VENDANGE
Les vendangeurs lassés ayant rompu leurs lignes. Des voix claires sonnaient dans l'air vibrant du soir Et les femmes en chœur marchant vers le pressoir Mêlaient à leurs chansons des appels et des signes.
Cest par un ciel pareil, tout blanc du vol des cygnes» Que dans Naxos fumant comme un rouge encensoir, La Bacchanale vit la Cretoise s'asseoir Auprès du beau Dompteur ivre du sang des vignes.
Aujourd'hui, brandissant le thyrse radieux, Dionysos vainqueur des bêtes et des dieux.
D'un )oug enguirlandé n*étreint plus les panthères.
Mais, fille du Soleil, l'Automne enlace encor Du pampre ensanglanté des antiques mystères La noire chevelure et la crinière d'or.
NËMËE
Depuis que le Dompteur entra dans la forêt En suivant sur le sol la formidable empreinte, Seul, un rugissement a trahi leur étreinte.
Tout s'est tû. Le soleil s'abîme et disparaît.
A travers le hallier, la ronce et le guéret, Le pâtre épouvanté qui s'enfuit vers Corinthe, Se tourne et voit d'un œil élargi par la crainte Surgir au bord des bois le grand Fauve en arrêt.
Il s'écrie ! Il a vu la terreur de Némée
Qui sur le ciel sanglant ouvre sa gueule armée
Et la crinière éparse et les sinistres crocs ;
Car l'ombre grandissante avec le crépuscule
Fait, sous l'horrible peau qui flotte autour d'Hercule,
Mêlant l'homme à la bête, un monstrueux héros.
XiE samouraï
<• C'était un homme à deux sabres. »
D'un doigt distrait frôlant la sonore bîva, A travers les bambous tressés en fine latte, Elle a vu, sur la plage éblouissante et plate, S'avancer le vainqueur que son amour rêva.
C est lui. Sabres au âanc, l'éventail haut, il va. La cordelière rouge et le gland écarlate Coupent Tarmure sombre et, sur Tépaule, éclate Le blason de Hizen ou de Tokungawa.
Ce beau guerrier, vêtu de lames et de plaques. Sous le bronze, la soie et les brillantes laques. Semble un crustacé noir, gigantesque et vermeil.
Il la vue. Il sourit dans la barbe du masque,
Et son pas plus hâtif fait reluire au soleil
Les deux antennes d*or qui tremblent sur son casque.
Je terminerai ces citations par un sonnet encore, non moins resplendissant que les autres, mais d'où se dégage, dans un mystérieux symbole, la pitié de la nature pour les dieux déchus.