MAI
i ; le Cid supplia V roi don Alphonse de lui faire justice an sojet des biens qu'il avait donnés avec ses filles aux infants de < arrion.
Cid se leva de nouveau en pied et parla au Roi : javez bien que vous m'avez mandé à Requena, et que je suis venu selon votre ordre. Là, vous m'avez demandé mes filles pour les infants de Carrion, et sur votre désir je les ai remises à don Alvar Fanez pour qu'il les leur donnât en mariage, comme veut la sainte Mère l'Église. C'est donc vous, seigneur, qui les avez mariées, et vous pensiez agir ainsi pour leur bien. Mais les infants l'on! entendu d'autre sorte, tout honorés qu'ils soient, de quelque noble lignée qu'ils descendent. Et pour moi, je ne leur aurais point accordé mes filles ; je le déclare devant vous, seigneur. Or, quand ils sont partis de Valence avec elles, je leur ai donné des chevaux, des mules, de la vaisselle d'or et d'argent. Puis donc qu'ils m'ont déshonoré mes filles et ne se trouvent pas vengés de leurs affronts, qu'ils me rendent mon bien ou qu'ils s'en défendent par quelque bonne raison. »
Alors les infants se levèrent et lui demandèrent , en grâce, un délai pour se concerter. Mais le Roi leur ayant ordonné de se concerter incontinent, ils sortirent de la salle et avec eux douze comtes et riches-hommes : et ils demeurèrent un long temps sans pouvoir trouver uue bonne raison pour, leur défense.
Cependant ils retournèrent vers le Roi, et don Gare Ordonez lui dit en leur nom : « Seigneur, les biens que le Cid réclame et prétend avoir donnés aux infants, ceux-ci les
ont reçus en vérité, mais ils affirment les avoir dépensés à votre service. C'est pourquoi si vous estimez qu'en justice ils doivent les rendre, accordez-leur quelque délai pour aller eu leurs domaines, seigneur, et y exécuter vos ordres. »
Le Cid, s'adressant de nouveau au Roi : « Seigneur, que les infants aient fait quelque dépense à voire service, ce n'est pas une raison pour que je perde mon bien. Et puisqu'ils ont reconnu la vérité de mes paroles, ordonnez-leur de me le rendre, je vous en supplie. » Alors le Roi se tourna vers le comte Garci Ordonez, et lui dit : « Comte, les excuses que vous m'apportez pour leurs infants n'ont aucune valeur. Car ils m'ont servi en quelque chose, je suis leur débiteur et j'ai à les récompenser : mais le Cid en cela n'a rien à voir, et ce n'est pas un motif de lui enlever son bien. » Et don Alphonse ordonna aux juges de décider où se trouvait le bon droit. Ceux-ci prononcèrent que les infants eussent à restituer incontinent et sans nul délai au Cid tout ce qu'ils reconnaissaient avoir reçu de lui. Cette sentence, portée au nom de tous par le comte don Nuîio de Lara, fut confirmée par le Roi.
Mais les infants lui demandèrent en grâce à lui-même et à tous les comtes et riches-hommes de son parti de leur accorder quelque délai, en sorte qu'ils pussent payer. Le Roi pria le Cid de leur donner un délai de quinze jours, et ies infants s'engagèrent à lui faire promesse et serment qu'ils ne s'éloigneraient pas avant de s'être acquîtes. Le Cid alors se rendit à leur demande : les infants firent promesse et serment entre ses mains, et comptèrent qu'ils lui devaient neuf cents marcs d'argent ; mais le Cid montra que c'était quinze cents. Aussitôt les infants envoyèrent dire à leur père en quel embarras ils se trouvaient : qu'il les secourût en si grand besoin. Celui-ci leur envoya beaucoup d'argent, en sorte qu'ils purent se libérer dans le délai marqué par le Roi; et ils pensaient que cela suffirait à contenter le Cid.
CHR0NIQ1 107
\l.\ Il
Comment le Cid supplia le roi don Alphonse de lui faire justice ;ni sujet de l'injure qu'il avait KÇOC des ni ota de Carrioa.
Après que le Cid eut recouvré son bien, comme le Roi se trouvait à rassemblée, et avec lui les comtes, et richeshommes, et infants de Carrioo, et chevaliers, il lui dit :
« Seigneur, je reods maintes grâces à Dieu, et je vous remercie, vous aussi, de ce que je suis rentré en possession de mes épées et de tout mon bien. Et je vous demande cette nouvelle grâce, seigneur, que vous ordonniez aux ini'anls de Carrioo <ic déclarer pour quelle raison ils vous ont supplié de les marier avec mes filles, tandis qu'en leur cœur ils voulaient les déshonorer et les abandonner dans la rouvraie de Tormès, ainsi qu'ils l'ont fait. Car ils doivent se souvenir, seigneur, comment ils vous les ont demandées et comment vous les leur avez données : c'est, en effet, sur votre commandement que je les leur ai livrées en tout honneur, ainsi que je le devais. Et ils n'ont renierai Dieu, ni vous, seigneur, de la faveur qu'ils recevaient. Et je vous prie, seigneur, de me rendre justice à propos du déshonneur qu'ils m'ont fait en laissant mes filles seules sur la montagne, et dépouiliées, et battues, comme de mauvaises femmes. Et songez-y bien, seigneur : encore qu'ils les aient déshonorées et moi aussi, le plus grand déshonneur retombe sur vous qui les leur aviez données pour femmes. Si par hasard vous et votre cour, refusiez de faire droit à une plainte aussi juste, que Votre Altesse consente, du moins, à me désigner un lieu où de mes propres mains je puisse prendre ma vengeance. » Le Roi, entendant ces paroles, répondit : « Certaine-
ment, Ciel, je vous ai demandé vos filles pour les infants de Ganion, parce que, comme ils s'en souviennent, ils m'ont prié en grâce de le faire. Aussi, je regarde ce déshonneur comme le mien, et, puisque vous vous trouvez à cette assemblée, je consens à ce que vous les poursuiviez en justice. Qu'ils fassent valoir bon droit, s'ils le peuvent. et qu'ils se soumettent à la sentence que prononceront les juges. »
Le Gid alla vers le Roi, lui baisa les mains, puis, après l'avoir remercié de ce qu'il venait de dire, retourna à sa place et s'adressa aux infants : « Diègue Gonzalez et Fernand Gonzalez, je déclare que vous êtes des infâmes; car vous avez fait une infamie notoire en frappant vos femmes et en les abandonnant, ainsi déshonorées, sur une montagne sans nulle compagnie, ainsi que des femmes mauvaises. C'est pourquoi je vous répèle que vous êtes des infâmes et je veux vous donner vos égaux, qui vous le feront confesser par votre langue uu vous tueront au champ-clos. »
Cependant les infants se taisaient. Mais le Roi, leur ayant ordonné de parler, Diègue Gonzalez se leva et dit ; « Seigneur, nous sommes vos sujets naturels et des meilleurs de Castille, comme vous le savez bien. Nous avons trouvé que nous n'étions pas bien mariés avec les filles du Cid, c'est pourquoi nous les avons abandonnées. Elles n'étaient point de sang assez noble pour rester nos femmes ; leur lignage est bien inférieur au nôtre. C'est la vérité que nous les avons délaissées ainsi qu'il l'affirme, mais nous prétendons en cela n'avoir pas mal agi ; cette conduite nous a élevés et il ne s'ensuit pas que nous devions nous soumettre humblement à personne. » Fernand Gonzalez s'étant levé après lui, s'écria à son tour : « Seigneur, vous savez bien que notre lignage est trop noble pour que les filles du Cid se marient avec nous. » Aussitôt il s'assit.
Tous les gens du Cid se taisaient par crainte, mais le
Roi, plein de colèi leva et «lit aux lofante : i \
vraiment bien parlé. Si lee filles du <^<! n'étaient égales, pourquoi m'avez-vons demandé en grâce de \ unir avec elles T Vous savi i tin;» bien la I avez commise en les déshonorant et en I onani
commo roua l'avez fait. Bl vous auriez dû chercher on autreparraio, car je ne marie point de pauvres damoiselL Puis. tiit au Cid : - ordonne d'aec
infants autant que la justice vous le permet, et tous, infant- tâchez de vous défendre, si vous le pouvez. Et que iges se déterminent d'après le droit «les gentilshommes d'Espagne. El quant à votre prétention d'être plus nobIe<= que le Cid, je vous déclare que vous et- s mal renseigi Car Ruy Diaz est le fils de Diègue Laynez, et le petit-fils de Layn Calvo, l'un des alcades choisis pour défendre la Castille. L'autre fut Xuùo Rasuera. père de dona Elviro Nunez, femme elle-même de Layn Calvo. C'est de ce Nuno Hasuera que nous descendons, nous, rois de Castille. Or, puisque le père du Cid, Diègue Laynez, s'est marié ave doua Theresa Nunez, fille du comte' don Nuno Alvarez de Maya, il se trouve qu'il descend de la plus noble race de Castille, et, d'ailleurs, par lui-même, il serait l'homme le plus illustre de tout votre lignage. C'est pourquoi cou* verrons comment vous vous défendrez contre lui : car je suis bien certain que vous aurez besoin de tout votre savoir et de tout le savoir des gens qui vous conseillent, i Aussitôt le Roi s'assit et le Cid vint lui baiser les mains.
Comment Ordoiïo, neveu du Cîd, fut armé chevalier, et comment il défia les enfants de Gairion.
En ce jour le Ciil avait armé chevalier Ordoùo son neveu, frère de Pero Bermmiez. Sachant quels affronts les mfan!s avaient faits aux filles du Cid, celui-ci ne put supporter leurs paroles : il se leva, marcha vtrs eux et dit à Diègue Gonzalez : « Taisez-vous, bouche menteuse, vous n'êtes qu'un lâche et un mauvais chevalier. Vous vous rappelez bien comment à ce combat où le Cil vainquit le roi Bucar, vous vous élançâtes pour frapper un chevalier maure : mais celui-ci s'étant retourné eoulre vous, vous vous mîtes à fuir, oub'ieux de votre noblesse et de votre haut lignage. Et moi je le tuai, je vous donnai son cheval, et pour vous faire honneur je dis au Cid que vous l'aviez tué vous-même. Je n'avais jamais pensé à révéler ce fait; mais voici que l'infamie de votre conduite m'a forcé de découvrir celte grande couardise. Vous vous rappelez aussi comment à Valence le lion, étant sorti de sa cage el ayant pénétré dans la salle, vous vous cachâtes par crainte sous le banc du Cid : le dos de votre habit en fut déchiré. Et pour vous Fernand Gonzalez vous fûtes poussé par la même frayeur en certaine cour, à la sortie de laquelle votre personne ne sentait pas le musc, non plus que vos vêtements. Ayant été si brave à Valence, ici devant le Roi vous montrez encore de l'audace et plus qu'au jour où, dans la rouvraie de Tormes, vous avez déshonoré des dames de si haut rang qui se trouvaient en votre pouvoir. Pour cet exploit, avec la permission du Roi, je vous défie et je vous appelle traîtros. »
CHBONIQI Bfl 111
Cependant à loua cei dix-ours 1rs infants ne répondaient moi •. mais le comte don Garcie Ordonez iil :
i Lai ce Cid qui veul nous effrayer avec Ba Longue
barbe assis sur le banc où ila coutume de recevoir les (ributs de ses \o\< maures : el grand bien lui faai
Or, par crainte de déplaire au Cid, aucun d n'osait répondre : celui-ci les voyant lous se taire, dit à Pero Bermudez: « l'a; le donc, Pero Bermudex, au lien et garder le silence. » Pero Bermudez eut si grand dépit d'avoir ainsi affligé le Cid, qu'il en oublia La première reeommanou qu'il avait reçue de lui, de ne point faire de tumulte dans le palais. 11 s'avança vers le comte don Gurcie Ordonez qui se trouvait assis entre onze attires comtes, et lui donna un si grand coup de poing qu'il tomba à terre avec lui l\ L'assemblée s'en émut si vivement que si le Roi ne se fut interposé, ils se fussent tous égorgés dans la salle même. Mas don Alphonse s'élança vers Pero Bermudez, et le saisissant au col, lui prenant son épée, lui dit : « Pero Bermudez, s'il ne me souvenait de plusieurs grands services que vous m'avez rendus, je vous couperais la tète. » A
(I)Dans la chronique au Cid, Pero Bermudez répond avant de donner des ccups, et voici comme il relève t'outrage fait a la barbe du Cid :
« Méchante bouche, dans laquelle jamais Dieu ne mit la vérité, comment as-tu ose déchaîner ta langue contre la barbe du Cid? Car sa barbe est grandement louée, grandement honorée, grandement crainte, onoques elle ne fut déshonorée, ni vaincue. Du moins tu devrais te souvenir de ce jour où tu combattis a Cabra avec le Cid, cent contre cent, où il te renversa de cheval, et te prit par la barbe, et prit aussi tous tes chevaliers, et t'emmena ainsi prisonnier sur une bête à bât. Ses chevaliers t'arrachèrent !a barbe, et moi-même, moi-même ici présent, je t'en enlevai une grosse poignée : et fais attention, car je crois qu'elle n'est pas encore redevenue bien égale. Or ça, barbe arrachée, comment osestu mal parler de celle qui fut toujours en honneur? Et si tu oies qu'il en soit ainsi devant le Roi mon seigneur, je mettrai la main sur toi. » Chap. CCLV1II.
celte vue les comtes qui étaient du parti des infants se calmèrent beaucoup; don Alphonse s'efforça de tout pacifier et demanda qu'on recourût à lui pour obtenir justice, qu'il donnerait justice entière.
Alors le Roi ayant mandé les juges, se retira avec eux dans une chambre, où, après délibération, ils prononcèrent que don Suez Gonzalez, oncle des infants, leur avait conseillé de déshonorer ainsi leurs femmes; qu'en conséquence ils condamnaient les infants et leur oncle, à combattre pour s'acquitter, contre d'autres chevaliers que le Cid aurait choisis de sa main. Cette sentence fut confirmée par le Roi. Alors le Cid se leva, et alla baiser la main au Roi, et le remercia de la décision qu'il venait de porter.
Cependant Pero Bermudez se levant à son tour demanda en grâce au Cid d'être compté pour un de ses champions : le Cid y consentit et le chargea de combattre avec Diègue Gonzalez l'aîné. Pero Bermudez lui baisa la main. Martin Antolinez demanda en grâce au Cid d'être son second champion : celui-ci y consentit et le chargea de combattre avec Fernand Gonzalez le cadet. Enfin, Nuno Guslos, lui ayant demandé d'èlre le troisième, fut chargé de combattre aver le comte don Suez Gonzalez.
Tout aussitôt le Roi ordonna que le combat eût lieu le lendemain : mais les infants répondirent qu'ils ne se trouvaient point munis des choses nécessaires, qu'ils le priaient donc de leur accorder quelque délai, en sorte qu'ils pussent aller à Carrion et se munir des choses dont ils avaient besoin. Le Roi ne voulut point leur accorder de délai avant que tous les comtes là présents ne le demandassent aveceux : alors il leur fixa pour se rendre au combat un terme de trois semaines, et pareillement au Cid pour y venir avec ses chevaliers.
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Comment les ambassadeurs des roisd*Aragon et de Natarre'Tinrenl alors auprès du roi Alphonse lui demander eo mariage les filles
du Cid pour les infants héritiers de ces royaumes.
Gomme le Roi disait ces mots, les ambassadeurs des rois d'Aragon et de Navarre entrèrent ensemble dans la salle, • apportant à don Alphonse et au Cid des lettres par lesquelles ces rois demandaient les filles de ce dernier pour leurs 61s héritiers de leurs royaumes. Les lettres lues et le message ouï, le Roi appela le Cid et lui demanda quelle était sa pensée. Le Cid répondit : « Mes filles et moi nous vous appartenons : faites donc de nous ce que vous jugerez bon.» Le Roi reprit : « Cid, puisque ces fils de comtes les ont abandonnées, et qu'elles sont recherchées par des fils de rois, mon avis est qu'on les donne à ceux-ci. Us sauront mieux leur faire honneur, j'en suis bien certain, que ceux qui les ont délaissées. » Alors le Cid baisa la main au Roi, et après lui tous ses chevaliers.
Le prince d'Aragon avait nom Yfïigo Ximenez. et celui de Navarre Gara Ramirez. En vertu des pouvoirs que les ambassadeurs apportaient, ils s'engagèrent au nom des infants d'Aragon et de Navarre que de ce jour à trois mois, ceux-ci se trouveraient à Valence pour célébrer leurs noces •avec les filles du Cid : ce dont les infants de Carrion et 'tous leurs parents et amis éprouvèrent grand dépit.
Alors en présence des comtes et des riches-hommes qui se trouvaient à la cour, le Roi dit : « Cid, je rends grâces à Notre-Seigneur de ce que le déshonneur fait à vos filles s'est changé en un honneur plus grand : car elles étaient mariées avec des fils de comtes, et voici qu'elles le seront
avec des fils de rois, héritiers de royaumes. » Au Gid el à tous les siens, ces paroles firent grand plaisir.
Puis le Cid, après avoir baisé la main au Roi, lui dit : « Seigneur, je vous ai désigné les chevaliers qui doivent combattre avec les infants et leur oncle, selon vos ordres. Et quant à moi, Seigneur, je désirerais aller à Valence pour fortifier mes châteaux et m'occuper de mes intérêts. Je vous demande donc en grâce de me donner congé à cet effet. Je vous laisse ici tous mes chevaliers, Seigneur : accordez-leur de rester sous votre garde et sous votre défense. » Le Roi répondit qu'il avait son consentement, et qu'il perdît tout souci à l'égard des chevaliers qu'il laissait : ils seraient sous sa royale protection et trouveraient sans faute justice et contentement. Après quoi le Cid baisa les mains du Roi et prit de lui congé : puis se rendit auprès des juges et les pria vivement de bien vouloir favoriser son bon droit ainsi qu'il l'espérait. De là il rentra en sa demeure.
Le lendemain de grand matin le Gid se rendit à l'Alcazar pour prendre congé du Roi : celui-ci étant monté à cheval l'accompagna un long temps en dehors de la ville. Alors le Gid remit à don Alphonse les deux cents marcs d'argent qu'il lui avait promis pour le mariage de ses filles et lui demanda en grâce de prendre son Babieca, qu'il croyait être le meilleur cheval du monde. Le Roi s'y refusa, et dit qu'il le remerciait beaucoup, mais que le meilleur cheval du monde méritait le meilleur chevalier. Et puisque c'était loimême, le- Cid, son cheval n'avait point à changer de maître.
Après que le Gid eût fait ses adieux au Roi, Pero B.?rmu-. dez, Martin Antolinez etNuno Guslos restèrent encore longtemps avec lui. Et quand il les eut exhortés et leur eût appris quelle conduite ils devaient tenir au jour du combat. ils s'éloignèrent à leur tour et revinrent à Tolède.
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Corownl m pana le tombal entre tes tafail rian et le
comte don Su /. Gonzalei avec les chevaliers du Cid, combat où vainqueurs.
Le Roi instruit rie la couardise des comtes et | qu'ils ne voudraient peut-être point se rendre à la lutt< mit eu roiiti'.|iour Carrion et amena avec lui le.- cheral du Cid et les comtes qui avaient été choisis pour juges. - il ne put arriver au délai marqué, pirce qu'il fut souffrant en chemin : aussi étendit-il le terme à six
rendit-il à Carrion aussitôt après sa guerison. Il oria aux infants de se préparer au combat, et décida. qu'il aurait lieu dans la plaine de Carrion.
A la veille du jour fixé, ceux-ci se présentèrent accompagnés par leurs parents et leurs amis nombreux : ils venaient tous résolus à tuer secrètement les cbevaliers du Cid, en sorte qu'il n'y eût point de combat livré. Mais par crainte du Roi ils n'osèrent accomplir leur projet.
La nuit venue, tous firent veille d'armes dans les églises, comme c'est la coutume des chevaliers qui vont combattre. Et aussitôt que l'aube eut paru, le Roi envoya garie champ-clos, et ordonna à don Henrique et à don Raymond, ses genùres, et à tous les comtes choisis pour juges, de s'armer et d'y veiller aussi, en sorte que les parents des infants de Carrion ne tentassent point de mettre à exécution ce qu'ils avaient résolu.
Le- comte don Gonza'ez, père des infants, montrait si grand chagrin que c'était merveille, et se maudissait luimême, et le jour où il était né. Car il voyait bien que ses fils ne pourraient échapper à la mort ou à la défaite.
CHB0NIQ1 ES
Et l'on vint de tous les côtés de l'Espagne pour voir ce . jnibat.
Le Roi ordonna qu'à côté du champ-clos on dressât une grande tente où les chevaliers du Cid devaient être revêtus de leurs armures par le comte don Raymond. En face une autre tenle s'éleva, où don Henrique de Portugal devait armer les infants de Carrion. Ceux-ci supplièrent le Roi de n • point permettre que les épées Colada et Tizona parussent au combat; mais don Alphonse répondit qu'à cet égard il ne devait examiner qu'une seule chose, s'ils étaient plus armés les uns que les autres. Les infants et leurs parents se plaignirent beaucoup de ce refus : mais enfin la volonté du Roi dut s'accomplir.
Quand les chevaliers furent arrivés dans le champ-clos, don Alphonse leur dit : « Je voulais que ce combat se livrât à Tolède, mais vous êtes partis en disant que vous ne pouviez le faire en cette ville. C'est pourquoi je vous ai accordé un délai et j'ai amené avec moi ces chevaliers du Cid. Ils sont donc venus sous ma garantie et ma promesse. Aussi je vous déclare que vous et vos parents n'avez à traiter de rien avec eux, si ce n'est de votre droit au champclos. Sachez donc bien, que tous ceux qui se le permettraient, seraient tenus pour traîtres et mis à mort. » Ce discours déplut fort aux infants de Carrion.
Alors le Roi les introduisit dans le champ-clos et ordonna aux juges de leur assigner les places qu'ils devaient garder, et de leur partager le soleil. Tuis il sortit de l'enceinte et ordonna à la foule de se reculer sept pas en deçà de la limite.
Après les appels d'usage en pareille circonstance, les chevaliers placés en face l'un de l'autre, se précipitèrent leurs lances en avant. De ce premier choc les infants furent maternent blessés, et aussi leur oncle, mais aucun des champions du Cid.
Aussitôt Pero Bermudez se joignit avec Diègue Gonzalez
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el recul de lui un grand coup qui ne pénétra point. Puis il l<> frappa à son tour de telle façon que » lui-ci tomba à terre. Diègue Gonzalez s'était relevé en ji I uni le sang par la bouche, mais Pero Bermudez ayant mis la Tîlona à la main pour l'en frapper, il ne voulut poinl attendre le coup avouant, qu'il était vaincu et que bob adversaire avait dit vrai, alors les juges défendirent à Pero Bermudez <i«* lui faire plus grand mal, puisqu'il s'avouait vaincu.
Martin Antolinez et Fernand Gonzalez, après avoir rompu leurs lances, mirent les épées à la main et luttèrent longtemps. Miiis enfin Martin Antolinez déchargea sur la tête de Fernand Gonzalez un coup de travers si fort que celuici ne put riposter, et un autre de pointe dans le visage. Fernand Gonzalez se mit alors à fuir. Et Martin Antolinez le poursuivait en criant à haute voix de sorte que touslentendissent : « Le traître sort du champ-clos. » Fernand Gonzalez s'échappa en effet du champ-clos. Les juges ordonnèrent à Martin Antolinez de s'arrêter, qu'il n'avait pas à le chasser davantage, puisque celui-ci dans sa fuite avait franchi l'enceinte.
Cependant Nufio Gustos et Suez Gonzalez combattaient vaillamment. A la fin Suez Gonzalez tomba sur le sol, tous crurent qu'il était mort, mais Nuno Gustos se précipita sur lui pour l'achever. A cette vue son père donna de grands coups à Nuno Gustos en disant : « Ne le frappez point davantage, puisqu'il est vaincu. » Mais Nuno Gu>tos ayant demandé aux juges si cette parole de son père le constituait vaincu, ceux-ci répondirent que non. Alors il revint en toute hâte contre lui, et Suez Gonzalez le voyant, lui dit : « Ne me tuez point, Nuno Gustos, je suis vaincu. »
Alors les juges se présentèrent devant le Roi et le prièrent d'entrer au champ-clos pour rendre justice. Il leur demanda si les chevaliers du Cid avaient encore quelque chose à faire, et comme ceux-ci lui répondaient que non. qu'ils étaient restés vainqueurs au champ-clos, il proclama
la traîtrise des infants de Cardon et de leur oncle. Puis don Alphonse ordonna à son majordome de prendre les chevaux et les armes des vaincus. Et de ce jour en avant, après la mort de don Gonzalez, père des infants, Cardon demeura aux rois de Castille.
Après avoir rendu la sentence, le Roi fit sortir du champclos les chevaliers du Cid, et les déclara preux et loyaux. Après quoi il se rendit à table les emmenant avec lui, leur accordant de grands honneurs et de beaux présents. Il les fit accompagner par deux cents hommes à cheval jusqu'à ce qu'ils se trouvassent en sûreté.
C'est ainsi que les chevaliers victorieux revinrent à Valence. Le Cid ayant été informé de leur approche sortit à leur rencontre, les traita avec grand honneur et leur distribua une partie de son bien. Et ils lui racontaient comment toutes choses s'étaient passées, comment ils avaient reçu du roi Alphonse trésors et honneurs. Pour tout cela, le Cid rendit maintes grâces à Dieu et demeura très-reconnaissant au Roi des trésors et des honneurs que ses cavaliers avaient reçus.. Et il dit à doua Chimène : « De ce jour en avant rendons maintes grâces à Dieu, puisque nous pouvons sans aucun obstacle marier nos filles avec les infants de Navarre et d'Aragon. »
De l'ambassade et des présents que le Soudan de Perse envoya au Cid.
En ce temps arrivèrent à Valence des messagers que le grand soudan de Perse envoyait au Cid pour lui porter de magnifiques présents, désireux qu'il était de posséder son amitié pour le grand bruit qu'il avait eniendu faire de sa
OHB< Jl'J
vertu. Le Cid sorti! au-devant d'eux cavalerie
Or maure lui dit : « Je m'inrliue devant toi, C d, I-' plus honorable Chrétien qui jai
I cheval. 1 lOuëai de
Perse m'envoie le saluer, il l'a reçu eu son muse
•liant et farïcclinnîiuiil plue que lOttl Mitre à eau —
ton c
il t'envoie par moi.- le. ht ii te demande de les ac-
cueillir avec autant de bienveillance qu'ii le !■ Le CM remercia beaucoup le aeudan, et emme;
luil'amli; i bous les i ..s. 11 lit loger l'imhnna'
deur dans l'Aleazar, et ceux-ci dans les meilleures maisons de la ville, où il ordonna de leur servir très-belle table.
L'ambassadeur maure, aussitôt après son repas, ordonna d'amener les mules chargées de tous les objets qu'envoyait le Soudan, et les animaux étrangers qu'il apportait d'outremer. 11 ouvrit les coffres en présence du Cid : les uns trèsgrands renfermaient de l'or et de l'argent monnoyé : d'autres, de la vaisselle d'argent ouvré, plats, bassins, tasses, vaisselle de table complète, le tout du poids de dix mille marcs; et de plus dix coupes d'or qui pesaient chacune dix marcs, beaucoup d'étoffes de soie et d'or, et cent livres de myrrhe et de baume dans des bouteilles d'or: au>si une petite table d'ivoire garnie d'or et de pierres précieuses; et des jeux de dames et d'échecs, les uns en or, les autres en argent enrichis de pierres de couleurs variée-.
Ouand le Cid eut tout vu, le Maure lui dit : « Voici ce que t'envoie le Soudan mon seigneur pour te faire connaître l'amour qu'il te porte. » Le Cid remercia beaucoup le Soudan, et embrassa son messager en lui disant : « Si tu étais Chrétien, je te donnerais le baiser de paix, mais je te baiserai seulement à l'épaule, selon la coutume mauresque. » Le messager lui répondit qu'il lui était très-reconnaissant de la grande courtoisie avec laquelle il avait reçu le présent, du grand honneur avec lequel il l'avait traité.
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Puis il ajouta: « Ciel, si tu te trouvais avec le Soudan mon seigneur, pour te faire honneur il te donnerait à manger la tête de son cheval, car c'est la meilleure marque d'estime que nous puissions donner à nos hôtes. Mais puisque vous autres Chrétiens, vous ne connaissez point cet usage, le Soudan mon seigneur t'envoie un cheval qui est le plus heau de son pays et vaut mieux qu'une tête cuite. Et maintenant, seigneur, je vais vous haiser la main : je m'en tiendrai pour très-honoré. » Le Cid prit alors le cheval et permit au Maure de lui baiser la main et lui donna de belles éirennes. Puis le Cid envoya en présent au Soudan toutes les choses qu'il sut ne pas se trouver dans les pays d'Asie.
Après quoi le messager très-content prit congé du Cid. et revint vers le Soudan son seigneur.
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Gomment les infants de Navarre et d'Aragon vinrent à Valei pour se marier avec les filles du Cid.
Comme ce Maure se trouvait à Valence, le Cid eut nouvelle que les infants d'Aragon et de Castille venaient se marier avec ses filles, ainsi qu'il avait été décidé aux cortèsde Tolède. Quand il sut qu'ils approchaient, il sortit de Valence et fit six lieues au-devant d'eux avec tous ses hommes, et soldats et bourgeois, bien équipés. Le Cid ordonna de dresser les tentes dans un pré fort vaste : c'est là qu'il les attendit et les reçut avec beaucoup d'honneur. Et ils se rendirent ensemble à Valence, où leur entrée fut marquée par de beaux jeux, une procession et de grandes réjouissances.
Les infants demeurèrent en cette vilie huit jours avant la
chi. 121
célébration dis noce-. Puii l'évêque don Hiéronyme G don Saiichc d'Aragon avec doua Sol el don Ramire de N t- \arre avec doua El vire; et dès le lendemain le mariagi lit avec de très-grandes réjouiaaanees. Les fêtes dînèrent sept jours, pendanl lesquels le Cid distribua de forl b présents à tous les chevaliers et gentilshommes qui accompagnaient les infants, et à maints autres étrangers venus à Valence pour voir ces noces.
Quelques jours après, le Cid, prenant les infants par la main, les conduisit dans une chambre où il avait fait apporter tout l'or el l'argent monnayé, toutes les pierreprécieuses et les riches étoffes que lui avait envoyés le Soudan. El il les montra à ses gendres, qui furent grandement émerveillés; puis il leur dit : « Mes fils, de tout ce que vous voyez iei. je veux vous donner la moitié. » Ceux-ci l'en remercièrent avec de grandes marques de respect.
Les infants demeurèrent ainsi quelque temps à Valence, traités à leur bon plaisir. Puis ils prirent congé du Cid et de doua Chimène. Ceux-ci leur donnèrent leur bénédiction, et maints joyaux, maints présents au delà de ce qu'ils leur avaient promis. Alors les infants partirent avec leurs femmes, l'un pour l' Aragon, l'autre pour la Navarre.
Cette même année, les Maures tuèrent le roi don Sanehe ') Roda, et ce don Ramire, gendre du Cid, fut élevé sur le trône de Navarre. Il eut de sa femme doua Elvire un fils du nom de Garcie Ramirez, qui lui succéda (4).
(t A cet endroit, la Chronique du Cid ajoute ces quelques détails i'di fiants :
< Et de ce jour en avant, le Cid demeura a Valence à son gran i contentement, et il s'occupa sans cesse de servir Dieu et d'accroître la Foi catholique, et de racheter les poches qu'il avait commis contre Dieu, car il sentait qu'il lui restait peu de vie, et c'est pourquoi il s'entretenait dans les œuvres de Dieu. i Ch. CCLXXVI-