L* ASSOMPTION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE
nable que toutes les hiérarchies célébrassent, chacune selon son pouvoir, la bonté toute-puissante de Dieu c|ui s'était revêtu de notre infirmité. » Quand donc la bienheureuse Marie eut vu tous les apôtres rassemblés, elle bénit le Seigneur, et s'assit au milieu d'eux, après qu'on^ eut allumé des lampes et des flambeaux. Or, vers la troisième heure de la nuit, Jésus arriva avec les anges, l'assemblée des patriarches, la troupe des martys, Farmée des confesseurs et les chœursdes vierges. Tous se rangent devant le trône de la Vierge et chantent à Tenvi de doux cantiques. On apprend dans le livre attribué à saint Jean quelles ont été les funérailles qui furent alors célébrées. Jésus commença le premier et dit : « Venez, vous que j'ai choisie, et je vous placerai sur mon trône parce que j'ai désiré votre beauté. » Et Marie répondit : « Mon cœur est prêt. Seigneur, mon cœur est prêt. » Alors tous ceux qui étaient venus avec Jésus entonnèrent ces paroles avec douceur : « C'est elle qui a conservé sa couche pure et sans tache; elle recevra la récompense qui appartient aux âmes saintes. » Ensuite la Vierge chanta en disant d'elle-même : « Toutes les nations m'appelleront bienheureuse ; car le Tout-Puissant a fait de g^randes choses en ma faveur : et son nom est saint. » Enfin le chantre donna le ton à tous en prenant plus haut: « Veriezdu Liban, mon épouse, venez du Liban, vous serez couronnée. » Et Marie reprit : « Me voici, je viens ; car il est écrit de moi dans tout le livre de la loi : que je ferais votre volonté, ô mon Dieu, parce que mon esprit est ravi de joie en Dieu mon Sauveur. » C'est ainsi que Tâme de Marie sortit de son corps et
s'envola dans les bras de son Fils. Elle fut affranchie de la douleur de la chair, comme elle avait été exempte de la corruption. Et le Seigneur dit aux apôtres : « Portez le corps de la Vierge-Mère dans la vallée de Josaphat et renfermez-le dans un sépulcre neuf que vous y trouverez. Après quoi, pendant trois jours, vous m'attendrez jusqu'à ce que je vienne. » Aussitôt les fleurs des roses l'environnèrent ; c'était l'assemblée des martyrs, puis les lys des vallées qui sont les compagnies des anges, des confesseurs et des vierges. Les apôtres se mirent à s'écrier en s'adressant à elle : « Vierge pleine de prudence, où dirigez-vous vos pas? Souvenez-vous de nous, ô notre Dame ! » Alors les chœurs de ceux qui étaient restés au ciel, en entendant le concert de ceux qui montaient, furent remplis d'admiration et s'avancèrent à leur rencontre ; à la vue de leur roi portant dans ses bras l'âme d'une femme qui s'appuyait sur lui, ils furent stupéfaits et se mirent à crier : « Quelle est celle-ci qui monte du désert, remplie de délices, appuyée sur son bien-aimé ? ». Ceux qui l'accompagnaient leur répondirent : « C'est celle qui est belle au-dessus des filles de Jérusalem. Vous l'avez déjà vue pleine de charité et d'amour. » Ainsi fut-elle reçue toute pleine de joie dans le ciel et placée à la droite de son Fils sur un trône de gloire. Quant aux apôtres ils virent son âme éclatant d'une telle blancheur qu'aucune langue humaine ne le pourrait raconter.
Trois vierges qui se trouvaient là, dépouillèrent le corps de Marie pour le laver. Aussitôt ce corps resplendit d'une si grande clarté qu'on pouvait bien le
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toucher, mais qu'il était impossible de le voir : cette lumière brilla jusqu'à ce que le corps eût été entièrement lavé par les vierges. Alors les apôtres prirent ce saint corps avec révérence et le placèrent sur un brancard. Et Jean dit à Pierre : « Pierre, vous porterez cette palme devant le brancard ; car le Seigneur vous a mis à notre tête et vous a ordonné le pasteur et le prince de ses brebis. » Pierre lui répondit : « C'est plutôt à vous à la porter ; vous avez été élu vierge par le Seigneur, et il est digne que celui qui est vierge porte la palme d'une vierge. Vous avez eu l'honneur de reposer sur la poitrine du Seigneur, et vous y avez puisé plus que les autres des torrents de sagesse et de grâce, il paraît juste qu'ayant reçu plus de dons du Fils, vous rendiez plus d'honneur à la Vierge. Vous donc, devez porter celte palme de lumière aux obsèques de la sainteté, puisque vous vous êtes enivré à la coupe de la lumière, de la source de l'éternelle clarté. Pour moi, je porterai ce saint corps avec le brancard et nos autres frères qui seront à l'entour célébreront la gloire de Dieu. » Alors Paul dit : <( Et moi qui suis le plus petit d'entre vous tous, je le porterai avec vous. » C'est pourquoi Pierre et Paul enlevèrent la bière ; Pierre se mit à chanter : « Israël sortit de l'Egypte, alléluia. » Puis les autres apôtres continuèrent ce chant doucement. Or, le Seigneur enveloppa d'un nuage le brancard et les apôtres, en sorte qu'on ne voyait rien, seulement on les entendait chanter. Des anges aussi unirent leurs voix à celle des apôtres et remplirent toute la terre d'une mélodie pleine de suavité. Tous les habitants furent réveillés par ces H. 27-
doux sons et celte mélodie : ils se précipitèrent hors de ia ville en demandant avec empressement ce qu'il y avait. Les uns dirent : « Ce sont les disciples de Jésus qui portent Marie décédée. C'est autour d'elle qu'ils chantent cette mélodie que vous entendez. » Aussitôt ils courent aux armes, et s'excitent les uns les autres en disant : « Venez, tuons tous les disciples et livrons au feu ce corps qui a porté ce séducteur. » Or, le prince des prêtres, en voyant cela, fut stupéfait et il dit avec colère : « Voici le tabernacle de celui qui a jeté le trouble parmi nous et dans notre race. Quelle gloire il reçoit en ce moment ! » Or, en parlant ainsi il leva les mains vers le lit funèbre avec la volonté de le renverser et de le jeter par terre. Mais aussitôt ses mains se séchèrent et s'attachèrent au brancard, en sorte qu'il y était suspendu : il poussait des hurlements lamentables, tant ses douleurs étaient atroces. Le reste du peuple fut frappé d'aveuglement par les anges qui étaient dans la nuée. Quant au prince des prêtres, il criait en disant : « Saint Pierre, ne m'abandonnez pas dans la tribulation où je me trouve ; mais je vous eu conjure, priez pour moi, car vous devez vous rappeler qu'autrefois je vous suis venu en aide et que je vous ai excusé lors de l'accusation de la servante. » Pierre lui répondit : « Nous sommes retenus par les funérailles de Notre-Dame et nous ne pouvons nous occuper de votre guérison : néanmoins si vous vouliez croire en Notre-Seigneur J.-C. et en celle qui l'a engendré et qui Ta porté, j'ai lieu d'espérer que vous pourriez être guéri de suite. » Il répondit : « Je crois que le Seigneur Jésus est vraiment le Fils de Dieu et
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que voilà sa très sainte mère. » A l*instant ses mains se détachèrent du cercueil ; cependant ses bras restaient desséchés et ia douleur violente ne disparaissait pas. Alors Pierre lui dit : « Baisez le cercueil et dites : « Je crois en Dieu Jésus-Christ que celle-ci a porté dans ses entrailles tout en restant vierge après Tenfantement. » Quand il l'eut fait, il fut incontinent guéri. Alors Pierre lui dit : « Prenez celte palme des mains de noire frère Jean et vous la placerez sur ce peuple aveuglé : quiconque voudra croire recouvrera la vue ; mais celui qui ne voudra pas croire ne verra plus jamais. » Or, les apôtres qui portaient Marie la mirent dans le tombeau, autour duquel ils s'assirent, ainsi que le Seigneur l'avait ordonné. Le troisième jour, Jésus arriva avec une multitude d'anges et les salua en disant : « La paix soit avec vous. )> Ils répondirent : « Gloire à vous, ô Dieu, qui seul failes des prodiges étonnants. » Et le Seigneur dit*aux apôlres: « Quelle grâce et quel honneur vous semble-t-il que je doive conférer aujourd'hui à ma mère ? » « Il paraît juste, Seigneur, répondirentils, à vos servileurs que, comme vous qui régnez dans les siècles après avoir vaincu la mort, vous ressuscitiez, ô Jésus, le corps de votre mère et que vous le placiez à votre droite pour Téternité. » Et il l'octroya: alors l'archange Michel se présenta aussitôt et présenta l'âme de Marie devant le Seigneur. Le Sauveur lui parla ainsi : « Levez-vous, ma mère, ma colombe, tabernacle de gloire, vase dévie, temple céleste ; et de même que, lors de ma conception, vous n'avez pas été souillée par la tache du crime, de même, dans le sépulcre, vous ne subirez aucune dissolution du
corps. » Et aussitôt l'âme de Marie s'approcha de son corps qui sortit glorieux du tombeau. Ce fut ainsi qu'elle fut enlevée au palais céleste dans la compagnie d'une multitude d'anges. Or, Thomas n'était pas là, et quand il vint, il ne voulut pas croire, quand tout à coup, tomba de l'air la ceinture qui entourait la sainte Vierge ; il la reçut tout entière afin qu'il comprît ainsi qu'elle était montée tout entière au ciel.
Ce qui vient d'être raconté est apocryphe en tout point ; et voici ce qu'en dit saint Jérôme dans sa lettre, ou autrement dit, son discours à Paul et à Eustochium : « On doit regarder ce libelle comme entièrement apocryphe, à l'exception de quelques détails dignes de croyance, paraissant jouir de l'approbation de saints personnages et qui sont au nombre de neuf, savoir : que toute espèce de consolation a été promise et accordée à la Vierge ; que les apôtres furent tous réunis ; qu'elle trépassa sans douleur ; qu'on disposa sa sépulture dans la vallée de Josaphat ; que ses funér»iilles se firent avec dévotion ; que J.-G. et toute la cour céleste vint au-devant d'elle ; que les Juifs l'insultèrent; (pril éclata des miracles en toute circonstance convenable; enfin qu'elle fut enlevée en corps et en ànie. Mais il y a, dans ce récit, beaucoup de circonstances con trouvées et qui s'éloignent de la vérité, comme par exeinph*, Tabsence et Tincrédulilé de saint Thomas, et antres semblables, qu'il faut rejeter et taire. On dit (jne les vêlements de la sainte Viert^e resicrent dans son tombeau pour servir de consolation aux fidèles, et (|n'nne partie opéra le miracle qui suit : Lors du sièi;e de la ville de Char-