CHAPITRE XI
titution dont personne ne lui avait suggéré la pensée ; lui seul en était le créateur, et il avait eu à lutter, pour rétablir, contre une violente opposition. De son côté, le fondateur du nouvel ordre de chevalerie ne négligeait rien pour en augmenter l'éclat; il jugeait que le meilleur moyen pour y parvenir, c'était l'agrégation bénévole de personnages illustres; guidé par ces motifs, il envoya un de ses aides de camp, le surlendemain de la signature du traité de paix de Vienne (octobre 1809), vers le généralissime de l'armée autrichienne, pour le complimenter de sa part et lui remettre les insignes du Grand-Aigle'. L'archiduc Charles les reçut avec un empressement qui scandalisa tous les grands de la cour de François II ;. cet accueil fut si agréable à Napoléon, que le prince n'hésita pas, quelque temps après, d'en témoigner sa satisfaction par une démarche éclatante : son union avec la fille de l'empereur d'Autriche ayant été décidée, il choisit l'archiduc Charles pour son procureur fondé , lequel, suivant l'usage des cours souveraines, devait être chargé d'épouser en son nom la jeune
' Le Grand' Aigle fut également conféré au comte de Metternich, ministre des affaires étrangères, et au prince de SchwarN zenberg, ambassadeur de la cour de Vienne à Paris. On trouve, dans des recueils d'anecdotes, que Napoléon avait envoyé à Varchiduc Charles, après la cessation des hostilités, la croix de la Légion d'honneur en argent, comme un hommage rendu à sa bravoure personnelle. Nous avons vainement recherché la preuve authentique d'une particularité aussi remarquable.
iU LA LfiGIOM fi»H6NNEUR.
Marie-Louise.Le marëchal Bertliier, envoyé à Sehœnbrûnn pour faire la demande officielle de la main de la petite-fille de Marie-Thërèse, fit part à l'archiduc Charles de Tintention que son puissant maître avait de se faire représenter par le rival qu-il avait combattu dans les champs de Wagram. L'archiduc répondit en ces termes:
<c J'accepte avec plaisir la proposition que S. M. i< l'empereur des Français veut bien me transmettre cr par votre organe ; aussi flatté par son choix que .<r pénétré du*doux pressentiment que cette alliance « effecera jusqu'à Farrière-pensée des dissensions poa litiques, et préparera un avenir heureux à deux a nations qui sont faites pour s'estimer. Je compte ce entre les moments les plus intéressants de ma a vie celui où, en signe d'un rapprochement aussi « franc que loyal, je présenterai la main à ma- « dame l'archiduchesse Louise, au nom du grand a monarque qui vous a délégué.
Le jour des fiançailles, le généralissime des armées autrichiennes étala aux yeux des habitants de Vienne, sur son uniforme blanc,' le large ruban pourpre de la Légion d'honneur.
Le cardinal Fesch, en sa qualité de pareni, revendiqua rhonneur de donner aux augqsteis époux la bénédiction nuptiale; il fut assisté dans cette cérémonie (2 avril 18 10) par plusieurs évéques, et en premier lieu par le cardinal Maury, nommé depuis quelque temps archevêque de Paris : on lui avait donné, à la fin du nnoîsd(B mars, l,a croix de la Légion d'honneur. Le cardinal fit objserver au roi^
msiXre des cuUos qu'étaqt prince de l'Église, it'pou* ysii prétepdre à la dignité de grand $ûgle, dont M. Dubelloif son prédécesseur immédiat, avait été revêtu ; le ministre^ ayant exposé la réclamation dç l'ancien orateur de la Constituante, fut chargé de lui faire la réponse suivante : ^< La décoration de la te Légion d'honneur n'est pas attachée aux fonç« a lions ;. elle est destinée à récompenser le mérite ce des personnes. ï> ]Vff Maury, qui s^était mis en situation de ne rien refuser, eut à se contenter de la simple croix. M. de Boulogne, évéque de Troyesi autre assistant, reçut également la croix; il la mé» ritait d'ailleurs par ses talents et son éloquence '.
Aux yeux de Napoléon^ la Légion d'honneur ne devait pas servir seulement à flatter la vanité humaine; cette décoration devint dans ses mains ha* biles un moyen de gouvernement : la moindre no-^ minatiou dans l'ordre civil emportait avec elle une signification; à ce titre, la moindre nomination, disons-nous, était accueillie dans le monde politique comme une nouvelle intéressante.
L'empereur, jaloux de montrer que sa sollicitude ne se concentrait pas sur l'armée seule, nomma i k son retour de Wagram, grand officier M. deMonta'* livet, ministre de l'intérieur, dont l'administration éclairée secondait si bien les vues du chef de l'État , et M. MoUien, ministre du trésor public, afin de
' M. de Boulogne, dont le dévouement pour Tempereur avait été des moins équivoques, ne tarda pas à tomber dans une complète <lisgrâce.
rëcompenser le zèle que cet administrateur venait de déployer pour surmonter les embarras que la dernière guerre avait suscités dans la direction des finances. On nomma également grand ofBcier M. Frochot, préfet de la Seine, en témoignage de satisfaction pour les sages mesures qu'il avait prises dans le but de maintenir au sein de la capitale une tranquillité parfaite, au moment où l'apparition des Anglais sur les côtes de France pouvait causer de l'agitation parmi une population toujours disposée à profiter des embarras du gouvernement, quel qu'il soit.
M. d'Houdetot, piéfet de l'Escaut, et M. Voyerd'Argenson, préfet des Deux-Nèlhes, reçurent la croix de la Légion d'honneur : l'un et l'autre avaient mérité cette récompense en aidant de la manière la plus efficace l'autorité militaire à repousser les attaques dirigées par les Anglais contre Anvers.
A la même époque, et pour des services analegués, la croix de la Légion d'honneur fut donnée à M. de Brigode, maire de Lille.
Nous avons vu comment Napoléon conféra de ses mains la décoration d'officier à M. Oberkampf, afin de reconnaître l'habileté avec laquelle, suivant sa propre expression, le manufacturier de Jouy faisait la guerre aux Anglais. Un autre industriel, d'un genre bien différent, attira sur lui l'attention du souverain. Nous avions perdu nos colonies; les croisières anglaises interceptaient tous les arrivages; le prix du sucre s'élevait à un taux excessif: la livre se vendait jusqu'à six francs; à peine pou-