CHAPITRE I
i8o4; trente jours après parut un décret qui réglait la foriAe de la décoration affectée aux membres de la Légion d'honneur, il disait « que la décoration « consisterait ^ans une étoile à cinq rayons doubles, « et qu'elle serait attachée à une des boutonnières « de l'habit par un ruban moiré rouge liseré de « blanc. » Au moyen du mot éfoile on voulait éviter l'expression de cro^-r, afin de montrer sans cloute que l'on n'avait pas l'intention défaire revivre la croix de Saint-Louis, abolie par la Convention; et néanmoins ceci était réellement une copie exacte de ce dernier ordre, soit par la forme de la décoration, soit par la couleur du ruban, car la disposition relative au liseré blanc fut supprimée sur-lechamp, et l'usage fît bientôt prévaloir l'expression de croix au lieu de celle ^étoile.
Louis Xiy avait placé l'efïigie du saint roi dans les insignes de l'ordre institué en 1693. Napoléon fit plus : il mit la sienne dans le médaillon de la Légion d'honneur. L'ordre se composait de quatre degrés : grand officier , commandant , officier et légionnaire. Les membres admis dans les trois premiers devaient porter la décoration en or ; les simples légionnaires devaient la porter en argent. Un second arrêté affecta au traitement de chaque grand officier cinq mille francs, à celui de commandant deux mille francs, à celui d'officier mille francs, et à celui de légionnaire deux cent cinquante francs.
Une devise caractéristique ornait les insignes de
tous les ordres de chevalerie; la croix de Saint-
Louis portait celle-ci : « Prœmium virtutis bellicœ. )> Ces précédents faisaient loi : la Légion d'honneur, établie sur ce modelé, réclamait sa légende ; il ne convenait pas de l'écrire en latin, devant être comprise de tous, puisque la nouvelle corporation allait admettre dans son sein des hommes tirés des diverses classes de la société. J/obligation d'adopter une devise composée en français augmentait la difficulte, car le bon goût s'opposait à ce que l'on en puisât les termes dans le vocabulaire révolutionnaire, véritable assemblage d'horreur et de ridicule. Celte légende, destinée à être soumise au jugement d'une nation railleuse, ne devait pas prêter le moins du monde à la critique; sinon l'ordre nouvellement institué tombait incontinent dans le discrédit. Bonaparte, avec sa haute intelligence, le comprenait ainsi : à lui seul appartient, sans aucun doute, le mérite d'avoir trouvé l'éblouissante devise ce Honneur et patrie », devise empruntée au langage de l'ancienne monarchie, composée de deux mots qui se trouvaient en dehors du domaine des afTreujL démagogues qui avaient couvert notre pays de sang et de ruines.
En France on perd très-facilement de vue les événements les plus importants; ou ne les connaît que d'une manière très-imparfaite : aujourd'hui des gens même fort instruits sont persuadés que la Légion d'honneur fut un simple accessoire à l'empire; ce fut un changement total de système, au moyen duquel Bonaparte rompait d'une manière éclatante avec la république, et marquait son ache-