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CHAPITRE Xtl

hnts avanlages remportes par Suchet dans les provinces orientales de la Péninsule. En effet, la rapide conquête du royaume de Valence avait surpassé les espérances de Napoléon ; ce triomphe lui inspira une confiance funeste, suivant laquelle aucune entreprise ne devait être désormais au-dessus de ses forces. La haine profonde que Napoléon nourrissait contre l'Angleterre, haine nationale, lui avait fait concevoir Tidée du blocus continental : le désir de voir réaliser son système favorifut l'a cause qui le pouâsa à commencer une nouvelle guerre contre l'empereur de Russie. Alexandre avait adopté, quelques années auparavant, avec enthousiasme les idées du dominateur de l'Europe ; l'ambition du czar n'était pas étrangère à cette conformité de vues.

Napoléon fit, dans le printemps de 1812, les préparatifs d'une expédition plus gigantesque que les précédentes. Le 9 mai, l'empereur quitta Paris et se rendit en Allemagne, où le suivirent les regards inquiets de vingt peuples divers. Le 26 du même mois, il eut une entrevue à Dresde avec l'empereur d'Autriche, les rois de Prusse, de Bavière, de Wurtemberg, de Saxe, et les souverains secondaires de l'Empire germanique. Au congrès d'Erfurlh, Napoléon s'était vu l'objet d'adulations les plus outrées de la part de tous ces princes. Ces flatteries se renouvelèrent dans la capitale de la Saxe; chacun lui prodiguait des protestations de dévouement et des hommages qui devaient enfler son oi^ueil. Quel est le mortel dont la tête aurait pu résister à

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de pareils edivrements. Les priocefisefi de toute rAUemagDé aceoururetit à Dresde^ jalouses de présenter leurs féltcitatioBs à Marie-Louise et de faire cortège à rimpëratrice des Français. Le chef de la maison de Lorraine exprimait en termes chaleureux le bonheur de revoir ses enfants au bout de trois années 2 la naissance de son petit>-fils ^- le roi de Rome, avait comblé tous ses vœux> Ce monarque, loin de chercher à détourner son gendre d'une guerre qui paraissait, aux yeux des hommes sages, environnée de graves difficultés, lui promettait un appui constant* On était déjà convenu que 3o^o hommes de troupes autrichiennes devaient prendre rang dans l'armée expéditionnaire. François II s'engagea à tenir prêt en Gallicie un second contingent, qui se mettrait en marche si la nécessité l'exigeait. Le prince de Schwartzemberg, désigné pour commander les 3o,ooo soldats autrichiens, témoignait une vive satisraction d'être appelé à combattre sous les ordres d'un héros dont l'épée avait toujours été victorieuse.

Frédéric-Guillaume III venait de contracter avec la France une étroite alliance, d'après laquelle la Prusse entrait franchement dans la voie du système continental. La promesse des mesures prohibitives contre le commerce anglais fut renouvelée. Le roi s'engageait à faire marcher, dans l'intérêt de son nouvel allié, ao,ooo hommes^ dont 4,000 de cavalerie et 2,000 d'artillerie. De son côté, l'empereur des Français réduisait des deux tiers les contributions de guerre dues par la Prusse depuis le

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traité de Tikiit. Fredéric-GuiUauoae aGOOurut à Dresde pour cimenter par sa présenee Tuoion assez étrange qu'il venait de contracter ateo le vainqueur d'Iéna. Les deux potentats allemands s'efforçaient de déguiser^ sous les apparences d'uiie modëralion afTectée, les espérances d'agrandissement que l'in-* vasion prochaine des États du czat faisait oon« cevoir à l'un et à l'autre.

Napoléon, fier d'avoir ramené à ses vues politiques les puissances de l'Allemagne^ se montrait disposé à concéder les grâces qu'on lui demandait. Il donna le Grand-Aigle au baron de Mongelas^mi^ nistre du roi de Bavière, au comte de Marcolini, grand écuyer du roi de Saxe, au baron de Hardenberg et au comte de SchuUemburg, dignitaire de la cour de Prusse. La croix de grand officier fut donnée au lieutenant général de Triva, ministre de la guerre du roi de Bavière.

L'empereur préluda à l'ouverture de la campagne en faisant occuper par un corps de troupes aux ordres du général Priant le port de Stralsund et toute la Poméranie suédoise. Nous dirons plus tard comment la Suède, au mépris des anciens traités et de son propre intérêt, abandonna l'alliance de la France pour faire cause commune avec la Russie, son ennemie naturelle, pendant que le Danemark, plus exposé aux agressions de l'Angleterre, suivait une ligne diamétralement opposée.

Le 24 juin, commença le passage du Niémen par Farmée française, forte de 45o,ooo hommes, traî-

Dant après elle i^aoo bouches à feu. La moitié de ces phalanges se composait d'Allemands de la confédération du*Rhin, de Prussiens, d'Autrichiens, d'Italiens, de Suisses et de Polonais. Huit maréchaux, le roi Murât, le prince Eugène et l'élite des officiers généraux commandaient les différents corps. Le Niémen sépare la Pologne de la Lithuanie, première province russe.

La présence de l'empereur imprima aux opéra* lions militaires l'impulsion vigoureuse qu'elle savait leur donner ; cette vérité ne tarda pas de se produire au grand jour. Les Moscovites, combattant dans leur propre pays, ne purent tenir contre la valeur indomptable de nos soldats. Us furent vaincus à Smolensk, 17 août; à Polotsk', où le général Goi>-

* Gouvion Saint-Cyr, un de nos meilleurs généraux, avait langui deux années dans une disgrâce imméritée; il en fut tiré quelque temps avant l'expédition de Russie. Il reçut dans cette campagne le commandement du sixième corps, qui devait agir de concert aye<f le deuxième, commandé par Oudinot. Ces. deux corps réunis formaient la gauche de notre armée, dont le centre attaquait la ville de Smolensk, défendue par Télite de l'armée russe. Wittgenstein, accourant au secours deKutu-, soff avec des forces considérables (18 août), fondit sur notre aile gauche, auprès de Polostk; le choc fut des plus violents : Oudinot reçut une blessure dont la gravité le contraignit à se retirer du combat. Gouvion Saint-Cyr, commandant en chef, repoussa les Russes, leur livra une action des plus meurtrières et finit par remporter sur Wittgenstein un des avantages les plus signalés de cette campagne. Le bâton de maréchal en devint le juste prix.

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vion Saint-Cyr gagua le bàtoo de maréchal ; enfin, à la bataille de la Moskowa, 7 septembre, où nos troupes remportèrent sur le nombre par le cou* rage et par la tactique. Mais les lauriers ne devaient pas tarder à être étouffes sous le poids des cyprès. Napoléon entre vainqueur, le i4 septembre, dans Moscou. Il avait, dans le cours de ses triomphes passés, donné des décrets datés de Milan, de Vienne, de Berlin, de Varsovie, de Madrid; il en promulgua cette fois de nouveaux, qui furent datés du Kremlin, résidence des anciens souverains moscovites.

Les nominations faites dans l'ordre de la Légion d'honneur depuis l'ouverture delà campagne, en récompense de la belle conduite des régiments, fut régularisée dans un travail unique, dressé au quartier général, établi au Kremlin.

C'est au Kremlin que fut signé le décret élevant à la dignité de prince de la Moskowa le maréchal Ney, créé depuis 1808 duc d* l^lchingen.

La nomination du général Gouvion Saint-Cyr, comme maréchal d'empire, faite après la bataille de Polostk , fut régularisée à la même époque.

Le général Belliard remplaça Gouvion Saint-Cyr, comme colonel général des cuirassiers.

Furent nommés généraux de division : les généraux Pajol, Maison, Grandeau, Exelmans, Ornano, Bicard, Gérard, Aimeras;

Généraux de brigade : les colonels Nagle, du 92* de ligne; Buquet, du 3o*; Lejeune, du 56®; Poucbelon, du 33® ; Charrière, du 57® ; Choisne^ du 48® ;

Serrant, du 8* léger; Dargence, du i3*; Saînt-Hilaire, du 5 1* de ligne ; les adjudants généraux Simmer, Hulo, Gressot, Borelli, Grundler, Delaage, Montbrun, frère du général de division qui venait d'être tué à la bataille de la Moskowa.

L'empereur ne conféra ni le Grand-Aigle ni la croix de grand officier. Il nomma commandantsles généraux Aubry, de Girardin, Pelletier, Géngoult, Bruny, de Belair, Laffite, Mouriez, Beurmann,Joubert, Montbrun, Pelleport, Drouot, Teste, d'Henin; et les colonels Lannier, du 9^2* de ligne; Baudouin, du 93® ; Bertrand, du 106®; Treullé, du 21*; Rome, du 7* léger; de Lacroix, colonel d'élal-major.

Nous n*avons pu connaître d'une manière exacte le nombre des officiers et des légionnaires créés à celte époque.

Des écrivains ont avancé que l'empereur Alexandre avait vu sans frayeur les Français envahir ses États. Il est certain que ce prince crut longtemps que l'éloîgnement le mettrait à l'abri du courroux de son ancien allié; mais en apprenant le passage du Niémen, l'occupation de Wilna et la déroute de Barclay de Tolly devant Smolensk, le czar ne se sentit pas plus rassuré à Saint-Pétersbourg que les ministres de Georges III ne Tétaient à Londres lorsque Bonaparte, premier consul, faisait ses immenses préparatifs de la descente en Angleterre.

A la nouvelle de la défaite de Kutusoff sur les bords de la Moskowa, Alexandre, éperdu, fit ses dispositions pour se retirer avec la famille impériale à Arcbangel, dernier port sur la mer Blanche.

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