ÉPILOGUE
on ne le portraiturait pas), n'espérez pas le rencontrer ici. Les seuls portraits de peinture valable sont ceux que Louis Boulanger a peints,, de Mme Victor Hugo et de Lécpoldine Hugo sa Pille; et ces deux toiles maîtresses, d'un artiste qui ne fut pas toujours aussi bien inspiré, sont confinées sous les solives du dernier étage avec la collection des Victor Hugo en pipes, en tabatières, en poivrières, en salières, en moutardiers et en bouteilles de toutes les couleurs et pour tous les élixirs. Seul, le Hugo qui nous leste dans l'œil et dont l'obsédante image nous pouisuit dans la rue, après avoir quitté ce nmsée d'orgueil où noUs retournons encore la tête pour lire sur la porte l'inscription dédicatoire que les Hugcphiles doivent à ce temple d'un homme dont ils ont fait leur dieu, HUGOLATRI.E SACRUM ; c'est, dis-je, une gravure le représentant en tunique blanche, l'auréole divine au front, dans une main les foudres olympid'nnes et^ dans l'autre, à la place de la lyre sacrée des poètes amis de la simple harmonie, le complexe et /significatif Triangle des prétendus Architectes du nouvel univers. Pourquoi le railleur Horace n'a -t-il pas appris au pontifical Hugo plus de respect de la divinité dont les représailles sont, parfois, si ircniquement cruelles contre des hommes qui ne la suppriment que pour en essayer la succession vaine et ridicule ?
Dis quoi te minorem geris,
Imper as
Et \'oilà qu'auj(jurd'hui leur Hugo, ainsi divinisé, éprouve l'ennui de la tombe dans ce Pantliéon désaffecté où sa dépouillo mortelle se décompose et pourrit, comme les autres, sous le dôme de glO'ire qu'il avait pourtaait choisi à son cadavre, comme pouî- [e faire entrer par là dans riumiortalité que, depuis lT9o, l;; France rcconnaissanic veut bien promettre à ses grands honuiif.s. C'est le vœu publiquement exprimé par i\I. Gustave Simon, dans son discours anniversaire de la mort de si 11 dieu, qu'il soil exlnim(' de ces sombres et nauséabonds caveaux et que, transporté en plein ciel de Paris, sous les omlnages plus cléments du Père- Lachaise, le poète y vienne entendre encore la voix des hommes et le chant des oiseaux. Et cette inutile supplique du tombeau, s"o- 'Ifva.nt sous cps froides v( nies ou rien de chrétien et de oonso-
368 LA LÉGENDE HUGOLIENXE
lant n'est resté, — si ce n'est la croix du faite que n'a pas encore remplacé plus symboliquement la lyre des poètes ou le triangle des... architectes, — nous rappelait aussi ces suffrages pieux que les hommes avaient pu, un temps, élever dans celte église pour leurs chers trépassés jusqu'à la compatissante Divinité et au Juge .souverain de toute créature qui ne naît, \nie fois, que l>our mourir ou pour renaître en une immortalité autrement auguste et redoutable. Sur ces dépouilles humaines, dont la grandeur proclamait quelquefois le génie concordant du Créateur et de sa créature, — et cette grandeur partant du néant de l'homme pour aboutir à l'infini de Dieu semblait harmoniser les deux extrémités les plus déconcertantes sur le plan ainsi unifié de la création, — les orgues de la nef jetaient majestueusement une dernière ondulation de leur linceul sonore, sur la couche glacée où ces morts bien-aimés n'avaient phis qu'à dorniir en paix, dans leurs caveaux silencieux, leur étemel sommeil. Aujourd'hui, au Panthécn, les orgues catholiques se taisent ; mais les caveaux so remplissent de voix protestataires. Hugo n'est pas ccntent d'être mort : il veut revivre. Hugo n'est pas satisfait de sa tombe ; il en veut changer. Hugo en a assez du Panthéon, avec Zola pour léte-à-lèle ; il veut du Père-Lachaise, avec du soleil plein le ciel et des oiseaux pleins les arbres.
.\h ! le grand pocle et le pauvre homme !...
Post-Sci'ipdiiii. — Pondant que ces inqircssions s'écrivaient sur Victor Htigo au Panthâon, le P^ris-Journul ])ubhait les vsuivantes sous la signature de Paul Faure. En toute impartialité nous les reproduisons ici. pour que le lecteur choisisse celles des notes posthumes qui lui sembleront les plus dignes de la mémoire du grand poète.