‹ La légende du Parnasse contemporainChapitre 15 sur 36 · LE ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

LE ROSSIGNOL

C'était un soir du mois où les grappes sont mûres, Et celle que je pleure était encore là.

Muette, elle écoutait ton chant sous les ramures, Élégiaque, oiseau des nuits, Philoméla I

DU PARNASSE CONTEMPORAIN l6l

Attentive, les yeux ravis, la bouche ouverte, Comme sont les enfants au théâtre Guignol, Elle écoutait le chant sous la frondaison verte, Et moi, je me sentais jaloux du rossignol.

<t Belle âme en fleur, lilas où s*abrite mon rêve, Disais-je, laissez-là cet oiseau qui me nuit Ahl méchant cœur, Tamour est long, la nuit est brève! n Mais elle n'écoutait qu'une voix dans la nuit.

Alors je crus subir une métamorphose!

Et ce fut un frisson dont je faillis mourir.

Dans un être nouveau ma vie était enclose, Mais f avais conservé mon âme pour souffrir.

Un autre était auprès de la seule qui m'aime. Et tandis qu'ils allaient dans 1 ombre en soupirant^ O désespoir! j'étais le rossignol lui-même Qui sanglotait d'amour dans le bols odorant.

Puis elle s'éloigna lentement, forme blanche, Au bras de mon rival assoupie à moitié ; Et rien qu'à me voir triste et seul sur ma branche Les étoiles du ciel s'émurent de pitié.

Ce fut tout; seulement, dèsTaurore prochaine, (Je n'ai rien oublié : c'était un vendredi) Des en£ant8 qui passaient virent au pied du chêne Un cadavre d'oiseau déjà sec et roidi.

« Il est mortl » dirent-ils, et de son doig agile L'un d'eux creusa ma fosse à l'ombre d'un roseau, Et, tout en enfermant mes plumes sous l'argile. Il priait le bon Dieu pour le petit oiseau.

Voici deux sonnets en tout petit vers :

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