‹ La Légion d'honneurChapitre 119 sur 209 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

vière ; opération qu'il dirigea avec un courage et un sang-froid héroïques.

Nous ne pouvons fixer le nombre des commandants de la Légion d'honneur morts durant cette expédition; nous citerons les généraux Caulincourt 9 Huart, Marion, Lanchantin.

Nous croyons qu'il a été impossible de savoir au juste la perte que fît l'ordre en officiers et en légionnaires : elle dut être considérable : entre autres faits, pour le prouver, nous en citerons un qui pa« rattrait puéril dans une circonstance différente. Des dépôts de troupes de toutes armes avaient été laissés à l'entrée de la Lithuanie ; on put en tirer des détachements de cavalerie, qui se portèrent en avant, au milieu de décembre, dans la direction de Wilna , afin de protéger la retraite des premiers corps. Cette cavalerie, quoique peu nombreuse, devint un puissant auxiliaire : elle modéra la poursuite des Cosaques. À la suite d'un engagement, trois ou quatre escadrons français, dragons ou chasseurs , fîrent prisonniers une trentaine de ces cavaliers irréguliers ; il s'en trouvait parmi eux huit ou dix dont les bonnets de peau étaient garnis de trois rangs de croix d'honneur, d'or ou d'argent, cousues sur l'étoffe ^ Ces barbares les avaient

' On peat croire aisément que ces huit ou dix Cosaques, tombés en notre pouvoir dans cette circonstance, n'étaient pas ks seuls qui eussent paré leurs bonnets de cette façon. Le colonel Servan, sous-chef d*état major du maréchal Davoust de qui nous tenons le fait, lit arracher sous ses yeux ces déco*-

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sans doute recueillies sur les cadavres de nos infortunes officiers ou soldats tués par le froid ; ils s'en étaient fait uœ sorte de parure j trophée d'un triomphe qui ne leur appartenait pas. Ces hommes grossiers ne s'imaginaient JDoint qu'ils reproduisaient ainsi un des exemples les plus fameux de l'antiquité : après la bataille de Cannes , Annibal envoya au sénat de Carthage, en témoignage de sa victoire, un boisseau d'anneaux pris aux doigts des chevaliers romains morts dans cette fatale journée.

C'est en pleine retraite, en arrivant de Smolensk (lo novembre), que Napoléon eut les premiers avis de la conspiration Mallet; la nouvelle de cette folle tentative lui causa de vives alarmes : il s'imagina que la guerre civile allait éclater en France. Dès ce moment , il forma la détermination de regagner Paris; mais ce projet ne fut mis à exécution que le 5 décembre, au sortir de Wilna. Le commandement de l'armée fut déféré au roi de Naples ; celuici, jugeant sans doute sa présence indispensable dans ses États, au milieu de circonstances aussi difficiles, se démit du commandement au bout de quelque temps, et le laissa entre les mains du viceroi d'Italie. Ce jeune prince s'était signalé, dans celte lugubre campagne, autant par sa bravoure que par

rations des bonnets des Cosaques, les réunit et les déposa entre les mains d'un commissaire des guerres, pour être réintégrées aux archives de la grande chancellerie de la Légion d'honneur.

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