SAINT FÉLIX ET SAINT ADAUCTE OU ADJOINT
Félix, prêtre, et son frère, nommé aussi Félix et pré- Ire comme lui, furent présentés à Dioclélien et à Maximien. L'aîné ayant été amené au temple de Sérapis pour y sacrifier, souffla sur la statue qui tomba à rinstant. Conduit ensuite à la statue de Mercure, il souffla de la même manière et Tidole tomba aussitôt. Traîné en troisième lieu à Timage de Diane, il en fit autant. Il subit la torture du chevalet; il fut mené en quatrième lieu à un arbre sacrilè;i^e, afin qu*il sacrifiât. Alors il se mit à j^enoux, fit une prière et souffla sur Tarbre qui fut déraciné et qui brisa eu tombant Tautel et le temple. Le préfet, en ayant été informé, ordonna qu'on le décapitât au môme endroit, et qu'on abandonnât son corps aux loups et aux chiens. Aussitôt un homme sortant dii milieu de la foule se déclara de lui-même chrétien. Alors lesdeux confesseurs s'embrassèrent et furent décapités sur les lieux en même temps. Or, les chrétiens, qui ignoraient le nom du dernier, l'appelèrent adjoint {Adancle) parce (ju'il s'était
* Bréviaire.
adjoint à saint Félix pour recevoir la couronne du martyre. Les chrétiens les ensevelirent dans le trou creusé par la chute de Tarbre, et les païens, qui voulurent les en ôter, furent aussitôt saisis par le diable. Ils pâtirent vers Tan du Seigneur 287.
SAINT SAVINIEN ET SAINTE SAVINE
Savinien et Savine étaientles enfants de Savin, personnage de grande noblesse, mais païen, qui, d'une première femme, eut Savinien, et d'une seconde, Savine ; et il leur donna son nom à tous deux. Savinien lisait ce verset: Asperges me, Domine, et cherchait la signification de ces mots, sans pouvoir les comprendre. Alors il entra dans sa chambre, se prosterna sur la cendre et le cilice et dit qu'il aimait mieux mourir que de ne pas comprendre le sens de ce passage. Un ange lui apparut et lui dit: « Ne te fais pas mourir de chagrin, parce que lu as trouvé grâce devant Dieu. Quand lu auras été baptisé, tu seras plus blanc que la neige, et tu comprendras alors ce que tu cherches à présent. » L'ange se retirant, Savinien devient joyeux, et méprise les idoles qu'il n'honore plus ; son père lui adressa de vifs reproches de sa conduite et lui dit : « Mieux vaut, comme tu n'adores pas les dieux, que tu périsses seul, que de nous envelopper tous dans ta mort. » Savinien s'enfuit donc secrètement et vint dans la ville de Troyes. Quand il fut arrivé auprès de la Seine, et qu'il eut j)rié le Seigneur d'être baptisé de ses
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eaux ; il y reçut en effet le baptême. Alors le Seigneur lui dit : « Tu as trouvé maintenant ce que tu as cherché autrefois avec tant de labeur. » Aussitôt Savinieuf enfonça son bâton en terre et après avoir fait* une prière, sous les yeu;c des assistants réunis en grand nombre, ce bâton produisit des feuilles et des fleurs, en sorte qu'il y eut onze cent huit personnes qui crurent au Seigneur. Quand l'empereur Aurélien apprit cela, il envoya plusieurs soldats pour s'emparer de Savinien. Or, comme ils le trouvèrent en prière, ils n'osèrent s'approcher de lui. L'empereur en envoya d'autres en plus grand nombre. Ils vinrent, s'unirent à ses prières et se levèrent ensuite pour lui dire : « L'empereur désire vous voir. » Le saint les suivit, mais comme il ne voulait pas sacrifier, Auréhen lui fit lier les mains et les pieds et ordonna de le frapper avec des barres de fer. Savinien lui dit : « Aggrave les .tourments, si tu peux. » Alors l'empereur le fit lier, au milieu de la ville, sur un banc au-dessous duquel on mit du bois afin de brûler le saint, puis on jeta de rhuile dans le feu. En même temps le roi le vit debout et priant au milieu desflammes.il fut stupéfait, tomba sur la face et en se levant il dit à Savinien: «Méchante bête, tu n'as pas encore assez des âmes que tu as déçues ; voudrais-tu essayer de nous faire tomber dans le piège à l'aide de ta magie. » Savinien lui répondit : « 11 y a encore beaucoup d'âmes, et la tienne la première que je dois faire croire au Seigneur. » Quand Fempereur entendit cela, il en blasphéma le nom de Dieu, et ordonna, pour le lendemain, que Savinien fût attaché à un poteau et percé de flèches. Mais les flè- II. X)
ches restant suspendues en Tair à droite et à gauche, aucune ne le blessa. Le lendemain, l'empereur le vint ^trouver et lui dit : « Où est ton Dieu ? qu'il vienne à présent et qu'il te protège contre ces flèches. » Et à l'instant Tune d'elles frappa le roi ^l'œilet le rendit tout à fait aveugle. Le roi irrité fit reconduire Savinien en prison pour être décapité le lendemain. Or, Savinien pria d'être transporté à l'endroit où il avait été baptisé. Alors ses chaînes se brisèrent, les portes s'ouvrirent et il y vint en passant au milieu des soldats. A cette nouvelle l'empereur ordonna de l'y poursuivre et de lui couper la tête. Quand Savinien vit les soldats à sa poursuite, il marcha sur l'eaucommesur de la pierre, jusqu'à ce qu'il fût arrivé à l'endroit où il avait été baptisé. Lors donc que les soldats eurent passé lé fleuve comme à gué, ils eurent peur de le frapper, mais il leur dit : « Frappez-moi avec une hache, ensuite portez de mon sang à l'empereur afin qu'il recouvre la lumière et qu'il reconnaisse la puissance de Dieu. » Il re(;ut alors le coup, prit sa tète et la porta l'espace de (juaranle-iieuf pas. Pour l'empereur, quand il eut touché son œil avec le sang du saint, il fut guéri aussitôt et dit : « Il est véritablement bonet grand le Dieu des clirétiens. » Une femme aveugle depuis quarante ans, informée de ce miracle, se fit porter en cet endroit, et après avoir fait une prière, elle recouvra incontinent la vue. Or, saint Savinien souffrit vers l'an du Seigneur 279, aux calendes de février. Mais sa vie est insérée ici afin qu'elle soit réunie à celle de sa sœur dont on célèbre la fête principale en ce jour.
Savine, sa sceur, pleurait chaque jour le départ de
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son frère, et suppliait pour lui les idoles. Enfin, pendant son sommeil, un ange lui apparut et lui dit : « Savine, cesse de pleurer, mais quitte tout ce que tu possèdes et tu trouveras ton frère élevé au plus grand honneur. » A son réveil, Savine dit à sa sœur de lait : « Mon amie, n'as-tu rien senti ? » Celle-ci répondit : « Oui, madame; j'ai vu un homme parlant avec toi, mais je ne sais vraiment pas ce qu'il disait : « Tu ne m'accuseras pas? » reprit Savine. « Tant s'en faut, madame, répondit la sœur de lait : tu peux faire tout ce que tu veux ; seulement ne te tues pas. » Et le lendemain elles partirent toutes deux. Le père, après l'avoir fait chercher longtemps sans la trouver, dit en levant les mains au ciel : « Dieu puissant, s'il en existe dans le ciel, brise mes idoles qui n'ont pu sauver mes enfants. » Mais le Seigneur fit entendre son tonnerre, brisa et réduisit toutes les idoles en morceaux. Alors un grand nombre de témoins se convertirent à la foi. Pour la bienheureuse Savine, elle vint à Rome, où elle resta cinq ans, après avoir été baptisée par le pape Eusèbe, et avoir guéri deux aveugles et deux paralytiques. Un ange lui apparut pendant son sommeil, et lui dit : « Savine, que fais-tu donc? tu as abandonné les richesses et tu vis ici dans les délices? Lève-toi et va dans la ville de Troyes pour y trouver ton frère. » Savine dit alors à sa suivante : « Nous ne devons plus habiter ici. » « OCi veux-tu aller? reprit celle-ci. Tu vois que tout le monde te chérit, est-ce que tu veux mourir en voyageant? » « Dieu nous gardera », répondit Savine. Elle prit un pain d'orge et arriva î\ Ravenne. Elle se présenta à la maison d'un riche qui
LÀ LEGENDE L>On£E
picumit Ml (illc «■xpîrante, et elle y demanda l'hospitalili^ à uiip servante de l'hAtel (juJ lui dil : i' Madame, comment pourras-tu loger ici, quand la Hlle de ma itiaUrf^iHe se metirt, quand tout le monde est dans une grande affltetrun. » i< (!e ne sera pas à cause de moi qu'elle mourra ", r<?pondit Savine. Elle entra donc dan.s Ih maison, et prenant la jeune HUe par la main, elle la fit lever entièrement guérie. Comme on voulait retenir Savine, elle ne voulut jamais y consentir. Arrivée ô un mille de Troycs, elle dit à sa suivante qu'il leur fallait prendre an peu de repos, quand un noble personnage, nommi^ Licénus,qui venait de la ville, leur dil : (I D'où étes-vous? n Savine lui répondit : « Je i(iii!< d'ici, de cette ville. » <' Pourquoi mens-tu, reprit Licérius, puiKque Ion langage indique que tu es une étransçère ? » o Oui, seigneur, dît Savine, je suis étrangère et je cherclie mon frère Savînien qui est perdu depui» longtemps. » Licérius reprit : « L'homme que tu cherches a été décapité, il y a fort peu de temps pour J.-C. et il est enseveli dans tel endroit. » Alors Savine se prosterna à terre et fit cette prière : a Seigneur qui m'avez toujours conservée chaste, ne permettez pas que je continue à me fatiguer dans des roules pénibles, ni que mon corps soit enlevé de ce lieu désormais. Je vous recommande ma servante qui a tant souffert pour moi. Faites que je mérite de voir dans votre royaume, mon frère que je n'ai pu voir icibas, n Après sa prière, elle trépassa au Seigneur. En voyant cela, sa suivante se mit à pleurer parce qu'elle n'avait pas le nécessaire pour l'ensevelir. Mais le personnage dont il vient d'être question, envoya à la
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ville un Hérault pour qu'on vînt ensevelir une femme étrangère en voyage. On vint et on l'ensevelit avec honneur.
On fait encore, en ce jour, la fête de sainte Sabine, épouse du soldat Valentin, qui ne voulant pas sacrifier, fut décapitée sous l'empereur Adrien.
SAINT LOUP
Saint Loup, né à Orléans de famille royale, resplendissait de toutes les vertus quand il fut élu archevêque de Sens. 11 donnait presque tout aux pauvres, et un jour qu'il avait invité beaucoup de personnes à manger, il n'avait pas assez de vin pour suffire jusqu'au milieu du repas ; il dit alors à l'officier qui l'en prévenait : « Je crois que Dieu, qui repaît les oiseaux, viendra au secours de notre charité. » Et à l'instant se présenta un messager qui annonça cent muîds de vin à la porte. Les gens de la cour l'attaquaient vivement d'aimer sans mesure une vierge, servante de Dieu, et fille de son prédécesseur ; en présence de ses détracteurs, il prit cette vierge et l'embrassa en disant : « Les paroles d'autrui ne nuisent pas à celui auquel sa propre conscience ne reproche rien. » En effet, comme il savait que cette vierge aimait Dieu ardemment, il la chérissait avec une intention très pure. Clotaire, roi des Francs, entrant en Bourgogne, avait envoyé, contre les habitants de Sens, son sénéchal qui se mit en devoir d'assiéger la ville, saint Loup entra dans Téglise
de saint Etienne et se mit à sonner la cloche. En l'entendant, les ennemis furent saisis d'une si grande frayeur qu'ils crurent ne pouvoir échapper à la mort, s'ils ne prenaient la fuite. Enfin après s'être rendu maître du royaume de Bourgogne, le roi envoya un autre sénéchal à Sens : et comme saint Loup n'était pas venu au-devant de lui avec des présents, le sénéchal outré le diffama auprès du roi afin que celui-ci l'envoyât en exil. Saint Loup y brilla par sa doctrine et par ses miracles. Pendant ce temps-là, les Sénonais tuèrent un évèque usurpateur du siège de saint Loup et demandèrent au roi de rappeler le saint de son exil. Quand le roi vit revenir cet homme si mortifié. Dieu permit qu'il fût changé, à son égard, au point de se prosterner à ses pieds en lui demandant pardon. 11 le combla de présents et le rétablit dans sa ville. — En revenant par Paris, une grande foule de prisonniers dont les cachots s'étaient ouverts et qui avaient été délivrés de leurs fers, vint à sa rencontre. — Un dimanche, pendant qu'il célébrait la messe, une pierre précieuse tomba du ciel dans son saint calice, et le roi la déposa avec ses autres reliques. — Le roi Clotaire entendant que la cloche de Saint-Etienne avait des sons admirablement doux, donna des ordres pour qu'on la transportât à Paris afin de pouvoir Tentendre plus souvent. Mais comme cela déplaisait à saint Loup, aussitôt que la cloche eut été sortie de Sens, elle perdit le moelleux de ses sons. A cette nouvelle, le roi la fit restituer à l'instant et aussitôt après elle rendit un son qui fut entendu dans la ville d'où elle était éloi- 45^née de sept milles. C'est pourquoi saint Loup alla
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au-devant de ce qu'il regrettait d'avoir perdu et reçut la cloche avec honneur. — Une nuit qu'il priait, le démon lui fit ressentir une soif extraordinaire ; le saint homme se fit apporter de l'eau froide; mais décou- \Tant les ruses de l'ennemi, il mit son coussin sur le vase où il renferma le diable qui se mit à hurler et à crier pendant toute la nuit. Quand vint le matin, celui qui avait choisi les ténèbres pour tenter le saint, s'enfuit tout confus en plein jour. — Une fois qu'il venait de visiter, selon sa coutume, les églises de la ville, en rentrant chez lui, il entendit ses clercs se disputer parce qu'ils voulaient faire le mal avec des femmes. Il entra alors dans l'église, pria pour eux, et à l'instant l'aiguillon de la tentation cessa absolument de les tourmenter : ils vinrent le trouver et lui demandèrent pardon. Enfin après s'être rendu illustre, par une foule de vertus, il reposa en paix, vers l'an du Seigneur 610, du temps d'Héraclius.