‹ La légende du Parnasse contemporainChapitre 14 sur 36 · TROISIEME CONFERENCE · texte numérisé non relu

TROISIEME CONFERENCE

^ARMi les lettres que j'ai reçues à propos de ces causeries, quelques-unes m'adressent un reproche qui m'est bien doux et trop flatteur. On a daigné s'apercevoir que si je lisais les vers des autres, je ne lisais pas les miens. Il y a une bonne raison à cela. Je n'en étais encore mardi dernier qu'aux premiers débuts des Parnassiens, et en vérité les vers que je faisais en ce temps-là me paraissent aujourd'hui si futiles et si médiocres que je n'ai aucune envie de les rappeler.

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Ceci ne veut point dire, entendez-moi bien, que j'accorde une haute valeur à mes poèmes récents I mais enfin, plus jeunes, ils me sont plus chers et ce sont mes Benjamins. Ce n'est donc point par modestie, mais plutôt par vanité que je ne vous ai pas fait connaître celles de mes rimes qui furent publiées à la Revue fantaisiste.

En parlant d'un de ces poèmes d'antan qui s'appelait le Gibet de John Brown et qui m'avait été inspiré par le dessin de Victor Hugo, M. Henri Laujol, mon ami, mais un ami juste, s'exprime ainsi : « Ce n'est certes pas une des pages les meilleures qu'ait écrites M. Catulle Mendès et nous en avons ri ensemble, maintenant que les années ont passé lâ-dessus et que le poète a mis dans son vin cette eau du Gange dont parle Théophile Gautier. Dans le Gibet de John Brown, il est dit entre autres choses que le cadavre du grand martyr est une porte, et je n'ai pas besoin d'insister sur l'inouîsme de cette image. »

Vous pensez bien que, si modeste qu'on veuille être, on ne se soucie pas de se montrer tout à fait ridicule et j'ai reculé devant le désastre de citer de pareilles métaphores.

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Par malheur, j'ai reculé pour mieux sauter.

Me voici arrivé à ce point de la légende parnassienne où il faudra bien, bon gré mal gré, que je m'occupe et que je vous occupe, hélas! de mes sonnets et de mes odes de jadis.

Peu de temps après les funérailles tristes et joyeuses de Isl Revue fantaisiste , je puhliaii mon premier recueil, Philoméla, livre lyrique, et je dois m'arrèter un peu sur ce volume, puisqu'il est, comme les Vignes folles d'Albert Glatigny et la Revue fantaisiste, une des dates du commencement de notre vie littéraire.

Philoniéla, en toute sincérité, me paraît un ouvrage fort médiocre. Je sais bien que mes jeunes amis — j'ai le grand plaisir d'en compter plusieurs parmi les poètes tout nouveaux et parmi les poètes de demain — ont la bonté de ne pas être de mon avis. Ils me jugent trop sévère et témoignent de la sympathie pour mes piètres essais. Cette sympathie s'explique. Philo-^ mêla, œuvre de jeunesse, est de leur âge à eux ; ils s'y retrouvent, ils s'y reconnaissent, parce que j'étais alors ce qu'ils sont aujourd'hui ; ce sont des nouveaux-nés qui se plaisent à mes bégaiements. Étant hardis et hasardeux et un

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peu frivoles, comme s'il n'est pas coupable de Têtre dans les fraîches années de la vie, cela leur plaît de retrouver chez moi, avec quelque désordre, leurs propres hardiesses, leur amour des hasards, et leurs rêves légers. Mais moi qui ai vieilli, je considère les choses d'autre sorte; c'est avec des yeux qui s'éblouissent moins facilement que je relis les vers d'autrefois, et en vérité je crois que je mépriserais totalement Philoméla et que je ne lui aurais pas donné place dans le recueil de mes Poésies, si, à défaut de toute autre mérite, mon livre de début me révélait du moins un très honnête et très fier amour de l'art et des belles formes, le soin de la langue et le souci du rhythme. Dans l'enfant que j'étais, il y avait quelqu'un qui voulait devenir un artiste.

Voici l'une des pièces de Philoméla, Je l'ai choisie un peu au hasard; elle n'est ni la pire, ni la moins mauvaise.

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