‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sourcesChapitre 50 sur 73 · SAINT SYMPHORIEN · texte numérisé non relu

SAINT SYMPHORIEN

le péché; où il sera, au jugement; où il est, dans la misère; où il n*est pas, dans la gloire.

Timothée fut tourmenté à Rome sous Néron par le préfet de la ville ; ses plaies furent arrosées de chaux vive * et pendant qu'il souffrait ces supplices affreux, il rendait grâces à Dieu. Deux anges lui apparurent alors et lui dirent : « Lève la tête aux cieux et vois. » En regardant il vit les cieux ouverts et J.-G. tenant une couronne ornée de pierres précieuses qui lui disait : « Tu la recevras de ma main. » Un homme nommé Apollinaire, voyant cela, se fit baptiser. C'est pourquoi le président ordonna que tous deux fussent décapités, puisqu'ils persévéraient dans leur confession. Ce qui arriva vers Tan du Seigneur 57.

SALNT SYMPHORIEN

Symphorien vient de symphonie. Car il fut comme un instrument de musique qui rend des sons harmonieux de vertu. Dans un instrument de musique il y a trois choses, comme elles existèrent dans Symphorien. D'après Averroës, l'objet qui résonne doit être dur à la résistance, doux pour la prolongation des sons et lar&^e quant à leur ampleur. De même Symphorien fut comme un instrument de musique; il fut dur à lui-même par austérité, doux aux aulrcs par mansuétude et large à tous par grandeur de charité.

Symphorien était originaire delà ville d'Autun. Dès sa jeunesse, il excellait par une telle gravité de mœurs qu'il semblait prévenir la vieillesse. Les païens célé-

• Bréviaire romain.

i80 I-* LtolItDB DOBis.

braient une fête de Vénus et l'on porlail sa statut- iln-^ vantle préfet Héraclius. Syin|ihorit'ii (jui s'y Irouva ne voulut pas l'adorer; alor» il fui hutlu longtemps et jeté- eu prisOD. On le 6l sortir ensuite du cachot et commeon le forçait i sacrifier et qu'on lui prometlail de grandes récompensea, il dit : « Noire Dieu sait r»-compenser le mérite, comme il siiil punir les péché». ' Cette vie que nous avons à payer à Ùiea comme une ~ dette, payons-la en' dévouement. On se repenl, lit^, tard, d'avoir tremblé devant son juge. Vos présents trompeurs qui paraissent avoir la douceur du iiii(.-i ne I sont que poison i ceux dont l'esprit esl a.ssez crédule pour les accepter. Votre cupidité,rn voulanl (oui poitséder, ne possède rien, parce que enlacée dans les artifices du démon, elle est retenue dans les entraves d'un misérable gain : et vos joies, sendiiithles à nue ■ eau glacée, se brisent dès qu'elles reçoivent les rayons du soleil. » Alors le juge, rempli décolère, porift une sentence de mort contre Symphorien, On le conduùùt à l'endroit de l'exécution, quand sa mère lui cria de dessus le mur : « Mon fils, mon fils, souviens-toi de la vie éternelle : regarde en liaut, et vois celui qui règne dans le ciel. Ta vie n'esl point détruite, puisqu'elle esl changée en une meilleure * m. Bienlôl après il fut décapité, et son corps enlevé par les chrétiens fut enseveli honorablement. Il s'opérait tant de miracles à son tombeau que les païens l'avitienl en grand honneur. tJréiîoire de Tours i apporte ** qu'un chrétien ramassa

' Oe fl/or. Atari., I

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trois pierres à l'endroit où son sang avait été répandu el qu'il les renferma dans une boîte d'argent revêtue de bois. Il la déposa dans un château qu'un incendie dévora tout entier ; mais la boîte fut retirée intacte et entière du milieu du foyer. Il pâtit vers l'an du Sei- ^leur 270.

Barthélémy signifie fils de celui qui suspend les eaux*, ou fils de celui <iui se suspend. Ce mot vient de Bar, qui veut dire fils, de (helos, sommité,etdc moy.t, eau. De là Barthélémy, c'està-dire, le fils de celui qui suspend les eaux de Dieu ; donc, qui élève Tesprit des docteurs en haut, afin qu'ils versent en bas les eaux de la doctrine. C/cst un nom Syrien et non pas Hébreu, il y a trois manières d'être suspendu, que notre saint posséda. En effet il fut suspendu, c'est-à-dire élevé au-dessus de l'amour du monde, porté à l'amour des choses du ciel, entièrement appuyé sur lagrAce et le secours de Dieu, de sorte que toute sa vie dépendit non de ses mérites mais de l'aide de Dieu. Par la seconde étymologie,csl indiquée la profondeur de sa sagesse dont saint Denys dit ce qui suit dans sa Théologie mystique* : « Ledivin Barthélémy avance que la Théologie est tout ensemble développée etbriève, l'évangile ample, abondant et néanmoins concis. » Saint Barthélémy veut insinuer par là, d'après l'opinion de Denys, (|ue la nature suprême de Dieu s'élève au-dessus de tout, au-dessus de toute négation comme de toute affirmation.

Saint Barthélémy, apAtre, en venant dans Tlnde**, qui est située aux extrémités du mond<% entra dans

• Chapitre i, 3, ** Bréviaire romain ,

483 LA téaCMDI DOBÉM

un temple où se trovvrit' oné idole nommte Astarodi» et il s'y arrCta comme fecail un voyaçeiir. Dans «lie idole hébîlut an démoa qui prélendail fuire du bi^ii anx maUdes; or, il ne les irui^iissail pas, mais il suspendait wulement lean soufFrances. Cependant cotnmc' le teraf^e était rempli de malades et que, maljj^é les «acrificee offerts toiia lot jours pour les infirmes des paya les plus éloignés, an ne pouvait avoir aucune r^ 'pense d'Astaroth, les malades allÈrenl à une autre ville où l'on adorait une jilole nonnat^ Uéiilh. Ils dtv mandèrent ft Bérilh pourquoi Aslarolli nedonnailpas de répoûse, et il dit: « Noire Dieu est lié dans des chalDCS de fea ; il n'ose ni respirer, ni parler, àdater da momentoùest entréTapAire de Dieu Oarlhélemy.» Ils lui disent: « Etqoel est ce Barthélémy? » Le démon répondit : « C'est l'nnii du Dieu tout-puissant ; il est venu en cette pronncc pour chasser tous les dieux de l'Inde. » Et ils dîreni : « Dis-nous à quels signcii nous pourrions le trouTer. n Ledémon reprit: « Il u les cheveux crépus et noirs, le teint pflle, les yeux grands, le nez régulierct droit, la barbe longue etmèlée de quelques poils blancs, la taille bien prise; il est revélu d'une robe sans manches avec des nœuds conleiirde pourpre, son manteau est blanc, garni de pierres précieuses couleur de pourpre à chaque coin. Depuis vingt ans qu'il les porte, ses habits et ses sandales ne s'usent ni ne se salissent. Chaque jour il flécbitles genoux cent fois pour prier, cl autant pendant la nuit. Les anges voyagent avec lui, et ils ne le laissent pas se fatiguer, ni avoir faim. Son visage est toujours le même, toujours il est joyeux et gai. Il prévoit tout, il

sait tout. Il connaît et comprend les langues de tous les pays, et ce que je vous dis en ce moment, il le sait déjà ; quand vous le cherchez, s'il le veut, il se montrera à vous, mais, s'il ne le veut pas, vous ne pourrez le trouver. Or, je vous prie, quand vous l'aurez rencontré, conjurez-le de ne pas venir ici de peur que ses anges ne me fassent ce qu'ils ont déjà fait à mon compagnon. » Après donc qu'on l'eut cherché avec soin pendant deux jours sans le trouver, un démoniaque s'écria un jour : « Apôtre de Dieu, Barthélémy, tes prières me brûlent. » L'apûtre lui dit : « Tais-toi, et sors de cet homme. » A l'instant le possédé fiitdclivré. En apprenant cela, le roi de ce pays, nommé Polimius, qui avait une fille lunatique, envoya prier l'apôtre de venir chez lui et de guérir sa fille. L'apôtre étant venu chez le roi, et voyant sa fille enchaînée, parce qu'elle déchirait par ses morsures ceux qui l'approchaient, ordonna de la délier; et comme les serviteurs n'osaient l'approcher, il dit : « Déjà je tiens enchatné le démon qui était en elle, et vous craignez ? » On la délia et elle fut délivrée. Alors le roi fit charger des chameaux d'or, d'argent et de pierres précieuses, et fit chercher l'apôtre qu'on ne put rencontrer nulle part. Le lendemain matin, cependant, le roi étant seul dans sa chambre, Tapôtre lui apparut et lui dit : « Pourquoi m'as-tu cherché toute la journée avec de l'or, de l'argent et des pierres précieuses ? Ces présents sont utiles à ceux qui sont avides des biens de la terre; quant à moi, je ne désire rien de terrestre, rien de charnel. » Alors saint Barthélémy se mit àlui apprendre beaucoup de choses sur la manière dont nous avons

été rachetés ; il lui montra, entre autres, que J.-C. avait vaincu le diable par convenance prodigieuse, par puissance, par justice et parsagesse. 1°I1 fut convenable en effet que celui qui avait vaincu le fils d'une vierge, c'est-à-dire, Adam créé de la terre, alors qu'elle était encore vierge, fût vaincu par le fils de la Vierge. 2* 11 le vainquit par puissance : comme le diable, en faisant tomber l'homme, avait usurpé l'empire de Dieu, J.-C. l'en chassa avec sa toute-puissance. Etcommelevain- ({ueur d'un tyran envoie ses compagnons de victoire pour arborer ses drapeaux partout et pour abattre ceux du tyran, de même J.-C. vainqueur envoie partout ses messagers afin de renverser le culte du diable et établir à la place le culte de J.-C. 3"* Il le vainquit avec justice. Il était juste en effet que celui qui avait vaincu l'homme par le manger, et qui le tenait encore sous sa puissance, fût vaincu par le jeûne d'un homme, et dépouillé de son usurpation. 4° Il le vainquit par sagesse, puisque les artifices du diable furent déjoués par l'habileté de J.-C. Tel fut Tarlifice du diable : comme un épervier qui saisit un oiseau, il devait saisir J.-C. dans le désert; si en jeûnant J.-C. n'avait pas faim, il n'y aurait plus de doute qu'il fût Dieu; mais s'il avait faim, il l'aurait vaincu lui-même par la gourmandise comme il avait fait du premier homme; mais Dieu ne se fît pas connaître, parce qu'il eut faim ; il ne put pas être vaincu, car il résista à sa tentation. Quand donc il eut enseiLnié au roi les mvstères de la foi, il ajouta que s'il voulait recevoir le baptême, il lui montrerait son Dieu, chargé de chaînes.

Le lendemain, les pontifes offraient, vis-à-vis du pa-

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lais du roi, un sacrifice à Tidole, quand le déipon se mil à crier en disant : « Cessez, misérables, de nj'offrir des sacrifices, de peur que vous ne souffriez pire encore que moi qui suis lié de chaînes de feu parFangé de J.-C., que les Juifs ont crucifié, avec la pensée qu'il serait retenu par la mort : au lieu qu'il a enchaîné la inorl elle-même, notre reine, et qu'il retient captif, dans des chaînes de feu, notre prince, l'auteur de la mort. » Aussitôt tous se mirent en œuvre d'attacher des cordes pour renverser l'idole, mais ils ne le purent. Alors l'apôtre commanda au démon de sortir de l'idole en la brisant : et à l'instant le démon sortit et brisa lui-même toutes les idoles du temple. Puis l'apôtre fit une prière et tous les infirmes furent guéris. Alors saint Barthélémy consacra le temple à Dieu et ordonna au démon de s'en aller dans le désert. L'ange du Seigneur apparut en cet endroit, et en volant autour du temple, il grava le signe de la croix avec le doigt aux quatre angles en disant : « Voici ce que dit le Seigneur : Comme je vous ai purifiés de votre infirmité, de même aussi ce temple sera purifié de toute souillure, et de la présence de celui qui l'habitait, puisque Tapôtre l'a fait s'en aller au désert. Mais auparavant, je vous le ferai voir. Ne craignez pas en le regardant, mais faites sur votre front un signe pareil à celui que j'ai sculpté sur ces pierres. » Et il leur montra un Ethiopien plus noir que la suie, à la figure anguleuse, avec une longue barbe, et des cheveux qui lui tombaient aux pieds, des yeux enflammés et jetant des étincelles comme le fer rouge ; des flammes couleur de soufre lui sortaient de la bouche et des yeux, et il avait les mains liées

480 uk uteKNDE Doniç

derrière le dos arec des ehetnes de fea. Et f sofe in dit: « Puisque tu aseaLeiidu l'ordre de l'apâtre, «1 que to as brisé toutes les idoles eu sorlaiu du tem^do, je te délierai afin cjue tu puisses aller en tel eitdroîl où tncun lumune n'balûte, et qiu> lu v restes jusigu'ac jour du jugement. » Qoand il fut d<Mio il disparu! ei buriaat et faisant nn ^^rand bruit : mais l'ange du Seïgêneur s'envola vers le ciel i la vue de tous les assi»^ tants. Alors le-roi avec son éponse. ses enfaniu et tout le peuple reçut lé baptême : après quoi il quitta royaiune pour se fain le disciple de l'apâlre.

Tous les pontifes des temples s'assemble rciU et hII^> rent trouver le roi Astyage, sou frère. Ils portèrent contre l'àpdtre des plaintes concernan l la perte de leur» dieux, le profonation du tonple et la séduction magi* que qu'on avait exercée contre le roi •. Alors le roi Astyage indigné fil partir mille hommes armés pour prendre l'apôtre. Quand il eut élé ameuéau roi, ccIuh' ci lui dit : a Es-tu celui qui a |Jer^'e^ti mon frère t p L'apdlre répondit : a Je ne l'ai pas perverti, mais je l'ai converti. » Le roi lui dit : « De même que tu as fait que mon frère abandonnât son Dieu pour croire au tien, de même aussi je te ferai abandonner ton Oieu pour sacrifier au mien. » L'apôtre repartit : « Le Dieu qu'adorait ton frère, je l'ai lié, et je l'ai fait voir lié ; après quoi je l'ai forcé à briser la statue de l'idole : si tu parviens à en faire autant à mon Dieu, alors tu pourras m'inviter à adorer la statue, sinon, de mon côté, je briserai les dleu.x et tu croiras au mien. »

Comme l'apôtre parlait encore, on annonce au roi que son dieu Baldach s'était renversé et brisé en morceaux. A cette nouvelle, le roi déchira la robe de pourpre dont il était revêtu ; ensuite il fit fouetter l'apôtre avec des verges, et commanda qu'on l'écorchât vif. Mais les chrétiens enlevèrent son corps, et l'ensevelirent avec honneur. Quant au roi Astyage, et aux pontifes des temples, ils furent saisis par les démons et ils moururent : mais le roi Polimius fut ordonné évêque et après avoir rempli avec honneur pendant vingt ans, le ministère épiscopal, il mourut en paix et plein de vertus. — II y a différentes opinions sur le genre de la passion de saint Barthélémy : car le bienheureux Dorothée dit qu'il fut crucifié. Voici ses paroles : « Barthélémy prêcha aux Indiens et il traduisit dans leur langue l'Évangile selon saint Mathieu. Il s'endormit à Albane, ville de la grande Arménie, et fut crucifié la tête en bas. » Mais saint Théodore dit qu'il fut écorché. Cependant, dans beaucoup de livres, on lit qu'il fut seulement décapité. On peut concilier ces opinions différentes, en disant qu'il fut d'abord crucifié, ensuite qu'il fut descendu de la croix avant de mourir, et que pour ajouter à ses tortures, il fut écorché et qu'en dernier lieu, il eut la tête tranchée.

L'an du Seigneur 831, les Sarrasins, qui envahirent la Sicile, ravagèrent l'île de Lipard, où reposait le corps de saint Barthélémy, et brisant son tombeau, ils dispersèrent ses ossements. Or, voici comme on rapporte que son corps fut transporté de l'Inde dans cette île. Ces païens voyant que son corps était en grande vénération à cause de la quantité de miracles

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qi^if opéiyit, en'ftmuit remplis d'indi^nalion et ils (< renfermèrent dana an coffre de plomb qu'ils jetèrent dans la mer. Dieu permit qu'il abordât dans l'Ile .susdite*; et comme les Sarrasins avaient di^pen^é ses u, quand ils m forent i-ctiMs, le saint appurul à ini mmne et loi dit : « Lèvt-toi, rassemble mes os qui ont éti dispersés. » Le moine lui répondit : » Pour quelle raison 4evon8-noiu ramasser vos os ou vous rendre qnelqde bonneor, quand vous nous avez laissé extermî-

- ner sans nous secourirt » L'apiitre reprit : « Pendant nnlongespaoedetemps, le Seigneur a i^pargn<^c« peu* pie en vue de mes mérites ; mai-s ses péchés s'auginctitant de{âaaen {^uset criant jusqu'au ciel, je n'ai plus pu fdttenir pardon pour lui. » Comme le moine lui demandait comment il pourrait jamais trouver ses 03 qui

' étaient confondus avec beaucoup d'autres, l'apdtre lui dit : « La nuit, tu Irae pour les rassembler, et ct-ux que tu verras briller comme du feu, tu les enlèveras. « - Le moine trouva tout ainsi qur; l'apôtre lui avait dit :V il enleva les os, et, s'embarquant snr un vaisseau, il les transporta à Bénévent, métropole de la Pouille. Maintenant on dit qu'ils sont à Rome, quoique les Bénévenlins assurent les posséder encore. — Une femme avait apporté un vase plein d'huile qu'elle voulait verser dans la lampe de saint Barthélémy, Mais de quelque façon que l'on penchât le vase sur la lampe, il ne pouvait rien en sortir, quoique en touchant l'huile avec les doigts on la trouvât liquide. Alors quelqu'un s'écria : « Je pense qu'il n'est pas ag^réable à l'apôtre

* Gréfç. de Tours, De Glor. Mariyr., I. I, c. xxxviii.

qu'on verse de cette huile dans sa lampe. » C/est pourquoi on versa dans une autre lampe cette huile qui coula aussitôt.

Quand Pempereur Frédéric détruisît Bénévent, il donna l'ordre de raser toutes les églises; car son intention était de transporter la ville entière dans un autre endroit. Alors un homme rencontra quelques personnages revêtus d'aubes blanches, et resplendissants, qui paraissaient parler ensemble et discuter entre eux une question. Cet homme, rempli d'étonnement, demanda qui ils étaient, et Tun d'eux répondit : « Voici Tapôtre Barthélémy avec les autres saints dont il se trouvait des églises dans la ville : ils se sont réunis pour chercher et discuter quelle peine devra subir celui qui les a chassés de leurs demeures : déjà ils ont décidé entre eux et leur sentence est inviolable, que le coupable sera traduit sans retard au tribunal de Dieu, devant lequel il aura à répondre de tout cela. » Et de vrai, peu après, ledit empereur mourut misérablement, — On lit dans un livre des Miracles des Saints, qu'un Docteur célébrait solennellement chaque année la fête de saint Barthélémy. Un jour qu'ilpréchait, le diable lui apparut sous l'apparence d'une jeune fille remarquablement belle : Le prédicateur jeta les yeux sur elle et l'invita à dfner. Pendant le repas, elle faisait tous ses efforts pour lui inspirer de l'amour. Saint Barthélémy vint à la porte sous la figure d'un pèlerin qui demanda avec instance qu'on le ftt entrer pour l'amour de saint Barthélémy. La jeune fille s'y opposa et on envoya au pèlerin un pain que celui-ci refusa d'accepter. Alors, par le messager il envoya prier le

■im LA. LIÎGENDE DORÉE

iiin tlrf de lui dire ce qui était plus parliculièrement propre à riioinnit.'. Le matlre prétendail que c'était le lire, tn&itjla jeune Bile répondit : •' Dites plutôt le péché, avec lequel rUoinme estconçu,nak et vit.» Barthélémy répondit que le ma lire avait bien parlé,niaîsquela femme a\-aît' donné une réponse renTermânt un sens plus profond. Ea seeondiien, le pèlerin envoya demander au mahre de lui indiquer un endroit n'ayant qu'un pied d*élendue oi'i Dieu avait manifesté les plus grandes mervcillest Comme le maître disait que c'était l'endroit de la croix dans lequel Dieu a opéré des miracles, lu femmedit : II C'est pluliït la tête de l'homme, dans laquelle' existe comme un petit monde, n L'apôtre approuva la sentence de l'un cl de l'autre. Troisièmement il d^ manda quelle distance il y avait depuis le haut du cîel, jusqu'au bas du l'enfer. Comme te matlrc avouait qu'île ne le savait pas, la femme dit : n Je vois mMintenant que je suis surpassée : mais je le sais, moi, qui .•luig tombée de l'un dans l'autre; et il faut que je te nioii>i Ire rein. » Alors le diable en poussant un çrand hurlement se précipita dans l'ahlme. Or, quand od cfaer> cha le pèlerin, on ne le trouva pas. On lit quelque chose d'à peu près semblable de saint André.

Saint Ambroise dans la préface qu'il a composée pour cet apôtre raconte ainsi sa légende en abrégé. <r 0 Jésus, vous avez daigné manifester d'une manière admirable votre majesté à ceux que vous avez chargés de prêcher votre Trinité qui forme une seule divinité. Parmi eux, c'est sur saint Barthélémy que vous avez daia;n<! jeter les yeux pour l'envoyer prêcher un peuple éloigné. Aussi l'avez-votis orné de toutes sortes de

vertus. Ce peuple, bien que séparé du reste du monde, vous a été acquis, et a été rapproché de vous par les mérites de la prédication de votre apôtre. De quelles louanges n'est pas digne cet homme merveilleux ! Ce n'est pas assez pour lui de gagner à la foi les cœurs de ceux qui l'environnent; il vole plutôt qu'il ne marche vers les extrémités du monde habitées par les Indiens. Une multitude innombrable de malades le suit dans le temple du démon et à l'instant ce père du mensonge ne donne plus de réponses. Oh ! combien furent merveilleux les prodiges de sa vertu! Un sophiste veut argumenter contre lui ; l'apôtre ordonne et le sophiste reste muet et épuisé. La fille du roi que le démon tourmentait, il la délivre et la rend guérie à son père. Oh ! prodige de sainteté ! il force le démon à réduire en poudre les idoles sous lesquelles Tantique ennemi du genre humain se faisait adorer. Il peut bien être compté dans l'armée du ciel celui auquel apparut un ange envoyé de la cour céleste afin de rendre un témoignage certain à la vérité! Cet ange montre le démon enchaîné, et grave sur la pierre le signe de la croix qui a sauvé les hommes. Le roi et la reine sont baptisés avec leur peuple, et les habitants de douze villes vous confessent de corps et de cœur. Enfin, sur la dénonciation des pontifes païens, un tyran, le frère de Polémius encore néophyte, fait battre de verges l'apôtre, et le fait écorcher et périr de la mort la plus atroce. » Le bienheureux Théodore*, abbé et docteur, dit entre autres ces paroles, au sujet de saint

** Cf. Anaslasr \c Biblioth., t. III, p. 732.

1!)2 LA LÉGKXUE noRi-^e

Iliirlliciciiij- : (c I.'aiHHre Barlhdlcmy prêcha pr«ini^ remciil en LjcBonie, iMwiiile dans l'Inde, enfin dans Atbani-, ville di; la «raiide Arménie uù il fut d'abord rnirrhé et enfin décapîlc ; il y fui aussi enseveli. Qirnnd il reçut du SeijKiieur la mission de [tricher, j« pciisp qu'il entendit qu'on lui adressuit ros mots : « Mon « disciple, va prêcher, va au rombat : affronte le» pé- « rils; j'ai acliev»^ i'reiivre rie mon (»ère; j'ai été témoin i< le premier; accomplis la lâche qui l'est imposée; « marche sur les pa» de Ion maître ; donne sang pour (1 sang, chair pour chair; endure ee (jue j'aî enduré « p;iiir loi dans mu passion. Que tes armes soient la bé- <i nii^nité au milieu de les fati^^tics, et la douceur vis-ik- « vis des méchants, et la pnlience dans celle vie qui a passe. » L'ap6lre accepta, et comme un serviteur fidèle, il acquiesça à l'ordre de son Seigneur; il s'avance plein de joie comme la lumière du monde, afin d'éclairer ceux qui vivaient dans les ténèbres : c'est le sel de la terre qui conserve les peuples énervés; c'est le Ial)Ourcur qui met la dernière main à la culture des cteurs. L'apdlrc saint Pierre enseigne aussi les nations, saint Barthélémy en fait autant : Pierre opère de grands prodiges, Barthélémy fait des miracles éclatants; Pierre est crucifié la tète en bas ; Barthélémy, après îivoir été écorché vif, est décapité. Autant Pierre conçoit de mystères, autant en pénètre Barthélémy. Il féconde l'Eglise comme le prince des apôtres; les grâces qu'ils ont reçues tous les deux se balancent. De môme que la harpe produit des accords harmonieux, de même Barthélémy, qui tient le milieu dans le mystérieux nombre douze, s'accorde avec ceux qui le pré-

cèdent comme avec ceux qui le suivent pour produire des sons mélodieux au moyen de la parole divine. Tous les apôtres, en se partageant l'univers, ont été établis les pasteurs du Roi des rois. L'Arménie qui s'étend de Ejulath jusqu'à Gabaoth est la partie qui lui échoit; aussi voyez-le se servir de sa langue comme d'un soc pour labourer le champ de l'esprit des hommes, dans les cœurs desquels il enfouit la parole de sa foi; il plante les jardins et les vignes du Seigneur; il greffe les remèdes qui guériront les passions de chacun; il extirpe les épines nuisibles, il coupe le bois de l'impiété; il entoure le dogme de défenses. Mais qu'ont-ils gagné pour l'offrir au Créateur ! Au lieu des honneurs, ils n'ont que déshonneur, au lieu de bénédiction, malédiction, au lieu des récompenses, des tourments; au lieu d'une vie de repos, la mort la plus amère : car après avoir subi des supplices intolérables, Barthélémy fut écorché par» les impies comme s'ils avaient prétendu en faire un sac et après sa sortie de ce monde, il ne méprisa pas ceux qui l'avaient tué ; mais ceux qui se perdaient, il les attirait par des miracles, ceux qui étaient des adversaires, il les gagnait par des prodiges. Cependant il n'y avait rien qu'il n'employât pour calmer leur fureur aveugle, et pour les éloigner du mal. Or, comment se comportent-ils ensuite? Ils s'acharnent contre le corps du saint. Les malades méprisent celui qui les voulait guérir ; les orphelins, celui qui les menait parla main, les aveugles, leur conducteur, les naufragés, leur pilote, les morts, celui qui leur rendait la vie. Et comment cela? En jetant ce corps saint dans la mer. »

49i LA LÉGENDE DORÉE

« Le flot poussa des rivajçes de TArménie le coffre où étaient les ossements du saint avec quatre autres coffres d'os de martyrs qui avaient été jetés aussi dans la mer. Pendant tout le trajet, les quatre coffres précédaient celui de l'apôtre auquel ils semblaient faire cortège. Ils abordèrent ainsi, auprès de la Sicile, dans une île appelée Lipari. Le prodige fut révélé à l'évèque d'Ostie qui se trouvait présent. Ce trésor inestimable vint dans un lieu très pauvre. Cette pierre des plus précieuses vint aborder sur un rocher ; cette lumière resplendissante se répandit dans un lieu obscur. Les quatre autres coffres allèrent dans différents pays et laissèrent le saint apôtre dans l'île citée plus haut. En effet l'apôtre laissa les quatre martyrs par derrière et envoya l'un, savoir : Papinus, dans une ville de Sicile nommée Milas, un autre qui s'appelait Lucien, à Messine ; les deux autres, il les fit aller dans la Calabre, savoir: Grégoire dans la cité de Colonne, et Acliatius dans la cité de Chale où jusque aujourd'hui ils brillent par les faveurs qu'ils accordent. Le corps de saint Barthélémy fut reçu au chant des hymnes, au milieu des louanges ; on alla au-devant de lui avec des flambeaux, et on éleva en son honneur un temple magnifique. — Le mont Volcano, voisin de Tîle, causait des dommages aux habitants parce qu'il jetait du feu : il s'éloigna de sept stades sans qu'on le vît, et s'arrêta au milieu de la mer, en sorte qu'aujourd'hui encore on n'en aperçoit plus que comme l'apparence (l'un feu qui s'échappe. Maintenant donc, salut, ô bien- IhMireux des bienheureux! Trois fois heureux Barthélémy, qui êtes la splendeur de la lumière divine, le

SAIXT AUGUSTIN 495

pèrheur de la saiiilc Eglise, l'hoiniTic habile à piendre les poissons doués de raison, le doux fruil du palmier vivace, rexlerminateur du diable occupé à blesser le inonde par ses violences ! Gloire à vous, soleil qui éclairez lout ce qu'il y a sur la terrj, bouche de Dieu, langue de feu qui répand la sagesse, fontaine intarissable de santé, qui avez sanctifié la mer dans votre course, qui avez rougi la terre de la pourpre de votre S4ing, qui êtes monté aux cieux, où vous brillez dans l'armée divine, qui êtes environné d'un éclat, d'une gloire incorruptible, et qui nagez dans des transports d'un bonheur sans fin ! * »

Augustin fut ainsi nommé, ou bien eu raison de rexcellcnce ile sa dignité, ou bien pour Tardcur de son amour, ou bien par la signiHcation étymologique de son nom. 1* L'excellence lie sa dignité. Deméme(|u*Auguste excellait sur tous les rois, (Je même Augustin excelle sur touslcs docteurs, selon cequ*en dit Hemi. Daniel compare les autres docteurs ù des étoiles quand il dit (xii) : « Ccuxqui enseignent aux autresia voie de la justice luiront comme des étoiles dans toute réternité. » Mais saint Augustin est comparéau soleil dans Tépltrcqu'on chante en sa messe**. lia lui dans-le temple de Dieu comme un soleil éclatant de lumière. 2" L'ardeur de son amour. De même que le mois d*Augus(c (août) est très chaud, de même saint Augustin brûla extraordinairement du feu de l*amour divin.

'Théodore Studito, traduit par Anastasc le Bibliothécaire. •* C'était sans doute IVpître de la messe de saint Augustin telle quVUe se lisait au xiii* siècle, et qui était prise du l* chapitre de VKccléaiastique.

U [.ÉGE>IOE OORÉK

Aawi dit-il de lui «u livre de sea Confruiont: u Vous av pncé^ Bon etenr dea ftôches de votre charilé, elc. » Il dîl e eondaasle mime oavraçe : « Quelquefois vous n^pandcx e moi «Bedooeenrumrrveilleuse, les acatimeois quej'ripruuV ■aalaîextnoidinairMiiue, s'ils recevaient leur pcrf«ciiu nrpaMenient lônt oe iiii'ou pentresseutirici-bas. » 3» L'él] mologiede Mm nom. Augustin, vient de aygeo, augmenter de miOn, Tille, et mtm, en haut. Augusiiu, c'eal doue celui (|ii aagmenle la cité d'en haut. El c'est pour celii qu'on chanf daoe aon offiee*: Qui prœvaluii ampUficare eieitalem. Vuit comme il parie Ini^iCme de cette ville dans le livn; XI de 11 CM A iNm : « DaoB In Trioilé, la cité saiule a son origii beaatéi>a béatitude. DcmuDdez-vous son auleur^C'cat Dî«i qui l'a créée; — l'anicur de sa saçesse? C'est Dieu (]ui 1'^ dain ; — i'autear de aa félicité? I^'esi Dieu doul elle juuil Dieu perf'Mtioa d« aou ^ire, lumière de sa contemplnlion, joi de aa fidélité ; elle eat, elle voit, elle aime: elle vit dans \'i terniléde Dieu-, elle lirille daus U vérité de Dieu ; elle joui dana la bonté de Dieu. « — Ou bien selon te Gloseaire, Au|fin ,tin vent dire magaifii:|iie, beureux, lumineux ; car il fut ml gniflqae dana aa rie, lumineuK ilnns »a dociriae, ei heuren dana la glôin. Sa rie fut compilée par Poasidius. év^uo d Catane, ainsi que le dit Cnssimlort'. ni son livre des Homnu iïluitrtt**.

Aui^usliii, docK'ur émincnl, naquit dans la province d'Afrique, en la ville de Carlhaj^e, de parents fort distingutïs ; son père s'appelait Patrice et sa mère Monique. Il fut instruit dans les arts libéraux sufSsamment pour être regardé comme un profond philosophe et comme un rhéteur très habile. II lut et comprit seul

* Le bienheureux Jacques avait ui Augustin sous les yeux, car ces paroli dans lesSacramentairea.

** L^vie desaint Augustin et le livre des Confestion».

office propre de saint s ne se rencontrent pas

(i lée ici d'après Possid i us

les ouvrages d'Arislole el tous les livres qui traitent des arts libéraux ; il l'assure dans son livre des CoU' fessions: « J'ai lu, dit-il, et compris, sans aucun secours, tout ce que je pus lire traitant de ce qu'on a|>pelle les arts libéraux. Tout ce qui tient à l'art de parler et de raisonner, aux dimensions des corps^ à la musique, aux nombres, je l'ai appris sans beaucoup de peines et sans le secours de personne ; vous le savez, ô Seigneur, mon Dieu, puisque cette vivacité de conception, cette pénétration d'esprit sont des avantages que je tiens de vous, cependant je ne songeais pas à vous en témoigner ma reconnaissance. » Mais parce que la science isolée de la charité enfle sans édifier, il tomba dans l'erreur des Manichéens qui affirment que le corps deJ.-C. est fantastique et nient la résurrection de la chair. Et cela dura pendant l'espace de neuf ans, c'esl-à-dire tout le temps de sa jeunesse, lien vint au point de dire que le figuier pleurait quand on en arrachait les feuilles ou le fruit. A l'âge de dix-neuf ans, comme il lisait l'ouvrage d'un philosophe * dans lequel on démontre (pi'il faut mépriser les vanités du inonde et s'attacher a la philosophie, il fut contrarié €lene pas rencontrer dans ce livre, qui l'ai tachai t. beaucoup, le nom de J.-C qu'il avait sucé, pour ainsi dire, avec le lait de sa mère. Quant à celle-ci, elle pleurait beaucoup et s'efforçait de le ramener à l'unité de foi. Un jour, dit-il au III* livre do ses Confessions, elle se vit debout sur une règle en bois, fort affligée ; quand vient à elle un jeune homme qui lui demanda la cause

• U Hortensius, de Ciccron,

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