CHAPITRE XI
durant sa croisière, un dommage de quatre millions: il dispersa une division anglaise, s'empara, après un combat très-vif , de trois corvettes de 3o canons. On le nomma capitaine de vaisseau et officier de la Légion d'honneur.
Les Anglais avaient résolu, en 1809, de profiter de l'éloignement de Napoléon pour diriger une attaque conlre les côtes de France, qu'ils savaient dégarnies de troupes. Aucune expédition aussi formidable n'était encore sortie des ports britanniques : 700 voiles, dont 100 vaisseaux de guerre, avec plus de 80,000 hommes en état de combattre sur terre ou sur mer, furent dirigés sur Anvers, dans le double but de s'emparer de cette place et d'y détruire la flotte française et tous les établissements maritimes. Tant d'efforts réunis, dont les frais s'élevèrent à des sommes immenses, aboutirent à la prise de deux petites villes, Middelbourg et Flessingue, qu'il fallut abandonner au bout de quelques mois , après avoir perdu 6,000 hommes. Jamais l'incapacité des chefs militaires ne fut mieux constatée par l'événement : cette fois, les Anglais ne purent détruire un seul de nos navires : la flotte française fut sauvée tout entière, grâce aux sages dispositions prises par le vice-amiral Missiessy, l'ofQcier de notre marine le plus distingué par ses connaissances pratiques. L'empereur, s'étant rendu à Anvers en 1811, examina avec un soin infini la situation des lieux, et il se mit à même de porter son jugement sur ce qui s'était passé lors de la tentative des Anglais. I^s services rendus en cette circonstance
SB4 LA LÊGIÔff D'itONNEUR.
par M. de Missiëssy lui {^ërU^ent dabâ toute leur réalité; il nonitna te Vite-acbiral grand officier de la Légioh d'honneur, lé créa comte^ en attachant à ce titre une dotation de t20,ooo francs (3o septembre i8ii)^
Napoléon, be rbyant le fondateur d'une nouvelle dynastie, t*edoubla de soin pour rallier à son gou* vernement les hommes monarchiques, qui semblaient s'en tenir éloignés. Il comprenait bien qu'il n'aVait rien à craindre dé persotines qui se recomnàandaient par là fixité de leurs principes et la pratique dé haute^i vertils : loin de leur susciter de mesquines tracasseries, il ordonna à toiis les préfets de ne rien épargner pour les faire entrer dans lés conseils généraux. Ces préfets furent invités à désigner deux bu trois grands propriétaires résidant dans Ifeiirs tèires, et signalés par leurs concitoyens pout» appartenir à l'opinion royaliste. Ajîrès avoir reçu ces divers rajpports, l'empereur coiliposa line liste d'après laquelle une soixatltàiné de notables reçurent, à leur gtaud étounement , là croix dé la Légion d'hontieur. AUcUn d'eux n'avait recherché le présent, le(|uél leur flil réttiis avec solennité par le prélet. Nous pouvons tîltér ici quelques noriis : MM. d'Estouritlel, de firàncas, d'Assi-
> Le vice-amiral Lallemand et le ëcHitre-âmiral Baste furent nommés commandants de la Légion d'honneur^ dans la promotion qui eut lieu à l'occasion de la naissance du roi de Rome.
^hiës, Tilly, Fbrtia d'UHian, de Folleville, d'Arti^ bray. Ce dernier ëtaîl gendre de rancien cbanéeliét^ Bârêfitin ; il avait débuté d'une raanièt^é extrêrtietnéiit brillante dans la magistrature parlementaire dé PaHs, avant l'jSg. M. d'Ambray, échappé aux tempêtes politiques, vivait fort retiré dans sfes terres de Norhiàtidle, s*occUpaht de bonnes œUvl^es et d*agticuUuré; il siégeait dans le conseil gétiéral de son départëmetit.
î^§ statuts de la Légion d'honnetir disaient que loidie hduvélleriletit institué était destiilé à récompenser toute espèce de genre de coilrage; en effet, Un cîtbyen peut déployer une grande bravoure, dans des circonstances difficiles de la vie privée, pbur l'intérêt de ses semblables : il mérite à ce titre alitant dé Idltanges que Toflicier qui brave la mitraille sur le cllaiilp de bataille. Un trait dé courage des plUs mémdiableSj accompli au cômtilencektient d& 1812, fournit à l'empereUr l'heureuse ocCasioil de faire Tapplicàtiôtt de la disposition contenue datis uh des articles de la loi du 19 ittàl iSbîi.
Le 48 février, Hubert Goffin, chef de hrtitieurs, père lie sept eilfânts, dirigeail: une brigade dé ceilt ouvriers dans ullë èxploilatîon de rtînés de houille du di'slrictdë Li^ge. Au niilièu dû travail, l'eâu se fU joub à travei-s urt des serrements d'une àtîéienntt veiné, et envahit rapidement le piHts à l'extraction duquel ces hommes étaient Ofccupés. Le danger jdevint pliis imminent au bout de quelques instants^ J^. dans le premier ttioment Qoffitt aurait pu, sbUs
prétexte d'aller chercher du secours, se sauver au moyeu du panier enlevé périodiquement par le manège. Déjà il avait une jambe dans le panier, lorsque, cédant à ^une généreuse inspiration, il y fit placer un mineur aveugle, et ne balança pas à demeurer au milieu des siens : il avait auprès de lui son fils> enfant de douze ans. Un quart d'heure après , toute espèce de sauvetage était devenu impossible. Les ouvriers se réfugiaient graduellement dans les galeries et en étaient chassés bientôt par les eaux. Ces malheureux, désespérés, frappés de terreur à l'approche d'un trépas qui semblait inévitable, auraient tous péri sans l'énergie de Goffin. Cet homme, doué d'un sang-froid admirable, se trouva dans la même situation que Christophe Colomb devant ses matelots mutinés. Le mineur liégeois sut maintenir le bon ordre parmi ses ouvriers, et parvint à pratiquer, au milieu d'affreuses ténèbres, une chambre dans laquelle tous les hommes se procurèrent un abri contre les eaux : dix-neuf d'entre eux avaient déjà trouvé la mort au fond de l'abime. Des travaux dirigés à l'extérieur par l'ingénieur Migneron, sous les yeux des autorités de la ville de Liège, purent enfin établir une communication avec ce lieu de refugê^pvMtwéSiy^ g ^ entrailles de la terre, et au bout de cinq jours tfu
travail inouï on finit par les dégager. Soixante
onze ouvriers, exténués par la faim et le ti*av 1 défilèrent avec peine par le boyau. Goffin sortit li *' dernier, comme un capitaine de vaisseau doni l^^^^
bâtiment a échoué sur un banc de rochprc ... .î'*^'"''
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