‹ La légende hugolienne; les petites épopéesChapitre 18 sur 25 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

qui ne meurt pas, des souvenirs moins funèbres par où Victor Hugo peut se survivre encoi'c. Xi us n'avons que rembarras du choix, dans ce pèlerinage posthume, tant (m a posé de plaques commémoratives sur les diverses maisons de Paris où le maître habila. Rue de Clichy nous i-etrouverions tous les souvenirs de la Commune et de la 3"= République qui ramena de Texil cette victime volontaire de Napoléon III dèt-lui et à qui la France — l'ingrate 1 — n'cffrit pas le irùne laissé vide ])ar le vaincu des Châtiments. Au n° 41 de la Rue de la Tour d'Auvergne, le concierge Lagoutte, — ce doyen des concierges parisiens mort, d'ailleurs, depuis deux ans, — ne nous raconlera.it plus ccmmeni. il faisait office de maître-d'hôtel aux jours de grands dîners de son historique locataire qui, entre tous les plats servis, en avait un favori auquel il réservait le plus bourgeois appétit de son estomac parnassien.

— Lequel ? demandiez-vous à ce maître ^■alcl■e du cordon bleu et de l'autre.

— Un seul, répondait-il, dont raffolait M. ^'ictor Hugo : le cainard aux navets!

Quand une fringale d'hugolatrie vous reprendra, dirigez-vous de préférence vers la Place des A'osges, — anciennement Place Royale, — dont les frontons renaissants portent un H, depuis le l'oi Henri qui les inaugura. Cette lettre initiale et prophétique dut plaire à cet autre roi des poètes, qui la prit vraisemblablement pour la première leltre de son nom attendu par les âges, pour donner enlln une raison d'être à ces bûtisses. Entrez da.ns cette Place et suivez-la, sur votre drcite, jusqu'à l'angle formé par l'intersection des arceaux surbaissés qui donnent, avec la symétrie bariolée des pierres blanches et des tuiles rouges, un caractère si espagnol à ces maisons uniformément construites, :\ue l'auteur cVHcrnani dut naturellement en louer une, vers 1830. pour y abriter les lau-riers de sa première victoire romantique.

Dans un de ces quatre brns coins, est le n" 10 et la porte en reste ouverte au public, rlh-upie jour, depuis ((ue la ville de Paris y fait flotter l'enseigne municipale et f[ue l'inépuisable géné- «'osité .de M. Paul Meurice en a fait un sanctuaire de poésie, sous le nom de Musée Victor Hugo. Dès les premières marches du large escalier de bois, tout vous parle du Maître. T.eiS murs en

sont couverts des gravures et des estampes que les seules œuvres de \iclor Hugo inspirèrent. Voici, au ncmbre des meilleures, rilomme qui liit de M. Rochegrcsse, et le Petit Paul de M. Geoffroy. Les dessinateurs de la première heure y semblent mieux inspirés que ceux de la dernière, soit que rinfluence rcimantique eût été plus maîtresse des poitrines qui la respiraient comme l'air, soit que le souffle inspirateur se soit refroidi en s'éloignant de son foyer. Voici l'anecdote que Chifflart avec ses fantastiques Truands escaladant, tels que des Encelades, les tonrs de Notre-Dame sous une double avalanche de soufre enflammé. Et voici l'épique Brion, avec un Phébus digne de son buste 'dont une main se campe à la rapière, tandis que l'autre frise un listel de mcustache amoureuse de l'aventure. Le Gringoirc qui rime à côté, accuse bien le même f. riginal crayon, avec sa pose dégingandée de poète loqueteux, miteux et marmiteux, s'abritant sous un pilastre de pont dont il a fait sa cape de gueux ; il tient dans une main, toujours roulé et inédit encore, son manuscrit, avec, pour tout trésor à la ceinture, sa vide escarcelle sans sol vaillant ni trébuchante marsupie. Mais à toutes ces compositions pleines d'images supercoquentieuses et vides d'idées, pnilosophiques, on préfère sans peine, (encore du génial et trop ignoré Chifflart), un symbolisme de la Conscience dont on ne peut cublier l'œil pour la profondeur et la puissance de son regard obsédant, et une synthèse des Travailleurs de la Mer représentés par la seule tête de Gilliath émergeant des flots sombres avec des yeux si profondément tristes, qu'on peut bien accorder à ce maître le mérite d'avoir aussi virtuosement révélé la Conscience et la Mer, d'un trait de son crayon inconnu, que son inspirateur l'a fait d'un jet de sa plume célèbre. Pourquoi ce même Chifflart serait-il 'si inférieur en peinture, dans, les tableaux que nous en trouveroins conservés dans quelques coins des salles qu'il nous reste à visiter sommairement ?

Celle du premier étage où nous pénétrons en quittant l'escaher tapissé de gravures, est le salon de famille. On en a fait le musée proprement dit des tableaux où, par une délicatesse digne de son grand cœur et de scn inépuisable bourse, M. Paul Meurice a fait interpréter les principales œuvres de son ami le romancier et le poète, par les premiers peintres de notre temps.

Page 1