le bien mal acquis et fit pénitence, mais il trépassa dans le Seigneur lo InMitiôme jour. — On lit dans la vie deTempenMir saint II(»nri (M de sainte Cunégonde, sa femme, qu'ils vrcurontenseml)ledansla virginité; mais à l'instigation (lu diable, remporeur conçut des soupçons sur son rpouse par rapp(»rt à un soldat, et il la fit marrlier rui-pieds Tespare de !;> marches sur des socs de charnio rougis an fou. En montant dessus elle dit : (i Dt* nn^nie, StMgneur Jésus, que vous avez connaissance» (pio ni ITiMiri m* aucun autre ne m'a toucbée, de mt^nic aussi venez à mon aide. » Mais Henri poussé par la honte la Frappa au visae;*e : et une voix se fit entendre à (Innégonde en lui disant : « La Vierge
Marie t'a prise sous sa protection, car tu es vierge. » Elle marcha donc sur cette masse incandescente sans ressentir aucune douleur. L'empereur venait de mourir quand une multitude infinie de démons passant devant la cellule d'un ermite, celui-ci ouvrit sa fenêtre et demanda au dernier passant qui ils étaient. Et il répondit : « Nous sommes une légion de démons qui nous hâtons d'aller à la mort du César afin de voir si nous pourrons trouver en lui quelque chose qui nous appartienne en propre. » L'ermite adjura le diable de revenir et celui-ci lui dit à son retour : « Nous n'avons rien trouvé, car bien que le soupçon injuste qu'avait conçu l'empereur, et ses autres péchés aient été mis ainsi que ses bonnes œuvres dans la balance, Laurent le grillé apporta un pot d'or d'un poids énorme, quand nous pensions emporter César; cette chaudière ayant été jetée sur la balance, l'autre côté l'emporta ; alors, je fus irrité et j'arrachai une oreille de ce pot d'or. 11 donnait le nom de pot à un calice que cet empereur avait fait ciseler pour l'église d'Eichstat en riionneur de saint Laurent envers lequel il avait une dévotion particulière. A cause de sa grandeur, ce calice avait deux anses. Et il se trouva qu'au même moment l'empereur mourut et une anse du calice fut brisée *. Saint Grégoire rapporte dans son Reyistve**^
* Ce fait se trouve sculpté eu relief sur le tombeau qui renfermait les reliques de saint Henri et de sainte Cunci^oode avant leur canonisation. On y voit un ange tenant d*unc main une épée dégainée, de l'autre, une balance sur Pun drs plateaux de laquelle est posé un calice. Chronic, Casin., 1. II,