VIERGE MARIE
Un livre apocryphe, attribué à saint Jean l'évangéliste, nous apprend les circonstances de l'Assomption de fa bienheureuse vierge Marie. Tandis que les apôtres parcouraient les différentes parties du monde pour y prêcher, la bieftheureuse Vierge resta, dit-on, dans une maison près de la montagne de Sion. Elle visita, tant qu'elle vécut, avec une grande dévotion, tous les endroits qui lui rappelaient son Fils, comme les lieux témoins de son baptême, de son jeûne, de sa prière, de sa passion, de sa sépulture, de sa résurrection et de son ascension, et d'après Epiphane, elle survécutde vingt-quatre ans à l'ascension deson Fils. 11 rapporte donc que la Sainte Vierge était âgée de quatorze ans quand elle conçut J.-C, qu'elle le mit au inonde à quinze, et qu'elle vécut avec lui trente-trois ans, et vingt-quatre autres après la mort de J.-C. D'après cela, elle avait soixantoJouzc ans quand elle mourut. Toutefois ce qu'on litailleurs paraft plus pro-
bable, savoir, qu'elle survécut de douze ans à sonFils, et qu'elle était sexagénaire, lors de son assomption, puisque les apôtres employèrent douze ans à prêcher dans la Judée et les pays d'alentour, selon le récit de V Histoire ecclésiastique. Or, un jour que le cœur de fa Vierge était fortement embrasé du regret de son Fils, son esprit enflammé s'émeut et elle répand une grande abondance de larmes. Comme elle ne pouvait facilement se consoler de la perte de ce fils qui lui avait été soustrait pour un temps, voici que lui apparut, environné d'une grande lumière, un ange qui la salua en ces termes, avec révérence, comme la mère du Seigneur : « Salut, Marie qui êtes bénie ; recevez la bénédiction de celui quia donné le salut à-Jacob. Or, voici une branche de palmier que je vous ai apportée du paradis comme à ma dame ; vous la ferez porter devant le cercueil ; car dans trois jours, vous serez enlevée de votre corps ; votre FiFs attend sa révérende mère. » Marie lui répondit : « Si j'ai trouvé grâce devant vos yeux, je vous conjure de daigner me révéler votre nom. Mais ce que je demande plus instamment encore, c'est que mes fils et frères les apôtres soient réunis auprès de moi, afin de les voir des yeux du cor[)s, avant que je meure, et d'être ensevelie par eux après que j'aurai rendu en leur présence mon esprit au Seigneur. Il est encore une autre chose que je réclame avec instance, c'est que mon âme, en sortant du corps, ne voie aucun mauvais esprit, et que pas une des puissances de Satan ne se présente sur mon passage. » I/ange lui dit : « Pourquoi, ô dame, désirezvous savoir mon nom qui est admirable et grand ?
SOMPTION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE 4i7
nt aux apôtres, ils viendront tous et seront réunis rès de vous ; ils feront de magnifiques funérailles de votre trépas qui aura lieu en leur présence. Car i qui autrefois a porté en un clin d'œil, par un r^Tcu, le prophète de la Judée à Babylone, celui-là durement pourra en un instant amener les apôtres près de vous. Mais pourquoi craignez-vous de voir s prit malin, puisque vous lui avez entièrement brisé t-éte et que vous l'avez dépouillé de toute sa puisv^ce ? soit faite cependant votre volonté, afin que *is ne les voyiez pas. » Après avoir dit ces mots, ï^ge monta aux cieux au milieu d'une grande lu- ^re. Or, cette palme resplendissait d'un très grand ^ty et par sa verdure elle était en tout semblable à ^ branche; mais ses feuilles brillaient comme l'é- 'e du matin. Or, il arriva que, comme Jean était à -cher à Ephèse, un coup de tonnerre éclata tout à *p, et une nuée blanche l'enleva, et l'apporta devant porte de Marie. Il frappa, entra dans l'intérieur de ■Maison, et avec grande révérence, l'apôtre vierge *A^ la Vierge. L'heureuse Marie en le voyant fut said'une grande crainte et ne put retenir ses larmes, ^^ elle éprouva de joie. Alors elle lui dit : « Jean, *> fils, aie souvenance des paroles de ton maître, ^rid il m'a confiée à toi comme un fils, et quand il Cionfié à moi comme à une mère. Me voici appelée ** le Seigneur à payer le tribut à la condition hu- ^^ne, et je te recommande d'avoir un soin particu- ^ï* de mon corps. J'ai appris que les Juifs s'étaient 'tunis et avaient dit : a Attendons, concitoyens et frè- « res, attendons jusqu'au moment où celle qui a porté II. 27
il8 LA LÉGENDE DOREE
« Jésus subira la mort, aussitôt nous ravirons son coi^ J « et nous le jetterons pour être la pâture du feu. » feras porter alors cette palme devant mon cercuelorsque vous porterez mon corps au tombeau. » Jean dit : « Oh ! plût à Dieu que tous les apôtres m^frères fussent ici, afin de pouvoir célébrer convenabl» ment vos obsèques et vous rendre les honneurs doi vous êtes digne. » Pendant qu'il parlait ainsi, toi les apôtres sont enlevés sur des nuées, des endroil où ils prêchaient et sont déposés devant la porte d^ ^ Marie. En se voyant réunis tous au même lieu, il^^ étaient rempHs d'admiration : « Quelle est, se disaient-^^ ils, la cause pour laquelle le Seigneur nous a rassem- ^ blés ici en même temps? » Alors Jean sortit et vint les trouver pour les prévenir que leur dame allait trépasser; puis il ajouta: « Mes frères, quand elle sera morte, que personne ne la pleure, de crainte que le peuple témoin de cela ne se trouble et dise : « Voyez comme ils craignent la mort, ces hommes qui prêchent aux autres la résurrection. »
Denys, disciple de saint Paul, raconte les mêmes faits dans son livre des Soms divins {ch, ni). Il dit qu'à la mort de la Vierge, les apôtres furent réunis et y assistèrent ensemble; ensuite que chacun d'eux fit un discours en rhonneur de J.-C. et de la Vierge. Et voici comme il s'exprime en parlant à Timolhée ; « Tu as appris que nous et beaucoup de saints qui sont nos frères, nous nous réunîmes pour voir le corps qui a produit la vie et porté Dieu. Or, se trouvaient là Jacques, le frère du Seigneur, et Pierre, coryphée et chef suprême des théologiens. Ensuite il parut conve-