CHAPITRE XIL
A Taspect des divisions filEinçaises^ qui se déployaient avec rapidité sur leurs ligneç de bataille^ la terreur s'empara de cette portion des habitants qui était assez éclairée pour apprécier l'imminence du dan* ger; mais le peuple valencien ne jugeait pas la situation au même point de vue : il demandait à grands cris que la population tout entière se portât sur les remparts pour les défendre ; dans sa ferveur religieuse^ il voulut que l'on investît du commandement suprême la Vierge, dont la statue révérée ornait la principale chapelle de l'église cathédrale : à cet effet, la madone fut pompeusement habillée; on lui ceignit l'épée de généralissime; Blake, O'Donnell et Zayas furent déclarés ses lieutenants.
Le maréchal Suchet, ayant terminé ses préparatifs d'attaque, fit sonimer la place, afin d'éviter l'effusion du sang et garantir Valence des horreurs d'une prise d'assaut. Suivant la coutume, le gouverneur ne répondit à cette loyale manière d'agir que par des bravades et de fières paroles. Le maréchal en témoigna de vifs regrets; et, d'après ses ordres, l'artillerie, dirigée par le général Valée, commença le feu : en peu d'instants les obus tombèrent au milieu des quartiers les plus peuplés et y causèrent de cruels ravages; les habitants, nullement préparés à un pareil spectacle, poussèrent des cris d'effroi. Suchet, écoutant la voix de l'huma* nité, fit cesser le feu et offrit une seconde fois d'interrompre les hostilités; on entra en pourparlers ; des officiers d'état-major pénétrèrent dans la ville,
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afin de jeter les bases d'une capitulation de concert avec les autorités. Blake forma le dessein de profiter de cette espèce de suspension d'armes pour soustraire son armée au sort rigoureux qui l'attendait ; ce projet reçut une partie de son exécution : plusieurs divisions espagnoles franchirent les portes et se hâtaient déjà de prendre la direction d'Alicante; mais la cavalerie française, aux ordres du général Boussardi les atteignit, fondit sur elles, et les refoula dans l'intérieur de la place à la suite d'un combat assez rude ; un détachement d'avant-garde parvint cependant à échapper à la poursuile de nos cavaliers.
L'orgueilleuse Valence capitula le 9 janvier. La prise de cette ville mit en notre pouvoir i8,aoo prisonniers de guerre, parmi lesquels 898 officiers, 23 généraux, et à leur tête le capitaine général filake; en outre, 20 drapeaux, a,ooo chevaux de cavalerie ou d'artillerie, 393 pièces de canons 42,000 fusils, 180 milliers de poudre ^, etc., etc.
L'armée espagnole sortit le 10 janvier de Valence par le pont supérieur, et, après avoir déposé les armes, fut dirigée sur la France. Le capitaine général Blake fut enfermé au donjon de Vincennes, où se trouvait déjà le général Palafox, l'héroïque défenseur de Saragosse : l'un et l'autre en sortirratau bout de deux ans, et^ malgré les services éminents rendus par eux à la cause de leur pays, Us ne tar-
' Mémoires du maréchal Srichet, t. lî, p. i3î.