LES BOHÉMIENS
Vous donc les r^ves sont les miens.
Vers quelle terre plus clémente.
Par la pluie et par la tourmente. Marchez-vous, doux Bohémiens t
Hélasl dans vos froides prunelles Où d»nc le rayon de soleil t Qui vous chantera le réveil Des espérances éternelles t
Le pas grave, le front courbé, A travers la grande nature Allez, 6 rois de l'aventure 1 Votre diadème est tombé I
Pour vous jusqu'à la source claire Que Juillet tarira dsmain, Jusqu'à ta mousse du chemin.
Tout se montre plein décolère.
On ne voit plus sur les coteaux.
Au milieu des vignes fleuries, Se dérouler les draperies Lumineuses de
L'ennui profond, l'ennui sans borne Vous guide, ô me"s frères errantsl Et les cieux les plus transparents Semblent sans vous devenir morne)
Quelquefois, par les tendres soirs, Lorsque la nuit paisible tombe.
Vous voyez sortir de la tombe Les spectres vains de vos espoirs.
Et la Bohême poétique.
Par qui nous nous émerveillons.
Avec ses radieux haillons Surgit, vivante et &Dtastjque.
Et, dans un rapide galop, Vous voyez tournoyer la ronde Du peuple noblement immonde Que nous légua le grand Callot.
Ainsi, dans ma noire tristesse.
Je revois, joyeux et charmants, Passer tous les enivrements De qui mon âme fut Thôtesse
Les poèmes inachevés, Les chansons aux rimes hautaines.
Les haltes au bord des fontaines, Les chants et les bonheurs rêvés;
Tout prend une voix et m'invite A recommencer le chemin, Tout paraît me tendre la main...
Mais la vision passe vite.
Et par les temps mauvais ou bons, Je reprends, sans nulle pensée, Ma route, la tête baissée, Pareil à mes chers vagabonds !
N'est-ce pas qu'il est joli, ce vague poème, et que celui qui devait être un grand artiste était déjà un délicieux charmeur ?
Or, vers le même temps, c'est du plus loin
groupe lui-même. Mais ne vaut-il pas mieux que je vous dise d'abord comment se continua et comment s'acheva hélas ! la vie de notre cher Albert Glatigny ?
En province où il était assez médiocre comédien, à Paris où il était excellent poète, il ne cessa pas de connaître en riant toujours les angoisses de la misère et des dénis de justice' Plusieurs d'entre vous se souvierment peut-être de l'avoir connu improvisateur au café-concert de l'Alcazar, où il alternait avec des messieurs en pantalon montant jusqu'au milieu de la poitrine qui éprouvent le besoin de faire savoir à leurs contemporains qu'ils arrivent de Pontoise, dans le département de l'Oise. Glatigny im-, provi sait d'autres rimes. Certes, pas un artiste digne de ce nom, pas un Parnassien surtout, ne saurait accorder la moindre estime au pitoyable jeu des bouts-rimés. Eli bien! nous fûmes obligés de le reconnaître : à force de virtuosité et de prestesse dans l'esprit, Glatigny, toujours Ijtique même au café-concert, arrivait à improviser des sonnets et des ballades dont quelquesuns ne sont pas indignes d'être conservés, et qui vraiment donnaient l'illusion de la véritable
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DU PARNASSE CONTEMPORAIN 5g
poésie. Puis, un jour, pour aller rejoindre je ne sais quelle troupe de comédiens errants, il partit pour la Corse, et, en Corse, il lui survint une aventure véritablement chimérique, sans laquelle son roman comique, à la fois burlesque et navrant, n'eût pas été complet.
Dans le village de Bocognano, où il était arrivé un soir, à pied, selon son habitude, un gendarme le prit pour Jud! oui, pour l'assassin Jud dont tout le monde s'inquiétait encore,
Rien de plus invraisemblable que cette histoire absolument vraie.
Le gendarme s'appelait Thessein.
Les tourments abominables qui furent imposés à Glatigny par cet extraordinaire maréchaldes-logis, le poète les a racontés lui-même dans un livre intitulé: h jour ât l'an ^utt vagabond.
En même temps, une bouffée d'haleine alcoolisée m'arrive en plein Tisage. Je me retourne, et, pour U première fois de mon existence, j'aperfois la mâle figure de Thessein. OThessein! joie de mes souvenirs! gaieté de mes années liiiures ! c'était toi, majestueusement ivre, superbe à voir comme un gendarme de Robert- M acaire\ Quelles moustaches formidables 1 Quels yeuï d'un bleu férocement enfantin I Quelles pattes I Hélas 1mes!pieds en ont gardé une pénible souvenance pendant un mois 1
urquoi feire un passeport! dis-je auTheissein Le passC'portestaboli depuis dix ans.
is à Bocognano J n
s remarquer à mon noble maréchal- de s-tc^i s qu'à le passe-port inutile, j'avais sur moi des lettres, e chargée, un engagement de comédien pour le de Bastia; que, d'aïlteurs, le pays était parfaite- -anquille et que je le priais de me laisser comme
in, lui dis-|e, si voue avez quelques doutes sur moi, loi surveiller; je ne me lèverai pas avant onze demain matin: envoyez cette dépêche à Bastia à ot, le premier président du tribunal, qui meconn que je sois débarrassé de cette sotte affaire. 3tte aflàirel lait Thessein en bondissant, sotte
Fus insultez le ctaistice 1 Qu'on lui mette les fers dsl >
néme instant, je me sens enlevé, transporté par gendarmes. On eût dit [a sortie qui termine le acte de/'Œi/rrei'^. Jesuisjeté'surunlitdecamp.
clin d'œil mes pieds sont emboîtés en deui i machines de fer, vissées par dessous le lit de :t me voilà sur le dos, dansTimposaibilitéabsolue : un mouvement. Cosette (i), affolée, se blottit 1 coin du cachot.
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J'étais là, sur le dos, dans la nuit, étendu sur une ignoble planche qui n'a pas été balayée depuis cinquante ans, dans un cachot taillé en plein roc, dont les murailles suintent l'humidité. Le plafond était le plancher de la chambre d'un gendarme. On dansait au-dessus de moi. Comme les fers que j'avais aux pieds m'empêchaient de me tourner même légèrement sur le côté, je recevais la poussière et les toiles d'araignée dans les yeux. Des rafales de vent froides et pénétrantes entraient par l'ouverture du guichet. J'étais ainsi depuis une heure, croyant à une mauvaise plaisanterie. Ma pauvre Cosette était grimpée sur le lit de camp et me léchait la figure en gémissant. J'entendais dans une poignée de foin jetée à côté de moi, et qui, d'ailleurs, était dans un état de parfaite pourriture, des bruits secs, crépitants. La phrase sinistre du forçat qui disait à Ranc : ce Ça, jeune homme, ça n'est rien ; c'est les puces qui montent, » me revint en mémoire Les rats et les souris commençaientà prendre ma figure pour le bois de Boulogne, et se promenaient autour de mon nez comme autour du lac,
La sauterie continuait au-dessus de ma tête, grave, cadencée : un rhythme de menuet exécuté par un ménétrier de village; il me semblait voir les gendarmes se saluer comme les messieurs du boulevard des Belles- Manières à Montargis. Enfin, au bout de deux heures, un filet de lumière glisse dans le cachot, la porte s'ouvre doucement et deux gendarmes paraissent.
— Chut 1 dit l'un, un brave homme nommé M uracciole,
ne dites rien. Noua serions punis s nous feisons.
Et les bravea gens m'apportent d "■ cheraux pour mettre sous mes reins. Ça n'était pas doux, mais du moins je n'étais plus en contact avecla pourriture. Muracciole, en même lemps, me donne une carafe pleine d'une belle eau claire et limpide, en place de la sale cruche qui était près de moi, et, bienfait inappréciable! ^u tabac et des allumettes. En sortant, il me dit, comme je lui demandai si je ne pouvais pas obtenir un matelas en le payant:
■ Ah I si voua aviez avoué I »
Puis il me laisse, et l'obscurité re
Mais c;e qui fut absolument sxtraord inaire, ce fut le premier interrogatoire de Glatigny. Je lui rends la parole :
Thessein, superbement campé sur une chaise, me &it avancer.
KGuiËtes-fust
— Je vous l'ai dit, je m'appelle Glatigny, je viens du théâtre de Basiia.
— Ce n'est bas vrai. Che &isfus tire fotre nom réel.
— Vous me ferez plaisir.
~ Fus êtes JuoI »
A ces mots, je me sens rassuré complètement. Je me dis que le maréchal des logis, dégrisé, veut se tirer
r PARNASSE CONTEMPORAIN
d'afbire par une plaisanterie de gendarme, et qu vais pouvoir m'en aller; aussi je me mets à rire endii «BabI
— Ne riezpasi Qu'est-ce qui fus a cassé ces c dents t
— On ne m'a jamais cassé la moindre dent. On m arraché cinq.
— Allons tonc 1 La gentarmerie ne se laisse bas rrn tetans. Ah I la brigate n'a blus mainienant qu'à fifre ses rentes. Il y a (ix ans gue che fus cherche, i cher! — Quand che ils: mon cher, fous pensez pien c'est une façon de parler. On ne dit pas : mon che une lîchue canaille comme vous, n
Je vois que l'accusation de Judaïsme devient sériel mais où ma stupeur augmente, c'est quand je Thessein étaler devant moi ses pièces de conviction.
« Fus n'afez que soixante-un francs tans foire pc ' monnaie. Qu'avez-vous fait des mille francs que t avez reçus il y a trois jourst
— Quels mille francsl
— Les mille francs qui étaient dans cette lettre.
— Mais il n'y avait que cent vingt francs,
— Allons donci quand il y a cinq cachet» sur lettre, il ne peut y avoir moins de mille francs dedai
Je regarde Thessein, ne sachani plus si j'étais fou s'il l'était. Je reste anéanti devant la calme bêtise de figure. Alors un misérable, qui s'est dit Itre le distr teur de la poste aux lettres de Bocognano, confi l'affirmation de Tbesseia. Tous deux font semblant
chercher dans un recueil de décrets le paragraphe
cernant les lettres chargées. Us ne i
entendu.
H Guand Êtes-vous venu en Corse ei
— J'y suis venu il y a un mois avec la troupe du théâtre de Bastia.
— Vous mentez. Tout se passe en ordre dans un régiment, Ec qu'est-ce que ce Vaudron dont vous avez une lettre !
— Ce n'est pas Vaudron, c'est Autran.
— Qu'est-ce qu'il feit ce Vaudron ï
— Il est académicien.
— Ah 1 tacadémicien ! encore une de vos professions. Vous en changez souvent. Hier, vous m'avez dit que vous étiez acteur.après ça comédien, puis article drama-
— Mais tout cela, c'est la mSme chose.
— Allons donc! Puis vous êtes homme de lettres ausii. Où est votre diplfime!
— Ah! ma femme, qui est institutrice, en a un. Ah! ahl oui! vous êtes un scélérat dangereux! Et qu'est-ce encore que ce Pamphileî
— C'est M. Théodore de Banville, poète lyrique.
— Ils ont tous des métiers dont on n'a jamais entendu parler, fait le spirituel brigadier de Palneca.
— Parbleu! mais nous sommes sur la trace de ses complices. Il vient de Suisse et va rendre ses comptes à sa bande. 11 y en a un qui lui donne rendez-vous ï Paris.»
i'M>:«iV,
EtThessein, avec une lumineuse logique» construit la bande de malfaiteurs dont je suis te chef.Claretie, Âutran» Gabriel Marc, un officier de marine, Banville et Vacquerie passent à Tétat de brigands. Auguste Vacquerie avait des chances de salut. Son écriture, indéchiffrable pour qui n'en a pas Thabitude, empêchait de lire son nom. Mais Théodore de Banville ! rien n'est plus net que sa signature. Homme d'ordre avant tout, il met son adresse au bas de toutes ses lettres. J'ai vu le moment où on allait le chercher à TOdéon pour me venir tenir compagnie dans le cachot.
Pendant une heure, je me heurte contre cette monstrueuse stupidité. Vingt fois au moins, Thessein me demande qui je suis, ne me laisse achever aucune réponse et me demande invariablement de lui avouer mes crimes. Les expressions de canaille, d assassin, et d'autres plus énergiques abondent. Les quolibets pleuvent. C'est charmant.
Ce ne furent pas là toutes les tortures de Glatigny. Je passe une conversation absolument extravagante avec le juge de paix et le distributeur de la poste. J'en arrive à un des plus terribles exploits du gendarme Thessein, qui avait demandé à Glatigny de lui faire venir
sa photographie, par le télégraphe.
a On me reconduit dans le cachot, dit Albert Glatigny. Je m'étends sur les couvertures, lorsque Thessein revient, écumanty les yeux injectés de sang, furieux.
«Veux-tu avouer? misérable EBSMssinl Ah! tune veux pasl Qu'on lui remette les fersl >
Deux gendarmes intercèdent pour moi. llsdisentque je n'ai &it aucune résistance, aucun bruit, que l'humidité bot est déjà intolérable et que ce n'esi pas la peine er une BOufTrance de plus à celles que j'endure. Le ■e n'entend rien. Pendant que l'on m'cmboiie le* tans la machine, je me plains d'une douleur à la
I fa lui fait du malt s'écrie Thessein, attends! uavouert Nont El bien! je vaii te secouer la e misérable me saisit les pieds dans ses grosses les heurte contre les fers, avec une violence telle endant un mois, |'ai été toicé de ne marcher qu'en .fles. Sa figure, éclairée par la lueur d'une petite était hideuse. En ce moment, il avait oublié son an, sa croix. 11 n'y avait plus qu'un fou furieux, un ]ue féroce. 11 balbutiait, jurait. Ses hommes Dt rien dire et étaient pâles.
l'il avoue I » hurle la brute. Son visage se penche, mien, féroce, épouvantable ; je sens la tiilidité de aeine courir sur ma figure ; sous prétexte de me r, il me secoue, me pousse, me bouscule. Chaque iment me fiiit croire que mes pieds sont rompus; il saisit les couvertures qui sont sous moi, les BC tant de violence que mon corps, rivé au lit àe >arles pieds, en &it un soubresaut et que ma tête tndir trois fois sur ta planche. J'ai cru avoir le crâne é ; mail ce n'est pas tout. Cherchant ce qu'il
pourrait bien me foire encore, il aperçoit» blottie au fond du cachot, ma petite chienne. Je pousse un crî, deTinmit que la rage du misérable allait se tourner contre la pauvre bête. En effet, avec un éclat de rire méchant, lugubre, il empoigne Cosette par la peau, la jette par terre et la pousse dans la cour avec un coup de pied dans le ventre.
Ce fut seulement après huit jours de tortures et de craintes qui devenaient d'heure en heure plus sérieuses, que Glatigny, et Cosette, brisés et rompus, pitoyables, furent mis en liberté, grâce à rintervention de M. Géry, alors préfet de la Corse. Et, je vous le répète, il n*y a rien d'imaginaire dans cette extraordinaire aventure. J'ai sous les yeux le texte du procès-verbal dressé par l'étonnant gendarme Thessein, Vous allez voir que, lu par un acteur comique, il aurait de quoi faire pouffer de rire, et je ne sais pas de vaudeville où il s'en trouve de plus grotesque.
Procès-verbal
Me trouvant en permission de quatre jours à Bocognano, chez mon beau-frère Mufïraggi (Paul), maître d'hôtel, il s'est présenté vers sept heures du soir en notre domicile un individu dont son aspect m'a semblé fugitif.
6s LA LEGENDE
L'ajant înlerpellé sur sa présence à Bocognano, il m'a
répondu, avec hésitation, sur plusieurs questions que je
lui ai posées; lui ayant demandé les pièces Identiques,
il m'a présenté un engagement contracté au bureau
ence ihéâtrale, pièces que j'ai parfaite
isongères.
oyant que cet individu se trouvait ' articles 187 du 1" mars 1S54 et 275 du même décret, Fait parvenir immédiatement la brigade de le réaice pour opérer l'identité de cet individu, e maréchal-des logis, le brigadier et les gendarmes racciole et Grivoite se soniimmédJatement rendus sur
•'après les interpellations faites a cet étranger, nous ns reconnus que par ses entreprises il nous a qualifié lieurs noms et titres de famille ; nous trouvant alors i la certitude d'avoir entre nos mains non seulement individu pris en flagrant délit voyageant isolément s passe-port, mais peu 1-5 tre un évadé des bagnes: ndu que nous avons trouvé sur lui; 1" Une lettre îraffé; i" Une lettre de style lythographié ; 3" Une £che;4. Une lettreparticulière; 5' Un itinéraire falsifié; .pprobation probablement de fram abonne rie; 70 Billet oterie de la compagnie de la ville Chatouroux ; outre ayant demandé de nouveau, il nous a répondu qu'il possédait rien contre la loi; néanmoins, perquisition : tant que sur sa personne et ses vêlements, nous y ns trouvé longé du long de la cuisse du pantalon, du droit, une canne d'une longueur de 80 et
dans laquelle se trouvait un fleuret en assier pointu et carré de la longueur de 3o centimètres; nous y avons également trouvé dans ses pochas plusieurs écrits non identiques, ce qui nous a donné la preuve convainquente que cet individu ne voyage pas en forme suivant la loi. D'après nous et suivant la déclaration de Muchielli et le sieur Muffragi, maître d'hôtel, cet individu était nanti de plusieurs objets de valeur, et notamment d'une montre à cylindre à huit rubis, toute neuve, et dont rindividu lui-même a affirmé au brigadier Muchielli qu'il n*en avait pas. En effet le brigadier Muchielli étant présent à Tarrestation de cet individu nous fit la déclara^ tion suivante: En s'adressant au maréchal-deslogis je crois que, d'après le récit de Tindividu que nous avons entre nos mains, doit être porteur d'une montre en argent. Sur la déclaration du brigadier Muchielli, nous avons fouillé de nouveau cet individu, et en effet nous avons trouvé sur son corps couché à hauteur et envers de répaule gauche une montre en argent cylindre 004, en plus nous avons saisi un porte-monnaie contenant la somme de 16 fr., avec toutes les pièces pour être déposées au parquet de M. le procureur impérial d'Âjaccio, bureau des pièces à conviction.
Signatures :
, illisible; Muracciole, Muchielli,
GiuDici, Thessein.
Mais voyez comme était douce et bonne Tàme
de Glatigny. On lui conseilla de porter plainte. Le poète borna sa vengeance à publier le récit de son aventure et à rimer une complainte intitulée : LInfâme Glatigny, qui est fort plaisante, et que par malheur le temps m*empèche de vous lire.
De retour à Paris, Albert Glatigny connut le plus grand, le vrai, le seul bcnheur de sa vie tourmentée. Il épousa une jeune femme, pauvre comme lui. Ils s'aimèrent tendrement et fidèlement. Ce furent des mois heureux, des années heureuses. Certes, la misère tenait toujours Glatigny, mais il avait la joie au cœur. Et bien qu'il fût obligé par les nécessités de sa vie de comédien, à transporter son petit ménage de ville en ville, de bourgade en bourgade, il trouvait dans ce foyer errant l'oubli de toutes les peines avec le doux orgueil du devoir accompli. Un court poème, qui n'a pas été publié dans ses œuvres complètes, vous dira avec quelle pureté, avec quelle tendre caresse le poète adorait sa jeune femme.