SSOMPTION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE
bile dans les tabernacles célestes. Bien que votre înheureuse âme soit séparée d'après la loi de la ture de votre glorieux corps, et que ce corps soit nfié à la sépulture, cependant il ne reste pas la proiété de la mort, et il n'est pas dissous par la corption : car dans celle qui a enfanté, la virginité est stée intacte ; dans^ celle qui meurt, le coips reste Lijours indissoluble, et il passe à une meilleure et is sainte vie ; la mort ne le détruit pas, car il doit me durer éternellement. De même que ce soleil atant, qui verse la lumière, paraît s'éclipser un tant quand il est caché par un corps sublunaire, s pourtant perdre rien de sa lumière intarissable, même, vous, fontaine de vraie lumière, trésor >uisable de vie, quoique condamnée à subir la "t corporelle pour un court espace de temps, vous tez cependant sur nous avec a'bondance la clarté te lumière qui ne s'altère jamais. De là vient que *e sommeil ne doit pas recevoir le nom de mort, s de passage, de retraite, ou mieux encore d'arri-
En quittant votre corps, vous arrivez au ciel, cinges et les archanges viennent au-devant de vous : esprits immondes redoutent votre ascension. Bienï^euse Vierge, vous n'avez pas été enlevée au ciel, ^ïne Elie, vous n'êtes pas montée comme Paul jus- ^\i troisième ciel, mais vous avez atteint au trône Bil de votre Fils. On bénit la mort des autres saints Ce qu'elle démontre qu'ils sont heureux, mais cela ôste pas chez vous. Ni votre mort, ni votre béatie, ni votre trépas, ni votre départ, pas même votre traite n'ajoutent rien à la sécurité de votre bonheur ;
car vous êtes le principe, le moyen et la fin de tous les biens que ne saurait comprendre l'intelligence de rhomme. Votre sécurité, votre avancement réel, votre conception surnaturelle s*expliquent : vous êtes l'habitation de Dieu. Aussi avez- vous dit avec vérité que ce n*est pas à dater de votre mort, mais du moment de votre conception que toutes les générations vous béniraient. La mort ne vous a pas rendue heureuse, mais vous-même vous avez ennobli la mort ; nonobstant la tristesse qui l'accompagne, vous Tavez changée en joie. En effet si Dieu a dit : De crainte que le premier homme n'étende la main et ne cueille du fruit de l'arbre de vie et qu'il ne vive pour toujours ; comment celle qui a porté la vie elle-même, la vie qui n'a pas eu de commencement, la vie qui n'aura point de fin, comment ne vivrait-^lle point dans le siècle qui doit durer toujours? Dieu autrefois a chassé du paradis les auteurs du genre humain endormis dans la mort du péché, ensevelis dans les profondeurs de la désobéissance, et qui déjà étaient gâtés par l'infection du péché ; il les a exilés ; mais aujourd'hui celle qui a apporté la vie à tout le genre humain, qui a < Ion né (les preuves de son obéissance à Dieu le Père, qui a chassé toutes les impressions du vice, comment le paradis ne la recevrait-il pas ? comment le ciel joyeux ne lui ouvrirait-il pas ses portes? Eve a prêté Toreille au serpent ; elle a avalé la coupe empoisonnée ; elle se laisse allécher par la volupté ; elle enfante dans la douleur: elle est condamnée avec Adam. Mais c(»lle qui est vérilal)lenient bienheureuse, qui prêta l'oreille à la voix de Dieu, qui fut remplie du
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Saint-Esprit, qui porta la miséricorde du Père en son sein, qui conçut sans l'entremise de l'homme, qui enfanta sans douleur, comment la mort en fera-t-elle sa proie ? comment la corruption osera-l-elle quelque chose sur un corps qui a porté la vie elle-même? »
Le Damascène dit encore dans ses sermons : ce II est vrai que, dispersés par toute la terre et occupés à pécher des hommes, jetant le filet de la parole pour les amener hors des ténèbres où ils étaient ensevelis à la table céleste et aux noces solennelles du Père, les apôtres furent rassemblés et réunis par Tordre de Dieu, et furent apportés des confins du monde à Jérusalem, enveloppés dans une nuée comme dans un filet. En ce moment nos premiers parents Adam et Eve s'écrièrent : « Venez à nous, ô sacrée et salutaire a nourriture, vous avez comblé notre joie ! » De son côté la compagnie des saints qui se trouvait corporellement présente disait : « Demeurez avec nous ; vous êtes notre consolation ; ne nous laissez pas orphelins ; vous êtes notre soutien dans nos travaux, notre rafraîchissement dans nos fatigues ; c'est notre gloire de vivre ou de mourir avec vous : car la vie n'est rien pour nous, si nous sommes privés de votre présence. » Je pense que ce furent ces paroles ou d'autres semblables que les apôtres exprimaient au milieu des sanglots de tous ceux qui composaient l'assemblée. Marie se tournant vers son fils : « Soyez vous-même, lui dit-elle, le consolateur de ceux qu'il vous a plu appeler vos frères et qui sont dans la douleur à cause de mon départ ; et ajoutez bénédiction sur bénédiction à l'imposition des mains ({ue je vais faire sur
eux. » Ensuite elle étendit les mains et bénit le lège des fidèles, puis elle ajouta : « Seigneur, \^ remets mon esprit entre vos mains : recevez mon âi^cmc qui vous est si chère et que j'ai conservée pure. C'^^aesi à vous et non à la terre que je confie' mon corpa^ '«s ; conservez-le entier puisqu'il vous a plu rhabiti ■ ir. Transportez- moi auprès de vous, afin que là où v êtes, vous, le fruit de mes entrailles, j*y sois et habite avec vous. » Ce fut alors que les fidèles ent dirent ees paroles : « Levez-vous, venez, ô ma bi aimée, à la plus belle des femmes ; vous êtes be mon amie, et il n'y a pas de tache en vous. » entendant ces paroles, la Vierge recommande esprit aux soins de son Fils. Alors les apôtres dent des torrents de larmes, et couvrent de bai le tabernacle du Seigneur : le contact de ce sacré co les remplit de bénédiction et de sainteté. Les m dies disparaissent, les démons s'enfuient, l'air e ciel sont sanctifiés par la présence de son esprit ^ui s'élève, la terre l'est à son tour, parce que son coxps y est défiosé ; comme aussi l'eau, par l'ablutiorm de son corps. En effet, ce corps sacré est lavé dans une eau très limpide qui n'a pu le nettoyer, mais qui en a été sanctifiée. Ensuite le saint corps enveloppé d'un suaire blanc est placé sur un lit, les lampes resp/^ndisscnt, les parfums répaiuleiit leur douce odeur, e( Tair retentit du chant des hymnes anjjéliques. Ce fui •! i, au milieu du concert que les apôtres et les autres saints qui se trouvaient là, faisaient entendre, en chantant des canti(jues divins, (|ue Tarche du Seigneur, soutenue sur les tètes sacrées <les apolres, est amenée
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de la montagne à la sainte terre de Gelhsémani. Les an/^es la précèdent et la suivent, les autres étendent des voiles sur le précieux corps, toute l'Eglise raccompagne. Il s y trouva aussi des Juifs endurcis par le vieux levain de la méchanceté. On raconte encore que comme ceux qui portaiant le corps sacré de la mère de Dieu descendaient de la montagne de Sion, un hébreu, un instrument du diable, poussé par un mou- Tcment téméraire et conduit par une inspiration infernale s'approcha, en courant, du saint corps auprès duquel les anges eux-mêmes tremblaient de s'approcher, et comme un furieux, prit de ses deux mains le lit funèbre qu'il renversa à terre. Mais on dit (ju'une de ses mains se sécha comme bois et tomba. C'était merveille de le voir semblable à un tronc inutile, tant que la foi n'eut changé son cœur, et ne l'eut fait repentir avec larmes de son crime. Alors ceux qui portaient le cercueil s'arrêtèrent, jusqu'à ce que le misérable mettant sa main sur le très saint corps, reçut une guérison complète à l'instant qu'il l'eut touché. De là on arrive à Gethsémani, où le saint corps est déposé dans un tombeau vénérable, après qu'il eut reçu les baisers, les embrassements, les larmes des fidèles couverts de sueur et chantant des hymnes sacrés. Mais votre âme ne fut pas laissée dans l'enfer et votre corps n'a pas été atteint par la corruption. Il convenait que le sein de la terre ne retînt pas le sanctuaire de Dieu, la fontaine qui n'a pas été creusée, le champ vierge, la vigne qui n'avait pas reçu la rosée, l'olivier fécond. Il fut convenable que la Mère fût élevée par le Fils, afin qu'elle montât vers lui II. 29-
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comme il était descendu en elle, afin que celle qui a conservé sa virginité dans son enfantement n'éprouvât pas les atteintes de la corruption en son corps, et que celle qui a porté son créateur dans son sein habitât les divins tabernacles. Le Père l'avait prise pour épouse, elle doit être gardée dans le palais céleste : la mère doit jouirde ce qui appartient au Fils. » (Saint Jean Damascène.)
Saint Augustin s*étend aussi fort longuement dans un sermon sur la très sainte Assomption de Marie toujours vierge : « Avant, dit-il, de parler du très saint corps de celle qui toujours a été vierge, et de Tassomption de sa bienheureuse âme, nous commençons par dire que l'Ecriture ne parle pas d'elle après que le Seigneur l'eut recommandée sur la croix au disciple, si ce n*est ce que saint Luc rapporte dans les Actes des apôtres : (c Ils étaient tous, dit-il, persévérants una- « nimement dans la prière avec Marie, mère de Jésus « (Actes, i). » Que dire donc de sa mort? Que dire de son assomption? Puisque TEcriture se tait, il ne faut demander à la raison que ce qui est conforme à la vérité. Que la vérité donc suit notre autorité puisque sans elle il n'y a même pas d autorité. Nous nous basons sur la connaissance que nous avons de la condition humaine quand nous n'hésitons pas à dire qu'elle a souffert la mort leinporelie * ; mais si nous disons qu'elle fut la pâture de la pourriture, des vers et de la cendn», il faut examiner si cet état convient à la sain-
II paraît par ce passatj;"^ (jiie l'oraison Veneranda qui so rrrilaif dans les lilinij^lrs niodrriics nu jour tic la fcle de PAssomplioii, est ti'uiie 1res haute anti(juité.
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teté qui la distingue et aux prérogatives qui appartiennent à cette merveilleuse habitation de Dieu. Nous savons bien qu'il a été dit à notre premier père : « Tu a es poussière et tu retourneras en poussière. » La chair de J.-C. ne subit pas cette condamnation puisqu'elle ne fut pas soumise à la corruption. Donc elle fut exceptée de la sentence générale la nature qui fut prise de la Vierge. Le Seigneur dit aussi à la femme: « Je « t'affligerai de nombreuses misères : tu enfanteras dans « la douleur. » Marie a bien enduré les angoisses, puisqu'un glaive perça son âme ; cependant elle enfanta sans douleur. Donc Marie, quoique partageant les angoisses d'Eve, ne les partagea pas en enfantant avec douleur. Donc celle qui jouit d'une prérogative immense est exceptée de la règle générale. Si donc l'on dit qu'elle a souffert la mort sans cependant que la mort l'ait retenue dans ses liens, serait-ce une impiété de dire qu'il n'ait pas voulu préserver sa mère contre les horreurs delà pourriture, quand il a voulu conserver intacte la pudeur de sa virginité? Est-ce qu'il n'appartenait pas à la bonté du Seigneur de conserver rhonneur de sa mère, lui qui était venu non pour détruire la loi, mais pour l'accomplir ? S'il Ta honorée pendant sa vie plus que toute autre par la grâce qu'il lui fit de le concevoir, c'est donc chose pieuse de croire qu'il l'honora dans sa mort d'une préservation particulière et d'une grâce spéciale. La pourriture et les vers, c'est la honte <ic la condition humaine. Or, comme J.-C. est exempt de cet opprobre, Marie en est exempte aussi, puis(|ne J.-C. est né d'elle. Car la chair de Jésus, c'est la chair de Marie, qu'il éleva au-dessus
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des astres, honorant psr li la nature tunûiae} naii plus encore celle de sa mère. Si le fils a la natsie de la mère, il est de toute convenance que la Aère 'possède la nature du Fils, non pas quant i 1*011114 dis la personne, mais quant A l'unité de la nature oorporeUe. Si la grilce peut feire qu'il y ail unité saits qu'il v ait' communauté de nature, A plus forte raison quand tl y a nnilé en ^rice et naissance rorporeilc en particulier. II y a unité de grAce comme celle des disciples avec J.-G., selon qu'il en parle lui-même quand il dit: « Afin qu'ils soient un comme nous sommes un » : et ailleurs : « Mon père, je veux qu'ils soient avec moi c partout oà je suis. « K donc J.-C. veut avoir avec soi ceux qui, réunis par la foi en lui, sont oenaés ne Caire qu'un avec lui, que penser, par rapport i sa mère, dn lieu où elle soit di^ne de se trouver, sinon eo présence de son Fils? Autant que je puis le comprendre, autant que je puis le croire, l'Ame de Marie est hon(»te pv son Fils d'une prérogative plus excellente eneore>pni»> qu'elle possède en J.-C. le corps de ce Fils qu'elle a engendré avec les caractères de la gloire. Et pourquoi ce corps ne serait-il pas le sien, puisqu'elle le conçut par lui ? S'il n'a pas été au-devant d'elle, je ne reconnais pas là son autorité. Oui, je crois que c'est par lui qu'elle a engendré; car unes! g;rande sainteté est plus digne du ciel que de la terre. Le trône de Dieu, le lit de l'époux, la maison du Seigneur et le tabernacle de J.-C. a le droit d'ôtre où il est lui-même. Le ciel est plus digne que la terre de conserver un si précieux Irésor. L'incorruptibilité et non la dissolution causée par la pourriture est la conséquence directe d'une si
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grande intégrité. Que ce très saint corps ait été abandonné aux vers comme à leur pâture, je rougirais de le penser, j'aurais honte de le dire ! Les grâces incomparables qui lui ont été départies sont de nature à me faire rejeter cette pensée. Plusieurs passages de TEcriture viennent à Tappui de ce que j'avance. La vérité a dit autrefois à ses ministres : « Où je suis, là « aussi sera mon ministre. » Si cette sentence générale regarde tous ceux qui servent J.-C. par leur croyance et leurs œuvres, elle s'applique bien mieux encore à Marie qui, sans le moindre doute, l'a aidé par toutes ses œuvres. Elle l'a porté dans ses entrailles, elle Ta mis au monde, elle l'a nourri, elle l'a réchauffé, elle l'a couché dans la crèche, dans la fuite en Egypte elle Ta caché, elle a guidé les pas de son enfance, elle Ta suivi jusqu'à la croix. Elle ne pouvait douter qu'il fût Dieu, puisqu'elle savait l'avoir conçu non par les voies ordinaires, mais par l'aspiration divine. Elle n'hésite pas à croire à sa puissance comme à la puissance d'un dieu quand elle dit, lorsque le vin manquait : ce Ils n'ont pas de vin. » Il accueillit sa demande par un miracle; elle savait qu'il le pouvait faire. Donc, il est clair que Marie par sa foi et par ses œuvres a aidé J.-C. Mais si elle n'est pas où J.-G, veut que soient ses ministres, où donc sera-t-elle ? Et si elle y est, serait-ce à titre égal? Et si c'est à titre égal, où est l'égalité devant Dieu s'il ne rend à chacun selon ses mérites? Si c'est avec justice que la sainte Vierge a reçu pendant sa vie une plus grande abondance de grâces que les autres, pounjuoi donc lui soustraire cette grâce quand elle est morte? Non certes! car si
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■la murt de tons les saints est précaire, 1a dhmI de Marie est évidemmeat très précieuse. Je pense ikmc ■qu'il faut déclarer que Marie, élevée aux- jmes île Péternité par la bonté de J.-O., a été reçue avec fins d'honneur que les antres, puisqu'il l'a honorée de sa frAce plus que tes aotrés.: et qu'elle n'a point eu i subir après sa mort ce que les autres hommes aublssent, la pourriture, les vers et la ponsnire, puî»* qu'Ole- a- etijfendré son Sauveur et celui de tons les Jbomnies. Si la divine volonté a d;iii.'ité conserver intact» ^ milÏM des flammes les vt^lenjents des enfants,; )H>on|a0i ne gsrderait-elle pa&, dans sa propre mèrej; «e qu'il a gardé dans les vélrinenls des autres? L4 miséricorde seule a voulu conserver vivant Jouas daiK le ventre de la baleine, et la gr^ce ne conservera pas Marie contre la corruption? Daniel fui cnnservé mal- •gri la faim dévorante des lions, et Marie ne se serait pas conservée après que ses mérites l'ont élevée A une si haute dignité? Puisque dans ce que nons venons de dire, nous reconnaissons que tout a été fait contre les lois de la nature, nons sommes certains aussi que la grâce a plus fait que la nature pour l'intégrité de Marie. Donc J,-C., comme fils de Marie, fait qu'elle tire sa joie de lui-même dans son Âme et dans son corps. II ne la soumet pas au supplice de la corruption, puisqu'en enfantant ce divin fils, elle ne fut pas soumise à la perte de sa virginité ; en sorte qu'elle est incorruptible en raison des grâces qui l'ont inondée, qu'elle vit intégralement parce qu'elle a mis au monde celui qui est la vie entière de tous. 0 Jésus, sî j'ai parlé comme Je l'ai dil, approuvez-moi, vous et les
vôtres. Si j'ai parlé autrement que je ne le dois, je vous en conjure, vous et les vôtres, pardonnez-le moi. »
Bernard vienl de ber, puits, fontaine, et de nani, plante, d'après la Glose sur le Cantique des Cantiques. Humble, d'une nature échauffante et odoriférante. En effet saint Bernard fut échauffé d'un ferventamour ; il fut humble dans ses habitudes et odoriférant par la suavité de sa réputation. Sa vie fut écrite par Guillaume, al>bc de Saint-Thierry, compagnon du saint, et parHernoId, abbé de Bonueval*.
Saint Bernard naquit au château de Fontaine, en Bourgogne, de parents aussi nobles que religieux. Son père Técelin était un chevalier plein de valeur et non moins zélé pour Dieu; sa mère s'appelait Aaleth. Elle eut sept enfants, six garçons et une fille ; les sept garçons devaient tous ôlre moines et la fille religieuse. Aussitôt qu'elle en avait mis un au monde, elle l'offrait à Dieu de ses propres mains. Elle refusa toujours de faire nourrir ses enfants du lait d'une étranft»;ère, comme si avec le lait maternel, elle dût les remplir de tout ce qui pouvait se trouver de bon dans elle. Quand ils avançaient en âge, tout le temps qu'elle les eut sous la main, elle les élevait pour le désert plutôt que pour la cour, leur donnant à manger des nourritures communes et des plus grossières, comme s'ils devaient par-
* Jacques de Voragiue a écrit celle vie d'après le livre do Guillaume, de Saint-Thierry.
tir d'un instant à l'autre pour la solitude. Etant enceinte de Bernard, son troisième fils, elle eut unsone^e qui était un présaj^çe de l'avenir. Elle vil dans son sein un petit chien blanc, tout roux sur le dos et qui aboyait. Elle déclara son rêve à un homme de Dieu. Celui-ci lui répondit d'une voix prophétique : « Vous serez la mère d'un excellent petit chien, qui doit être le gardien de la maison de Dieu; il jettera de grands aboiements contre les ennemis de la foi ; car ce sera un prédicateur distingué» qui guérira beaucoup de monde par la vertu de sa langue. » Or, comme Bernaixl était encore tout petit, et qu'il souffrait d'un grand mal de tète, il repoussa et chassa, en criant avec une extrême indignation, une femme qui venait pour soulager sa douleur par des charmes; mais la miséricorde de Dieu ne manqua pas de récompenser le zèle du petit enfant ; en effet il se leva aussitôt et se trouva guéri. Dans la très sainte nuit de la naissance du Seigneur, comme le jeune Bernard attendait dans l'église l'office des Matines, il désira savoir à quelle heure de la nuit J.-G. était né. Alors le petit enfant Jésus lui apparut comme s'il venait de naître du sein de sa mère. Ce qui lui fit penser, tant qu'il vécut, que c'était l'heure de la naissance du Seigneur. Dès ce moment il lui fut donné, pour ce mystère, une intelligence plus profonde et une éloquence plus riche. Aussi dans la suite, il mit au jour, en l'honneur de la mère et du Fils un opuscule remarquable parmi tous ses autres traités, dans lequel il expliqua l'évangile Missus est Angélus Gabriel. L'antique ennemi voyant des dispositions si saintes dans cet enfant fui jaloux de la résolution
qu'il avait prise de garder la chasteté, et il tendit une infinité de piètres pour le faire succomber à la tentation. En effet une fois que Bernard avait arrêté quelque temps les yeux sur une femme, à l'instant il rougit de lui-même et exerça sur son corps une vengeance très sévère; car il se jeta dans un étang dont leseaux étaient glacées, où il resta jusqu'à être presque gelé, et par la grâce de Dieu, il éteignit en soi toutes les ardeurs de la concupiscence de la chair.
Vers le même temps, une fille poussée par le démon se sflissa nue dans le lit oii il dormait. En la sentant, il lui céda en toute paix et silence le côté du lit où elle s'était placée, et se retournant de l'autre côté, il s'endormit. Alors cette misérable resta quelques instants tranquille et attendit; enfin elle se mi ta le toucher et à le remuer; enfin comme il restait immobile, cette fille tout impudente qu'elle fût, se prit à rougir et pleine d*une crainte étrange et d'admiration, elle se leva et s'enfuit. Une autre fois, il avait reçu l'hospitalité chez une dame qui, en voyant un si beau jeune homme, conçut pour lui des désirs brûlants. Comme elle lui avait fait préparer un lit à l'écart, elle se leva au milieu du silence de la nuit, et eut l'impudence de venir le trouver. Bernard ne Teut pas plutôt sentie, qu'il se mit à crier : « Au voleur, au voleur. » A ce cri là femme fuit ; on allume une lampe ; on cherche le voleur, mais il n'y a pas moyen de le trouver. Chacun retourne à son lit, et repose, la misérable seule ne repose pas, car elle se lève une seconde fois, va au lit de Bernard qui s'écrie de nouveau : « Au voleur, au voleur. » On cherche encore le larron, qui ne fut pas
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découvert par celiii^ft seul qtii le conneissait. Cette méchante femme aÎDSÏ rebutée ne laissa pas de revenir uae troisième fois ; enfio vaincue par la crainte ou le désespoir, elle cessa à peioeses lenlalives. Or, le lendemain, quand Bernard se fut remis en route, ses compagnons de voyage lui demandèreitl, en lui adressant des reproches, pourquoi il avait tant rêvé voleurs. If leur dit: « Véritablement cette nuil, j'ai él<^ alUqué par un voleur; car ThAtesse essayait de m'cnlever le trésor de la chasteté qui.ne8e peut recouvrer. » Réfléchissant donc qu'il n'est pas sûr de demeurer avec un serpent, il pensa à s'enfuir, et dés lors il résolut d'entrer dans l'ordre de CSteaoz. Lorsque ses frères en furent instruits, ils voulurent le détourner de loutesles manières d'exécuter son dessein ; mais le Sei^mcur lui accorda une si grande grflce que non seuleinenl ritrn ne s'opposa à sa conversion mais il j^a^na au Seigneur pour entrer en religion tousses frères et beaucoup d'autres encore. Gérard, son frère, militaire vaillani, regardait comme vaines les paroles de Bernard, et rejelail absolument ses conseils ; alors Bernard, animé d'une foi toute de feu, etlransporlédu zèle de la charité pour le salut de son frère, lui dit : « Je sais, mon frère, je sais qu'il n'y aura que le malheur qui puisse donner à tes oreilles de comprendre. Puis mettant ledoigt sur son côté ; « Le jour viendra dit-il, et il viendra bienl(>t, qu'une lance perçant ce côié fera arriver jusqu'à ton cœur l'avis que tu rejettes, » Peu de jours après Gérard, qui avait reçu un coup de lance à l'endroit où son frère avait posé le doigt, est fait prisonnier et je[é dans les fers. Bernard vint pour le voir,
et comme on iic lui permettait pas de lui parler, illui cria : « Je sais, mon frère Gérard, que dans peu nous devons aller pour entrer au monastère. » Cette nuit-là même, les chaînes qui retenaient Gérard par les pieds tombèrent ; la porte de la prison s'ouvrit et il s'enfuit plein de joie. Alors il fit connaître à son frère qu'il avait changé de résolution et qu'il voulait se faire moine.
L'an de l'Incarnation 1112, la quinzième année depuis l'établissement de la maison des cisterciens, le serviteur de Dieu Bernard, âgé d'environ vingt-deux ans, entra dans l'ordre de Citeaux avec plus de trente de ses compagnons. Or, comme il sortait avec ses frères de la maison paternelle. Guidon, l'aîné, voyant Nivard, son tout petit frère, qui jouait sur la place avec des enfants, lui dit : « Allons, mon frère Nivard, c'est à toi seul qu'appartient toute la terre de noire héritage. » Et l'enfant lui répondit non pas comme un enfant : « Vous aurez donc le ciel, et à moi vous me laissez seulement la terre? Ce partage n'a pas été fait ex œquo, » Nivard resta donc quelque peu de temps avec son père; mais dans la suite, il alla rejoindre ses frères. Le serviteur de Dieu Bernard étant entré dans cet ordre, s'adonna tellement à la contemplation spirituelle et fut tellement occupé du service de Dieu, qu'il ne se servait déjà plus d'aucun de ses sens corporels; car il y avait un an qu'il était dans la cellule des novices, qu'il ignorait encore si la maison avait une voûte. Bien qu'il entrât souvent dans l'église et qu'il en sortît, il pensait qu'il n'y avait qu'une fenêtre au chevet, où il s'en trouvait trois. L'abbé de Citeaux
envoya des frères pour fonder la maison de Clairvaux, et ce fut Bernard qu'il leur proposa pour abbé. Il y vécut longtemps dans une pauvreté excessive, et souvent il n'avait que des feuilles de hêtre pour confectionner le potage. Le serviteur de Dieu veillait au delà de ce que peut la force d'un homme : et il avait coutume de dire que le temps qu'il regrettait le plus était celui qu'il passait à dormir; il trouvait que la comparaison qu*on fait entre le sommeil et la mort était assez juste, puisque ceux qui sont morts semblent dormir aux yeux des hommes comme ceux qui dorment semblent morts aux yeux de Dieu. C'est pourquoi, s'il entendait un frère ronfler trop fort', ou bien s'il le voyait couché avec peu de bienséance, il le supportait avec peine, et prétendait qu'il dormait comme un homme charnel ou bien comme un séculier. Il n'était porté à manger par aucun plaisir de contenter son appétit ; c'était la crainte de défaillir qui le faisait se mettre à table, comme à un lieu de supplice. Après le repas, il avait constamment la coutume de penser à la quantité de nourriture qu'il avait prise, et s'il s'apercevait avoir excédé seulement d'un peu sa ration ordinaire, il ne laissait pas passer cela impunément. II avait tellement dompté les attraits de la friandise qu'il avait perdu en grande partie le sens du goût ; car un jour qu'on lui avait versé de l'huile par mégarde, il la but sans s'en apercevoir : et le fait serait resté ignoré, si quelqu'un n'eilt remarqué avec étoimement qu'il avait les lèvres couvertes d'huile. On sait que pendant plusieurs jours, il fit usage de sang caillé qui lui avait été servi pour du beurre. 11 ne trouvait de
saveur qu'à l'eau, parce que, en la prenant, disait-il, elle lui rafraîchissait la bouche et la |^ori;^e. Il disait ingénument que tout ce qu'il avait appris dans l'Écriture sainte, il l'avait acquis par la méditation et la prière dans les forêts et dans les champs ; et il répétait souvent à ses amis qu'il n'avait jamais eu d'autres maîtres que les chênes et les hêtres. Enfin il avoua que c'était souvent dans la méditation et la prière que toute la Sainte Écriture s'était présentée à lui sous son véritable sens, et toute sa clarté. A une époque, rapporte-t-il dans le 82*^ sermon sur le Cantique des Cantiques, pendant qu'il parlait, il voulait retenir quelque chose que le Saint-Esprit lui suggérait^ et se le réserver pour une autre fois où il serait obligé de traiter le même sujet, il lui sembla entendre une voix qui lui disait : « Tant que vous retiendrez cela, vous ne recevrez pas autre chose. » Il est certain qu'il ne le faisait pas par un sentiment d'infidélité, quoiqu'il témoignât manquer d'un peu de foi.
Dans ses vêtements la pauvreté lui plut toujours, mais jamais la malpropreté, qu'il disait être la marque d'un esprit négligent, ou plein d'un sot orgueil, ou bien convoitant la gloire humaine. Souvent il citait ce proverbe, que toujours il avait dans le cœur : « Qui veut être remarqué, agit autrement qu'un autre. » C'est pour cela qu'il porta un cilice plusieurs années, tant que la chose put rester secrète ; mais quand il s'aperçut qu'elle était découverte, il s'en dépouilla et fit comme la communauté. S'il riait, c'était toujours de telle sorte qu'il lui fallait faire des efforts pour rire plutôt que pour réprimer des ris : il fallait qu'il les II. 30
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exdtAt plutôt qu'il ne les reUat. Comme il avait coutume de dire qu'il y avait trois genres de patienc«, «avoir : 1° patience pour les paroles iiijuricusps, 2** patience pour le dommage dan.s les biens, el 3° patience dans les maladies du corps, il prouva qu'il les possédait tous par les exemples qui suivent : Il avait écrit une lettre dans laquelle il donnait des avis à un évAque en termes affectueux. L'éïdque outré de colère lui réponditen style des plus amers cl commença ainsi sa lettre: a Salut et non par esprit de blasphème u, comme si saint Bernard lui eût écrit poussé par l'esprit de blasphème; mais celui-ci lui écrivît de nouveau en disant : « Je ne crois pas avoir l'esprit de blasphème, et je ne sache pas avoir maudit personne, ni avoir l'envie de le faire & l'égard de qui que ce 8oit> mais surtout envers le prince de mon peuple. » Unabbé lui envoya 600 marcs d'ar^nt pour construire un monastère ; or, toute la somme fut ravie en route par des voleurs. A cette nouvelle, Bernard se contenta de dire ; n Béni soit Dieu, qui nous a délivrés de ce fardeau ; il faut toutefois avoir pitié de ceux qui l'ont enlevé; car, d'une part, c'était la cupiditt^ humaine qui les poussa; et d'ailleurs celte grosse somme d'argent avait été l'occasion d'une grande tentation. Un chanoine rég'ulier vint le prier instamment de le recevoir au nombre des moines, fïomme Bernard n'acquiesçait pas à sa demande el lui conseillait de retourner à son église : » Pourquoi donc, lui dit le chanoine, recommandezvous si fort la perfection dans vos écrits, si vous ne l'offrez pas à ceux qui la désirent* Que ne puts-je les tenir dans mes mains, vos livres, afin de les mettre en
morceaux ! » Bernard reprit : « Vous n'avez lu dans aucun d'eux que vous ne pouviez pas être parfait clans votre cloître : c'est la correction des mœurs, ce n'est pas le changement de lieux que j'ai recommandé dans tous mes livres. » Alors cet insensé se jeta sur lui et le frappa si grièvement à la joue, que la rougeur succéda au coup, et Tenfle à la rougeur. Déjà ceux qui se trouvaient là se levaient contre le sacrilège^ mais le serviteur de Dieu les prévint en criant et en les conjurant au nom de J.-C. de ne point le toucher et de ne lui faire aucun mal. Il avait coutume de dire aux novices qui voulaient entrer en religion : « Si vous voulez avoir part à tout ce qui se fait dans l'intérieur de cette maison, laissez à la porte le corps que vous avez amené du siècle : l'esprit seul entre ici ; on n'y a pas besoin de la chair. » Son père, qui était resté seul à la maison, vint an monastère et y mourut après un court espace de temps, dans une belle vieillesse.
Sa sœur, qui s'était mariée, vivaitexposée au danger au sein des richesses et des délices du monde. Or, elle vint une fois au monastère faire une visite à ses frères. Et comme elle était arrivée avec une suite et un appareil magnifique, Bernard en eut horreur comme du filet dont se sert le diable pour prendre les âmes ; il refusa absolument de sortir pour la voir. Comme aucun de ses frères ne venailà sa rencontre, mais que Tun d'eux, qui pour lors était portier, Tappclait fumier habillé, elle fondit toute en larmes. « Bien que je sois une pécheresse, dit-elle, c'est pour les gens de cette sorte que J.-C. est mort: c'est parce que je sens être une pécheresse que je recherche les avis et rentretien des per-
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soDDesde bien; et si mon friTc méprise mnn corps, que -le servîtear de I>icu ne mi^prise pas mon Hnif. Qu'il nenne, qa'ilordonne, et tout ce qu'il ordonnem, je l'aocomplinti. » Ce ne lui qu'après c^tle promesse -que saiot Bernard vint U\ trouver avec ses frères ; et parce qu'il ne pouvait pns la séparer de son mnri, il lut interdit d'abord toute la vaine ^oire dumondc. et ' illui proposa, pour modèle à imiter, la conduite de «il mère ; B|Hrès quoi il la congédia . A son retour, il s'opéra. ^ en elle ûa changement si soudain, qu'au milieu de la gloire du inonde, ^1e menait une vie érémîtique et qu'elle se rendait absolument élran^nre à tout ce qui tenait du siècletËniïnà Torcede prières, elle gagna J son mari» et après avoir reçu l'autoriNalion de soi^ èvAque, elle entra dans un monastère. L'homme à»m Dieu tomba malade, 'et on croyait qu'il allait rendra ■ te dernier soupir, quand il fui ravi en esprit et 11 hii I parutqu'il était présenté au tribunal de Dieu: Satan y fut'l aussi de son câté,etle pressait d'accusations inju»tes»f Quand il eut tout articulé et que ce fut au tour de l'homme de Dieu àparler,celui-ci dilsansse troubler et sans s'effrayer : « Je l'avoue, je suis un indigne, et je ne saurais, par mes propres mérites, obtenir le royaume des cieux. Au reste mon Seigneur qui le possède à double titre, savoir par héritage de son père, et par le mérite de sa passion, se contente de l'un et me donne l'autre .ce don, je le revendique pour moi, et je ne saurais être confondu. » A cette parole l'ennemi fut confus, l'assemblée dissoute, et l'bomme de Dieu revint à lui. Il atterra son corps par une abstinence excessive, par le travail, par les jeilnes, à tel
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point qu'il était continuellement malade et languissant, la fièvre le dévorait, et c'était à peine s'il pouvait suivre les exercices du couvent. Une fois, il était très gravement malade ; ses frères firent des prières pour lui, et il se sentit revenir à la santé. Alors il convoqua la communauté et dit : « Pourquoi retenez-vous un misérable homme? vous êtes plus forts et vous l'avez emporté. Grâce, je vous en prie, grâce, laissez-moi m'en aller. » Plusieurs villes élurent l'homme de Dieu pour évéque : ce furent en particulier Gènes et Milan. A ceux qui le demandaient, il disait sans consentir, comme aussi sans refuser avec dureté, qu'il ne s'appartenait pas, mais qu'il était consacré au service des autres. Au reste, les frères, d'après le conseil de l'homme de Dieu, s'étaient pourvus et munis de Taulorité du souverain Pontife pour que personne ne pût leur ravir leur joie. A une époque ayant visité les frères Chartreux, Bernard les édifia beaucoup en tous ' points. Il n'y eut qu'une chose qui frappa le prieur de la Chartreuse, c'est que la selle qui portait le saint abbé n'était pas sans quelque élégance et n'annonçait pas la pauvreté. Le prieur en fit l'observation à un des frères qui rapporta cela à l'homme de Dieu. Celui-ci n'en fut pas moins étonné et s'informa de ce qu'était cette selle : car de Clairvaux, il était venu à la Chartreuse sans savoir comment elle pouvait être. Pendant toute une journée, il chemina auprès du lacde Lausanne sans le voir, ou bien il ne remarqua pas qu'il le voyait. Le soir, comme ses compagnons parlaient de ce lac, Bernard leur demanda où il se trouvait. En entendant cela, ils restèrent dans l'admiration.
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L'hùmilïU de son coeur IVmpurtail en lui sur la gloire de son nom, et le monde i*nlier ne parvenait pas autant à l'élever qu'il se rabaissait lui-même. Tduh le re^rdaient comme un tiomnif; extraordinaire, et lui se considérait comme le dernier de tous : personne ne lui trouvait son ^at el lui-môme ne se préférait a personne. Enfin, d'après «es propres »vcu\, au milieu des plus grands honneurs, et (juami il recevait dt-s hommages universels, il se croyait être un personnHt;r d'emprunt, ou bien il pensait rêver : mais où il rencontrait des frères plus simpk-s, il était joyeux de se trouver jouir d'uae humilité qui lui était chère, et d'fitre rendu àluï-^nâme. Or, toujours on le rencontrait ou priant, ou lisant, ou écrivant, ou méditant, ou bien édifiant tes frères par stt parole. Une fois qu'il prêchait au peuple et que tous l'écoulaient avec attention et dévotion, cette tentation se çlissa dans son esprit : « Vraiment tu parles aujourd'hui admirablement ; les hommes t'écoulenl volonlieis et tu passes généralement pour un savant! » Mais l'homme de Dieu, qui se sentait pressé par cette tentation, s'arrêta un instant, et se mit à penser, s'il devait continuer ou finir son discours. Et aussitôt, fortifié par le secours de Dieu, il répondit tout bas au tentateur : « Ce n'est pas par toi que J'ai commencé, ce n'est pas par toi que je cesserai. » El, sans se troubler, il poursuivit sa prédication jusqu'à la fin. Un moincqui, dans le siècle, avait été ribaud et Joueur, fut tenté par le malinespritde rentrer dans le monde. Or, comme Bernard ne le pouvait retenir, il lui demanda de quoi il vivrait. Celui-ci lui répondit : « Je sais jouer au.\ dés et avec cela je pourrai vivre, u
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Bernard lui dit : « Si je te confie un capital, veux-tu revenir tous les ans et parta^jer avec moi le bénéfice?» Quand le moine entendit cette proposition, il fut tout joyeux, et promit qu'il y viendrait volontiers. Bernard commanda donc de lui donner vingt sols et cet homme s'en alla avec cet argent. Or, le saint homme agissait ainsi afin de pouvoir le faire revenir une seconde fois, comme cela eut lieu plus tard. Ce malheureux s*en alla donc, et perdit tout : puis il revint fort confus à la porte. Quand l'homme de Dieu eut appris son arrivée, il alla plein de joie vers lui, et tendit son giron afin de partager le gain ensemble. Et l'autre dit: « Rien, mon père, je n'ai rien gagné ; mais j'ai encore perdu le capital : si vous voulez, recevez-moi pour notre capital. » Bernard lui répondit avec bonté : « S'il en est ainsi, dit-il, mieux vaut encore recevoir cela que tout perdre ». Une fois saint Bernard voyageait monté sur une jument; il rencontra un paysan, avec lequel il vint àpafler et à gémir de la légèreté du cœur dans la prière. Quand cet homme l'eut entendu, il le méprisa aussitôt, et lui dit que quant à lui, dans ses prières, il avait le cœur ferme et solide. Mais saint Bernard voulant le convaincre et réprimer sa témérité lui dit : a Eloignez-vous un peu de nous, et commencez l'oraison dominicale avec toute l'attention dont vous pouvez être capable. Si vous l'achevez sans aucune distraction et sans vous tromper, je vous donne bien certaincnuMit la jument sur laquelle je suis assis. Mais vous allez me promettre consciencieusement aussi, que si vous avez en même temps une distraction, vous vous garderez bien de me le cacher. » Le paysan wichanté
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et qui se croTaîtdéjà avoir |^né la jument, Tul assez téméraire pour se retirer, et après s'èlre recueilli, il omnnieiiçâ i rédler ToraiflOD duminicale. Il avait i peine achevé U nuritié du Paler, qu'une pensée le toannente ; c^est de savoir s'il aura la selle avec la ju ment. Alan s'étaot aperça de 6a distraction, î) revint vile trouver saiat Bernard auquel il déclara ce qoi l'avait inquiété pendant sa prière, et dans la suite, ît fiit menas [H>ésomptaeuz de soî-mt'me.
Frère Robert, moine et parent de »aint Bernard* ' trompé dès son enfti'nce par Im discours de cerliiines^ personnes, s'en était allé à COnny. Or, le vénérable' Père, après avoir gardé le silence à ce sujet pendant un certain temps, prit la résolution de lui écrire pour le faire rentrer. Et comme il était en plein nir, et qu'un antre moïne écrivait en niéine temps sous la dictée du saint, tout à coup, et sans qu'on s'y altendtl, la pluie tomba avec impétnosité. Or, celui qui écrt- j vaît voulait plier la feuille. « C'est œuvre de Dïeu^fl lui dit Bernard, écrivez, et ne craignez rien. » Il écrivit donc la lettre au milieu de la pluie, sans en recevoir une goutte, car bien qu'il eâl plu de tout côté, cependant la force de la charité suffit pour éloigner l'incommodité de l'oraçe. — L'homme de Dieu avait bâti un monastère, qui était envahi par une multitude incroyable de mouches, en sorte que c'était une grande gène pour tout le monde. Saint Bernard dit : « Je les excommunie. » El le matin, on les trouva toutes mortes. — Ayant été envoyé par le souverain pontife à Milan, pour en réconcilier les habitants avec l'Église, il était déjà de retour à Pavic, quand un homme
lui amena sa femme, qui était possédée. Aussitôt le diable se mit à vomir contre le saint mille injures par la bouche de cette misérable. II disait : « Ce mangeur de poireaux, cet avaleur de choux, ne me chassera point de ma petite vieille. » Mais Thomme de Dieu l'envoya à Téiçlise de saint Syr. Saint Syr voulut le céder à son hôte et ne fit aucun bien à cette femme. On l'amena donc de nouveau à saint Bernard. Alors le diable, par la bouche de la possédée, se mit à plaisanter et à dire : « Ce ne sera pas Sirule, ce ne sera pas Bernardinet qui me chassera. » A cela, le ser\'îteur de Dieu répondit : « Ni Syr, ni Bernard ne te chassera, mais ce sera le Seigneur J.-C. » Et il ne se fut pas plutôt mis en oraison, que le malin esprit dit : « Que je sortirais volontiers de cette petite vieille! Combien j'y suis tourmenté ! Que je sortirais volontiers ! mais je ne le [>uis ; le grand Seigneur ne le veut pas. » Le saint lui dit : « Et quel est le grand Seigneur? » « (y est Jésus de Nazareth », répondit le diable. « I/as-tu jamais vu ? » reprit Bernard. « Oui, » répondit le malin. (( Où? » dit Bernard. L'autre lui répondit : « Dans la gloire. » « Tu as donc été dans la gloire ? » repartit Bernard. « Certainement, » dit le démon. « Et comment en es-tu sorti ? » lui demanda le saint. « C'est avec Lucifer que nous fûmes précipités en grand nombre. » Or, l'esprit méchant disait cela d'une voix lugubre, par la bouche de la vieille, en présence de tout le monde (|ui l'entendait. Et l'homme de Dieu lui dit : « Est-ce que tu ne voudrais pas retourner dans cette gloire? » Et le démon se mit à ricaner d'une certaine façon et dit : « C'est un peu
lard, à présent. » Alors, l'homme de Dieu fit une prière, et le démon sortit de la femme. Mais quand saint Bernard se fut retiré, le diable s'en empara de nouveau. Alors son mari accourut dire à saint Bernard ce qui était arrivé. Celui-ci ordonna de lier au cou de la femme un papier sur lequel étaient écrits ces mots : « Au nom de N.-S. J.-C., je te commande, démon, de ne plus oser toucher cette femme à Tavenir. » Après quoi, le diable n'osa plus s'approcher d'elle*. — Il y avait, dans FAquitaine, une misérable femme tourmentée par un démon impudent et incube. Pendant six ans, il abusa d'elle et la vexa par des débauches incroyables. Quand l'homme de Dieu vint en ce pays, le démon défendit à la possédée, avec des menaces horribles, de s'approcher du saint, parce qu'il ne pourrait lui rien faire de bien, et qu'aprèsson départ, celui qui était son amant serait pour elle un persécuteur acharné. Mais cette femme alla trouver avec assurance l'homme de Dieu, et lui raconta avec beaucoup de sançlots ce qu'elle souffrait. Saint Bernard lui dit : (( Prenez mon bâton que voici, mettez-le dans votre lit, et s'il peut faire quelque chose, qu'il le fass(». » La femme le fit et se coucha ; mais aussitôt Tautre vint et n'osa pas s'approcher du lit, ni enlre- |)ren(lre ce qu'il avait coutume de faire. Alors il la m(Miace vivement qu'aussitôt après le départ du saint, il se venç^era d'elle d'une manière atroce. Ceci fut rapporté à saint Bernard qui rassembla le peuph^,
* Hipanioulins ra|)|)orle ce fait dans la 2© partie des llisloriuritm Krrlesid' inediolnueitsis, pai^c 57 ((euvre de Loup île Ferr., page 51 S.
commanda que chacun iUii une chandelle allumée à la main, et, avec toute l'assemblée qui se trouvait là, il excommunia le démon; ensuite il lui interdit tout accès, soit auprès de cette femme, soit auprès d'aucune autre. Ce fut ainsi qu'elle fut délivrée entièrement d'une semblable illusion.
Dans la même province, le saint homme remplissait les fonctions de légat, pour réconcilier à l'Église le duc d'Aquitaine, qui refusait absolument de le faire. Alors, l'homme de Dieu s'approcha de l'autel pour célébrer les saints mystères, et le duc attendait à la porte de l'église, comme excommunié. Quand saint Bernard eut dit Pax Dominij il mit le corps de N.-S. sur la patène et le prit avec lui, et alors, la figure embrasée et les yeux flamboyants, il sort de l'église et adresse au duc ces paroles terribles : a Nous t'avons prié, dit-il, et tu nous as méprisés. Voici le Fils de la Vierge qui vient à toi; c'est lui qui est le seigneur de l'Église que lu persécutes. C'est ici ton juge au nom duquel tout genou fléchit. C'est ici ton juge dans les mains duquel ton âme viendra un jour. Est-ce que tu le mépriseras aussi, lui, comme tu as méprisé ses serviteurs? Résiste-lui, si tu l'oses. » Et aussitôt le duc fut glacé, et comme si tous ses membres eussent été disloqués, il se laissa tomber à l'instant aux pieds du saint, qui, le poussant du Udon, lui ordonna de se lever et d'écouter la sentence de Dieu. Le duc se leva tout tremblant, et accomplit de suite ce que le saint homme lui commandait. — Le serviteur de Dieu étant venu en Allemagne pour apaiser une grande discorde, l'archevêque de iMayence envoya au-devant de lui un
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derc vénérable. Celui-ci loi disait ttOlF'^^ÎPSC?™ eav<^ au-devant de lui par son sei^eur, et l'homme de Dieu répondit : « Ceat on aotre Sei^L-ur qui voiu a envoyé. « Celui-eî, étonné, lui assurait qu'il nv'ail été envoyé par l'ardievéque, son nialire. De son c4té,'fl le serviteuf de J.-C. disait : € \'ous vous trompe*, mon fils, vous voua trompes; c'est un plus t^rand mattrequi voua a envoyé; c^esl J.-(l. » Le clerc, qui comprit : « Vous pensez, dit-il, que je veux me faire moine ? Dieu m'en garde I Je n'y ai pas pensL' ; et cela n'entre pas dans mes goûta, ii ('epcudani, dans le même voyage, il dit adieu au «iècle el reçut l'Iiabit des mains de l'homme de Dieo. —Le saint homme avait accueilli dans son ordre un militaire d'une famiite très noUe, lequel, étant resté un certain tempn aveisaint Bernard, fut aux prises avec une tentation très grave. Un des firères, qui le vil si triste, lui en demanda la cause. Il lui répondit : c .le sais, dit-il, ji> aais que désormais il n'y aura plus de joie pour moi. » Le frère rapporta cette parole au serviteur de Dieu, qui pria pour le militaire avec plus de ferveur. A l'instant, ce frère, qui avait été si grièvement tenté et qui était si triste, parut aux frères aussi joyeux et aussi gai qu'il avait paru désolé auparavant. Le frère lui rappela le mot triste qu'il avait prononcé, alors, il répondit : « Bien, que j'aie dit alors, je ne serai plus jamais gai, je dis maintenant, je ne serai plus jamais triste. »
Saint Malachie, évèque d'Irlande, dont saint Bernard a écrit la vie pleine de vertus, étant trépassé heureusement à J.-C. dans son monastère, l'homme
de Dieu offrît pour lui Thoslie salutaire; il connut alors sa gloire par une révélation divine, et par inspiration * il chang'ea la formule de la postcommunion en disant avec une voix toute joyeuse : beus qui Beatum Malachiam sanciorum ttiorum merilis coœquaslij iribue^ quœsiimus, ut qui preliosœ morlis ejus festa agimusy vitœ quoque imilemus exemyla. Per Dotninum...**. Le chantre lui faisant sii^ne qu'il se trompait: « Non, dit-il, je ne me trompe pas; je sais ce que je dis. » Ensuite il alla baiser les précieux restes du saint. — A Tapproche du carême, il reçut la visite d'un grand nombre d'étudiants qu'il pria de s'abstenir, au moins dans ces saints jours, de leurs vanités et de leurs débauches. Comme ils n'acquiesçaient pas à sa prière, il leur fit servir du vin en disant : « Buvez la boisson des âmes. » Quand ils eurent bu ils furent subitement changés ; ils avaient tout à Theure refusé de servir Dieu pendant un peu de temps, et ils lui consacrèrent toute leur vie. — Enfin, saint Bernard approchant heureusement de la mort, dit à ses frères : rc Je vous laisse trois points à observer, et dans tout le cours de ma vie je les ai pratiqués autant qu'il a été en moi : je n'ai voulu donner de scandale à personne et s'il y en a eu, je l'ai caché comme je l'ai pu. J'ai toujours cru moins à mon sentiment qu'à celui d'autrui. Quand j'ai été offensé je n'ai jamais cherché à me venger. Voici donc (|ue je vous laisse la charité,
• (iuill. de s. Tb., 1. \\\ c. xxi.
•• C'est la postcommuiiioii de la inessede saint (irciçoirc h-"", pape, telle qu'elle se trouve dans le Hornaiii actuel» à rexce|)tion du mol moflin\u'i cslrenipiacé par rommemovalionis .
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fhumilîlé et la paUence. » Entin «près avoir on grand nombre de miracles, construit IGO inunastèrcs, composé beaucoup de livres et de traités, et avoir vécu environ 63 ans, il sVndormît dans les bras dises h^res, Tan duSeipieiir H33, Après son décès, il manifesta sa gloire i beaucoup de personnes. Il a]>pamt en effet i l'abbé d'un monastère et l'ençagea & le suivre. Comme cet abbé le suivait, l'homme de Dieu lui dit: « Voici que nous allons à la montaf^itc du liban. Pour vous, vous demeurerez ici et rnoi j'v monterai, » L'abbé lai demanda paurquoi il vnuUîi monter? « Ceat que je veux apprendre », dît-il. « Et que voulez-vous apprendtc, mon Père, reprît ThLI»'étonné, vous dont nous ne connaissons pas «ujounl'iiuî le pareil sur la terre en ce qui concerne la science ? » Le saint lui répondit: «Iln'ya pas de science ici-bas, il n'y a aucune connaissance du vrai. C'est là-haut qu'est la plénitude de ta science, c't;st là-haut qu'est la véritable connaissance de la vérité. » El en disant ces mots, il disparut. L'abbé nota le jour, et il trouva que c'était celui oi^ saint Bernard était mort. Dieu opéra par son serviteur beaucoup d'autres miracles, qu'il est presque impossible de compter.