‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sourcesChapitre 48 sur 73 · L.' ASSOMPTION DR LA BIEMIEITREMSE VIERGE MARIE · texte numérisé non relu

L.' ASSOMPTION DR LA BIEMIEITREMSE VIERGE MARIE

se présenta à Tenfant sous les traits d'une image qu'il avait vue sur Tautel, et le protégea contre le feu dont il ne reçut aucune atteinte. Alors la mère de Tenfant rassembla par ses clameurs un grand nombre de chrétiens et de juifs. En voyant dans la fournaise Tenfant qui. n'avait éprouvé aucun accident, ils l'en retirèrent et lui demandèrent comment il avait pu en échapper. Il répondit : « C'est que cette révérende Dame qui était sur l'autel m'a prêté du secours et a écarté de moi tout le feu. » Les chrétiens, qui comprirent que c'était de l'image de la sainte Vierge que l'enfant parlait, prirent le père de l'enfant et le jetèrent dans la fournaise où il fut bnllé aussitôt et consumé entièrement. — Quelques moines étaient avant le jour auprès d'un fleuve et s'entretenaient de bagatelles et de discours oiseux. Et voici qu'ils entendent des rameurs "qui passaient sur le fleuve avec une grande rapidité. Les moines leur dirent : « Oui étes-vous? » Et ils répondirent : « Nous sommes des démons, et nous portons en enfer l'âme d'Ebroïn, prévôt du roi des Francs qui a apostasie du monastère de Saint-Gall. » En entendant cela, les moines furent saisis d'une très violente peur, et s'écrièrent de toutes leurs forces : « Sainte Marie, priez pour nous. » Et les démons leur dirent : « Vous avez bien fait d'invoquer Marie, car nous voulions vous démembrer et vous noyer, parce que nous vous trouvons à une heure indue vous livrant à des conversations déréglées. » Alors les moines rentrèrent au couvent et les démons se hâtèrent d'aller en enfer*.

• Gauthier de Cluny, Miracles de fa sainte Vierge, c. iv.

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— Il y avait uh moine fort lubrique, mais fort dévot à la bienheureuse Vierge Marie. Une nuit qu'il allait commettre son crime habituel, il passa devant un autel, salua la sainte Vierge, et sortit de l'église. Comme il voulait traverser un fleuve, il tomba dans l'eau et mourut. Or, comme les démons s'étaient saisis de son ûfne, vinrent des anges pour la délivrer. Les démons leur dirent : « Pourquoi étes-vous venus ici ? vous n'avez rien en cette âme. w Et aussitôt la bienheureuse Vierge Marie se présenta et les reprit de ce qu'ils avaient osé ravir l'âme du moine. Ils lui répondirent qu'ils l'avaient trouvé au moment où il finissait sa vie dans de mauvaises œuvres. La sainte Vierge leur dit : « Ce que vous dites est faux, car je sais que s*il allait quelque part, il me saluait d'abord et à son retour, il en faisait autant ; que si vous dites que l'on vous fait violence, posons la question au tribunal du souverain' Juge. » Et comme on discutait devant le Seigneur, il lui plut que l'âme retournerait à son corps et ferait pénitence de ses actions. Pendant ce temps-là, les frères voyant que Theure des matines s'écoulait sans qu'on les sonnât* cherchent le sacristain; ils vont jusqu'à ce fleuve et le trouv(înt noyé. Après avoir retiré le corps <le l'eau, ils s'émerveillaient de cet accident, (piand tout à coup le moine revint à la vie et raconta ce qui était arrivé. Il passa le reste de sa vie dans (le bonnes œuvres. — Une femme souffrait une foule d'im[)ortunilésde la part du démon qui lui apparaissait visiblement sous la forme d'un homme: elle

* Le moine était sonneur.

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employait quantité de moyens de se préserver; tantôt c'était de Teaii bénite, tantôt une chose, tantôt une autre, sans que le démon cessât de la tourmenter. Un saint homme lui conseilla, quand le démon s'approcherait d'elle, de lever les mains et de crier aussitôt : « Saticia Mana, adjuva vie. Sainte Marie, aidez-moi. » Et quand elle l'eut fait, le diable, comme s'il eût été frappé d'une pierre, s'arrêta effrayé ; après quoi il dit : « Qu'un mauvais diable entre dans la bouche de celui qui t'a enseigné cela. » Et aussitôt il disparut et il ne s'approcha plus d'elle dans la suite.

MODE DE l' ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE MARIE

Le mode de l'Assomption de la très sainte Vierçe Marie est rapporté dans un sermon compilé de divers écrits des saints, qu'on lit solennellement dans plusieurs églises, et où l'on trouve ce qui suit : « Tout ce que j'ai pu rencontrer dans les récits des saints Pères, du monde entier, touchant le vénérable trépas de la Mère de Dieu, j'ai pris soin d'en faire mémoire en son honneur. Saint Côme, surnommé Vestitor, rapporte des choses qu'il a apprises par une relation certaine de la bouche des descendants de ceux qui en ont été les témoins. Il faut en tenir compte. V^oici ses paroles : Quand J.-C. eut décidé de faire venir auprès (le soi la Mère de la vie, il lui fit annoncer par l'ange qu'il lui avait déjà envoyé, comment elle devait s'endormir *, de crainte que la mort survenant ino[)iné-

* On sVsl servi depuis les premiers siècles de i'Eij^lise, tant

ment ne lui apportât quelque trouble. Elle avait conjuré son fils face à face, alors qu'il était encore sur la terre avec elle, de ne lui laisser voir aucun des esprits malins. Il envoya donc en avant un ange avec ordre de lui parler ainsi : « Il est temps, ma mère, de vous prendre auprès de moi. De même que vous avez rempli la terre de joie, de même vous devez réjouir le ciel. Rendez agréables les demeures de mon Père; consolez les esprits de mes saints ; ne vous troublez pas de quitter un monde corruptible avec toutes ses vaines convoitises, puisque vous devez habiter le palais céleste. 0 ma Mère, que votre séparation de la chair ne vous effraie pas, puisque vous êtes appelée à une vie qui n^aura pas de fin, à une joie sans bornes, au repos de la paix, à un genre de vie sûr, à un repos qui n'aura aucun terme, à une lumière inaccessible, à un jour qui n*aura pas de soir, à une gloire inénarrable, à moi-même votre Fils, le créateur de l'univers ! Car je suis la vie éternelle, Tamour incomparable, la demeure ineffable, la lumière sans ombre, la bonté inestimable. Rendez sans crainte à la terre ce (|iii lui appartient. Jamais personne ne vous ravira de ma main, puiscpie la terre, dans toute son étendue, est en ma main. Donnez-moi votre corps, parce que j'ai nns ma divinité dans votre sein. La mort ne tirera ancun(? gloire de vous, parce» que vous avez enij;-endré

chez le^ Latins (jue chez los (irers dr rexprcssion fformilio pour siufnifif'r le trépas^ v[ nièriic la fric do l'Assoinplion de l.i saiutr Vicrti^c. On donna «'.nrorc à ce jour le nom de deposilio, pausalio, transihis. I/K^lisc d'orient n'eni[)Ioie (|ue le mol koirrsisj donnilio, soninieil.

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la vie. L'obscurité ne vous enveloppera point de ses ombres parce que vous avez mis au monde la lumière ; vous ne subirez ni meurtrissure, ni brisure, car vous avez raérilé d'être le vaisseau qui m'a reçu. Venez à celui qui est né de vous afin de recevoir la récompense qui vous est due pour l'avoir porté dans votre sein, pour l'avoir nourri de votre lait ; venez habiter avec votre Fils unique; hâtez-vous de vous réunir à lui. Je sais qu'aucun autre amour que celui de votre Fils ne vous tourmente. C'est comme vierge-mère que je vous ai présentée; je vous présente comme le mur qui soutient le monde entier, comme l'arche de ceux qui doivent être sauvés, la planche du naufragé, le bâton des faibles, l'échelle de ceux qui montent au ciel, et la protectrice des pécheurs. Alors j'amènerai auprès de vous les apôtres qui vous enseveliront de leurs mains comme si c'était des miennes. Il convient en effet que les enfants de ma lumière spirituelle, auxquels j*ai donné le Saint- Esprit, ensevelissent votre corps et me remplacent à vos admirables funérailles. » Après ce récit l'ange donne pour gage à la Vierge une palme, cueillie dans le paradis, afin de la rendre assurée de sa victoire contre la corruption de la mort, il y ajoute des vêtements funèbres ; ensuite il regagne le ciel d'où il était venu.

La Bienheureuse Vierge Marie convoqua ses amis et ses parents et leur dit : « Je vous apprends qu'aujourd'hui je dois quitter la vie temporelle; il fautdonc veiller, car au trépas de tout le inonde, viennent auprès du lit du mourant la vertu divine des anges et les esprits malins. » A ces mots, tous se mirent à pleurer et à

(lire : « Vous craiçnez, vous la présence des esprits ; (|uand vous avez été diçne d'ôtre la mère de Fauteur de toutes clioses, quand vous avez engendré celui qui a dépouillé Tenfer, quand vous avez mérité d'avoir un Irrtnc préparé au-dessus des chérubins et des séraphins! Que ferons-nous donc, nous autres? comment fuirons-nous? » Il y avait là une multitude de femmes qui pleuraient et lui demandaient de ne pas les laisser orphelines. Alors la sainte Vierge leur dit pour les consoler : « Si vous qui êtes les mères d'enfants soumis à la corruption, vous ne pouvez supporter d'en être séparées pour un peu de temps, comment donc moi qui suis mère et vierge ne désireraîs-je pas d'aller trouver mon fils, le Fils unique de Dieu le Père? Si chacune de vous quand elle a perdu quel- (ju'un de ses fils, se console en celui qui survitou dans celui qui doit naître, moi qui n'ai que ce fils, et qui reste pure, comment ne me hâterai-je pas de mettre fin à mes angoisses en allant à lui qui est la vie de tous ? o Or, pendant (jue ceci se passait, saint Jean arrive et s'informe (h* re qui a lieu. Quand la Vierge lui eut annoiic»'* son drparl pour le ciel, il se prosterna parterre et s'écriîi c\\ pltMiranl : « Que sommes-nous, Seigneur, puis(|ue v(Mis nous réservez de si grandes tribulations ? IVninpioi plutôt ne m'avez-vous dépouillé de mon corps? J'aurais mieux aimé être enseveli par la mère de mon Scigiirur, (]U(» d'être obligé d'assister à ses funérailles. » Alors la sainte Vierge le mena tout en pleurs dans sa cliandjre et lui montra la palme et les vêlenKMits; après (jnoi elh* s'assit sur le lit (|ui avait «'lé [)réparé pijur sa sépulture. Et voici qu'on entend

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un violent coup de tonnerre; un tourbillon semblable à une nuée blanche se forme, et les apôtres sont dé- |>osés, comme la pluie qui tombe, devant la porte de la maison de la sainte Vierije. Ils s'étonnent de ce qui arrive, mais saint Jean vient à eux et leur révèle ce qui a été annoncé par l'ange à la sainte Vierge: comme ils pleuraient tous, saint Jean les consola. Ils essuyèrent donc leurs larmes, entrèrent, et après avoir salué la Bienheureuse Vierge avec respect, ils l'adorèrent. Et elle dit : « Salut, les enfants de mon Fils unique. » Après avoir écoulé le récit qu'ils lui firent de leur arrivée, elle leur manifesta tout. Les apôtres lui dirent : a C'est en tournant nos regards vers vous, très honorable Vierge comme vers notre maître lui-même et notre Seigneur, que nous nous consolions ; c'était là notre seule ressource d'espérer que nous vous avions pour médiatrice auprès de Dieu. » Après qu'elle eut salué Paul en l'appelant par son nom, celui-ci lui dit : <c Je vous salue, reine de ma consolation ; car bien que je n'aie pas vu J.-C. dans sa chair* cependant, quand je vous vois, je suis consolé comme si je le voyais lui-même. Jusqu'à ce jour je prêchais aux nations que vous aviez engendré Dieu, maintenant j'enseignerai que vous êtes allée à lui. » Après quoi la sainte Vierge montra ce que l'ange lui avait apporté, et les avertit de ne point éteindre les lampes jusques après son trépas. Il y avait lacent vingt vierges occupées à la servir. Après quoi elle revêtit ses vêlements funèbres et en disant adieu à tous, elle place son corps sur son lit pour mourir; saint Pierre était placé à la tête, saint Jean à ses pieds, les autres apô-

très autour du lit, adressant des lotinnçes » la i de Dieu. Alors saint Pierre prit la parole en ces termes : « Réjouissez-voUR, i^pouse du lit réleste, candélabre i trois brandies de la lumière éclante, par qui a été manifestée la clarté lîtemelle. » Saint Germain, arcbevéque de Constant! iiople atteste nu«si que U-h epâtres se raBBemblèrenl. pour le «ioniincil de la trAs sainte Vier^, quand il dit : « 0 sainte Mère de Die», quoique vous a;ei été soumise à la mort que ne saurait éviter aucune créature humaine, cependant votre œil qui nous garde ne s'assoupira point ni ne s'endormira point : car votre tri^pas n'eut pas lieu 'sans lémoins et Vùln Bunmeil est certain. Le cJel raconte la gloire de ceux qui chanlf^renl sur votre di^pouille ; la terre rend hommage à la véracité; les nuages proelament les hommages que vous en avez reçus. Les angex célèbrent les bons ofScei qui vous ont été rendus, en ce que les apdtres se rassemblèrent auprès de votura dans Jérusalem, u Le grand Denys l'aréopagile attestai aussi la mëihe chose en disant : a Ainsi que tu le sais bien, nous nous sommes rassemblés avec beaucoup de nos frères pour voir le corps de celle qui a reçu le Seigneur. » Or, se trouvaient là Jacques, frère de Dieu, avec Pierre le souverain chef des Théologiens. Ensuite il sembla bon, après ce qu'on avait vu, que tous les souverains prêtres chantassent des hymnes, selon que chacun avait en soi d'énergie, de bonté vivifiante ou de faiblesse.

Saint Cosme poursuit ainsi sa narration ; « Après cela, un fort coup de tonnerre ébranla la maison entière, et un venl doux la remplit d'une odeur si

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suave, qu'un sommeil profond s'empara de ceux qui s y trouvaient, à l'exception des apôtres et de trois vierges qui portaient des flambeaux ; car le Seigneur descendit avec une multitude d'anges et enleva Tâme de sa mère. Or, Téclat de cette âme était si resplendissant qu'aucun des apc^tres ne la pouvait regarder. Et le Seigneur dit à saint Pierre : « Ensevelissez le cx>rps de ma mère avec le plus grand respect, et gardez-le soigneusement pendant trois jours, car je viendrai alors, et le transporterai dans le lieu où n'existe point la corruption ; ensuite je le revêtirai d'une clarté semblable à la mienne, afin qu'il y ait union etaccord entre ce qui a été reçu et ce qui a reçu. » Saint Cosme rapporte encore un mystère étrange et merveilleux, et qui ne souffre ni investigation curieuse, ni discussion ordinaire : puisque tout ce qu'on dit de la mère de Dieu est surnaturel, admirable, redoutable, plutôt que sujet à discussion. « Car, dit-il, quand l'âme sortit de son corps, ce corps prononça ces mots : « Je vous rends grâces, Seigneur, car je suis digne de votre gloire. Souvenez-vous de moi puisque je suis votre œuvre, et que j'ai conservé ce que vous m'avez confié. » Quand ceux qui dormaient furent éveillés, continue saint Cosme, et qu'ils virent sans vie le corps de la Vierge, ils se livrèrent à une grande tristesse et poussèrent des gémissements. Les apôtres prirent donc le corps qu'ils portèrtMit au monument, en mènie temps que saint Pierre commcnra le Psaume : In exila Israël de .Efjupio. Les chœurs <les anges louaient la Vierge de telle sorte que Jérusalem fut émue à l'occasion de cette grande gloire. Alors les grands-

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prttres envoient une mùltitndedê gens armés d'^téw et de Mlons. Un d'eux se rue sur le ?raba[, avec l'intention de jeter par terre le corps de Marie, m^rc de Dieu. Mais parce qu'il l'ose toucher avec impiété, il mérite d'être privé de l'usage de ses mains; elles s'arrachent tontes les deux de sps bras, el restenlfluspenduesau lit funèbre; en même temps, il éprouve des tourments horribles. Cependant, il implore son pardon, et promet de s'amender. Pierre lui dit : « Tu ne pourras jamais obtenir le pardon, si ta nVatbrasses le coi^s de celle qui a toujours é\é vierge, et: si tu ne confesses que J.-G., qui est né d'elle, est Ie< Fils de Dieu. » Quand il l'eutfait, ses mains se rcjoi-' gnirent aux coudes d'oA elles avaient été arrachées. Et saint Pierre prit une datte de la palme et lui dit : ' a Va, rentre dans ta ville, et pose<la sur les infirmes, t et tous ceux qui croiront recevront la s^nté*. » Quandles apdtres arrivèrent au champ de (jelhsémani, ils y trouvèrent un sépulcre semblable au îr|nrieiix sépulcre'de J.-C. ; ils y déposèrent le corps avec beaucoup de respect, sans oser toucher an très saint vaisseau de Dieu, mais ils le prirent par les coins du suaire el le placèrent dans le sépulcre, qu'ils scellèrent. Pendant ce temps, les apôtres et les disciples du Seigneur restèrent autour du tombeau, selon l'ordre qu'ils en avaient reçu de leur mattre. Le troisième jour, une nuée toute resplendissante l'environne, les voix angéliques se font entendre, une odeur ineffable se répand, tous sont dans une immense stupeur ; alors, ils voient

• .Nicé|jhor<;<;a!lisle., ffiV., I. Il ; c. xxi.

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que le Seigneur est descendu, et qu'il transporte le corps de la Vier;^e avec une gloire ineffable. Les apAtres embrassèrent le sépulcre et retournèrent chez saint Jean l'évangéliste et le théologien, en le louant d'avoir été le gardien delà sainte Vierge. Or, il y eut un des apôtres qui n'assista pas à cette solennité. Dans fadmiration où le jetait le récit de choses si merveilleuses, il suppliait qu'on ouvrît le tombeau pour s'assurer de la vérité. Les apôtres s'y refusaient sous le prétexte que ce qu'ils lui racontaient devait suffire, dans la crainte que si les infidèles en avaient connaissance, ils publiassent que le corps avait été %'olé. Mais Tapôtre contristé disait : « Pourquoi me privez-vous de partager un trésor qui nous est commun, quand je suis autant que vous? » Enfin, ils ouvrirent le tombeau, où ils ne trouvèrent pas le corps, mais seulement les vêtements et le suaire.

Au livre III, chap. xl de l'Histoire Euthimiatay saint Germain, archevêque de Constantinople, dit avoir découvert, et le grand Damascène l'atteste comme lui, que, du temps de l'empereur Marcien, l'impératrice Pulchérie, de sainte mémoire, après avoir fait bâtir à C. P. beaucoup d'églises, en éleva entre autres une admirable auprès des Blaquermes, en l'honneur de la sainte Vierge. Elle convoqua Juvénal, archevêque de Jérusalem, et d'autres évêques de la Palestine, qui restaient alors dans le capitale pour le concile qui se tint à Chalcédoiiie, et leur dit : a Nous avons appris que le corps de la très sainte Vierge fut enterré dans le champ de Ciethséinani ; nous voulons donc, pour garder cette ville, y transporter ce corps

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avec un respect convenable. » Or, comme Juvénal lui eut répondu que ce corps, d'après ce qu'il en avail appris dans les anciennes histoires, avait été transporté dans la gloire et qu'il n'était resté dans le tombeau que les vêtements avec le suaire, le même Juvénal envoya ces vêtements à C. P., où ils sont placés avec honneur dans l'église dont on vient de parler *. » Et que personne ne pense que j'aie forgé ce récit à l'aide de mon imagination, mais j'ai raconté ce que j'ai connu par l'enseignement, et d'après les recherches de ceux qui ont appris ces faits de leurs devanciers, par une tradition digne de toute créance. Ce qui est rapporté jusqu'ici, se trouve dans le discours dont il a été question plus haut. Or, saint Jean Damascène, Grec d'origine, raconte plusieurs circonstances merveilleuses au sujet de la très sainte assomption de la sainte Vierge. Il dit donc dans ses sermons :

« Aujourd'hui la très sainte Vierge est transportée dans le lit nuptial du ciel ; aujourd'hui cette arche sainte et vivante qui a porté en soi celui qui l'a créée, est placée dans un temple que n'a pas construit la main des hommes ; aujourd'hui la très sainte colombe pleine d'innocence et de simplicité, s'est envolée de l'arche, c'est-à-dire de ce corps qui a reçu Dieu ; elle a trouvé où poser les pieds ; aujourd'hui l'immaculée Vierge que n'ont pas souillée les passions terrestres, mais au contraire qui a été instruite par les intelligences célestes, ne s'en est pas allée dans la terre, mais appelée à juste raison, un ciel animé, elle

* Nicéphorc Callistr, flixt., 1. XV, ch. xiv.

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