ROM A M ES
Après plusieurs rencontres, les coup^ les eurent violemment excités, irrités.
Martin parla à Rodrigue, il lui dit ces mots :
o Ayez grand repentir, ô Rodrigue, de vous être montre assez osé pour entrer avec moi dans ce combat, d'où vous sortirez maltraite : car votre tète va rester ici, au milieu de ce champ-clos. Vous ne retournerez pas en Castille, vous ne retournerez pas à Bivar, votre domaine; Chimène votre épouse ne vous verra non plus jamais, quoiqu'on prétende que vous l'aimiez et qu'elle vous aime aussi. »
Les paroles que Rodrigue vient d'entendre lui ont fort déplu : aussi répond-il tout bouillant de colère :
« Vous êtes, ô Martin, un bon chevalier, et vous le marquez dans votre langage. Non, ces propos, vos propos ne sont point ceux d'un homme brave : le duel que nous avons commencé, mettons-îe à sa fin par la force de nos bras, et non par ces vains discours dont vous êtes si largement pourvu. Vous pérorez sur une chose qui se trouve dans la main de Dieu : c'est lui qui donnera la gloire à celui chez qui il la verra bien placée. »
Il dit et avec grande furie il se précipita contre Martin : il lui tit nombre de blessures et l'abattit enfin à terre.
Hors il descendit de cheval, lui coupa la tête et S'empressa d'essuyer son épée sanglante. Les mains levées au ciel, les genoux en terre, il fit de grands remerciments à Dieu qui lui avait accordé pareille victoire.
Puis, s'adressant aux juges, il les interrogea ainsi : Me restc-t-il encore à faire quelque chose pour que Calahorra, au sujet de laquelle j'ai combattu, appartienne au lume de mon seigneur '> »