‹ La légende du Cid (volume 2)Chapitre 9 sur 21 · XL · texte numérisé non relu

XL

Du présent envoyé par le Cid au roi don Alphonse après qu'il eut vaincu le roi Bucar et les rois venus avec lui.

Aussitôt que ses filles furent parties avec les infants, le Cid résolut, sur le butin qu'il avait recueilli dans la bataille où avaient été vaincus le roi Bucar et les vingt-neuf rois qui l'accompagnaient, de choisir un présent pour le roi don Alphonse, son seigneur. Pour la conduite de ce présent, il envoya don Alvar Fanez et Pero Bermudez : c'étaient deux cents chevaux sellés et bridés, avec une trèsriche épée suspendue aux arçons, et deux cents esclaves à leur tenir les guides.

Ces chevaliers, en suivant leur chemin, firent rencontre avec Ordoîio qui leur raconta l'aventure arrivée aux filles du Cid et la traîtrise des infants de Carrion.

Après avoir montré grande compassion, ils décidèrent tout en marchant qu'ils porteraient leur présent au Roi et

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tju ils lui rapporteraient de la pari <lu <<i«l le méfait <■ mîuis par les infants.

Et ils continuèrent tour route jusqu'à Valladolid où ii trouvai ctii le K<»i qui l«'s reçut trèe-bien el Icsinterro

beaucoup sur le Cid. <; ux-ci de dire quel < ibat avait eu

lieu, et comment !»• Cid avait vaincu le roi Bucar nt vingtneufrois venus avec lui; <it le ricin; butin qu'il en avait retiré, el comment but son cinquième il lui envoyait ces chevaux el ces esclaves. Le Roi répondit qu'il devait mille grâces au Cid pour aussi grand el aussi beau présent : qu'il le recevait comme celui du plus honoré» chevalier et du plus loyal vassal qui fut. jamais né en Espagne.

Aussitôt après, Alvar Fanez lui rapporta l'infamie que les infants de Carrion avaient commise à l'égard des filles du Cid, lui demandant de s'indigner contre semblable méfait, et de vouloir faire justice des coupables, cette affaire étant plutôt la sienne que celle du Cid. Don Alphonse répondit: « Assurément, Alvar Fanez, je ne saurais vous dire combien cette honteuse conduite m'indigne : et le fait, comme vous le dites, me regarde plus que le Cid. Aussi, la vérité connue, au cas où les infantes auraient été outragées sans raison, j'accomplirai en cela ce que la justice et ma cour voudront. Oui, je déplore beaucoup que les infants de Carrion aient commis pareil crime, et pour ce, il me plaît de les assigner : que d'aujourd'hui en trois mois ils comparaissent devant ma personne. Recommandez au Cid de venir pour le même temps et d'amener avec lui aussi nombreux cortégequ'il le voudra. »

Don Alvar Fanez et Pero Bermudez le promirent de bon gré, et, ayant baisé les mains à donAlphonse, prirent congé de lui. Le Roi ordonna qu'on leur remit à l'usage des dames des mules fort richement enharnachées, et des étoffes d'or, de soie et de laine, les plus riches que l'on pût trouver, pour leurs vêtements, et aussi tout ce qui leur serait nécessaire pour aller jusqu'à Valence.

Don Alvar Fanez et Pero Bermudez emportant donc toutes ces choses, se mirent en chemin et se rendirent ver^ la chaumière où restaient les dames, comme ils l'avaient appris d'Ordoùo. Alvar Fanez et Pero Bermudez arrivèrent de nuit et entrèrent tous deux seuls dans la cabane où ils trouvèrent les dames.

Et là ils commencèrent par de grandes complaintes, après lesquelles ils racontèrent aux dames tout ce qui leur était arrivé depuis leur départ de Valence, et, en disant combien le Roi les avait noblement traités, ils montrèrent toutes les choses qu'ils apportaient. Ils firent de grands dons au laboureur, et les filles du Cid voulurent emmener ses deux fils et ses deux filles, que plus tard elles marièrent trèsbien et rendirent très-riches, se regardant comme leurs sœurs.

Le lendemain, dès le matin, ils se mirent en route par Médina Celi et Molina. Bucaulo, roi de Molina, qui était vassal du Cid, leur ayant fait excellent accueil et les traitant avec beaucoup d'honneur, ils résolurent, comme les dames étaient encore faibles, d'attendre là quelques jours.

Cependant, pour rendre compte du message au Cid et lai demander ses ordres, Pero Bermudez quitta ce lieu et se rendit à Valence. 11 raconta au Cid tout ce qui s'était passé, et comment le Roi voulait réunir des cortès à Tolède pour cette affaire dans le délai de trois mois, comment il avait fait assigner les infants, et le priait de venir lui-même avec aussi nombreux cortège qu'il le désirerait, parce qu'il voulait lui faire complète justice. Bermudez lui parla aussi de tous les présents que don Alphonse lui envoyait à lui et à ses filles. Et quoique le Cid lût profondément affligé des nouvelles que lui avait apportées Ordono, il éprouva quelque soulagement à connaître la bonne volonté du Roi en cette circonstance, et la noblesse avec laquelle il avait traité ses filles. Il nourrissait cette espérance que le Roi, puisqu'il le mandait aux cortès, lui ferait bonne justice.

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Gomment les lilles do Cld lurent conduites à Valence après l'infamie commise à leur égafd.

Doua Chimène, entendant loutes ces choses, ne eessait point de pleurer. Mais te Cid ta consolait en lui disant qu'elle ne voulût point verser tant de larmes, qu'il vengerait, s'ii vivait, l'affront de ses filles, et qu'il entendait les marier awe de nouveaux maris meilleurs que les infants de Cari ion. Et s' adressant à Pero Bermudez : « Allez à M<>lina et ramenez mes tilles, parce que je veux savoir d'elles la vérité. » Tout aussitôt Pero Bermudez se rendit à Molina. Et à peine arrivé, il repartit pour Valence avec Alvar Fanez et les fdles du Cid.

Quand celui-ci les vit, il se lamenta beaucoup avec elles, et dona Chimène, encore bien davantage, quand elles vinrent lui baiser la main.

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