CHAPITRE Xf. S
les débris du navire, sans laisser derrière lui un seul homme de l'équipage.
Un spectateur de cette scène touchante demanda àGofliD comment il avait pu se déterminer à ex« poser sa Femme et ses enfants à tant de douleur et à tant de misère. Le héros répondit avec simplicité : (( Si j avais eu le malheur d'abandonner mes « ouvriers, je n'oserais plus voir le jour ! »
Le préfet de l'Ourthe, le baron Micoud d'Umons, s'empressa d'adresser au ministre de l'intérieur un rapport circonstancié de cet événement, et ne négligea rien pour faire ressortir le mérite de la conduite sublime de Goffin. L'empereur, ayant pris connaissance du rapport, voulut, à bon droit, assimiler le trait de dévouement de l'artisan liégeois à une action d'éclat. £n conséquence, il nomma légionnaire le courageux ouvrier. Voici le texte de cette nomination :
« Au palais de l'Elysée, le 12 mars 18 12, nous « avons décrété et décrétons ce qui suit :
a Art. i^^. Le sieur Goffin est nommé membre « de la Légion d'honneur ;
« Art. 2. Il lui est accordé sur les fonds de la IfOnneur une pension de 600 francs.
* Nos lecteurs apprendront avec une douleur extrême que •offin périt dans l'exercice de sa pénible profession , en 1824. ei homme courageux fut englouti dans une mine dont il ''rîgeait l'exploitation.
«m LA LË6I0N D^HOIiNEUR.
fli dont il commencera à jouir à compter du i** de (c ce mois.
(X Napoléon.
« Contre-signe : Daru, »
I>a (iégion d'honneur grandissait de jour en jour dans l'estime de la natioq. L'admission d'un ouvrier mineur aq nombre de ses membres acheva de rendre tout à fait populaire un ordre qui renfermait déjà dans son sein toutes les illustrations de la patrie.
^ L'Académie française proposa un prix extraordinaire pour le meilleiir ouvrage de poésie sur le 4^vQuemept de GofïiQ et de son ^\s. t^e prix fut 4éc^ri]é à Millevoye; s^ muse» pleine de sensibilité, put gisement se livrer à ses inspirations en traitant un pareil sujet. Quelques années auparavant, ce poëte avait composé de belles stances sur le triomphe d'Austerlitz. L'empereur gratifia Millevoye d'une pension de six mille francs ;; mais il ne lui donn^ P^s 1^ croix de ]|a liégion d'honneur, que l'écrivain aurait été si heureux d'obtenir.