‹ La légende du Parnasse contemporainChapitre 7 sur 36 · MARITORNE · texte numérisé non relu

MARITORNE

C'est la servante de l'auberge Qui braille là, tout à côté :

Le soir, un peuple s'y goberge De fins matois mis en gaîté.

Aux gars qui lui pincent la taille En descendant les escaliers, Elle peut bien livrer bataille :

Hier, elle a gifflé deux rouliers.

Ah ! dame, elle ne craint personne.

L*un est un gros homme d'Orbec Dont la bourse en cuir jaune sonne Un son d'argent, et qui boit sec ;

L'autre est un beau fils dont la blouse Couvre des épaules de fer Et que, dans Tendroit, on jalouse Pour sa mine et pour son bel air.

Elle sait, quand on la demande, Répondre juste à tous propos.

Ah ! c'est une rude Normande, A Toeil alerte et bien dispos !

Le pied d'aplomb sur la semelle, Elle tient sa place au soleil, Allez ! et plus d une femelle Envierait un maintien pareil.

Sa joue a des couleurs royales, Flambantes de belle vigueur; Elle a des façons joviales Qui font épanouir le cœur I

Son bras est rouge, sa main forte.

Elle est utile à la maison, Et mieux qu'un garçon elle porte Hardiment les grands sacs de son.

Sa poitrine robuste et souple.

Libre de corset et de buse, Â sa large épaule s^accouple ; L'odeur du foin lui sert de musc.

Ses cheveux drus aux mèches noires Ressemblent aux crins d'un bidet ; Sur elle, ils ont fait des histoires, Comme si ça les regardait 1

C'est une honnête créature.

Qu'on dise ou non ce qu'on voudra [ Elle n'a point eu d'aventure.

Et bientôt on l'épousera.

DU PARNASSE CONTEMPORAIN 7g

En dépit des mauvais langages Que sur son compte on a tenus, Elle a, de Targent de ses gages, Cinq beaux louis, tous bien venus.

Et, quand une fille a son âge.

Du bien qui n*est pas mal acquis.

Elle peut entrer en ménage Comme la fille d'un marquis 1

Donc Glatigny était heureux, malgré les poches et les tiroirs vides, à cause du cœur plein. Ce bonheur, la destinée le lui envia. Il ne lui fut pas donné de voir la réussite de ses camarades du Parnasse, dont il eût justement partagé le succès. Â force de jours sans pain et de nuits sans gîte, la maladie lui était venue. Il était phtisique. Il souffrait, il se cachait pour souffrir. De sorte que nous le pensions à peine malade, lorsqu'il était déjà mourant. Il n'était pas de ceux qui font des élégies sur leur mort prochaine ; il avait de plus belles fiertés. C'est à peine si je trouve une expression de

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douleur dans une lettre en vers, toute familière, qu'il écrivit à notre cher compagnon, Stéphane Mallarmé. Je vais vous lire cette lettre. Vous verrez comme la plainte s*y voile et s*y fait souriante, malgré la vision de la mort.

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